‹ Souvenirs d'un amiralChapitre 17 sur 19 · EN CONSTRUCTION · texte numérisé non relu

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6 vaisseaux à terminer en 1791 .

4 vaisseaux à finir en 1792.

2 frégates à fîntr en 1791.

6 frégates à terminer en 1792.

2 flûtes à finir en 1791.

39 vaiss. 32 frégates appartenaient au port de Brest. 10 — 4 — — Lorient.

13—16 — — Rochefort.

24 — 22 — — Toubn.

Total : 86 vaiss. 74 frégates.

time nous fournissait instantaûéineat des matelols, pendant qoe les compagnies de caaoniiiers versaient avec la même facilité, à bord de nos vaisseaux, leurs chargeurs et leurs chefs de pièces.

Dès la âii de Tannée 17^, cette admirable organisation cooiaicQce à se dissoudre. Des âaeutes éclatent dana nos ports et jusfoe sur nos bAtimeiits. « Tout acte d^aatorlté est considéré comme une injustice ; toute discipline est réputée une injure aux droits du peuple. » Le dégoût s'empare des meilleurs officiers, peu soucieux de commander à des équipages au milieu desquels leur vie même n'est plus en sûreté. Les capitaines de la marine marchande, les sous-officiers de la marine royale prennent la place de ces prétendus privilégiés. Un double dommage résulte de cette mesure. On perd de bons maîtres ; on acquiert de médiocres , quelquefois même de détestables officiers. Vers le mois de septembre 179] , au moment même où je partais pour le long voyage d*exploration dont le but, on s'en souvient, était la recherche de La Pérouse, plus des trois quarts des officiers de raadenne marine se tenaient à l'écart ou s'étaient d^à retirés du service. Ceux que l'attente d'une guerre prochaine retint sous les drapeaux ne réussirent point à désarmer les ressentiments d'une révolution implacable Leur dévouement ne reçut d*auftre prix qu'une mort ignominieuse ou une ca{^vité à kqurile les

journées de thermidor ne vinreit que trop tard mettre un tenoe.

Ce fièrent les Bmnidpahlés et les sociétés populaires de nos pOTts qui oi^anisèrent k marine de la BépnbUqne * : elles disitribuèrent les grades avec les certificats de dvisome. B*odieuK dékttenrs se chargerait de diriger kurs suffrages. Les rapports secrets de ces miséarablas semèrent, pendant deux ans , la méfiance et ta terreur à bord de nos vaisseaux. Les premières années de la République furent sans doute une époque héroïque; maïs ce

1. 'Qu'on juge de Psoftiehie qui dertit légner à cette époque dans la dimction des affùree mantÏDies par-qnelqwes extraits des emieax documents quV>0t réussi à i^réserver aœ archives :

Le 23 janvier t798 , le elief d*ailniiiûstration de la marine à Manseifle écrivait au mrnistFe : « La marine de Marseifie trayaille à pouvoir tous adresser au premier jour la liste des officiers dont eUe a fait eheix, à t'eflet d^étre neinmés pour >e commandement des yaisseaux de la République. Ils tout déployer toute leur énergie dans cette occasion. Us sont rassemblés depuis trms jours chez moi. Ils trafaiHeat par la voie du scrutin à compeser mi choix digne de la' confiance de l'Ëtat. »

Un mois plus tard, c'est la Société républicaine du HaTre qui

prévient le ministre qu'elle a fait choix du citoyen peur

monter un vaisseau de la République.

Les municipalités vpnt plus loin. Le 13 mars 1793 le commandant des armes à Lorient signale , avec toutes les précautions oratorres, que les plus fermes esprits n'auraient pas osé négliger, en ces temps dangereux , des empiétements qui peuvent compromettre le secret des expéditions.

• La municipalité de Lorient, écrit-il au ministre, exige que tous les capitaines àes bâtiments de. la République arrivant dans cette rade, aillent, après m'avoir rendu compte, lui faire leur

temps fut aussi singulièrement propice à la bassesse et fécond en intrigues. Jamais les âmes fières niavaient eu plus cruellement à souffrir. Dans nos malheureux ports, livrés aux démagogues^ le bourreau même trouvait des courtisans, et la liberté, dont on détestait au fond du cœur le hideux despotisme, recueillait de toutes parts d'hypocrites hommages. A bord de chaque vaisseau, le bonnet de cette sanglante idole flgurait, arboré avec pompe

déclaration, laquelle est consignée dans un registre et signée desdits capitaines. Jusqu'ici j'ai toujours donné avis à la municipalité de tout ce qui se passait d'intéressant dans ma partie, mais j'avais pensé que cette communication franche de ma' part n'était que l'effet de ma bonne volonté et de mon patriotisme, et non un article d'obligation formelle.... Dès que j'ai su le désir de la municipalité, je me suis empressé de m'y conformer. C'est aux gens en place à donner Vexemple du respect ôû aux auforiiés constituées. D'ailleurs , cette disposition me met absolument à mon aise en éclairant suffisamment une partie essentielle de mon service, et c'est ce que j'ai toujours aimé. Cependant, je ne puis me dissimuler que , dans tout autre temps que celui d'une guerre aussi intéressante et aussi active que celle que l'on vient d'entreprendre, la mesure établie par la municipalité tendrait à la confusion des pouvoirs et, sous ce rapport, je dois vous en instruire.... »

Que répond le ministre? « Il faut approuver cette mesure. C'est le peuple français tout entier qui fait la guerre. Il est heureux qu'il y prenne un intérêt si vif. Il faut remarquer que nous nous battons dans notre propre cause et que nous voulons maintenant savoir ce que nous fesons. »

oc Pouvoir, tu n'es qu'un nom! » auraient pu s'écrier à cette époque tous les mandataires de l'autorité : du reste , si les commandants de nos ports et de. nos escadres avaient à subir chaque

ur de nouvelles avanies, les ministres non plus n'étaient

sur le gaillard d'arrière. Les chefs faisaient aux marins la profession publique de leurs principes ; les marins exprimaient leur sensibilité par des acclamations; puis, quand amiral, capitaines, officiers, maîtres et matelots avaient juré pour la centième fois haine et exécration aux tyrans, appui et secours aux amis de l'égalité, on s'attablait à des repas civiques, qui se terminaient, suivant la formule consacrée, par des emhrassements respectifs. Où en était la

sur un lit de roses. Voici un échantillon des lettres qu'on leur adressait; non pas lettres anonymes, mais épîtres bel et bien signées.

o Paris, le 13 mars 1793.

a Ministre non citoyen ni républicain , tous montrez au public la plus grande ignorance et l'ineptie la plus lâche. Dès que la guerre a été déclarée aux Anglais, le bon sens vous disait de faire sur-le-champ appareiller en croisière dans la Manche de gros yaisseaux et nombre de frégates fièrement armées, pour convoyer le retour de nos navires marchands.... Vous promet'^ liez, fin de février, de protéger nos armateurs.... Les Anglais, plus diligents que vous, ont pris une quantité de corsaires du Havre et d'autres ports sortis sur vos fausses promesses. Voyez ci-joint la plainte que fait de vous le département de la Seine- Inférieure , datée du Havre le 28 février dernier, et dites après cela que vous savex votre métier.... Pour moi, je ne vous le cèle pas, je suis assez patriote pour oser demander votre destitution, non-seulement à la Convention nationale , mais encore au département, afin que votre ignorance et votre lâche trahison à la nation ne lui causent pas de plus grandes perles par la suite....

« Je suis,

« Votre dénonciateur pour le bien de la République. . . .

discipline après toutes ces harangues et toutes ces accolades, il est facile de le deviner.

La désertion éclaircissait chaque jour les rangs de nos équipages , et l'annonce du départ devenait presque invariablement le signal de quelque sédition. Telle était déjà la situation de la marine française lorsque la Convention nationale déclara en février 1793 la guerre à T Angleterre, et cependant la constitution de notre armée navale était si vigoureuse , elle renfermait de si prodigieuses ressources, que, malgré cet affreux désordre, dont je n'ai tracé qu'un tableau affaibli , le commencement des hostilités nous trouva plus forts que les Anglais. On comptait sur la rade de Toulon dix-huit vaisseaux, vingt sur celle de Brest. Nos frégates, nos bâtiments légers, nos corsaires infestaient déjà les mers , et les premiers armements de l'ennemi durent être employés à protéger contre leurs attaques le commerce du Levant et celui des Antilles. Il y eut un moment où la marine française pouvait en* core être sauvée. Il ne fallait qu'un succès éclatant : le retour de la discipline eût suivi de si près la victoire ! Malheureusement on consuma en mouvements stériles un temps dont on semblait n'avoir jamais connu le prix. On eut la funeste pensée d'employer à garder le littoral de la Vendée une flotte qui eût pu dévaster les côtes ou les colonies de l'Angleterre, et lorsque la révolte des équipages eut ramené cette

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flotte indocile dans la rade de Brest, les tribunaux révolutionnaires, bien mieux que l'ennemi, se chargèrent de la mutiler. Les canonniers dç la flotte de Brest furent envoyés à l'armée du Rhin et dans la Vendée. Ils emportèrent avec eux la principale force de nos escadres. Ce fut pourtant cette flottp sans officiers, sans canonniers, et presque sans matelots, qui faillit remporter, le !•' juin 1794, à la hauteur d'Ouessant, une grande victoire sur la flotte de lord Howe. Jamais action navale ne fut plus chaudement disputée. L'enthousiasme républicain , la confiance qu'avaient créée quatre années de guerre généralement heureuses, de 1778 à 1782, la mollesse ou l'inexpérience de beaucoup de capitaines anglais, auraient pu en ce jour, telle est l'opinion des meilleurs juges, faire pencher la balance de notre côté. Un sort fatal en décida autrement , et le combat du 13 prairial ne fut que le premier de nos désastres. L'arsenal de Toulon livré à la merci des Anglais fut un événement moins funeste. Dans la guerre, les pertes matérielles sont peu de chose : c'est Teffet moral d'un échec qui lui donne son importance.

L'année 1795 fut moins favorable encore à nos armes que le règne de la Terreur. Depuis deux ans, notre marine croulait de toutes parts , sous les coups de la tempête comme sous les coups de l'ennemi. L'Angleterre , après avoir accru ses cadres de six cents officiers, s'apprêtait à mettre en mer cent cinq

vaisseaux de ligne, cent seize frégates et cent cinquant*Mîinq bâtiments légers. Il n'existait plus aucune proportion entre les forces des parties belligérantes lorsque l'amiral Truguet fut appelé à la tête du département de la marine le 4 novembre 1795. Si roi\ eût pu rendre alors à la marine française les officiers et les équipages de 1 789 , nos autres pertes étaient, de leur nature même, facilement réparables ; mais il y avait trois mois à peine que la fatale expédition de Quiberon venait de livrer au bourreau la plupart des officiers et des canonniers qui avaient échappé par la fuite aux échafauds de 1793. La réorganisation de la marine , entreprise par l'amiral Truguet , devait se ressenlir d'ailleurs du retour qui s'était opéré vers les idées républicaines après le triomphe obtenu par la Convention dans les journées de vendémiaire. Plus d'un officier dont on aurait pu s'assurer aisément les services fut exclu à raison des opinions ou des sentiments qu'on lui prêtait. La Révolution s'est toujours montrée ombrageuse à l'excès. Ce n'est point elle qui eût envoyé au-devant de la flotte de Tourville ces anciens compagnons de Jacques II qui gagnèrent la bataille de la Hougue. Des maîtres, des matelots même lui étaient suspects , et à Toulon , où la méfiance, il est vrai, eût pu être plus excusable qu'ailleurs , on avait vu des comités chargés de dresser la liste des marins et des ouvriers qui avaient donné

des preuves incontestables de leur civisme. Malgré les ménagements qu'exigeaient les terribles passions de ces temps malheureux, la nouvelle constitution du corps de la marine eut néanmoins le double avantage de rendre au service de la flotte quelques-uns des officiers dont on regrettait à bon droit l'absence, et d'en éloigner un plus grand nombre qui n'étaient faits que pour le déshonorer. L'inunense développement que l'Angleterre avait donné à sa marine écartait pour le moment toute idée de retour aux grandes luttes de la dernière guerre. Il fut arrêté dans les conseils du Directoire que , malgré le renfort considérable qui venait de nous être apporté par l'adjonction de la marine espagnole , on n'offrirait point à l'ennemi l'occasion de désastreux triomphes dans des batailles rangées. On s'attaquerait par des armements de course à son commerce , et par une grande expédition militaire à son territoire. Le corps expéditionnaire , à la tête duquel on avait placé le général Hoche et le viceamiral Morard de Galles , se rassemblait à Brest , et avait pour destination l'Irlande. Les armements de course avaient lieu à la fois dans tous les ports de l'Océan , et devaient se porter dans la mer des Indes et dans celle des Antilles, sur le banc de Terre- Neuve et sur les côtes orientales d^Amérique , des confins de la Guyane française à l'embouchure de la Plâta. C'était à une de ces croisières, dans lesquelles

nos navires de guerre avaient pour émules les corsaires de Saint-Malo , de Dunkerque , de Nantes et de la Rochelle , que le brick dont le commandement venait de m'étre confié devait prendre part.

Le 21 mars 1796 , je quittai Paris pour me rendre à Rochefort, où se trouvait déjà réuni un assez grand nombre de fir^ates et de bâtiments légers. Le brick que j'étais appelé à conmiander se nommait le Milan. Ce brick avait autrefois porté vingt-deux canons du calibre de 6 ; mais son état de vétusté ne permettait plus de lui imposer la charge d*une pareille artillerie. Ses canons de 6 furent en conséquence remplacés par des canons do calibre de 4. Ces misérables mousquetons ne valaient pas , à eux tous, deux des bonnes caronades que les Anglais commençaient à fondre en Ecosse , et dont ils projetaient d'armer les gaillards de leurs vaisseaux ainsi que le pont de leurs bâtiments de rang inférieur. Les canons de 4 du Milan pouvaient faire un feu vif et iwurri ; mais les projectiles qu'ils lançaient étaient incapables de traverser une muraille de quelque épaisseur.

Avant d'entrer en armanent, le Milan avait subi des réparations considérables. Ces travaux avaient été exécutés avec si peu de soin et tant de précipH tation , que , sur la rade même de l'île d'Aix , une voie d'eau s'était déclarée. L'équipage était obligé de recourir aux pompes cinq où six fois par jour.

Je me permis bien quelques observations à cet égard, mais en 1796 on n'y regardait pas de si près; on se contenta de me répondre que ma mission était urgente et ne souffrait pas de retards. Je me disposai donc à partir dans cet état, comptant sur ma bonne fortune , ou , pour mieux dire , sur la protection de la Providence, qui m'avait tiré de plus grands dangers. Ce n'était pas d'ailleurs de la coque du brick que j^aurais eu le plus à me plaindre. L'équipage ne comptait pas dix matelots capables de faire le service des hunes, et l'état-major était, s'il est possible , plus mal composé encore. A l'exception d'un de mes frères, nommé Durif , que j'avais réussi à faire embarquer avec moi , et d'un de mes camarades d'école nommé Michon , tous deux aspirants de marine , je ne pouvais accorder aucune espèce de confiance aux officiers du MUan. Ils étaient du nombre de ces officiers dont j'ai expliqué l'origine , et qu'on désignait déjà sous la dénomination railleuse d'o/*fiders dii maximum. Complètement dépourvus d'instruction nautique, ils affichaient de grandes prétentions qu'ils fondaient sur la pureté et l'exaltation de leur patriotisme. J'avais heureusement assez d'énergie et de persévérance pour triompher de leur mauvais vouloir et pour les plier à un service régulier. Je savais mon métier , ils ignoraient le leur. Cétait plus qu'il n'en fallait pour prendre sur eux l^'ascendant nécessaire aussitôt que nous aurions

perdu de vue les côtes de France , et que la ressource d'odieuses délations leur serait ainsi enlevée.

Lorsqu'au sortir du port nous jetâmes l'ancre sur la rade de Tlle d'Aix, une division de frégates, sous les ordres du contre-amiral de Sercey, en était déjà partie pour l'île de France. Nous y trouvâmes cependant encore une dizaine de frégates , deux corvettes et deux bricks. Les instructions que j'avais reçues du commandant de la marine à Rochefort me prescrivaient de me ranger sous les ordres du capitaine Raimbaud, commandant la corvette la Btche , auquel était confiée une petite division , composée du bâtiment qu'il montait et de deux bricks , l'Espoir et le Milan.

La division anglaise, chargée de bloquer l'embouchure de la Charente , avait été contrainte par un coup de vent de prendre le large. C'était une circonstance dont nos bâtiments légers et nos corsaires manquaient rarement de profiter. Aussi, laissant derrière nous les frégates, qui n'étaient pas encore prêtes, nous empressâmes-nous d'appareiller et de donner dans le Pertuis-d'Antioche , entre les îles d'Oleron et de Ré. La Biche marchait entête, le Milan s'avançait au centre, et r Espoir était le serre-file de la ligne. Nous n'allâmes guère au delà de la tour de Chassiron. La division anglaise se montra soudain au large de l'île de Ré. Le vent la favorisait : elle se couvrit de voiles, et laissa immé-

diatement arriver sur nous. Nous changeâmes de route , n'ayant plus d'autre objet que de regagner au plus vile le port. Une des frégates anglaises nous approcha cependant avec une telle rapidité, que nous eûmes les plus vives inquiétudes pour le brick V Espoir, qui marchait fort mal. Il est bien certain que, si nous eussions été plus éloignés de la rade de rtle d'Aix, ce bâtiment serait tombé au pouvoir de l'ennemi, et nous aurait peut-être entraînés dans sa perte, car nous tînmes à honneur de rester près de lui pour protéger sa retraite. On peut faire la course avec succès quand on y emploie des bâtiments de marche supérieure : c'est ainsi que les Américains ont osé , dans un temps où le pavillon anglais couvrait littéralement les mers, envoyer leurs bricks et leurs corvettes jusque dans la Manche; mais que penser d'une époque maritime où l'on ne craignait pas de chercher des corsaires jusque dans le rebut de nos arsenaux ? La frégate anglaise fit sur nous un feu épouvantable. Ce fut précisément ce qui nous sauva : elle lira si vite et si mal , s'enveloppa si maladroitement de sa propre fumée, que ses boulets, qui faisaient jaillir l'eau tout autour de nous, ne nous causèrent pas la moindre avarie. Nous allâmes reprendre le mouillage que nous avions quitté le matin même, et nous attendîmes une occasion plus favorable pour tenter une nouvelle sortie. Je profitai de ce séjour forcé sur la rade de l'île

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d'Aîx pour exercer mon équipage , et poor établir à bord do MUan une discipline qui mit un terme à la familiarité des subordonnés envers les supérieurs. Ce dernier point fut le plus difficile à obtenir, car j'arais à faire à la fois l'éducation des officiers et celle des matelots. J'étais heureusement imbu des traditions d'une autre époque, et quoique naturellement fort porté à l'indulgence, fort ennemi des brutalités qu'on trouyait aiors le moyen de concilier avec des actes de condescendance injustifiables, je ne voulais pas soufirir que le bâtiment, dont le commandement avait été remis entre mes mains, devînt une république à l'image de celle que la colère du ciel avait imposée à la France.

Un cruel événement vint, hélas! m'enlever le meilleur de mes auxiliaires. Mon jeune frère Durif, au moment où je l'avais fait embarquer sur le MUan, était encore souffrant des suites d*une maladie grave dont il avait été atteint pendant un voyage aux États- Unis. Les médecins étaient d'avis que le climat des tropiques contribuerait beaucoap à hâter sa guérison. La campagne que nous allions faire ne pouvait donc que lui convenir. La présence de mon frère à bord du MUan n'était pas seulement un grand bonheur pour moi, c'était aussi un grand secours. Durif n*en notait pas à ses débuts : il avait déjà fait plur sieurs croisières, et j'étais fier de la réputation qu'il s'était acquise , quoique bien jeune encore, parmi

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nos camarades. Qu'on juge de mon désespoir, lorsque je vis tout à coup sa situation s'aggraver. Je me Mtai de le faire transporter à Rochefort, où résidaient à cette époque mon père, sorti des prisons de la Terreur, et la plupart des membres de ma famille. Les soins de la maison paternelle prolongèrent, pendant quelques jours, l'existence de mon frère : ils ne purent réussir à le sauver.

J'étais encore sous l'impression de ce grand chagrin, un des plus vifs que j'aie ressentis dans le cours d*une carrière à laquelle peu d'épreuves ont été épargnées , lorsque la division anglaise qui bloquait Vembouchure de la Charente s'éloigna de nouveau. Le capitaine de vaisseau le plus ancien fit signal à tous les bâtiments de mettre sous voile, et le 24 mai 1796 nous sortîmes du Pertuis-d'Antioche. Les frégates la Cocarde, F Harmonie, la Néréide, la^ BaUleuse, TEmhuscade, la Coquille, la Sirène^ la Décade, et quatre ou cinq autres bâtiments dont les noms m'échappent, nous escortèr^t jusqu'à la hauteur du cap Finistère. Là , tous ces bâtiments se partagèrent en petites divisions de deux ou trois navires, et chacun se sépara pour aller, suivant ses instructions, chercher fortune dans une direction différente.

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