‹ Souvenirs d'ItalieChapitre 76 sur 134 · OLIM PRINCIPI NUNC PROTECTORI · texte numérisé non relu

OLIM PRINCIPI NUNC PROTECTORI

Un second pour les femmes illustres de sa famille.

MALATESTORUM DOMUS HEROIDL'M SEPULCRUM.

Il fit construire un tombeau à Isotte, son épouse, princesse aussi savante qu'intrépide et, près de la porte, le mausolée qu'il se fit élever pour lui-m(^mo. On y lit que ce prince mourut en 1 i68. Près de là on voit quelques vieux étendards. Les Malatesta portaient dans leurs armes une rose et un éléphant.

On croit que les ouvrages en bronze de la chapelle du saint Sacrement sont de Ghilberti. On admire encore dans cette église une statue d'une vieille Sybille. Le Pape Clément XIV accorda, en 1771, aux chanoines de la cathédrale, le droit de portoi h^s habits

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pontificaux, ainsi que les portent les abbés mitres. Ce souverain pontife naquit à San Archangelo, village voisin de cette ville.

La grand' place est assez belle et peut être divisée en deux parties. Dans la première est le palais des Malatesta qui furent les seigneurs de cette ville pendant plus de deux cents ans. On appelle lautre partie le marché de la fontaine, à cause d'une fontaine, que lempereur Antonin y fit construire. Elle a un bassin en marbre très bien travaillé et fournit de l'eau en abondance.

A la place de la Communità, devant le palais des tribunaux, est la statue en bronze du Pape Paul V. L'Hôtel de Ville possède une horloge d'un mécanisme très curieux. Les maisons qui sont autour de cette place sont soutenues au moyen de portiques et habitées par des marchands.

Devant l'église, dédiée à saint François Xavier, contigue au collège des Jésuites, on voit une belle place ornée dejolies fontaines.

L'ancienne cathédrale, qui sert maintenant de caserne, fut construite sur les ruines d'un temple de Castor et Pollux.

Rimini, lundi / Juin.

Ce jour fut consacré à visiter les autres monuments remarquables, dont nous allons esquisser brièvement la description.

Nous nous rendîmes d'abord à la bibliothèque de cette ville, fondée,en 1617, par un legs du célèbre jurisconsulte Alexandre Gambalunga et qui possède trente mille volumes. Les manuscrits traitent presque tous de l'histoire de la ville ; on y voit entre autres soixante trois volumes intitulés -. AUegationes, du savant cardinal Garampi, antiquaire distingué, qui renferment des pièces théolologiques et judiciaires portant les dates de 1736 à 1773.

La collection d'inscriptions et d'autres objets d'antiquité, formée par les soins du docteur Jean Blanchi, mérite de fixer l'attention des archéologues.

On montre encore la demeure de Francesca (ïArimino, qui a inspiré à Silvio Pellico sa fameuse tragédie. Ce poète, au sortir de sa prison du Spilberg,eut une conversation assez singulière au sujet de cette tragédie ; voici comme il en parle dans son ouvrage : Le mie prigioni : « Etant à Brescia, quoique en proie à mille angoisses, comme j'avais tant de raisons de l'être, ce que je vais raconter me fit un peu rire. Sur une table de l'auberge était une afliche do théâtre ; je la prends et jolis : Françoise de Rimini^ opéra. — De qui

estcet opéra ?dis-je au valet. — Qui Ta mis en vers ou en musique, répondit-il. c'est ce que je ne sais pas ; mais au fond c'est toujours cette Françoise de Rimini, que tout le monde connaît. — Tout le monde? Vous vous trompez; moi qui viens de l'Allemagne comment voulez-vous que je connaisse vos Françoises ? Le domestique à ces mots (c'était un jeune garçon, véritable enfant de Brescia, à la figure un peu dédaigneuse) me regarda avec un air de pitié méprisante. — Ce que vous avez à savoir? Il ne s'agit pas ici de trente six Françoises, il ne s'agit que d'une seule Françoise de Rimini, c'est à dire de la tragédie du signor Silvio Pellico. On l'a mise ici en opéra, en la gâtant un peu, mais malgré cela, c'est toujours cellelà. — Ah ! Silvio Pellico ! je crois en effet avoir entendu ce nom-là quelque part, n'est ce pas ce mauvais drôle qui fut condamné à mort et ensuite au carcere duro, il y a huit ou neufs ans ?

J'eusse été plus sage de ne pas faire cette plaisanterie ! le domestique regarda autour de lui. puis me fixa en grinçant de ses trentedeux belles dents, et s'il n'eut entendu du bruit, je crois qu'il m'assommait. Il s'en alla murmurant : méchant drôle! Mais avant mon départ, il découvrit qui j'étais. Il ne savait plus ni interroger, ni répondre, ni écrire, ni marcher. Il ne savait plus que me regarder, se frotter les mains, et dire à tout le monde, hors de propos : « oui signor, oui signor. '• On aurait dit qu'il éternuait. (*)»

Rimini a eu plusieurs illustres savants , entre lesquels on remarque Grégoire l'Hermite, les frères Jacques Leoni, habiles dans les langues grecque et latine ; le docteur Giovanni Blanchi, qui a beaucoup écrit sur l'histoire naturelle et sur les antiquités. Il publia, sous le nom de Janus Plancus, un ouvrage intéressant : de conchtjliis minus notis, dans lequel il recherche avec beaucoup de talent les causes du flux et du reflux, et de la retraite de la mer qui semble s'être éloignée du golfe de Venise le long de la côte do

(*) I,p inic prifïioiii, mcinoric ili Sylvio l'cllic<», caiMi XCV.

lUMi.M. i9o

Tarento. — Battara et Serafino Calindri, savants naturalistes méritent aussi une mention toute spéciale.

Rimini exporte les produits de ses manufactures de soieries, de SCS raffineries de soufre et fait un grand commerce en poissons. La situation de cette ville est une des plus charmantes de 1 Italie : elle est environnée d'un côté d'une très belle plaine, abondante en froment^ de l'autre de petits coteaux, couverts de vignobles, de maisons de campagne, de jardins et de plantations d'oliviers.

En 1627, cette ville souffrit beaucoup d'un tremblement de terre, qui la ravagea et causa la mort à quatre cents personnes.

Vers les deux heures de l'après midi nous partîmes deRimini pour Ancône. A douze milles de Rimini, du côté de Pesaro , vers les Apennins et sur le haut d'une montagne, est située la petite ville de San il/anno^ siège d'une république d'environ 5,000 habitants. La montagne où la ville est bâtie et quelques éminences, qui en dépendent naturellement, forment toute létendue de son territoire, qui n'a que dix-sept milles carrés. Les revenus de l'Etat s'élèvent à environ trente mille livres; son armée n'est que de quarante hommes. Trois forts composent toutes les places fortes ; dans le plus élevé des trois on voit quatre canons d'une petite dimension.

On fait remonter la fondation de cette ville au milieu du quatrième siècle : un vertueux artisan delà Dalmatie, nommé Marine, après avoir travaillé de longues années aux réparations du port de Rimini, se retira sur une montagne pour y vivre dans la solitude. Malgré le soin qu'il prit de cacher les austérités qu'il y pratiquait, la sainteté de sa vie éclata et il eut bientôt des disciples et des imitateurs. Une princesse, propriétaire de cette montagne la céda à Marine ; le vertueux anachorète y jeta les premiers fondements d'une république, qui, lors môme qu'elle ne présente pas de brillantes conquêtes, compte cependant quatorze siècles de paix et de bonheur, parmi toutes les vicissitudes qui ont bouleversé bien des pays de l'Europe.

Elle donna un puissant secours au Pape Pie II, contre Malatesta de Rimini. Pour reconnaître ce service le Pontife lui fit donation de quatre forteresses ; mais aujourd'hui il n'y a plus dans ce petit Etat, que trois châteaux, trois couvents et cinq églises.

Cette république est gouvernée par deux capitaines, l'un de la ville, l'autre de la campagne, qui sont élus tous les six mois. Le conseil général est composé de soixante membres, pris parmi les nobles et les plébéiens par voie de suffrages dans l'assemblée générale du peuple [arringo). Un conseil de douze, dont les deux tiers sont renouvelés chaque année, sert d'intermédiaire entre le corps législatif et les deux capitaines.

A la salle du conseil, on admire une sainte famille d'une belle exécution , peinte par Jules Romain et le buste en marbre du célèbre Onofri, défenseur de cette république.

Sur la porte de l'église principale qui est dédiée à saint Marin, se trouve l'inscription suivante :

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