DIVO MARINO PATRONO
ET LIBERTATIS AUCTORI
ANCONE
Mercredi, J Juin
Aussitôt que nous fûmes descendus de voiture à la porte d'Ancône, nous nous dirigeâmes vers la cathédrale, dédiée à saint Cyriaque : elle est bâtie à rextrcmitcdu cap sur une hauteur ùlendroit, où jadis existait un ancien temple de Venus. Cet édifice, monument du dixième siècle, est remarquable par sa belle architecture, ses marbres, ses colonnes et les reliques qu'il renferme L'ornement intérieur de la porte principale est 1 ouvrage de Margaritone. Il parait que la coupole est une des plus anciennes de l'Italie. Les autels et les murailles sont partout ornés de belles peintures des plus grands maîtres; on s'arrête surtout pour contempler la sainte Palatia, par Guerchin; le Sposalizio ou les fiançailles de la sainte Vierge, par Philippe Bellini, dLîrbin, toile pleine d'expression, et l'Assomption par Pagani. Mais ce qui attire le plus les regards, ce sont les superbes mausolées de Lucius Basse et de Bartolomeo Ginelli en marbre très rare. Lun porte une inscription indiquant qu il fut élevé à la nuMnoire dun chef delà \illc cpii apaisa les
factions dans sa patrie et que c est son frère et sa sœur qui lui ont rendu cet hommage public.
La chapelle souterraine dite des reliques, construction de Vanvitelli d'une grande élégance et très riche en beau marbre, renferme derrière l'autel le corps de Saint Cyriaque, qui est en grande vénération dans toute cette contrée. On conserve dans ce saint lieu les corps sacrés des saintes Palatia et Laurentia qui vers l'an 303 sanctifièrent par l'effusion de leur sang virginal ces lieux souillés par le culte de l'infâme déesse. L'artiste voyageur ne doit pas oublier dans la même église les colonnes antiques et le beau sarcophage de Corconius placé dans le crypte. Ce monument, qui remonte au IV""^ siècle (366), présente lEnfant Jésus dans la crèche entre le bœuf et l'âne. Il fait tomber ainsi les prétentions de certains auteurs qui assignaient au V"'*" siècle l'origine de la tradition qui place ces deux animaux dans l'étable du Rédempteur. Du reste, la même circonstance est reproduite sur des verres des catacombes beaucoup plus anciens ; en sorte qu il faut remonter jusqu'au berceau de la foi pour trouver le commencement de cette tradition, contemporaine de l'événement. (*)
A l'heure ou l'astre du jour se couchait à l'horizon éblouissant comme l'écarlatc et faisait apparaître lentement lecrépusule,jeme rendis du côté de la ville où la mer vient bri.ser ses flots. L'élément était calme; rien n'y troublait le silence si ce n'est le bruit monotone de la vague (\u\ battait écumante le flanc des barques de pêcheurs, lesouflle du vent expirant dans le cordage des navires et ces clameurs de la voix rauque du nautonnier qui chantait en prolongeant encore son travail. Mille vaisseaux de toutes les dimensions se croisaient, s'avançaient vers le port, cinglaient vers des climats élningers, ou se bciraiciit doucement sur l'eau pour y jouir d un beau soir dans la plus belle saison de l'aimée. Qu il était ravissant le terrible ('lémeiit dorc' jiar les derniers riiyons
(*) Gaumejes Unis lloiiio loiiie 111 page 2'2(>.