‹ Souvenirs d'un aveugleChapitre 22 sur 90 · ILE DE · texte numérisé non relu

ILE DE

joies, de ses fêtes, que l'Ile de France a conquis cette dénomination glorieuse de Paris des Grandes-Indes que les voyageurs lui ont donnée ; c’est par son goût des lettres, des arts et des sciences ; c’est aussi et surtout par son ardent enthousiasme pour toutes les gloires et toutes les illustrations. S'il n'y a point à Maurice de bibliothèque publique, on trouve dans chaque maïson une bibliothèque particulière où le cœur et l'esprit de la jeunesse se développent et s'élargissent.

Ce n'est pas tout encore. J'ai trouvé ici une société d'hommes aimables sans causticité, instruits sans pédantisme, qui, toutes les semaines, dans des réunions qu'ils avaient appelées séances de la Table-Ovale, lut- {aient par leur verve intarissable avec les beaux-esprits de nos caveaux anciens et modernes, et perçaient quelquefois les profondeurs les plus hautes de Ja science.

Je n'ai pas manqué un seul jour à ces banquets délicieux où leur courtoisie n'avait invité. J'ai dit souvent, depuis mon retour en Europe, les couplets et les strophes des poëtes de l'ile, et l'on a pu se convaincre que le ciel qui a réchauffé Parny et Bertin n'avait rien perdu de sa puissance inspiratrice.

Là Bernard et Mallac, rivaux sans jalousie ; là Arrighi, descendant d'une famille illustre ; là Chomel, le fameux Désaugiers de l’île ; là Coudray, directeur du collège colonial, où il veille en père sur tant de jeunes espérances ; Thenaud, Esope indien, vainqueur des belles à coups d'élégants madrigaux; Dépinay, plus utile encore au barreau qu'à ces banquets dont ilest l'idole; Mancel; Josse, qui comprend et commente si bien Newton et Descartes ; Edouard Pitot, le peintre ; Fadeuil, Maingard, Epidarise Collin, qui recut des lecons de Parny et se plaga si près de son maitre ; et Tomy Pitot, le plus habile de tous, poète inspiré plus encore par le cœur que par la tête, le Béranger de cet hémisphère, que la mort vient de ravir naguère à la colonie attristée. Oh! je ne les ai pas quittés sans larmes, ces amis de peu de jours, mais si bons, si fervents; et si l’un d'eux, de par le monde, lit encore ces lignes, il verra que mot aussi

j'ai dans l'âme un autel pour les saintes affections.

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