‹ Souvenirs d'ItalieChapitre 51 sur 134 · EXTERIEUU DE LA SAINTE MAISON · texte numérisé non relu

EXTERIEUU DE LA SAINTE MAISON

Credo, spero, aoio.

Contemplons maintenant, sous le dôme de la belle et riche Basilique, la sainte Maison de Nazareth, où s'accomplirent les ineffables mystères d'humilité, de pauvreté, d'obéissance et d'amour, qui sont devenus la base de l'Évangile et le principe de la plus étonnante révolution morale dont le monde ait conservé le souvenir. Cette sainte Maison fut transportée miraculeusement dans le treizième siècle, sous le pontificat de Nicolas V, de Nazareth en Dalmatie et de la Dalmatie à l'endroit qu'elle occupe aujourd'hui, après avoir plusieurs fois change de place dans la forêt qui environnait Lorette.

Quelqu'étonnants que soient les miracles dont cette sainte chapelle rappelle le souvenir, ces miracles pâlissent et s'éclipsent devant le mystère ineffable et infiniment plus admirable d'un Dieu fait homme dans ce saint lieu. Toutefois si limagination s'étonne, au récit de ces merveilles, si la critique demande des preuves, n'a- \ ons-nous pas Benoit XIV (*) dont la rare science et la piété éclai-

(♦) HcikmI. \I\ . (lo IVslis II. M. V. parle il. ^, CCM.

rée ont fait un des plus grands Papes; n'avons-nous pas des décrets de souverains pontifes, des historiens, des monuments irréfragables pour satisfaire à toutes les exigences et lever tous les doutes? (*)

La façade extérieure de la sainte Maison est d'un goût si délicat qu'elle mérite à juste titre de fixer notre attention. Elle a une longueur de quarante et un pieds, deux pouces ; en largeur elle mesure environ trente pieds ; la hauteur est de trente quatre pieds. Ce superbe travail forme un rectangulaire carré ; il est tout entier de marbre blanc de Carrare.

C'est à Clément YIII qu'on doit ce beau chef-d'œuvre. Son prédécesseur Léon X avait déjà conçu l'idée de revêtir, à l'extérieur, de sculptures en marbre blanc, les murailles du sanctuaire -, mais il ne put réaliser ce plan. Clément VIII appela pour ce grand travail les plus illustres artistes, Antoine Sangallo, Nicolas Bandinello, Raphaël Baccio, Dominique Lamia, Raphaël de Monte-Lupo, Jérôme et Simon Lombardi et Jean délia Porta qui rivalisèrent de talent et de génie dans raccomplissement d'un si noble ouvrage. Il dé.signa pour surveiller les travaux l'architecte Nérucci de Pise. Quand les ornements furent prêts et que Nérucci eut fait abattre la muraille antique qui servait à protéger un angle de la sainte Maison, on s'aperçut que les murs fragiles de la chambre miraculcu.se étaient écartés. Par cette destruction les parois de la casa santo, restèrent pendant quelques jours exposés dans toute leur simplicité aux regards avides de la dévotion et de la curiosité des fidèles. Chacun put alors s'assurer par ses propres yeux que le sanctuaire était posé, sans fondements, sur le sol nu. On voyait au-dessous une terre poudreuse et broyée, semblable ù celle d'une voie fréquentée, conformément au témoignage constant de la tradition.

Le miracle de la translation fut encore plus clair (piand (in eut

(*) \'(»ir ;"i la lin de lOinragc les jireini'S didnilih' df la saiiilc .Maison de Lorclli- avec celle qui se (rouvail à Nazarolli el riiisloire des Iraiislalioiis miraculeuses.

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fait les creusements nécessaires à la construction des bases qui devaient soutenir les marbres . Il fut alors très facile de se convaincre sans qu'il restât un seul doute que les saintes murailles étaient posées comme en suspens sur un terrain inégal et poudreux. Jérôme Angelita, historien comtemporain, a présenté un rapport ofTiciel au pape Clément VIII, dans lequel il fait une mention particulière de ces faits prodigieux (*).

Les fondements des murs qui entourent la sainte Maison s'élevaient déjà de terre ; mais le plan, arrêté par Léon X et approuvé par Clément VII, exigeait que l'unique porte de la casa santa fut murée et que l'on en ouvrit trois autres pour prévenir les fâcheux accidents qui arrivaient tous les jours, par suite de l'encombrement des pieux pèlerins dans un espace si étroit. Les portes s'ouvrirent sans aucun dommage, en présence des personnages les plus respectables ; les pierres, recueillies avec respect, furent employées à refermer la seule ouverture qui donnât auparavant entrée dans le sanctuaire. La poutre, qui servait d'architrave, fut conservée dans la bâtisse comme un monument et un souvenir de l'ancienne disposition de ce lieu et le nouveau plan recevait son exécution avec ses magnifiques sculptures, ses colonnes d ordre corinthien, ses niches, ses statues des apôtres et des sibylles qui ont annoncé le mystère ineffable de llncurnation du Fils de Dieu, et une infinité de basreliefs représentant la vie de la sainte Vierge.

Ces ornements, en superbe marbre de Carrare, chefs-d œuvre des beaux temps de la sculpture, furent successivement exécutés sur les dessins du célèbre Bramante par Andréa Catucci da Sansovino, Jérôme Lombardo, son élève Bandinelli, Guillaume Délia Porta. Jean de Bologne, François San Gallo et autres savants maîtres, sous Léon X, Clément VIL Paul ITÏ et entièrement achevés sous Grée;oire XIII, en 1579.

(*) Voir Hier Aiigolila, hisl. Laur, lih. 7. Il dcHia son ouvrago à Clément YIM.

2^2 SOUVENIR? ditalie:

Ces quatre belles murailles ne ser%ent que d'ornement à la casa santa et sont bâties de manière à ne pas la toucher.

A sa partie occidentale, qui regarde la grande nef, on distingue au milieu la fenêtre par oii lange Gabriel entra pour annoncer à Marie sa gloire et le bonheur du genre humain ; elle est défendue par une grille travaillée avec art. Au-dessous est dressé un autel, consacré au mystère du Verbe fait chair et placé en cet endroit pour donner au peuple la facilité d'entendre la messe devant la sainte Maison, quand la foule ne permet pas à tous d'y entrer. Les souverains pontifes ont attaché à cet autel les mêmes privilèges qu'à celui de la sainte Maison. Au-dessus de la grille est un grand encadrement, représentant l'Annonciation de la sainte Vierge. L'ange Gabriel, à genoux aux pieds de Marie, tient un bouquet de lis à la main et la salue par \Ave Maria, qui sort de sa bouche. Sur une nuée, que I on croirait détachée du bloc, plusieurs esprits célestes soutiennent le Père éternel qui envoie le Saint Esprit, sous la figure d'une colombe. Marie, attentive à la parole céleste, est ravie dans une sainte extase. Tout dans ce marbre est vivant et animé. Ce chefd'œuvre est dû au ciseau d'André Sansovino :(*) lexécution en paraissait diN ine à Vasari. Sur les parties latérales de la fenêtre, on voit, à gaucho la visite de la sainte Viei-ge à sa cousine Klisabeth, par Raphaël de Monte-Lupo ; à droite, le dénombrement fait à Bethléem, ojj la sainte Vierge et saint Joseph se pré.sentèrent pour se faire inscrire ; San Gallo en est 1 auteur. Dans des niches on voit les sibylles de Lybie et de Delphes par Giovanni Délia Porta. Les prophètes Jérémie et Ezéchiel sont dûs au tiilent distingué de .lérùme Lombarde, élève de San.sovino.

Du coté du midi s'ouvrent deux portes : 1 Une poiii- entrer dans la .sainte Maison ; lautrepour monter sin- la voûte de la casa san^t. Audessus de I une on voit la crèche où Jésus est couché, sous la sarde

(*) Vil.i ili Aii(lro;i Saiisoviiio pari. 111, m (|iirll.i |tiirl»' dox'r lo s|i.i- /ii) ma^giorc frcc .Andréa langclo.

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