‹ Souvenirs d'ItalieChapitre 89 sur 134 · TL'TELA, MON.VCHORLM .ERE M. D. LVI · texte numérisé non relu

TL'TELA, MON.VCHORLM .ERE M. D. LVI

A I LND.VMENTIS COEPTUM, ADJECtA FRONTE

ADSOLITIM. ANNO IIIMAN.E REPARATIO.NIS

M n C. X LEON : DON [*) PRINCIPE

(*) LooiianI Douai, ilogo. Son loinhcau csl dans 1 ogii.sc a\cc' un opilaphc qui exalte hcauroup .ses vertus.

Le maître-autel, exécuté par Campagna. est un monument du premier ordre. Quatre statues en bronze, représentant les quatri' Evangélistes, soutiennent un globe sur lequel s'élève l'Agneau dominateur du monde, belle et harmonieuse composition qui exprime noblement le triomphe de l'Evangile. Ce chef-d'œuvre de lart est placé avec raison au-dessus de la chaire de Saint Pierre à Rome.

Les stalles du chœur en superbe bois do noyer représentent la vie de saint Benoit, sculptures de notre compatriote Albert De Brulle.

Parmi les principaux tableaux qui ornent ce beau sanctuaire on distingue la nativité, par Bassano, pleine d'expression ; saint Gcoiges délivrant une reine de la fureur d'un dragon, une des meilleures peintures de Ponsoni.On frémit au premier coup-d'œil : mais bientôt nait l'admiration. La résurrection, par Tintorctto est digne de ce grand maître.

Un des plus beaux ornements de cette église est sans contredit un crucifix en bois, donné par Cosme, père de la patrie, lorsqu'il se réfugia à Venise. Ce chef-d'œuvre fut exécuté par Michelloz/o Michellozzi, son ami et son fidèle compagnon d'exil.

Le tombeau du doge Dominique Micheli élevé en \(VM ra|)pelle le vainqueur de JafTa. le conquérant de Tyr et d'Ascalon et la terreur des Grecs. Ce doge, à la tête de ses deux cents navires, fut un des principaux instruments dont Dieu se servit pour repousser la barbarie musulmannc, dans la grande lutte du moyen-Age. Voici comment l'inscription raconte ses hauts faits militaires ;

TEimOll cil ECORIM JACET IIIC ET I.AIIS VENETORUM.

hOMINKlS MICIIAEI. Ql EM TENET EMMAM EL.

1)1 X l'RODLS ET FORTES, Ql E.M TOTIS ADIHT. COLIT ORRIS

PRIIDENS CO.N'SILIO, SII.MMUS ET INC.ENK)

ILLIL'S ACTA VIRI DECLARAT CAPTIO IVIîl

IMERITI S SI RLE. MOEROR ET INC MO. L

Ol I KE( IT VENETOS IN I>A<:E MANERE OlIETOS

SAINT (;R<tU(;i:s ;{;iy

I)().m:(; k.mm \i\it. I'aïiua ilta i i ii .

unsuris AD HOC pulciihlm vk.mks si'kctaiii: si:iml«;ri.m.

(;i:m'a ante uklm flectere phopteu el.m

annodo.mim m. c. xxviii. ixdictio.nk vii.

ouiit do.ml.m s miciiaki. dlx veneti/e.

Si l'artiste entre avec amour dans saint Georges Majeur, le chrétien n'y pénètre (ju avec un profond sentiment de respect, de reconnaissance et d admiration. C'est ici le temple éternellement glorieux où fut renouée, contrairement à toutes les prévisions humaines et à toutes les prédictions de l'impiété triomphante, la chaîne interrompue des souverains pontifes. Pie VI était mort à Valence et la philosophie anti-chrétienne avait entonné l'hymne funèbre de la papauté. Devant les bataillons révolutionnaires, tous les membres du Sacré Collège s'étaient dispersés ; maîtres de lltalie, les Français rendaient le conclave impossible. Et voilà que la Providence saisit d'une main le jeune guerrier dont la présence gène son action et le jette aux extrémités de l'Orient ; de l'autre, elle amène les Anglais et les Russes qui chassent les troupes françaises de l'Italie. Un éclairbrille entre deux orages et cet instant suffit à l'Arbitre Suprême pour accomplir son œuvre : Pie VII est sacré à saint Georges. Reviennent maintenant et le consul Bonaparte et ses légions victorieu.ses, qu'importe ? l'Eglise a un chef ; l'œuvre divine est sauvée, .sauvée malgré tous les calculs, tous les désirs, toutes les fureurs de liniquité. Le portrait de Pie VII, placé à saint Georges, redit dans toute son étendue ce drame mémorable (*).

Pie VII partit de Venise, le 9 juin 1800, sur une frégate: il débarqua à Pesaro, le 17, et entra à Rome, au milieu des acclamations délirantes de la foule.

Dans le même moment, la France subissait une ré\olution nou-

(*) Gauiiic, les (rois Ronu', tome 11!, l'ii- Ml fui i-lu le l 't mars 1800 par acclamation di- trciile-ciiui larcliiiaiix.

360 sorvEMUS ditai.ik

velle : l'ordre et les lois y reprenaient la vie sous une puissante dictature et le jeune vainqueur de l'Italie entamait des négociations avec le Pontife, pour le rétablissement du culte catholique, dans le royaume de saint Louis. Ainsi lœuvre de la philosophie sceptique s'en allait en lambeaux, chacun répudiait son héritage, et ce dixhuitième siècle, qui avait usé ses forces à éteindre le flambeau de la Foi. était condamné à être témoin de son plus beau triomphe. .c L'homme s'agite, dit le grand Bossuet, et Dieu nous mène ! »

Visitons maintenant le couvent attenant, ci-devant le séjour des Bénédictins. Il est d'une élégante architecture de Palladio. Le réfectoire et l'escalier se font surtout remarquer par leur magnifique construction. Cosme I avait laissé à ce couvent une riche bibliothèque, qui, lors de la suppression, fut à peu près dispersée par le pillage. Une partie passa à 1 université de Padoue et le reste fut vendu; mais aucun ouvrage n est parvenu à la bibliothèque de saint Marc.

Approchons-nous du bord du canale grande et nous verrons s'élever Notre-Dame délia salute, ce temple magnifique dont la radieusecoupole monte dans les airs. Il fut bâti en lo3l. sur l'emplacement d'une maison ou s'était déclarée la peste qui ravagea hi ville. Délivrée du fléau par la médiation de la bienheureuse Vierge. Venise reconnaissante lui consacra cette belle église oîi le luxe des arts, des ornements, brille de toutes parts. Là sont placées, au milieu d'œuvres diverses du Titien, de Luc Giordano, de Tintoretto, les images augustes des patriciens de chefs de l'Etat, plus illustres encore par leur i)iété que par 1 éclat de leurs noms ou de leius services. Au centre de la coupole on lit cette inscription dune simplicité touchante :

l NDK OUK.O. rNDi: SAI.rS.

Le co'ur est ému et attendri à laspect de ce pieux nidnuni.'nt élevé par un peuple, plongé la veille encore dans le deuil et les larmes Le \iiyageur s'étonne el sexplicpie ,\\oc peine mie

ÉGLISE DE NOTRE-DAME DL SAI.l'T :{<; I

telle splendeur après de pareils ravages. C'est qu à Venise; comme à Florence et en d autres ^illes d'Italie, la reconnaissance libérale et grande, comme le bienfait reçu , savait dans des âges de foi, le secret de produire les plus brillantes merveilles de l'art, afin de consacrer par elles les souvenirs des calamités publiques, avec ceux des miséricordes divines qui en abrégeaient le cours. De nos jours encore, à l'invasion du choléra, n"a-t-on pas vu Venise se jeter tout entier dans les bras de Notre-Dame du Salut et lui offrir en vœu une magnifique lampe d'argent de cent seize livres, ornée de ciselures en vermeil ? La sainte Vierge, reine de ces bords, les protégea de nouveau et son soufîle puissant, qui calme les tempêtes et les flots irrités, repoussa loin des lagunes le fléau meurtrier qui déjà planant sur elles préludait à ses affreux ravages. (*)

Sur la l'açade de ce beau temple, ornée de cent ^ ingt cinq statues, on lit l'époque et le motif de sa fondation :

DIV.t: MARLE SALLTIS MATRI TE.MPLI. EDIFICANDI,

AD PESTILENTIAM EXSTINGl ENDAM. SENATLS EX VOTO.

PRIMLS HIC LAPIS. ANN. DO.M. 1631. 23 MAUT.

IRBAXO VHI. SLM. PONT. MCOLAO CONTARENO Dl CE.

JOAN. TIIELPOLO PATUIAUCHA.

Le maître-autel, en marbre précieux artistement sculpté, offre un groupe admirable en marbre de Carrare, représentant Venise qui implore la sainte Vierge pour que la peste s'éloigne ; on voit le fléau fuir épouvanté et Venise est rayonnante de joie. Le candélabre en bronze de six pieds de hauteur est, après celui de saint Antoine à Padoue. le i)lus beau qu'on puisse voir. Quatre colonnes d'un an-

(*) La Vierge el les saiiUs on llalie, chap. X.VXIV,

La pcsle enleva, en 1650, quarante mille vieliines à Venise.

cien temple d'Apollon, autrefois situé entre Trieste et Istrie, décorent le chœur. La voûte est ornée de riches peintures du Titien représentant les Ev^angélistcs et les Docteurs de l'Eglise.

Dans la sacristie on admire trois grands tableaux, ouvrages sublimes du Titien : la mort dAbel. le sacrifice d'Abraham et David, vainqueur de Goliath.

Parmi les trésors de cette église, on nous montra trois magnifiques devants d'autel en argent doré, ornés de lapislazzuli, jaspes et pierres orientales. Le premier représente la sainte Vierge au temple, la Naissance du Sauveur, la fuite en Egypte et la Circoncision. Le second offre au milieu saint Antoine de Padoue et le troisième saint Jean Damien.

Le magnifique couvent délia sainte, attenant à cette église, est aujourd'hui le séminaire patriarchal. Dans la chapelle se trouve le mausolée de Sansovino, orné de son buste exécuté par son élève Vittoria.

Entrons à la bibliothèque du séminaiie. Ce somptueux édifice, possède environ 20,000 volumes et des manuscrits i)récieu\, parmi lesquels on remanpie une lettre signée de Charles-Quint et adressée au Pape Jules II, sur la réunion des Eglises grecque et latine.

En quittant ces raretés bibliographiques, une légère gondole, glissant sur les lagunes entre de magiques palais, nous conduisit vers file Olivolo, où se voit l'élégante église de santa Maria Formosa. Ce beau temple nous lapinile un des plus anciens .souvenirs de Venise. D'après un usage antique, les mariages des nobles et des principaux citoyens .se célébraient à Venise le mémo j<iur dans cette église. La \ cille de la Puri/icalion, dès le matin, des gondoles magnifiquement parées se dirigeaient de toutes parts vers le sanctuaire de santa Maria Fowwsa. Les jeunes couples y débarquaient au sondes trom|iettes : tous leurs i)arents, tous leurs amis, en habits de fête, les accomjiagiiaicnt. Les présents faits à l'épouse, renfermés (laiisdcic'gantes cassettes étaient portés en pompe : niliii

SAMA.MAUIA lOUMOSA. .W-i

le peuple se pressant en foule le long de la rive des Esclaions et dans les passages étroits qui débouchent vers l'ilc Olivolo, suivait le cortège. Or en 944, une terrible catastrophe vint troubler la solennité de cette fête. Des pirates de l'Istrie résolurent de tirer profit des richesses étalées en ces occasions. Le quartier situé derrière l'arsenal et tout près d'Olivolo n'était point habité; l'arsenal même n'existait pas encore. Les brigands abordèrent de nuit sur cette île déserte et s y cachèrent, eux et leurs barques. Au moment où les époux assistaient au service di\ in, les Istrides traversant le canal d Olivolo a^ec la rapidité de l'éclair, s'élancent sur la plage, pénètrent le sabre à la main dans l'église, saisissent au pied de l'autel les vierges éplorées et les entraînent vers leurs barques oii ils cachaient leurs précieuses cassettes ; puis ramant à coups redoublés, ils s'efforcent de regagner leurs ports. Le doge qui assistait à la cérémonie , partagea la douleur et lindignation qu'éprouvaient les jeunes hommes à qui Ion venait d'enlever leurs épouses. Tous s'élancent h 5rs de l'église et parcourant les quartiers voisins, appellent à grands cris le peuple à la vengeance. Les habitants de Santa Maria Formosa rassemblent quelques navires ; le doge Pierre Candiano s'y jette avec les fiancés et un vent favorable gonflant leurs voiles, ils joignent les Istriotes dans les lagunes de Caorle. Pas un des ravisseurs n'échappa au massacre, fous furent précipités à la mer et les Vénitiennes rentrèrent en triomphe dans l'église d'où elles avaient été enlevées.

Pour perjiétuer le souvenir de cet événement on célébra annuellement une messe solennelle à Santa Maria Formosa, jusqu'aux derniers temps de la république. Le doge y assistait suivi de ses seigneurs : mais les mariages ne s'y célébraient plus.

Près de cette église est le palais Grimani, chef-d'œuvre de majesté, de richesse et d'élégance. Ce beau palais est digne de Rome par la multitude de ses statues antiques et de ses inscri|)lions. I.a noblesse vénitienne. li\rce au connueree de la Grèce et du Le\anl. commença la première a\c'c ('clat les collections d anti(|uités On y

remarque surtout la statue colossale de Marc Agrippa, qui ornait jadis le vestibule du Panthéon à Rome -. les statues de Jules César et de Démosthène. Celle du prince des orateurs Grecs nous semble bien supérieure aux deux autres.

Un des salons, décoré par Sansovino, est magnifique. L'histoire de Psyché, au plafond octogone, de François Sahiati. est regardée par Yasari comme le plus parfait ouvrage quil y eût à Venise. Les portraits de famille font une belle galerie de tableaux du Titien, de Paul Véronèse et autres habiles maîtres.

Le palais Vendramini Calergi, ouvrage de Pierre Lombarde, ne le cède, pour le goût, la richesse et la magnificence, à aucun des palais les plus vantés de Venise. On y voit les deux belles statues d'Adam et d'Eve, de Tullius Lombardo. qui faisaient autrefois partie du mausolée du doge André Vendramini. à léglise des saints Jean et Paul : elles furent depuis remplacées décemment par deux saintes.

Le palais Manfrini possède une des plus riches collections de tableaux qu'on puisse voir. On y admire un beau portrait de Rembrandt. Ce célèbre artiste rendait si exactement la ressemblance des personnes qui se faisaient peindre, qu'il saisissait le trait caractéristi(iuo (le chaque physionomie, sans y ajouter le moindre ornement. Son coloris étonne et ses carnations sont aussi naturelles, aussi fraîches et aussi parfaites que celles du Titien. CeiuMidanf le coloris du Titien peut se voir de très près, tandis que celui de Rembrandt ne peut se voir qu à une certaine distance et alors on découvre la même force et la même harmonie dans tous les deux. Mais quant à l'expression produite par le contraste des lumières et des ombres, qu il savait si heureu.sement faire harmoniser, il a peu d'égaux et n a été surpassé par aucun cmule.

Un beigcr peint i)ar Murillo, aiti.sic espagnol, excite tous les re- Liaids Les productions de ce célèbre maître sont très rares en Italie La suave diMicalesse de coloris, la touche fnrie cl \ i.u(tureuse qiion \<»il (|;ins tous ses tableaux le t'oni distinguer parmi t<ius ses

liGLISE UK SAI.NÏ /ACIIAUIK Hf).')

rivaux. Miirillo excellait non seulement comme peintre d'histoire, mais il peignait encore avec un talent non moins admirable les fleurs et le paysage; dans le tableau, que nous venons de citer, on admire surtout la suavité, le brillant, la fraîcheur et l'harmonie de son coloris.

Nous visitAmes aussi l'ancienne église et le monastère de saint Zacharie qui remontent au onzième siècle. Ce beau sanctuaire était jusque dans les derniers temps de la république le but de l'une des fêtes les plus pompeuses de Venise. Le Pape Benoit III, après avoir visité l'église et le couvent, en 800, y avait envoyé de précieuses leliciues et chaque année, le jour de Pâques, le doge y venait assister aux offices et à la procession. L'abbesso Morosini et les religieuses de ce couvent, flattées de recevon- le chef de l'Etat, lui firent présent d'un diadème, appelée Cotmo ducale, d'une valeur inestimable. Il était d'or, entouré de vingt-quatre grosses perles ; sur le sommet brillait un superbe diamant; la croix, formée de pierres i)récieuses et de vingt-quatre émeiaudes, surpassait tout le reste. Il fut décrété qu'un si riche présent servirait au couronnement des doges. Le jour anniversaire de la visite à saint Zacharie, on le porta en grande pompe à cette église ou il fut montré par le doge lui-même à toutes les religieuses du couvent. En 8G8, le doge Grandenigo, ayant été tué, au milieu de la fureur des partis, en sortant de l'église, on décréta que le cortège n'irait plus à pied à saint Zacharie mais dans des barques richement ornées. (*).

L'architecture de ce temple est un mélange des styles grec et latiU;, mais l'auteur reste inconnu. L'élégante façade est surtout remarquable par la richesse de ses ornements en beau marbre. La construction intérieuie de ce sanctuaire, le chœur ef les autels excitent ii juste titre l'admiration du visiteur. On regrette de ne plus y trouver dans son état primitif le célèbre tableau de Jean lîellini, représentant la sainte Vierge avec l'Enfant Jésus. Ce chef-

(*) Valcry, voyages cii Italie, cliiq». \IV.

366 sorvEMUs d Italie.

d'œuvre rapporté de Paris, a été tellement refait et gâté, qu il offre à peine aujourd'hui quelques traits originaux de ce brillant fondateur du coloris de l'école vénitienne.

Près de la sacristie se trouve le tombeau d'Alexandre Vittoria, le plus habile élève de Sansovino. On y voit son buste sculpté par lui-même. L'inscription porte:

ALEXVNDER VITTOUIA.

QUI VIVUS Vives DLXIT E MVRMORE VL'LTUS,

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