‹ Souvenirs d'un Aide de Camp du roi JérômeChapitre 23 sur 27 · IG · texte numérisé non relu

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plus d’années de service que moi et qui sont encore capitaines. Tenez, Lefevre, par exemple, un savant, sorti le premier de l'école.

— N’importe, je vous nommerai pour le 15 août. D’ailleurs, vous travaillez beaucoup.

Le 30 juillet, étant au château de Rambures en permission de quelques jours, je reçus de Lourmel la lettre ci-dessous, datée du 30 juillet 1853 :

« Mon cher du Casse,

« Je viens de voir le maréchal de Saint-Arnaud. Il m’a répété, comme il me l’avait déjà dit la la semaine dernière à Saint-Cloud, que vous seriez nommé chef d’escadron le 15 août.

« Je m’empresse de vous donner cette bonne nouvelle et je vous fais mon bien sincère compliment et celui de Mrae de Lourmel.

« Tout à vous,

« Lourmel. »

Enchanté, je reviens bien vite à Paris pour

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faire broder mon uniforme et acheter mes épaulettes de chef d’escadron, le maréchal ayant dit à Lourmel : Je veux voir du Casse à la revue du 15 août avec son nouveau grade.

Arrivé quelques jours avant le 15 août, je fus trouver le roi Jérôme, alors à Meudon. Il était sorti en voiture. Lanninat, lieutenant de vaisseau, son officier de service qui l’attendait, me dit :

— Vous venez remercier le roi de votre nomination. Attendez, ce n'est pas fait.

— Comment? le maréchal m’a fait écrire...

— Le maréchal vous a nommé, le roi vous a fait dénommer ; il est à Saint-Cloud pour cela. Tenez, le voici, il va vous raconter ce qui s'est passé.

Le roi entra.

— Bonjour, du Casse; vous dînerez avec nous, mon enfant. Le ministre vous avait nommé chef d’escadron, mais je lui ai dit que je préférais qu’il nommât Prébois lieutenant-colonel. (Prébois était le second aide de camp de Jérôme.) Je viens de voir l’Empereur pour cela. C’est

SOUVENIRS n UN AIDE DE CAMP

une affaire arrangée. Prébois me gêne, et je tiens à vous garder.

— Merci, Monseigneur, dis-je au roi.

Lorsque l’Empereur lit connaître à Saint- Arnaud les desiderata de son oncle.

— Je ne puis nommer Prébois, lui dit le maréchal, c’est un officier qui n’a que trois ans de grade, et qui est peu travailleur.

Je fus dénommé et Prébois ne fut pas promu.

En septembre 1853, le prince Jérôme fut au Havre.

N’étant pas de semaine, j’étais resté à Paris.

Un jour, le prince Napoléon me dit :

— Du Casse, l’Empereur met à ma disposition le joli yacht de l’Impératrice, la Reine- Hortense , commandé par Morand, pour aller à Frascati voir papa. Vous viendrez avec moi. »

Nous embarquâmes en effet par un temps douteux et qui devint tellement épouvantable que force nous fut de rester à Rouen le soir. Le prince voulut coucher dans le boudoir de l’Impératrice sur le yacht où on lui dressa un

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lit. Ses aides de camp et moi descendîmes dans un hôtel pour y passer la nuit. Pour le prince, c'était plus économique.

Le lendemain matin, je revins à bord, le temps était à grande tempête.

— Je suis bien embarrassé, me dit Morand, le prince veut continuer à naviguer vers le Havre, et je suis sûr qu’il y aura du danger à voyager sur cette coque de noix faite de bois de sapin, dès que nous approcherons de l'embouchure de la Seine. Je le lui ai dit, il m’a traité de marin d’eau douce.

— Cela ne m’étonne pas. Je connais le pè-. lerin. Vous avez quelque chose de bien simple à faire. C’est Excelmans qui commande les bâtiments de l’Empereur et de l'Impératrice. Il est au Havre, télégraphiez-lui ; vous agirez en raison de ses ordres.

Morand suivit mon conseil.

Excelmans répondit par dépêche : Temps très mauvais.

Le prince, averti, s’obstina à vouloir partir.

— Que faire? me dit Morand.

— Dire au prince : « C’est moi qui suis le commandant du navire, il y a du danger à vouloir gagner le Havre; le bâtiment ne se mettra pas en route. » Le prince fera semblant d’être très mécontent et au fond vous saura très bon gré de lui éviter un danger. Chez lui, je le connais, c’est pure bravade.

Le pauvre Morand, simple lieutenant de vaisseau, n’osa suivre mon avis et résister à la volonté de l’Altesse. La Reine- Hortense chauffa. Nous prîmes à Harfleur un pilote, qui bientôt déclara que nous ne pouvions entrer au Havre que par le travers, le yacht risquant d’être défoncé si on lui faisait couper la lame et que, si la longueur du petit bâtiment dépassait la largeur de la jetée, il serait brisé en mille pièces.

L’Altesse impériale ne riait plus, ne plaisantait plus, ne fumait plus, paraissait perplexe. Morand, comprenant la responsabilité qui lui incombait, était fort inquiet. Le flot inondait le pont, la mer avait envahi les jolis salons recouverts de tapis luxueux et meublés délicieusement de ce petit bachot fait pour naviguer en Seine.

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Lorsque nous fûmes en vue du Havre, nous vîmes une masse d'habitants sur la jetée, nous attendant et donnant des marques d’inquiétudes. Heureusement, le navire était moins long que l’entrée, de quelques mètres. Nous pûmes atterrir.

Excelmans s’empressa de visiter le yacht et furieux des dégâts causés par le flot, fit une scène violente au pauvre Morand d’abord, puis au prince lui-même.

Le roi Jérôme m’ayant pris à part, pour me demander ce qui s’était passé et d’où venait la colère d’Excelmans, je lui racontai l’affaire.

L’Empereur en fut pour une jolie somme, nécessité par les réparations au yacht de plaisance de Sa Majesté l’Impératrice, et je passais deux jours à l'hôtel Frascati où le vieux roi était descendu, suivant son habitude, avec son officier de service, son écuyer, le baron de Plancy et la femme de ce dernier.

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