‹ Souvenirs d'un amiralChapitre 15 sur 19 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

Le premier commandement. Situation de la marine française

en 1796.

Toute carrière militaire présente deux phases distinctes. Dans la première, on obéit à l'impulsion d'autrui; dans la seconde, il faut prendre conseil de soi-même. Où la responsabilité commence , le zèle ne peut plus suffire. Si l'esprit fléchit sous ce fardeau^ il faut se résigner aux rôles subalternes. Dans la marine on subit cette épreuve plutôt que dans l'armée de terre, où souvent on parvient à des grades très-élevés, sans y avoir été exposé jamais. Le moindre commandement maritime investit un jeune officier d'une responsabilité presque aussi haute, tout aussi lourde au moins que celle qui incombe à un commandant d'escadre. Rien de pareil n'attend le capitaine d'une compagnie, ni même le commandant d'un bataillon. L'officier de marine, quelque chétif que soit le navire qu'il monte, est comptable d'une portion de l'honneur du pays. Le

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pont de son bâtiment, c'est le territoire national. Il emporte avec lui la patrie et les droits du souverain. Il jouit d'une autorité sans bornes et sans partage, mais il ne peut partager non plus avec qui que ce soit sa responsabilité. A tous les incidents, c'est lui qui doit répondre. Qu'un brisant se montre soudain sous la proue, que le navire se couche sous une rafale imprévue, que la mâture se brise, qu'une voie d'eau ou un incendia se déclare , qu'une division ennemie apparaisse à l'horizon, c'est vers lui à l'instant que tous les yeux se tournent. Il est prévenu, qu'il avise ! Il semble que ces grares événements îe concernent seul, et qu'il ne doive plus rencontrer dans ses officiers ou son équipage que les instruments passifs de sa décision. Cette décision même , il fout qu'il la prenne pour aînsî tfire d'instinct. On réveille en sursaut , le danger est pressant ; ses ordres doivent avoir la rapidSté de l'éclair sous peine d'arriver trop tard. Be combien de marins cet état perpétuel d'appréhensions et d*angoisses n'a-t-il pas détruit le sommeil! Le criminel bourrelé de renwrds trouve un oreiHerphis paisible que TofiScier de marine qtii, n'étant pas né pour îe périlleux honneur <fu commandement , ose en affronter les red<)utabîes chances. C'est donc h ce point de sa carrière qu'un officier d'avenir se dessine ; c'est alors seulement qu'on peot joger si l 'écolier est fait pour devenir mattre à son teor.

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Le moment de passer par cette épreuve était arrivé pour moi. J'avais vingt-trois ans, j'en eomptais plos de six à la mer, et ma dernière casaipogne s'était accomplie dans des coadîtîons qui avaient dû me faire acquérir les qualités du maria, pour peu que la nature m'en eût donné l'étoffe. Le 18 mars 1796 je reçus L'ordre de me r<mdi« à Rochefort pour y prendre le commandement d'un brick de vingt-deux canons. C'était une faveur bien flatteuse pour un jeune homme qui , sous le régime de l'ancienne marine , n'eût sans aucun doute été élevé h ces hautes fonctions qu'après un long stage dans les positions subalternes. La jeunesse a un fonds d'insouciance qui ne lui laisse apercevoir que le beau côté des choses. Je n'eus pas ud instant la pensée des difficultés qui pouvaient m'attendre dans la situation nouvelle qui m'était faite. Le commandement d*un navire de guerre, sous le Directoire, n'était pas cependant une faveur de tous points enviable. La marine avait, plus qu'aucune autre branche des services publics, subi le contre-coup de la Révolution. Lorsque tout semblait renaître en France, ses mauvais jours à elle n'étaient point encore passés. Pour qu'on puisse apprécier sous Fempire de quelles circonstances j'allais essayer mes forces et courir à de nouvelles avenlures, il est indispensable que je me reporte à quelques années en arrière , et que je dise en peu de mots ce que la Révolution avait fait

cette flotte glorieuse dont j'étais un des plus ché-

i débris.

La France, dans les dernières années du règne de

uis XVI, possédait deux cent quarante-six bâti-

tnts de guerre et de charge, armés de plus de

ize mille canons ', treize ou quatorze cents ofÛ-

rs partagés en neuf escadres , quatre-vingt-dix

lie matelots portés sur les registres de l'inscrip-

. Ces bâtiments ne trouvaient répartis ainsi qu'il suit :

46 frégates.

25 corïflltes o T chaloupes 18 (lûtes et gabai

37 vaisseau I 5 Trégates.

s LES HEBS D'ASIE.

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