‹ Souvenirs d'ItalieChapitre 44 sur 134 · SAINT NICOLAS. I · texte numérisé non relu

SAINT NICOLAS. I

Dès sa plus tendre jeunesse il parut comme un enfant de bénédiction. Rempli d'une tendre charité pour les pauvres, il les conduisait souvent à la maison de son père oii il leur donnait des rafraîchissements toujours accompagnés d'abondantes aumônes.

Comme il joignait à la vivacité d'esprit une excellente mémoire et un jugement solide, il fit de rapides progrès dans les études. Son mérite l'ayant fait connaître, il reçut un canonicat dans l'église de Saint Sauveur à Tolentino.

Ayant un jour entendu un ermite de saint Augustin prêcher sur les vanités du monde, il se sentit plus fortement confirmé dans la résolution qu'il avait déjà prise de suivre les conseils évangéliques. Fidèle à la voix intérieure qui lui parlait, il prit l'habit de saint Augustin.

Le serviteur de Dieu était dun caractère si doux, qu'on ne remarquait jamais en lui la moindre impatience, ni le moindre muimure. Lorsqu'il célébrait les saints mystères, son visage s'enflammait d'amour et des larmes abondantes coulaient de ses yeux.

Les communications secrètes de son âme avec Dieu, surtout quand il descendait de l'autel^ où qu'il sortait du confessional, lui faisaient goûter par anticipation les délices de la béatitude céleste. Il passa les trente dernières années de sa vie à Tolentino où ses prédications produisirent des fruits abondants. Il prêchait presque tous les jours et les pécheurs les plus endurcis se convertissaient ; on ne pouvait résister à la force et à la douceur insinuante de ses discours.

Saint Nicolas, dans une maladie mortelle, eut une vision, dans laquelle la sainte Vierge et saint Augustin lui apparurent einironnés d'une gloire toute céleste. La Reine des Vierges lui ordonna do tremper du pain dans de l'eau, et le malade, en ayant goûté, recouvra subitement la santé. Depuis ce miracle, l'usage s'établit de bénir du pain en l'honneur de ce saint.

Dans les années 1622 et 1627 la sacrée congrégation des rits a prescrit certaines cérémonies pour cet usage, que les savants Bol-

SOUVENIRS DITALIK.

landistes attestent avoir été en honneur de temps immémorial et confirmé par plusieurs miracles. (*)

Le saint rendit sa belle àme à son Créateur le 1 0 septembre 1 306, après avoir été éprouvé par une maladie longue et douloureuse. Eugène IV le canonisa en 1446 et fit frapper cette médaille pour perpétuer le souvenir de cette cérémonie :

Le collège des Augustins est fréquenté par un grand nombre d'élèves. La supériorité de la méthode adoptée par des professeurs habiles donne une heureuse impulsion aux talents souvent précoces des jeunes gens qui suivent leurs cours. Nous avons pu en juger par nous même. Ainsi que cela se pratique dans beaucoup d'établissements, les Pères, pour encourager les eflbrts des élèves, donnent quelques fois dans le courant de l'année une séance littéraire, oh le jeune homme vient lire devant une assemblée savante et respectable des pièces qu'il a composées pour cet effet. Il n'y a personne qui ne convienne que c'est un stimulant très propre à inspirer le goût pour les études et très capable de flatter aussi l'ambition des jeunes gens en leur donnant l'occasion de se faire valoir.

(*) Acla .saiiclorum, 10 sept., n. XXX, pap;. 7.>0.

lOLI-NTINO. 185

Le Père supérieur, homme d'une urbanité rare et attentif à prévenir les étrangers, lorsqu'il le peut, nous avait invités à assister à une de ces fêtes littéraires. Vers les cinq heures on nous introduisit dans une salle, meublée avec goût et parée pour la circonstance. Nous y vîmes rassemblée une jeunesse intéressante. Tous avaient le visage riant, tous paraissaient heureux. Nous y entendîmes d élégants discours et certes d'habiles orateurs n'auraient pas désavoué de semblables productions ; mais ce qui nous frappa le plus, c'étaient les admirables pièces de vers qu'un nourrisson des muses, plein d'esprit et qui ne dépassait pas l'âge de douze ans, vint lire devant l'assemblée.

Nous ne pûmes nous empêcher de féliciter le jeune poète de sa verve; il semble que les Italiens soient nés avec un talent particulier pour la poésie. Ils ne révent que poésie ; il n'est si pauvre artisan qui no déclame avec un sentiment merveilleux les endroits les plus saillants du Tasse. Que de fois, dans les villes et à la campagne, sur les bords d'un ruisseau, à lombre d'un bois, nous entendîmes réciter ou chanter le Dante et Pétrarque.

Nous ne parlons pas de tous les passages de Virgile, d'Horace et d'autres poètes, déclamés par les élèves avec un aplomb admirable. Nous félicitâmes le père supérieur des talents distingués de ses élèves. Il nous montra la liste innombrable des grands hommes qui étaient sortis de son école. Heureux ceux qui emploient le talent que le Seigneur leur a confié, à rendre des services si éminents à la Société !

Les révérends pères Augustins, ceux de l'Oratoire et surtout le célèbre institut de saint Ignace, ont toujours été et seront toujours les hommes qui s'entendent le mieux à diriger la jeunesse dans la carrière des sciences en lui inculquant les devoirs de notre sainte religion, sans laquelle le savoir ne pourrait que nuire à la société. L'histoire de tous les temps est là pour confirmer cette vérité. Le savant DeBonald, disait en parlant de la compagnie de Jésus : «' Cette société ne seia jamais remplacée que par elle-même. » Le

protestant Dallas cite leurs écoles comme devant servir de modèles aux autres établissements de ce genre : « Quod ad pedagogicam pertinet, consule scholas jesuitarum. )>

Dans tous les couvents de Tltalie, nous eûmes l'occasion de parler à des hommes distingués par leur naissance, leur urbanité et leur vaste savoir. Nous disons plus et nous croyons ne pas nous tromper en constatant que ces établissements d éducation peuvent, sous le rapport des sciences, rivaliser avec les instituts les plus savants de l'Europe.

De plus, comme l'ignorance et la mauvaise foi ont souvent taché de flétrir tout ce qui a quelque rapport à la religion, nous ferons voir dans la dissertation à ce sujet, (*) qu'il n'est pas un ordre religieux qui soit inutile à la société, c'est-à-dire, qui n'ait pas un but de faire du bien aux hommes. Nous distinguerons trois buts, que nous retrouverons quelquefois séparés, quelquefois unis dans chaque règle monastique. Ces buts sont la propagation des connaissances divines et humaines ; la civilisation ; l'adoucissement des souffrances de tous les hommes, comme membres d'un même corps mystique de Jésus-Christ, qui est le Dieu crucifié.

(*) Voir la disscrlalion sur les ordres religieux.

TOLEiNTmO.

Mardi, 19 mai.

Anciennement Tolentino était une ville municipale, ainsi qu'on le voit par une inscription rapportée dans le trésor de Gruter. (*)

PR/EF. FABR. MUNIC. TOLLENTIN.

Dès le cinquième siècle il est fait mention d'un évêque de Tolentino-, mais ce siège fut réuni à celui de Macerata en 1568. (**)

Sur la porte de l'hôtel-de-ville se trouve le buste de François Philelphe, Tolentin, célèbre lettré du quinzième siècle. Il enseigna les humanités avec un rare talent à Venise, à Florence, à Sienne, à Bologne et à Milan. Philelphe était grammairien, poète, orateur et philosophe. C'est sans fondement qu'on l'accuse d'avoir privé le public du livre de Cicéron, intitulé de Gloria. On a de ce savant des harangues, des lettres, des dialogues, des satyres, et un grand nombre d'autres ouvrages en latin en vers et en prose, dont les plus

(*) Voir pag. 191.

(**) Commainvillc, lablc des évcqucs.

ISS SOrVEMUS t) ITVI.IF..

connus sont les ti-aités de morali disciplina ; De exilio ; De Jocis et Seriis, et ses deux livres Conviviorum, ou des repas, qui sont estimés et pleins d'érudition. La Bibliothèque Ambroisienne de Milan possède ces nombreux ouvrages. On prétend qu'il se piquait tellement de savoir les lois de la grammaire, qu'il disputait un jour sur une syllabe avec un philosophe grec, nommé Timothée. Philelphe mourut à Bologne dans un âge fort avancé.

Ce fut aussi dans cette ville que se conclut en 1797 le traité de paix entre l'immortel Pie YI et le directoire de la république française, traité qui coûta des sommes immenses au Saint Siège et qui fut rompu avec une insigne mauvaise foi par les hommes qui se jouaient de l'honneur de la France autant que de la vie de leurs semblables, pour qui, en un mot, tout était vénal et arbitraire.

Le directoire, abusant de son pouvoir, enleva par la force au Saint Père le comtat Venaissin, Ferrare, la Romagne, trente-un millions de francs, des tableaux, des statues et autres objets précieux, pour des sommes incalculables. Dix-huit ans plus tard, le 3 mai 1815, le beau-frère de 1 homme qui avait dicté ces iniques et dures conditions, perdit, au même endroit, une bataille et un royaume ! (*)

Après que j'eusse célébré la sainte messe à l'autel de saint Nicolas nous partîmes de Tolentino. A une petite distance finit la chaîne des Appennins qui depuis les Alpes jusqu'à l'extrémité méridionale du royaume de Naples traverse l'Italie dans toute sa longueur.

Macemta, qu'on rencontre sur la route est située sur le sommet d'une montagne d'oii l'on découvre la mer Adriatique. Cette ville est généralement bien bâtie et renferme environ 18,000 habilanls. Son principal commerce consiste en grains, en soie et en bestiaux. Plusieurs magasins y étalent leurs manufactures avec luxe.

La porte principale de la ville qu'on api)elle Pia, est un arc do triomphe soutenu par des piliers d'ordre toscan et érigé au cardinal de ce nom ; elle est ornée de son buste en bronze.

{*) Los (rois n<tinc, (nmc ■">, pa^. iO't.

CURSCEJIIUM 18!»

La plupart des maisons distinguées et surtout colle do la famille Campairnoni, possèdent des collections intéressantes dinscriptions antiques.

Cette ville, chef-lieu d'une délégation, a une université, un collège, deux académies et plusieurs établissements utiles. Parmi les grands hommes qu'elle a donnés au monde, on cite le savant Crcscembini (1 663). Ses talents pour la poésie et l'éloquence se développèrent de bonne heure. Il fut académicien à quinze ans et docteur en droit à seize. Ses vers eurent d'abord un goût d'enflure et de pointe ; mais le séjour de Rome et la lecture des meilleurs poètes italiens le ramenèrent à la nature. Non seulement il changea lui-même de style, mais il entreprit de combattre le mau\ ais goût, et de dicter les règles du bon. Ce fut en partie par ce motif qu'il travailla à l'établissement d'une nouvelle académie, sous le nom d'.4rcadie. Les membres de cette société ne furent d'abord qu'au nombre de quatorze, mais il s'augmenta depuis. Ils s'appelèrent les bergers (TArcaïUe et prirent chacun le nom d'un berger ou celui de quelque lieu de l'ancien royaume d'Arcadie. Le fondateur de cette académie en fut nommé directeur en 1680. Pendant trente-huit ans qu'il conserva ce poste , il déclara une guerre sans ménagement à ces pompeuses extra^'agances, à ces faux brillants, à ces clinquants que les Italiens avaient pris si longtemps pour de l'or. Crescembini mourut en 1728, à soixante quatre ans, après avoir été promu chanoine de sainte Marie-in-Cosmedin à Rome, où Ion voit son tombeau. Durant sa dernière maladie, il fit les vœux simples (le l'institut des Jésuites. Parmi de nombreux ouvrages en vers et en prose dont il a enrichi sa patrie, nous ne citerons que les principaux qui sont tous en Italien -. Histoire de h poésie italienne, très estimée et impiiméeen I738à Venise, 6 vol. Cette histoire est accompagnée d'un commentaire semé d'anecdotes, non seulement sur la vie des anciens poètes italiens, mais encore sur celles des anciens poètes provençaux, pères des Italiens ; La vie du cardinal de ToKrnon ; l'histnirr dr l'aradr'mir des Arcades et In vie des pins

190 SOUVENIRS DITALIE.

illustres Arcadiens, 1708, 5 vol. un Recueil de. leurs poésies, 9 volumes ; Recueil de poésies à l'honneur de Clément XI.

Lazarelli, poète distingué naquit également à Macerata. Il fut d'abord auditeur de la Ruola (*), ensuite prévôt de la Mirandole et mourut en 1694, âgé de plus de quatre-vingts ans. On a de lui un singulier poème, connu sous le nom de Cicceide légitima ; c'est un recueil de sonnets et de vers mordants contre un nommé Arrichigini son" collègue à la rote de Macerata.

Nous aimons surtout a citer un nom partout célèbre dans le monde savant, celui de François de Vico, qui vit le jour dans cette ville le 19 mai 1805. Ce savant Jésuite, mathématicien et astronome des plus distingués, a conduit avec un si rare talent lobscrvatoire du collège romain qu'il s'est acquis une célébrité européenne. On connaît les nombreuses et importantes découvertes dont la science lui est redevable ; l'histoire, fidèle alliée de la science, dépositaire de ses gloires et interprète de ses connaissances, s'est déjà acquittée de sa tache, et en inscrivant dans ses pages immortelles le nom du savant qui rend tant de services à son pays et au monde, elle a énuméré l'une après l'autre ses conquêtes sur bien de choses ignorées jusqu'aujourd'hui par les plus fameux astronomes.

Les connaissances du père Vico sont extrêmement variées. Il excelle dans la musique et c'est pour lui un doux et pieux délassement de diriger, les jours do fête, les chœurs des jeunes gens choisis parmi les élèves du collège romain. Ses talents comme compositeur, sont si remarquables, que plusieurs de ses morceaux

(*) On nomme ainsi la chamhro d'appel et la cour de cassation de Home ; on rapi)elle Ruola qui signilic roue, parce que la salle où se réunit le triluuial est circulaire, en sorte que les juf^es assis forment un rond. La lltiota à Rome est com|)osée de douze prélats chargés «le |Mononcer en a|)j)el sur les procès déjà ju;;és devant les aulres Iriltunaux. Aulrelois loules les |)uissances cliréliennes y avaient des rei>résenlants de leur choix. .Aujourilliui la l'rance, IWiilriclie, rKspa^jne el la Toscane uni seules conservé le droil de nommer des auditeurs de l;i liuota.

IKUMO. I!il

s'exécutent dans les églises de Rome aux principales fêtes de l'année. Entre autres compositions musicales, on cite de lui \cslamentations pour la semaine sainte. L'inspiration en est si religieuse et si touchante qu'un Anglais protestant, entré par curiosité dans l'église du collège, ne put résister à l'émotion que ce chant lui faisait éprouver. Il tomba à genoux, et se releva converti (*).

La cathédrale, dédiée à saint Julien, est très belle ; le tabernacle de la chapelle du saint Sacrement, fait en bois d'ébène, représente une riche façade d'église à trois dômes et à cinq portiques ornés des statues de Jésus-Christ et de ses douze apôtres ; mesuré à l'œil il parait avoir quatorze pieds de hauteur sur seize de largeur. Parmi les tableaux on dislingue surtout la fuite en Egypte par Lanfranco, d'une bonne exécution.

Près de ce beau temple s'élève la chapelle des confrères de la miséricorde, construite sur les dessins de Vanvitelli. Tout l'intérieur est revêtu de marbre précieux et décoré avec beaucoup de goût.

Non loin de Macerata, à une distance de trois postes, est située sur une colline la petite ville de Fermo, appelée en latin Firmium ou Firmum. Pline la nomme Formanorum castellum. (**) C'était une colonie romaine ainsi qu'on le voit sur une médaille frappée du temps de Galba où on lit :

COLONIA. ALGLST.V. FIRMA.

Cette ville aida les Romains contre Annibal et lorsque l'Italie fut inondée par les barbares, elle subit le joug de fer des Goths et des Lombards. Dans la suite elle devint le domaine du Saint Siège.

On y montre encore les restes de la demeure de son tyran Olive-

(*) Ayant dfi quitler, pendant le mois de mars 18iS, le collège romain avec lotis les Jésuilcs ses confrères et ses compagnons d'iiilorlunc, il se dirigea vers Londres où il mourut le i;> oclol)re l<Si8. Voir Ci mi de la religion, n" 47^7.

(**) Lib. ô, cap. XIII.

192 SOLVEMHS DITAIJi:.

rotto, un des tyrans modèles proposés par Machiavel dans le chapitre de son ouvrage dit le Prince : De ceux qui parriennent à la souveraineté par scélératesse . Oliverotto habile capitaine, s'était déclaré prince de Ferme après avoir égorgé, à la suite d'un festin, Toncle qui l'avait élevé et les principaux citoyens de la ville ; il ne régna qu'une année et fut étranglé dans le guet-à-pens de Sinigaglia, avec Yitellozzo son maître en crime et en guerre. (*)

Ferme est la patrie du célèbre Lactance. L'éloquence de cet orateur retentit si hautement que Dioclétien le fit venir vers l'an 290 à Nicomédie, où il tenait le siège de son empire et l'engagea à ou\rir dans cette ville un cours de rhétorique latine. Ce fut là qu'il vit commencer, l'an 303 de l'ère chrétienne, une persécution contre les disciples de Jésus-Christ ; elle fut la dernière mais la plus terrible. Touché des maux qu'il voyait souffrir aux chrétiens, il composa son traité de la mort des persécuteurs . Le but de Lactance est de prouver que les empereurs, qui ont essayé de détruire notre sainte religion en faisant des martyrs, ont tous péri misérablement. (**)

La vertu et le mérite de cet illustre apologiste lui acquirent une si grande renommée, qu'en 317 le grand Constantin lui confia l'éducation de son fils Crispe. Lactance n'en fut que plus modeste; il vécut dans la pauvreté et dans la solitude au milieu du faste et du tumulte de la cour. Il ne recevait les présents de l'empereur que pour les distribuer aussitôt aux pauvres. Ce grand homme mourut vers l'an 328. Il avait formé son style sur celui de Cicéron -. même pureté, même clarté, même noblesse et même élégance. C'est ce qui le fit appeler le Cicéron chrétien.

De Macerata à Recanati, on est dans un pays de délices. Une immense vallée est bordée d'un côté de montagnes rocailleuses et

(*) Valéry, liv. XU. cliap. lô.

(**) La riche bibliothèque (k- Tiiiiii |iii.ssèile Vtpitoiitc instiluliontun de ce sa\aM( uraleiir ; il est iiiii<|iie en l-Jir<i|M-.

IIELVIA RICINA. <93

surprenantes, de l'autre côté on aperçoit de loin les Apennins avec leur aspect métallique et paraissant en certains endroits transparents comme le plus pur cristal. La culture est partout d'une richesse extraordinaire. Les charrettes traînées par des bœufs y ont la forme de chars antiques ; elles sont peintes de couleurs vives et ornées de différentes figures. La forme et la construction des charrues dans cette contrée remonte à une haute antiquité, ainsi que l'arrangement des briques dans la bâtisse des murs. Dans plusieurs endroits les croisées n'ont pas de vitrage.

Avant de traverser un grand pont jeté sur la Potenza, on rencontre quelques vestiges des ruines de l'antique ville Helvia Ricina ou OElia Ricina, qui fut totalement détruite par les Goths au cinquième siècle. De ses débris on bâtit les villes de Macerata et de Récanati, qu'on commence à distinguer d'ici. Cette dernière est assez bien construite et reconnaît Septime Sévère pour son fondateur ainsi qu on 1 assure par l'inscription suivante qu'on y trou^"e :

iMP. c.ï;s.\ri. l. veri. .\lg. fil. divi.

PII. NEF. DIVI. H.\DRIANI. PRON. DIVI. TR.\JAN. PARTH. ABNEP. DIVI NERV^E. ADNEPOTI. L. SEPTIMO. SEVERO.

PIO. PERTl.NACl. ALGUSTO. ARABICO.

ADIABEMCO. PARTHICO. MAXIMO P. M. TRIBLXIT. POIEST. XIII. IMP. XI. COSS. III. P. P. COLOXIA. HELVIA. RICIXA. CONDITORl. SUO.

Avant d'arriver à Récanati on traversée quelques milles, en descendant dans la plaine, le bourg de San Sevcrino. Le Pape Sixte V l'érigea en évéché en 1586. II fut bâti on 1 198 auprès des ruines de l'ancienne Septempeda, que les Goths avaient détruite en 743.

On voit par une ancienne inscription, recueillie par Gruter. (*) que Septempeda était un municipe :

FLAM. PERON. MIMCIP. I. SEPTEMP.

Ce fut là que saint François d'Assise annonça souvent la parole de Dieu. Les vertus et la renommée du saint faisaient chaque jour plus de bruit et attiraient de toutes les parties du monde des hommes désireux de le voir. Saint Bonaventure raconte que parmi eux était un troubadour qui s'était rendu célèbre par des chants mondains. Il avait été couronné par l'empereur Frédéric II et appelé depuis le roi du chant. Cet homme avait résolu de visiter le saint, ce contempteur de toutes les grandeurs du monde. Arrivé à San Severino, il le rencontra préchant dans l'église. Là l'esprit de Dieu descendit jusqu'à lui. Il vit sur la poitrine du prédicateur deux glaives flamboyants disposés en croix ; l'un allait de la tête aux pieds, l'autre sur les deux bras étendus. L'étranger, qui ne connaissait pas encore le serviteur de Dieu, comprit par ce prodige, que c'était François qu'il avait devant les yeux. Frappé de ce qu'il voyait, la pensée d'embrasser un état meilleur que le sien, lui vint aussitôt à l'esprit, et, comme s'il eût été percé par le glaive de l'esprit, qui sortait de la bouche de François, il renonça à tous les honneurs de ce monde

(*) Ce savant philosophe et écrivain laljoricux du dix-sept iônie siècle, naquit à Anvers le 13 décembre l'ôtiO, de Jean (laullier Gruter, bour^^nieslre en celle ville et de Catherine Uislicn, anglaise (le nation. (!elte femme était une des plus savantes de son siècle, («ruter, après avoir l)eaucoup voya;.;é, enscifina avec réputation à lleidelhor^. Son nom est célèbre par |)lusi('urs ouvraj^es utiles ; les principaux sont : Insciiptioncs antiqnn'. lleidelberg , IGOI. 1 vol. — Tliesaunis cfilicus. Francfort, 1002, (> vol. — Dclicia poetarnut (ialloium^ ItalGnim, livlij'aonitii^ IS vol. — llis- (ori'œ Awjusia: scripfores, 2 vol. — Chronicon chronicorum, Francfort, ion, 2 vol.

IIÉCA.NATI. ly.'i

et se lia au saint par un \œu solennel sous le noni de fièie Pacifique. {*)

Nous arrivâmes à Rccanali \Ydv une pente fort douce. Sur la grand'place s'élève un monument orné d'un très grand bas-relief en bronze rappellant que les anges déposèrent en ce lieu et y laissèrent pendant quelque temps la maison qu'habitait la très sainte Vierge à Nazareth.

VIUGIM LAUUET.VN.*:

QUOD NAZARENAM SUAM DOMLM

IN RECINETENSI TERRITORIO

FIXAM VOLLERIT,

SENATUS POPL'LUSQUE

TANTl BENIFICII MEMORES

i€NEAM HANC MOLEM P. P.

En 1240 le Pape Grégoire IX érigea Récanati en évéché, qui en 1 591 fut réuni à celui de Lorette. Dans la cathédrale on voit le tombeau de Grégoire XII qui en 1415 renonça au pontificat dans le concile de Constance, le môme ou fut déposé Pierre de Lune, qui se disait Benoit XIII.

En sortant de Récanati^ on entre dans la route du Monte Reale ouverte par Antoine Gallo, sous Clément VU, adoucie par Paul III et perfectionnée par les efforts réunis de Sixte V et de la commune

(*) Le corps du bienheureux Paciliquc repose dans raiicieii touveiit «les frères mineurs à Lens (Belgique), dans un mausolée en niarl)re, près du maitre-aulel, avec rinscripliou suivante :

Sl'B HOC LAPIDE REOOiNUITA SEUVANTUR OSSA SACRA B. l'AClFICl UKUlINIi» M1NURU31 , QUI IPSE PRIMUS Fl'lT PROVINCI/F. FRANCI/C MINISTER.

Voir l'crreoUis Locrius, chronupies lielj^es — Jean Molanus, in nalalibus Belgicis — AVadding. ad ann. liîLi, no XXXLX.

de Lorette. Sixte V mérita par ce bienfait qu'on élevât en son honneur une pyramide avec cette épigraphe :

VIASASPERAS PLANAS FECISTI.

« Vous avez aplani les voies qui étaient rudes. •■> En suivant cette route, on rencontre d'abord un bel aqueduc qui conduit les eaux de la montagne de cette ville aux fontaines de Lorette. Les arceaux sont en briques ; un conduit souterrain parcourt trois milles et amène les eaux à la fontaine principale, d'où elles se répandent dans les établissements publics et dans tous les quartiers de la ville. Selon Bartoli et d'autres historiens , cet ouvrage gigantesque a coûté près d'un million de francs. Au milieu des arcades on lit cette inscription à moitié effacée par le temps ••

PALLO V PONT. MAX.

QL'OD OPTIMl PRINCIPIS PUOVIDENTIA

AQUAM EX AGRO RECINETENSl PURISSIMIS

EX FONTIBLS OPERE SLBTERRANEO ET

ARCL'ATO IN URBEM LALRETANAM

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