AN. M. D. LXXXVI. P. AN. I
<c Sixte V, souverain pontife, originaire de la Marche, adonné à la ville de Lorette, avec le titre épiscopal, le droit de cité, lan du salut 1586, le premier de son pontificat. »
Des deux côtés du portail on lit cette épigraphe :
PIIILIPPUS CARDINALIS WASTAVILLA PROTEUTOR.
Les chaînes de plusieurs captifs délivrés de l'esclavage des Sarrasins ont servi à la confection des clefs de l'église.
Entrons maintenant dans cette riche Basilique, et admirons d'abord d'un premier coup d'oeil ces trois nefs, ces chapelles latérales qui font le tour du temple entier, puis cette croix dont les quatre branches viennent aboutir à la gigantesque coupole, qui recouvre l'auguste Maison de Nazareth enrichie de marbre précieux, où l'art le dispute à la matière. Mais avant de contempler ce monument, dont l'éclat et la valeur surpassent tout le reste, parcourons toutes les richesses et les hcnutés que la Basilique et ses chapelles présentent à l'œil de l'observateur et surtout du chrétien.
La majestueuse coupole et ses magnifiques ornements de marbre furent dessinés, sous Jules II, par le Bramante, commencés à être misa exécution, sous Léon X, par les soins d'André San-Gallo, élevés sous le pontificat de Clément VII, par les talents d'Antoine San-fJ;dlo el fie Simon Musca. iirchilecle rt sciil|)l(Mir. (h'couxcif.'^ spiilcmeiil sous l';iul III fn l 'i^iH cl ciinduils iMiliii i'i l.i (Icruiérc
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perfection sous le règne de Grégoire XIII. Les stucs ont été faits sur un dessin de Jean Boccalino. Les fresques que l'on y voit de toutes parts sont de l'invention de Roncalli, qui fut aidé dans son travail par Pierre Paul Jacometti, Pierre, fils de Lombarde, Laurent Garbière, Bolonais, élève de Roncalli et plusieurs de ses disciples. Sur les pendentifs des piliers on distingue les quatre Evangélistes entourés danges en clair-obscur. Sur les huit faces qui s'élèvent au-dessous de la corniche, entre les fenêtres, sont peintes des figures représentant différentes vertus. Dans l'ornement d'une seconde corniche l'artiste a imaginé des arabesques coloriées, et audessus de la corniche, au commencement de la voûte, une espèce de parapet, chargé de jaune et d'or, au-dessus duquel se tiennent debout huit figures de Docteurs grecs, qui ont devant eux seize anges, soutenus sur leurs ailes et portant les armes des Papes et des cardinaux protecteurs. Sur les deux pilastres du grand arceau, qui séparent la nef de la coupole, on voit à gauche les armes de la maison d'Autriche, à droite celles de la famille Farnèse. Du même côté on aperçoit le baldaquin, sous lequel se tiennent habituellement les prêtres gardiens du sanctuaire, qui reçoivent les offrandes des pieux pèlerins pour orner la sainte chapelle.
Non loin de là, sur un pilastre se trouve le magnifique mausolée du cardinal Bonaccorso Bonaccorsi, légat de Bologne ; les sculptures sont d'Antoine Raggi, de Vico Marco, élève d'Algardi ; on admire surtout la croix et les riches marbres qui composent le monument.
La voûte de la grande nef présente en clair-obscur différentes images de pro[)hètes tracées presque toutes par la main de Luc Signorelli de Cortone et Pomeiancio. Sous l'arcade on voit le tombeau presque ruiné, qui renferme les cendres de monseigneur Aquaviva de Naples.
Le tombeau de l'illustre François Cantucci de Pérouse, premier évêque de Lorette, élu par Sixte V, est remarquable pour rhi.>^toire de cette ville, spécialement dédiée à la sainte Vierge. Le corps do ce prélat fut retrouxé intact on 1827. Le beau buste en marbiv
blanc qui ornait le mausolée, fut abattu en 1797, lors de l'invasion française, époque à laquelle Ton détruisait impunément tant de chefs-d'œuvre, conservés jusqu'alors avec grand soin.
Au-dessus de l'autel dédié à sainte Anne, un tableau en mosaïque représente cette sainte avec son époux saint Joachim et la sainte Vierge, arrosant un lis, symbole parfait de sa pureté céleste. L'original est de madame Kauffmann, morte à Rome en 1807.
La chapelle qui sert de chœur aux chanoines, est environnée d'une haute balustrade en bois travaillée avec art. L'orgue, placé dans une tribune, est un des plus mélodieux de l'Italie.
La chapelle, de l'Annonciation est appelée ducale^ parce quelle fut élevée par François Marie IL duc dUrbin. Le tableau qui représente l'archange Gabriel, apportant à la très sainte Vierge l'heureuse nouvelle de sa maternité divine, est une copie en mosaïque de Baroccio, dont l'original est au musée du Vatican. Les peintures latérales représentent le mariage de la sainte Vierge et la Visitation, d'après Zacchari. La Foi couverte d'un voile et tenant une croix, exécutée par le même, est un ouvrage digne d'admiration et du goût le plus pur. Les ciselures qui ornent ce sanctuaire de tous côtés sont des allusions continuelles aux armes de la famille de la Rovère. tige illustre des ducs dUrbin.
La sacristie de la cure fut ornée de fresques par Luc Signorelli. les armoiries sont embellies d'arabesques, que 1 on croit être de Benoit de Maiano, ainsi que les sculptures en marbre qui embellissent le lavabo. Il est fâcheux que ces ouvrages remanjuables soient endommagés par le temps et noircis par la fumée de l'encens.
Non loin de là on aperçoit, dans le mur, le sépulcre de mon- .seigneur Pierre Dominique Cabannes, gouverneur de Loretle et originaire d'Avignon ; le buste est d'un bon style, exécuté par .\ntoine Raggi.
On distingue ensuite le tombeau du cardinal Nicolas Cajéland una h('ll(^ archil<'clurequiest attribuée ;'i Françoi.s Volierro ou à Calca.yni. i.es Vertus en marbre placées dans les niches, passent pom cire
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du chcvalifT Jean Dclla Porta ; mais la figure en bronze du cardinal agenouillé sur le cercueil, a été coulée par Antoine Calcagni ainsi que les emblèmes funéraires qui décorent le mausolée. Sur la base on lit cette inscription :
NICOLAUS CAJETANL'S CARDINALIS SERMONETA, GENTILIS PAPE BOM- FACII VMI, CLM SLB ID TEMPIS QLO ILLE POMIFICATIM IMIT SA.NCTAM HANC DOMIM HÎC TANDEM DIVIMTIS CONSEDISSE. ET MLLTA SE A DEO OPT. MAX. BEATyE VIRGINIS MARI/E DEIPAU.E PRECIBLS OBTINUISSE MEMI.MSSET, SPERA.NS EJISDEM OPEM MORIENTl NON DEFITIRAM. MONUMENTIM HOC MARMORELM VIVENS ET INCOLLMIS FACIENDLM CLRAVIT, .\TQLE IN EO, IBI MORTALITATEM EXUISSET, CORPUS SUUM RECONDI VOLL'IT, AN. AGENS MV. OBIIT ANNOS NATIS FERME LX, AN. SAL. IIIM. M.D.LXXXV, MENSE M A 10.
<( Nicolas Cajétan cardinal, natif de Sermonéta, de la famille du pape Boniface VIII, s'étant rappelé au commencement du règne de ce pontife, que cette Sainte Maison s'est arrêtée en ce lieu, par un ordre de la Providence, et que lui-même avait obtenu de Dieu par les prières de la Vierge Marie, sa Mère, de nombreuses faveurs, plein de la confiance que son secours ne lui manquerait pas à la mort, il a pris soin de faire élever ce tombeau de marbre. durant sa vie et dans les jours de sa santé, et a voulu que son corps y fut enseveli, quand il serait dépouillé de la mortalité. Il avait alors cinquante quatre ans; il mourut environ à l'âge de soixante, l'an du salut 1585, au mois de mai. '>
Dans la chapelle de la Nativité, la sainte Vierge, en mosaïque, est une magnifique copie d'Annibal Carrache ; ce tableau est un des plus remarquables de cette église; l'original se conservait jadis dans la sacristie du trésor, mais il se trouve aujourd'hui au musée du Louvre à Paris. La voûte offre en stuc et en peinture divers traits de la passion du Sauveur.
La chapelle qui forme le rond de l'église, est le sanctuaire de la
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province de la Marche d'Ancône. Elle lui fut cédée sous Sixte V, à condition d'en exécuter les ornements. L'on y conserve le saint Sacrement dans un ciboire d argent, artistement ciselé, le tabernacle est recouvert dun grand et beau baldaquin du même métal ; sur les gradins douze chandeliers d argent, entremêlés de fleurs, décorent lautel consacré au Mystère auguste de l'amour divin. Outre les portraits de l'évêque Alexandre de Ressato. du comte Frangipani. et de Godefroid de Bouillon, on admire le tableau représentant Tancrède mourant dans les bras d'Herminie, par Pietro di Corione ; l'expression en est si belle qu'on croirait assister aux derniers moments du mourant, l'illusion si complète qu'on croirait entendre aussi ses gémissements. Les cornes d'abondance et le grand candélabre de bronze, sont des ouvrages précieux de Jérôme Lombardo.
Le tombeau au bas dos marches, devant la table de conmiunion, renferme les cendres du cardinal Alphonse Visconti. membre de la famille des anciens ducs de Milan et mort gouverneur à Fermo.
L'Assomption de la sainte Vierge, dans la chapelle qui lui est dédiée, est une copie en mosaïque du célèbre tableau de fra Bartolomeo, religieux de l'ordre de saint Dominique : les belles peintures qui ornent les parties latérales sont de Pellegrinoïibaldi de Bologne.
Derrière un confessionnal on aperçoit une lame de plomb, qui rappelle la mémoire du cardinal François Ambasien, évêqued'Albi en France, enseveli dans ce lieu. La pierre de marbre blanc placée au-dessus est une offrande d'actions de grùces , présentée par Jean III, roi de Pologne, pour 1 insigne victoire remportée |iar les armes polonaises sur les Turcs à Barkan. On y conservait autrefois l'étendard arraché aux infidèles; mais, en 1798, il fut enlo\é par un général de cette nation, qui le reporta dans sa patrie comme un glorieux trophée de ses concitoyens.
Près de là est la porte de la sacristie, où le chapitre tient ses .séances. On voit dans une niche un buste de I évangéliste saint Luc. ouvrage très curieux de Luc della Robbia, de Florence.
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La chapelle de la Visitation, est ornée d'une ancienne mosaïque, exécutée dans la Basilique de Lorette en 1 687 ; elle a pour objet ce mystère et est copiée d après Frédéric Barocci, dont l'original se trouve dans 1 église de sainte Marie in Vallicella à Rome.
La chapelle du Rosaire contient en peintures tous les mystères de cette pieuse dévotion. On y garde précieusement un crucifix antique et miraculeux.
Le sanctuaire de la Conception est tout orné de peintures à fresque dont le style et le coloris .semblent appartenir à Lombardelli. On y admire llmmaculée Conception de Charles Maiatha : le mariage de la sainte Vierge, du même artiste, peinture pleine de noblesse. Cette chapelle na point d'autel ;elle conduit aune troisième sacristie et à la grande chapelle du trésor.
Dans la première chapelle qui suit, on remarque un tableau de la Cène, exécuté par Simon Vouet, peintre Français, vers la tin du XVI""" siècle. Il est regardé comme fondateur de Técole française et comptait parmi ses élèves : Le Sueur, le Brun et Mignard. On admire dans ses tableaux une grande facilité, un pinceau frais et moelleux.
La mosaïque placée sur lautel de la troisième chapelle est faite d'après un tableau de Guido Reni, dont l'original se conserve chez les capucins à Rome.
Saint François d'Assise, imité en mosaïque d'un chef-d'œuvre du Dominiquin, fait l'ornement de la chapelle suivante.
Toutes les beautés des chapelles, que nous venons d'indiquer, semblent séclipser devant la magnificence des fonts baptismaux sculptés en bronze par Tiburce Verzelli et Jean Vitali, chef-d'œuvre qui à coûté 80,000 francs. Ce baptistèie est un grand vase de bronze à demi pyramidal, soutenu par quatre enfants du même métal, orné de statues et de bas-reliefs, représentant dilTérents traits de l'ancien et du nouveau testament, symboles du Baptême : au sommet domine Jésus-Christ baptisé par saint Jean. Les médaillons du milieu montrent saint Jean, baptisantdans le Jourdain :
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autour de ce groupe admirable on voit la circoncision du Sau\eur. la guérison de Naaman se baignant par ordre d'Elysée dans les eaux du Jourdain, où il recouvre la santé : sur le devant des fonts sacrés, Jésus quittant Jérusalem, rencontrant l'aveugle-né, à qui il rend la vue ; la piscine probatique, remplie dune foule de malades, qui attendent la descente de l'Ange ; saint Philippe Diacre, baptisant l'eunuque de la reine de Candace. Aux quatre coins du vase, sont quatre belles statues; la i)remière représente la Foi, avec cette devise : Nescia Faîli, <t elle ne saurait être trompée. » La seconde lEspérance, avec ces mots -. Nescia Flecti « elle ne saurait être ébranlée. )> La troisième, la Charité, avec cette légende : Nescia Scindi <t elle ne saurait être divisée. » La quatrième, la Persévérance, avec ces paroles : Nescia Frangi «t elle ne saurait être brisée. » Au-dessous sont quatre médaillons, où l'on peut suivre les diverses translations do la sainte Maison. On y voit le sanctuaire de Lorette, entouré de pèlerins, qui implorent 1 intercession de la toute-puissante protectrice des fidèles.
Le pavé de cette belle église est d'un beau marbre blanc et rouge, qui relève la magnificence de cet édifice.