BOIS FOSSILE
endroits de l'Italie, il existe une sorte de bois qui ne se consume pas, qui ne se fond pas, bien qu'il brûle durant plusieurs heures. Les miroirs ardents ne parviennent que très-difficilement à l'enflammer, et le feu ne lui fait rien perdre de son poids ni de sa couleur ; aie voir on le prendrait pour du bois de chêne, mais il n'en a pas la solidité. L'intérieur et l'écorce sont d'une couleur rougeâtre. Ce bois se laisse facilement couper et briser, surtout lorsqu'on l'a soumis à l'action du feu. Il n'a pas le goût des minéraux: Vitruve attribue les mêmes propriétés à certains arbres de la Lombardie et des rives du Pô, qu'il nomme larix. Il ajoute que Jules-César n'a pu consumer par les flammes une tour bâtie avec ce bois près des Alpes. Pline est d'accord avec Vitruve et dit : « Excepté le larix, arbre qui ne brûle, qui ne se réduit pas en charbon, et qu'on ne peut pas plus détruire par le feu que par la pierre. i> (*) Il les range parmi les arbres qui ne perdent jamais leur verdure. Les anciens donnaient le nom de larix à différentes espèces d'arbres, de manière qu'il n'est pas facile de déterminer celui dont parle Vitruve et Pline.
Le voisinage de Spolette et surtout Amelia, produisent des raisins d'un goût exquis, qu'on appelle pizzutella ou uva cornetta; le vin qu'on en extrait passe pour être l'un des meilleurs de toute l'Italie. C'est peut-être celui dont parle Martial.
De Spoletinis quae sunt cariosa lagenis Malueris, quam si musta Falerna bibas. (**)
« Vous préférez le vieux vin de Spolette au vin récent de Falerne. >»
Au pied des collines qui bordent la plaine, s'élève un petit tem-
(*) Excepta larice, quœ nec ardet nec carhonem facit, nec alio modo vi consumitur quam lapides (Plinius, Hist. Nat).
(*♦) Lib. XIII, Ep. 11!5.
pie ancien, construit vers la source du Clitumnus qui sort de dessous un rocher et va en serpentant dans la plaine. Cette rivière a trois sources et se jette dans le Topino, non loin de Bevagna, (*) son cours tortueux contribue autant à l'embellissement qu'à la fertilité de la belle plaine, dans laquelle il traine paisiblement ses eaux.
Il paraît que le temple de Clitumnus était autrefois consacré au dieu du fleuve; on la converti en une chapelle qui porte le nom de San Salvatore. Vu de loin, TefFet en est pittoresque. Sa forme est rectangulaire et la façade ornée de colonnes d'ordre corinthien repose sur deux piliers en marbre blanc. L'architecture du temple et ses ornements méritent toute attention -, le feuillage est travaillé avec art. A l'intérieur se trouve un autel gothique sur lequel on célèbre le saint sacrifice de la messe.
Au pied de cet édifice est une ouverture dans laquelle on doit se glisser si Ion veut y lire :
T. SEPTIMIUS, PLEBEJUS.
Sur la frise se trouvent des inscriptions latines qui semblent indiquer que le temple ne fut construit que dans les premiers temps du christianisme, car le style en est chrétien. Les voici comme nous les avons copiées -.
SCS. DEIS PROFET.\RlM QUI FECIT REDEMPTIONEM. DEIS ANGELORIM QUI FECIT RESURRF.CTIONEM. SCS. DEUS APOSTO
Le reste est effacé. Il n'est cependant pas difficile d'y suppléer. Aposto, est évidemment, comme dans les précédentes le génitif pluriel apostolonim; suit: qui fecit. Probablement le dernier mot
(**) Hinc subtor fons exil et exprimilur pluribus venis. (l'Iinius, lib. Vlll,Kp. 8.)
Cl.rn.MMS. N9
est : remissionem ou conversionem ; de manicyc que Ion auia pour la dernière inscription :
DEL'S APOSTOLORUM Qll FECIT REMISSIONEM, OU, CONVERSIONEM.
Ajoutons-y que le temple, bâti en forme de croix, est orienté comme le sont la plupart des églises chrétiennes et qu'on trouve, en divers endroits sur les frontons, des croix et des bas-reliefs. Il se pourrait cependant que les inscriptions y eussent été gravées longtemps après la construction du temple. Car ce n'est pas parce que cette chapelle ne se trouve qu'à deux cents pas du CUtumnus et à l'endroit où la rivière était jadis navigable, place que lui assigne Pline le jeune, qu'on doit inférer avec certitude que c'est là le temple élevé au dieu du fleuve. Ne pourrait-ce pas être un des petits temples qui, au rapport du même auteur, se trouvent aussi en ces lieux, ou bien ne serait-il pas permis de croire avec plus de raison que 1 église a été bâtie avec les débris du temple ?
Virgile a chanté le CUtumnus au second livre de ses Géorgiques, tant pour la fertilité de ses bords que pour la beauté des troupeaux, qu'on y nourrissait. C'était parmi ces troupeaux qu'on choisissait les victimes pour les sacrifices.
Hincalbi, Clitumne, grèges etmaxima taurus Victima, saepe tuo perfusi flumine sacro, Romanos ad templa deùm duxére triumphos.
Delille a traduit ces vers avec l'élégance qu'on trouve partout dans ses poésies :
Là, paissent la génisse et le taureau superbe
Qui, baignés d'une eau pure, et couronnés de fleurs,
Conduisent aux autels nos fiers triomphateurs.
La source et les agréments de ses bords sont encore tels que Pline les a décrits :
u Modicuscollisassurgit, antiqua cupressu nemorosus etopacus : hinc subter fons exil et exprimitur pluribus venis, sed imparibus, eluctatusque facit gurgitem qui lato gremio patescit purus et vitreus... inde non loci devexitate, sed ipsa sui copia, et quasi pondère impellitur... Ripae fraxino multa, multa populo vestiuntur : quas perspicuus amnis relut mersas viridi imagine annumerat... adjacet templum priscum et religiosum. Stat Clitumnus ipse amictus ornatusque praetexta prsesens numen atque etiam fatidicum. Indicant fontes. Sparsa sunt circà, Sacellacomplura. (*)
« Du pied d'une petite colline, chargée d'un bois de cyprès fort touffu, sort une fontaine dont les eaux répandues par plusieurs veines inégales, forment un grand bassin, pur et clair. Les rivages sont chargés de frênes et de peupliers, que vous voyez se multiplier au fond du canal, mais si distinctement, qu'on les pourrait compter... Près de là est un temple aussi respecté qu'ancien. Le dieu du fleuve lui-même y parait vêtu d'une robe prétexte. C'est un dieu fort secourable, et qui prédit l'avenir, ainsi que le témoigne tout Tappareil qu'on y voit, et qui est propre à rendi-e les oracles. Autour de ce temple sont répandues des chapelles en grand nombre, i»
La plupart des bœufs de Foligno étaient blancs, (**) et comme les Romains attachaient à cette couleur une idée de félicité, on les attelait au char du triomphateur qui montait au Capitole. Dans
(*) Lib. VI IL Ep. 8.
(**) Cette hlanclieur était, selon l'ropercc, attribuée à romlc qui les abreuvait :
Qua l'orinosa suo (>liluiiinus niiiiiiiio lues
Intcgil, et nivcos abluil uiula boves.
Cette opinion de Propercc paraît inadmissible ; au moins le neuve ne produit-il pas col cflet sur les porcs, (pii, ((uoi(|uo abreuvés de son eau, sont ici, comme presque partout en Italie, ou noirs ou d'un brutt foncé.
TRÉVI. î)l
cette cérémonie, ces bœufs avaient les cornes dorées et ornées de bandelettes et, lorsque le moment du sacrifice approchait, on les arrosait de l'eau du fleuve Clitumnus, puis on les immolait à Jupiter Capitolin.
Autrefois les habitants de l'Ombrie rendaient à ce fleuve les honneurs divins. Il eut des temples et des bois sacrés.
A quelques pas de Foligno, on aperçoit à gauche le gros bourg de Trévi, bâti en amphithéâtre sur le penchant d'une montagne ; on l'appelait autrefois Mutuscœ ; il a dû être très fertile en olives, pai'ceque Virgile lui a donné l'épithète &Oliviferœ.
Ereti manus omnis olivifereeque Mutuscœ. (*)
«1 Toute la troupe de l'Eretus et de Mutusca fertile en olives. »
Il portait aussi le nom de Trebula. Ses fromages qui étaient très
rénommés se préparaient de deux manières différentes : ou on les
coupait en petits morceaux qu'ensuite on faisait durcir au feu, ou
bien on les arrosait d'eau tiède.
Trebula nos genuit, commendat gratia duplex : Sive levi flamma, sive domamur aqua. (**)
Ce pays est très froid et fort humide, même au milieu de l'été, comme l'assure Martial par les vers suivants :
Humida qua gelidas submittit Trebula valles ; Et viridicancri mensibus alget ager. (*♦*)
(*) ^n. 111). VU.
(**) Marlialis, lib. XIII. Epigr. 53.
(**♦) kl. lih. V. Epigr. 6!5.