RUBICON
Nous venons de nommer ce fleuve. Il passe près du \ illage de Savignano sous un pont romain construit du temps des consuls et est pavé de pierres rouges qui se trouvent encore dans le fleuve et qui ont fait donner à ce dernier l'épithète dePimiceusRiibico. Ce fut au bord de cette rivière que César s'arrêta et délibéra s'il devait le franchir pour s'opposer au parti de Pompée. Ce fut après l'avoir passé qu'il s'écria « le sort en est jeté !> aléa jacta est : on connaît les conséquences de ce passage, qui, dans le fait, n'était rien en luimême et qui cependant décida du sort de Rome. Le sénat avait défendu par un décret solennel ù tout général de franchir ce fleuve avec son armée sans avoir préalablement déposé les armes et les étendards. L'infraction à ce décret entraînait avec elle toutes les peines applicables à un ennemi de la patrie. C'est ce qui explique l'hésitation de César. Voici comme Suétone raconte ce grand événement.
Après le coucher du soleil César fit atteler à sa voiture des mulets appartenant au meunier qui habitait dans les en\ irons, se mit secrètement en route avec une suite peu nombreuse et comme, ù l'heure où l'on éteint les lumières, il s'était écarté de la route, il
erra longtemps. A la pointe du jour il retrouva le chemin et s'engageant à pied dans des sentiers très étroits il rejoignit ses cohortes au bord du Rubicon qui était la limite de cette province. Là, s'arrétant, il mesura toute la hardiesse de son entreprise ; ensuite se tournant vers ses soldats : « Après tout ce que nous avons fait, dit-il, nous pouvons encore retourner sur nos pas ; mais si nous passons ce petit pont, sachez qu'il faudra vous frayer un passage lépée à la main. i> L'armée reste indécise, lorsqu'un spectacle subit vient l'arracher à son trouble. Un homme d'une belle taille et d'un visage ravissant, se montra tout-à-coup dans le voisinage -. il jouait le chalumeau. Outre les patres, un grand nombre de soldats parmi lesquels se trouvaient des trompettes, sortirent des postes pour entendre cet homme, qui arrache aussitôt des mains d'un assistant une trompette d'airain et s'élance vers le fleuve ; alors entonnant un chant de guerre, il passe la rivière et arrive au bord opposé ; César profitant de cette circonstance : Allons, dit-il, là où la volonté des dieux est si clairement montrée, là où l'injustice de nos ennemis nous appelle , le sort est fixé.
Après avoir traversé le fleuve, il fil un discours où il implora avec le secours des tribuns du peuple, la fidélité de ses troupes. Il parut devant elles les larmes aux yeux et les habits déchirés. (*)
Aldus Manutius dit qu'en retournant à Venise en lOI.'i, il vit sur le bord du Rubicon un ancien cdit ainsi conçu :
JL'SSL'.MAND.VTLVR. P. H COS. IMP. TRIB. MILES. TYRO.
r.o.MM.no. AiniAiE.
Qiisyris. ES.
MANIPL'LARIVE. CENTLRIO. TIRMEYK LECIO.WUI I IIIC. SIJ'TITO. VEXn.LfiM. SINLIl) ARMA DIPONrro
(*) SiK'loiiiii.s iii >i(;i I). .Iiilii (ia'.sari.s., i'<'i|i. .11.
m IMf.ON iSi*
NEC. CITHA, III NC. AMNF.M.
RUniCONEM. SIGNA. DUCTUM
KXEUCITLM. COM.MEATUMVE.
TRADUCITO.
SI. QUIS. IIIJL'SCE. JLSSIOMS.
EIU;0 ADVERSUS, PR^CEPTA.
lERIÏ. FECERIIVE.
ADJIDIC.VTLS. ESTO. IIOSTIS.