‹ Souvenirs d'ItalieChapitre 72 sur 134 · PREDICATION DE SAINT ANTOINE · texte numérisé non relu

PREDICATION DE SAINT ANTOINE

taires infectaient de leurs mortels poisons les villes et les campagnes . Pour combattre cette doctrine pernicieuse , la Providence suscita lesdeux grands patriarches, saint Dominique et saint François avec leurs enfants. De toutes les villes de la Romagne, Rimini était peut-être la plus malade. Saint Antoine de Padoue, le thaumaturge de l'époque, fut chargé de la guérir. Sa réputation l'avait devancé. Sentant bien qu'ils étaient vaincus si on allait l'entendre, les hérétiques résolurent de ne point se rendre à ses sermons. Le saint monte en chaire, tout le monde se sauve. L'église devient déserte ou à peu près. Il ne se décourage pas, et revient le lendemain en protestant qu'il prêchera, n'eùt-il pas un seul auditeur. Les Patarins comprirent que la curiosité finirait par entraîner quelques défections dans leurs rangs; ils résolurent donc de tuer le prédicateur. Saint Antoine apprend leur dessein et se renferme dans sa cellule, passant les jours et les nuits dans les jeûnes, la prière et les actes de la plus effrayante macération .

Au bout de quelques jours, enflammé de l'esprit de Dieu, il sort et va droit sur le rivage de lAdriatique, à l'endroit où la Marecchia^ qui passe à Rimini, se jette dans la mer. Debout sur la plage, il appelle à haute voix les poissons pour célébrer les louanges de leur Créateur, puisque les hommes refusent de les entendre. Un grand nombre d'habitants que la curiosité avait conduits sur les pas du saint, ou qui se trouvaient là pour se promener, le traitèrent de fou et, en attendant,s'arrêtèrent pourvoir ce qui arriverait. A l'instant les flots s'agitent, à la surface apparaissent des troupes innombrables de poissons, rangés en bel ordre, chacun selon son espèce. Les plus petits sont plus rapprochés du saint, les autres sechelonnent en suivant et forment un grand amphithéâtre. Élevées audessus de l'eau, leurs têtes, variées de formes et de couleurs, res.scmblent à un tapis de perles sur l'azur des flots : tous paraissent attentifs.

Le saint leur fait alors un magnifique discours ; il leur rappelle les bienfaits particuliers qu'ils ont reçus du Créateur, la variété et

la beauté de leurs espèces, la grâce et l'agilité de leurs mouvements, l'avantage de leur élément où ils ne tombent pas par fatigue comme l'oiseau voyageur sur le navire, ou le quadrupède sur la terre ; la sûreté de leur habitation également à l'abri de la foudre et de la grêle, l'abondance et le choix de leur nourriture, leur multiplication merveilleuse qui n'exige ni les soins de la mère, ni le lait d'une nourrice; le privilège d'avoir été, entre tous les autres animaux, préservés de l'extermination générale au temps du déluge. Il leur rendit l'honneur qu'ils ont reçu plusieurs fois d'être employés par leur Créateur lui-même à différents offices, sauver Jonas, guérir Tobie, remplir les filets des apôtres du Fils de Dieu, et de s'être multipliés dans les mains de Jésus-Christ pour rassasier la foule du désert; de lui avoir fourni la pièce de monnaie pour payer le tribut, et sa nourriture favorite pendant sa vie mortelle -. de l'avoir vu marcher sur leur clément et enfin choisir leurs pêcheurs pour en faire des pêcheurs d'hommes.

On eut dit que ces animaux le comprissent tant fut grande leur attention, tant furent vifs les applaudissements qu'ils donnèrent uses paroles, soit en levant la tête, soit en ouvrant la bouche. Si les assistants furent stupéfaits à la \ue d'un pareil prodige, il n'est pas besoin de le dire. Dès le commencement i)lusieurs accoururent hors d'haleine sur la place publique annonçant ce ([ui se passe ; et Rimini tout entier s'est vidé pour venir au rivage. Alors le saint rend grâces à Dieu et dit qu'il est plus honoré par les poissons que par les hommes hérétiques et infidèles. Puis, bénissant son nmet auditoire en faisant le signe de la croix, il les congédie ; soudain tous les poissons remuant leurs queues et baissant leurs têtes .se plongent dans les flots et disparai.s.sent. Un .semblabl(> miracle fait tomber tout ce peuple à genoux et réi)andie des torrents de larmes. Le saint profite de cette disposition pour montrer avec cette élo(iuenco de feu, dont il est doué, la malice énorme du i)éché et suili»iif de I hérésie : presque tous .se convortis.sent à I instant

Un petit nombre, toutefois, resta obstiné. Au |iicmiei lan^

MIIIACLK OI'KUl'; l'AR SAINT ANTOINE. 28.'j

était un certain Bonvillo, chef de la secte. Soit qu'il ne fût pus présent au miracle, soit qu'il voulût jouer l'esprit fort, il se moquait de ceux qui s étaient convertis, pour avoir vu, disait-il, cinq ou six poissons arrêtés par hasard sur le bord de la mer. La pensée lui vint de flétrir la réputation du saint en lui demandant un nouveau miracle quil regardait comme impossible : u II serait indécent, lui dit-il, pour Jésus-Christ, d'être dans l'Eucharistie sous les espèces du pain, au.ssi n'y est-il pas et, pour t'en convaincre, je veux te le faire prouver par mon âne. Tu lui présenteras ton pain sacramentel, et nous verrons s'il l'adore. >« En entendant un pareil blasphème, le saint est saisi d'horreur ; toutefois inspiré de Dieu, il accepte le défi et marque le jour de l'épreuve. Les hérétiques l'attendent d'un air de jubilation et chantent déjà leur triomphe ; les catholiques tremblent n'ayant encore pour le saint la confiance et lestime qu il méritait. Néanmoins le miracle des poissons soutient leur courage. En attendant, le saint jeûne, prie et ne doute pas de l'assistance divine : toute la ville est en émoi.

Le matin du jour fixé, Antoine célèbre la sainte messe, vient sur la place publique avec le saint Sacrement, accompagné de ses religieux et s'arrête devant la maison de Bonvillo. Celui-ci s'avance d'un air méprisant avec sa bête de somme, à laquelle, depuis trois jours, il n'a pas donné de nourriture. Arrivé devant le saint Sacrement il lui présente de l'avoine. Le saint adresse quelques mots au peuple immense qui l'entoure et lui dit d'avoir foi et dévotion à Notre Seigneur ; puis, d'une voix sonore, il appelle le stupide animal et lui commande de venir adorer son Créateur caché sous les espèces sacramentelles. A cet ordre, la bête de somme laisse l'avoine, s'a\ ance, se met à genoux, baisse la tête et demeure dans cette attitude respectueuse, jusqu'à ce que la Sainte Hostie soit reportée dans l'église. Le moyen denier un miracle de cette force, accompli sous les yeux de tout un peuple ! Aussi le triomphe des catholiques et la confusion des Palarins furent ce qu'ils devaient être. Bonvillo, stupéfait, interdit, touché de la grâce, abjure Ihéré-

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sie avec d autant plus de gloire pour la vérité qu'il avait été plus opiniâtre et quil était de tous les Manichéens le plus accrédité et le plusiiuissant.Il fit construire une magnifique église en l'honneur du Prince des Apôtres et passa le reste de sa vie dans la pénitence; il mourut en laissant de grandes espérances pour son salut. (*)

(*) Gaumc, les trois Rome, tome 111. Waddiiii;, annales niinoruni ad Ânnuni lû-2'6. — Vita di san Anlonio lih. I,cap. IX. pag. U).

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