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... Et pourtant ça remue, ça vit, ça parle. (Page 89.)
— Tiens-toi à quelques pas de moi, dis-je à Marchais : je vais faire semblant de tirer sur toi; {u tomberas, et nous agirons selon la circonstance.
— F..... répliqua-t-il, tirez à côté.
— Sois tranquille.
Marchais s'arrêta : Ahyerkade! lui criai-je en lui montrant la corvette. À ces mots, les sauvages surpris firent halte et se parlèrent à voix basse en répétant entre eux avec un air de satisfaction : Ahyerkade ! Ahyerkadé! Mon pistolet dirigé vers Marchais, le coup partit. Le matetot tomba, sans perdre de vue les insulaires, qui, effrayés de la terrible détonation, 'étaient éloignés comme d'un seul bond à la distance d’une centaine de pas, tremblants, respirant à peine.
Heureux de mon stratagème, je dis à Marchais de se traîner sur ses genoux le long de la grève et derrière les sables amoncelès, ce qu'il fit en pouffant de rire et en se disant tout bas :
— Quelles ganaches! quels parias! quels fahichiens! J'ai envie d'en manger une douzaine à mon déjeuner ; je suis sûr qu'ils sont salés comme des pores... salés.
90 SOUVENIRS D'UN AVEUGLT.
Quand nous fûmes à peu de distance de l’embarcation qui abordait, nous regardämes derrière nous, et nous vimes les naturels, un peu plus rassurés, s'avancer avec précaution vers l'endroit où ils croyaient voir un cadavre pour le dévorer sans doute; mais ils n'y trouvèrent qu'une blague à tabac et le restant d'une chique que le brave Marchais avait légués à n0S ennemis.
Si je vous avais raconté cet épisode dans tous ses détails, avec toutes ses périodes de colère, de calme, d'animation et d’effervescence ; si je vous avais dit les mouvements frénétiques, les prunelles ardentes de ces sauvages ameutés sur une proie facile; si Je vous avais peint cette soif de notre sang, qui fermentait dans leur poitrine haletante, ces hideuses baves de mousse verdâtre qui inondaient leurs lèvres énormes, et noire imperturbable impassibilité dans ces moments terribles, vous n'y croiriez qu'à demi, quoique je fusse resté cepeudant bien au-dessous de la vérité. [l est des situations qui n’ont pas besoin de l'éloquence du style pour frapper où émouvoir, el je
n'éprouve ici qu'ua regret, c'est celui de ne pouvoir |
dire la belle physionomie de Marchais, alors que, inpalient de la lutte, il affirmait qu'en un seul tour de moulinet il était sûr de demonétiser une demi-douzaine de nos hideux adversaires.
De ce moment les sauvages se montrèrent plus circouspects, ils ne dansèrent plus, ils ne hurlèrent plus leurs menaces, ils nous laissérent tranquillement ouvrir quelques huîtres du rivage, et nous arrivämes enfin auprès de la yole, qui venait d'aborder.
Le lendemain, les naturels parurent de nouveau, mais sans oser descendre sur la plage. Cependant, cornme nous tenions à cœur de ne plus nous arrèter à de simples conjectures sur leurs mœurs et leurs usages, M. Requin et moi nous allämes à leur rencontre, Sans armes, presque sans vêtements, el munis d'une grande quantilé de bagatelles qui pouvaient tenter leur cupidité. A notre confiance is ne répondirent que par des vociférations, à nos témoignages d'amitié que par Àes cris el des menaces. Poussés à bout, nous nous décidämes à nous élancer sur l’un d'eux et à le garder comme otage.
= Vous à droite, dis-je à Requin, moi à gauche. En avant!
Nous nous précipitämes ; et comme si la terre venait de s'ouvrir sous leurs pas, les sauvages disparurent en courant à quatre patles à travers les bruyères épineuses, et ils s’éloignérent pour ne plus se monrer. ,
Ce fut une douleur si vive au cœur de la plupart de nos camarades, que deux d’entre eux, plus affligés et plus curieux encore que les aulres, Gaimard et Gabert, s’enfoncèrent dans les terres et s'égartrent à travers les dunes de sable et les étangs salés. Deux jours se passèrent sans que nous les revissions au
Jaump. Nos alarmes furent grandes, et on se prépara 1 une excuision lointaine. Je demandai à en faire
partie, et nous nous mimes en route, le visage et les mains couverls d'une gaze assez épaisse pour nous garanüir de l’ardente piqüre des mouches. Après avoir couru à l'est toute la journée et traversé deux étangs desséchés, nous fimes halte la nuit au pied d’un plaeau crayeux et au bord d'un élang qui nous sembla légèrement monter avec le flot. Nous allumämes un grand feu et campämes au milieu du désert, peut-être à quelques pas des sauvages.
À peine le jour nous eut-il éclairés, que mon ami Ferrand et moi allâmes de nouveau à la découverte, après avoir glissé nos noms dans une bouteille vide et de l’eau dans une autre, en indiquant sur un morceau de parchemin la route qu'il fallait tenir pour retrouver Ja baie. Quel ne fut pas notre effroi en aperceyant à demi enterré sous le sable un pantalon que nous reconnûmes appartenir à Gaimard! Mais connne la terre était tranquille autour de la dépouille et qu'elle ne portait aucune trace de sang, nous nous rassurâmes el poursuivimes nos recherches.
Je vis encore au bord d’un étang un trou d’une douzaine de pieds de profondeur, au fond duquel régnait un banc circulaire d'une hauteur de deux pieds. Qui a creusé ce trou ? à quel usage? Toute raisonnable conjecture à ce sujet est impossible, et Péron ne peut pas dire vrai quand il avance que ces trous sont creusés par les sauvages pour se mettre à l'abri des eaux du ciel.
Las enfin de nos courses, épuisés par une chaleur dévorante, nous reprimes le chemin du camp, où nous n'arrivämes que le soir, bien heureux d'apprendre que Gaimard et Gabert Sy étaient frainés quelques heures avant nous, dans un état vraiment déplorable et sans avoir vu un seul sauvage.
Après une reläche lourde et accablante de dix-sept
| jours, nous levämes l'aicre et fimes voile vers les
Moluques.
En quittant cette presqu'ile de misère, nous abandonnâmes sur la plage, au profit des naturels, quelques douzaines de petits couteaux, quatre scies, trois haches et plusieurs lambeaux de toile à voile.
À leur reiour, les sauvages, fiers de ces trophées, auront sans doute jeté leurs malédictions sur nos têtes. La tradition dira plustard l’époque désastreuse de notre insolente agression, et les Tacites et les Thucydides de la colonie iransmettront enfin aux nations indienées les divers épisodes de cette sanglante épopée où nous jouâmes un si liste rôle. On lira dans leurs véridiques annales qu'une horde d'anthropophages est descendue un jour dans leurs domaines ; qu'après avoir essayé de soumettre un peuple inoffensif, ces mangeurs d'hommes se sont établis sur Ja grève pour y consommer d'épouvantables sacrifices humains, et que, vaincus par le climat et la colère des dieux, ils ont repris la mer en oubliant sur le rivage les armes et les instruments des supplices.
Ainsi, d'âge en àge, sont arrivées jusqu'à nous les histoires de toutes les nations de la terre.
| XVI TISOR Chasse aux crocodiles, — Malais. — Chinois,
C'eût été, sans contredit, une des études les plus curieuses de notre voyage que celle de ces hommes extraordinaires que nous venions d'entrevoir posés sur une terre imarâtre, sous un ciel de glace et de
plomb, seuls, sans armes, sans eau, et j'ajoute sans vivres, car il ny a là rien d'assuré pour la nourri-
ture. Pas une racine savoureuse, pas un fruit rafrai-
chissant, pas un quadrupède facile à atteindre. Eh.
en
bien, nous en Sommes réduits à de simples conjectures, ou, si vous le voulez, à de quasi-certitudes sur des faits généraux, mais sans notion aucune sur cette vie de détails si nécessaire à la dissection morale de l'homme. Ces êtres remuants sont donc heureux,
uisque notre présence chez eux leur a eausè tant d'effroi? Mais ce bonheur qu'eux seuls peuvent sentir et apprécier, d'où leur vient-il, qui le leur donne ? Tout est mortel sur cette langue de terre appelée presqu'ile Péron, et notre présence y était envisagée comme un présage destructeur. Serait-il done vrai que ce fût aussi là une patrie !
Nous levâmes l'ancre et fimes voile vers Timor, une des plus grandes îles jetées sur les océans. J'avais oublié de dire que, pendant notre relâche, un canot envoyé à la terre d'Endracht avait déshérité ce sol inculte de la plaque de plomb où se lisaient gravés la date de la découverte et le nom du navigateur qui avait voulu consacrer sa conquête ; cette plaque fut trouvée encore debout sur son poteau et rapportée à bord : stérile profanalion, puisque le nom célèbre d’'Endracht reste toujours attaché à ces iles de deuil qu'il atracées avant tous sur les cartes nautiques.
La première nuit de notre départ fut une nuit d’émotions et de travail ; car, après avoir plusieurs fois talonné dans la baie, nous nous vimes arrêtés tout à coup et forcés d'aller mouiller des aneres pour nous remettre à flot. Au point du jour nous reprimes notre route, et tant que la côte fut en vue, elle se dessina avec ses étroites zones tranchées de craie blanche et de cinabre , pelée, morne, silencieuse, menacçante. M. Duperreÿ, un des officiers les plus instruits de notre marine, avait déjà puisé, dans une course périlleuse le long de la terre et à travers mille difficultés, des documents précieux, et tracé une excellente carte des criques et des anses où les navires peuvent s'assurer un mouillage à côté de ce sol inhospitalier. L
Nous longeimes de nouveau la terre d'Edels, que nous avions saluée à notre arrivée et dont le morne aspect glace le cœur. Nous côtoyâmes Pile d’'Irck-Hatighs jusqu'au cap de Lovillain, et nous laissèmes à notre droite les iles de Dorre et de Bernier, où se trouvent en familles assez nombreuses les kanguroos à bandes longitudinales, si jolis, si coquets, si lestes.
Jamais navigation plus paisible n'a été faite, mème sons les zones tropicales; nous étions doucement poussés, grand largue, par une brise fraiche et soutenue, et, pendant dix-sept jours que dura notre traversée jusqu'à Timor, les matelots, délassés et joyeux, n’eurent pas une seule voile à orienter. Petit et Marchais, dont je vous ai déjà dit la vie, jetérent de la gaieté à pleins bords dans le cœur de tous leurs camarades.
Cependant à l'horizon toujours pur s’éleva une terre : c'était l'ile Rottie, aux mameltons réguliers, couronnés d'une belle végétation; puis se déroula aux yeux la riante Simao, véritable jardin, où la nature à semé ses plus riches trésors, où de larges allées naturelles ont tant de régularité qu'on les dirait tracées par la main des hommes; puis encore Kéra, lieu de délices, séjour de prédilection des riches habitants de Timor, qui viennent aux sèches saisons de l’année y chercher dans de gracieux et bizarres kiosques le repos et la brise de la mer.
Enfin Timor se leva, Timor la sauvage, la torréfiée, avec ses imposantes montagnes de deux mille mètres de hauteur; Timor, où deux pavillons européens sont hissés sur deux villes rivales, peuplées d'êtres farouches, obéissant parce qu'ils ne veulent pas comman-
der, mais toujours prêts à la révolte afin qu’on les apaise par des caresses.
Koupang se dessina bientôt avec son temple chinois, planant sur une hauteur à gauche de la ville, et le fort Concordia à droite, comme pour annoncer que si Dieu n'avait pas assez de sa puissance pour protèger la colonie, le canon était là pour lui venir en aide. Selon les mœurs primitives des pays à soumettre, les conquérants frappent avec le glaive ou les images religieuses, et les martyrs sucecombent, et les esclaves courbent la tête, et ce qu'on nomme civilisation envahit le monde.
Nous mouillâmes à une demi-lieue de Koupang sur un excellent fond, abrités d’un côté par Simao et de l’autre par les sommets de Timor, où, au-dessus des nuages, la végétation n’a rien perdu de ses belles couleurs.
La rade est sûre, large; les flots toujours tempérés ; mais là aussi un nombre immense de crocodiles ont établi leur empire et vont chagne matin sécher leurs dures écailles au soleil ardent de la plage, sur laquelle ils font leurs repas des imprudents qui oublient un voisinage si dangereux.
Le fort Concordia, ai-je dit, est bâti sur une hauteur; cette hauteur est un roc de difficile accès. M. Thilmann, secrétaire du gouvernement, nous avait assuré que, bien souvent, la nuit, les crocodiles assoupis s'y reposaient de leurs courses gloutonnes, et pouvaient ètre Luës par des balles bien dirigées. Armié d'un excellent fusil et suivi de mon ami Bérard et d'un matelot, je m'y rendais souvent pour lâcher d’atteindre quelqu'un de ces amphibies; mais deux fois seulement un erocodile poussa sa hideuse tête sur le roc et se retira comme s’il prévoyait Le danger qui le menaçait. Lassé enfin de tant d'infructueuses courses, je demandai à M. Thilmann s'il ne pouvait pas m'indiquer un lieu où il me fût aisé de voir de près ces tyrans redoutables. — Allez à Boni, me dit-il, puisque vous êtes si curieux, et je vous réponds que vous serez satisfait. La partie fut fixée au lendemain; le grand canot du bord fit voile pour Boni. Nous étions neuf hommes bien armés, et nous avions pour guide un Malais, qui se fit fort de ne pas nous laisser revenir à bord sans nous avoir donné pleine satisfaction.
Boni est à {rois lieues de Koupang : c'est une plage sablonneuse, solitaire, de quatre cents pas de largeur, et bordée par de belles plantations de cocotiers et de tamariniers. La brise nous poussa par petites bouffées; mais enfin nous arrivämes sans que la présence importune d'un seul crocodile autour de l’embareation nous contraignit à faire usage des haches dont nous nous étions prudemment armés. Nous n'avions plus qu'un trajet d'une trentaine de foises à parcourir, quand le Malais, attentif, se leva, et nous montrant du doigt un corps noir étendu sur le sable :
— Kaillou-mera, kaillou-méra, nous dit-il.
Nous savions la signification de ce mot, et nous rebroussämes chemin, afin que le bruissement des avirons ne réveillàt pas l’amphibie. Nous primes terre, et armés de bons fusils dans lesquels chacun de nous avait glissé deux balles, nous marchämes aceroupis vers la bête monstrueuse, cachés par un monticule de sable.
Arrivés à quinze pas environ, nous fimes halte. Bérard, le plus adroit tireur, devait viser à la tête, un autre au cou, un troisième un peu plus bas, ainsi de suite, et les quatre derniers au milieu du corps. Il nous paraissait impossible que le monstre nous échappät, et peu s’en fallut que nous ne chantassions
notre triomphe avant l'attaque. Nos cœurs battaient de plaisir plus que de crainte; chacun se disposait à dire comme dans Cendrillon : « G'est moi qui ai tuë la bête, » et nous délibérions en nous-mêmes sur le meilleur moyen d’emporter la lourde carcasse à bord. Quinze à dix-huit balles sur un ennemi dans le sommeil! la victoire ne pouvait être douteuse. Nous nous levons en même temps; Bérard compte à voix basse : une, deux, trois! tous les coups partent, la détonation est portée au loin par les échos.
Le crocodile se réveille, tourne tranquillement la tète à droite et à gauche, sans doute pour voir l'importun qui venait de troubler son repos, et s’en va doucement dans les flots, comme si l’on avait éternué à ses côtés.
Je ne vous dirai pas la triste figure que nous fai-
Kanguroos à bandes longitudinales. (Page 91.)
de lieue de largeur, en faisant la chaîfie à l’aide de nos fusils, au bout desquels nous tenions notre baïonnette: c'était téméraire sans doute; mais à quoi ne s’expose-t-on pas de gaieté de cœur pour fraterniser plus vite avec les crocodiles, et surtout pour éviter les rayons verticaux d’un soleil de plomb! Hugues, mon domestique, un des valets les plus stupides que le ciel ait créés pour le tourment des maitres; Hugues, parti de Toulon dans un jour de délire avec son frère, plus sot que lui, mais un peu moins bête, pour aller s'établir à Bourbon; Hugues, dis-je, ouvrait la marche en tremblant de tous ses membres, et nous le suivions hardiment sans que notre courage parvint à le rassurer ; il faisait un effort d'héroïsme qu'il comprenait à peine et dont il ne se sera sans doute jamais vanté, car le brave, le pauvre et fidèle garçon était le type le plus pur de l’idiotisme avec une dose d’or-
gueil tout à fait bouffonne. Permettez-moi une petite.
digression, Hugues et son frère, étaient, je crois, des environs
| sions; à peine osions-nous nous regarder en face, et
pourtant nous nous vantions sans pudeur d’avoir parfaitement visé. Celui dont le fusil avait raté fut le seul coupable : il aurait tué le monstre.
La place marquée par le crocodile sur le sable occupait une longueur de vingt-deux pieds. L'insotent ne voulut pas nous permettre de constater sa taille d'une façon plus précise. Cependant nous tenions à réparer notre échec, et Le Malais nous indiquant du doigt une petite crique où nous devions trouver de nouveaux ennemis, nous poursuivimes notre route.
Comme la chaleur était accablante et que pour arriver à l'endroit désigné nous avions à faire un grand circuit, nous résolümes, afin d'abrèger le trajet, de nous hasarder dans un petit marais d’un demi-quart
| de Toulon, et avaient quitté leur beau pays pour aller | se faire instituteurs dans l'Inde, à l'Ile de France, à
Bourbon ou à Calcutta. Pauvres et délaissés, étroite- | ment unis, ils s'embarquèrent sur un trois-mäts bien
doublé, et les voilà, cosmopolites philosophes, ar- | dents propagateurs des lettres, eux qui savaient à peine épeler dans un grand livre, voguant sur l'Atlan- Lique. Gependant, comme les frais des traversées pouvaient absorber presque toutes leurs ressources, ils imaginérent un petit stratagème qui devait, à leur débarquement, les indemniser, du moins en partie, de leurs dépenses forcées. Professeurs et spéculateurs à la fois, ils avaient essayé une petite pacotille, et, le collège leur manquant, ils étaient décidés à parcourir le monde en colporteurs, et à publier au retour l'histoire véritable de leur longue et douloureuse odyssée. Mais voyez si tout commerce est lucratif et si les plus sages prévisions des hommes en arrêtent les ruineux caprices! Les Hugues, je vous l’ai dit, se rendaient dans les pays les plus chauds de la terre, aux Indes
VUYAGE AUTOUR
orientales, sous le tropique. Eh bien, devinez ce qu'ils avaient imaginé? Devinez de quoi se composait leur pacotille ? Je vous le donne en mille, en un million : les Hugues apportaient des foulards de l'Inde à Caleutta, huit petits bustes de Charlotte Corday et quatre douzaines de patins à Bourbon! Des patins! des patins sous un ciel de feu !... O0 mes bons amis Hugues, Ô mes dévoués serviteurs, vous avez bien souffert sur cette terre d'épreuves; mais croyez-en l'Evangile, les portes du ciel vous sont ouvertes à deux battants.
Je reviens à l’autre bête. Hugues le cadet est à peine au milieu de la mare, qu’il pousse un cri lugubre et dit: — Crocodiles!.… je suis mort! Et le voilà barbotant dans la fange.
Qu'eussiez-vous fait à notre place? dites-le-moi;
mais point de vanterie... Vous auriez fait ce que nous
! fimes tous. Surpris par ce cri d’effroi, nous laissämes
l'infortuné Hugues se tirer d'affaire comme il pourrait; et, jouant des mains et des pieds avec une vitesse inaccoutumée, nous regagnämes notre première slation. Toutefois, étonné de se sentir si longtemps intact, mon domestique se redressa, plongea le bras dans l’eau, et arracha du sol une racine parasite qui lui avait mordu le talon et le tenait encore emprisonné. Pâle, mais heureux, il arriva près de nous, et sans égard pour son maitre, je crois qu'il l'appela poltron, cependant assez à voix basse pour n'être pas entendu. C'est la première et la seule fois de sa vie qu'il avait montré quelque logique.
Quand tout le monde a été lâche, tout le monde a été brave. L'armée de héros reprit son train de con-
quêtes et altaqua inutilement un autre crocodile beaucoup plus petit que le premier; mais cette fois du moins elle eut pour excuse l'énorme distance qui nous séparait.
Le lendemain denotre course à Boni, course si flatteuse pour notre vanité, j’eus un tout autre courage, ma foi : celui d'avouer à M. Thilmann notre frayeur et notre maladresse.
— Vous avez tort, me répondit-il; vous avez été brave en essayant le passage de cette lagune où souvent les crocodiles vont se divertir; et quant à votre maladresse, il n’est pas probable quetoutes vos balles aient frappé à côté du monstre. Quelques-unes auront atteint les écailles et glissé dessus comme sur une table de fer. Si les Malais n'avaient que des fusils à opposer aux crocodiles, ils les regarderaient encore comme les dieux tout-puissants de ces contrées, ou comme les gardiens fidèles des âmes de leurs premiers rajahs; mais la superstition qui leur faisait respecter ces hôtes dangereux n’a plus de force que sur certaines parties de la côte, habitées par des hommes féroces fuyant toute civilisation. À Koupang, lorsqu'un crocodile remonte la rivière et vient chercher
Koupang se dessina bientôt. (Page 91).
pâture jusque dans les habitations, il y a lutte ardente entre lui et les Malais, et rarement le redoutable amphibie regagne son domaine de prédilection. Souvent mème, lorsqu'un navire mouille dans notre rade et veut emporter la carcasse d’un de ces monstrueux animaux, j'ordonne une expédition à Boni, et l’on ne revient jamais à Koupang sans le cadavre d’un ennemi.
— Si je l’osais, dis-je à M. Thilmann, je vous demanderais quelques renseignements sur cette façon de combattre les crocodiles; ce doit être un spectacle bien curieux et bien terrible à la fois!
— Oh! qu’à cela ne tienne, me répondit-il; nous allons prendre le thé; je vous communiquerai les détails que vous me demandez, en présence de ma femme, qui me les fait raconter deux fois par semaine afin de se donner assez de courage pour être témoin, avant son départ de la colonie, d'un de ces combats où la vie de tant d'hommes est er jeu. — Vous avez dû remarquer, poursuivit M. Thilmann, que dès qu'une idée superstitieuse a frappé un peuple, il en reste toujours quelque levain, alors mème que la raison en a montré tout le ridicule. Les Malais ont longtemps
adoré les crocodiles, et, de nos jours encore, un sentiment de frayeur religieuse se glisse dans leurs âmes, mème au moment où ils préparent une expédition contre ces redoutables amphibies. Ce n’est que lorsqu'ils se trouvent en présence de leur ennemi ou que leur intérêt personnel les y oblige, qu'ils le combattent, et redeviennent ce qu'ils sout, c’est-à-dire forts, audacieux, pleins d'adresse, indomptables.
Ils choisissent pour la lutte un endroit sec, égal, ouvert, où cependant par intervalles ils échelonnent quelques troncs d'arbres; puis ils se tiennent à l'écart, loin du rivage, cachés et silencieux. Sitôt que l'amplubie sort de la mer, les Malais s’éloignent doucement à quatre pattes, pour se rapprocher et l'attaquer plus tard en flane, à l’aide de leurs cries et de leurs flèches empoisonnées. Un seul d’entre eux demeure isolé au centre du champ de bataille, pousse alors de sa voix, qu'il cherche à rendre flñtée, un gémissement douloureux, pareïl à celui d’un enfant qui pleure. Le crocodile écoute d’abord attentif, et ne tarde pas à se diriger vers une proie qu'il eroit facile. Le Malais, presque caché par le tronc d'arbre qu'il a choisi, se traine sur le ventre jusqu’à une seconde station, tandis que ses compagnons se rapprochent et rétrécissent le cercle. Le cri plaintif recommence et le crocodile s’éloigne de plus en plus du rivage. Arrivé au dernier tronc d'arbre, le Malais agite sous ses pieds un tas de feuilles sèches, dont le frôlement empêche le crocodile d'entendre le bruit des pas de ceux qui le pressent déjà par derrière, et c'est an moment où la bête féroce se prépare à s'élancer sur sa victime, qu'un de ses ennemis se précipite sur son corps presque à ealifourehon. Le monstre ouvre la gueule ; une énorme barre de fer y pénètre comme un frem, et tandis que cavalier et monture lultent avec ardeur, les autres Malais accourent, frappent l'amphibie de leurs armes empoisonnées et ne lui laissent guère le temps d’atteindre le rivage.
J'écoutais sans trop de confiance le récit de M. Thilmann; mais enfin :
— Avez-vous assisté à une de ces luttes? lui dis-je avec un air de doute que je ne pus déguiser.
— J'y ai assisté trois fois.
— Et vous avez vu, bien vu ce que vous me racontez?
— Si vous êtes encore ici quand nos meilleurs soldats reviendront de l'intérieur de Pile, vous pourrez vous procurer un plaisir pareil à celui que vous semblez si fort désirer.
— Plaise au ciel que ce soit bientôt!
La guerre intérieure se prolongea, et je n'offre pour garantie du récit de M. Thilmann que la bonhomie et la sincérité des autres renseignements que nous devous à sa complaisance.
Au surplus, l'aspect d'un Malais vous frappe, vous impose, et sa physionomie sombre et féroce vous dit, avant que vous sachiez ses mœurs, tout ce qu'il y a de cruauté dans son âme vierge de toute passion généreuse.
Le Malais de Timor est jaune, petit, musculeux, fort ; sa chevelure est magnifique, et il la jette sur ses larges épaules de la façon la plus pittoresque. Ses yeux, un peu fendus à la chinoise, ont une expression satanique alors même que rien ne les occupe; son front est large, ses sourcils très-fournis, son nez légèrement épaté; quelques-uns l'ont aquilin et mème à la Bourbon. Il a la bouche grande, les lèvres peu fortes; inais la hidense habitude qu'il a contractée de fourrer entre La lèvre supérieure et la gencive une volimineuse pincée de tabac assaisonnée de bétel et
AVEUGLE
de noix d'aree saupoudrée de chaux vive, le défigure de la manière la plus dégoûtante. En effet, cette chique lui brüle la bouche, le force à saliver constamment, et cette salive n’est autre chose qu'une mousse onclueuse, rouge comme du sang. Cela fait mal à voir; cela vous donne des nausées.
Son costume est admirable; il se coiffe parfois à l'aide d'un chapeau tantôt long ou pointu, tantôt carré ou triangulaire, mais toujours d’une forme bizarre, artistement tressée avec la feuille souple du vacoi ou de quelque autre palmiste. Ce sont des colliers de feuilles, de fruits ou de pierres au cou, des bracelets aux poignets. Un manteau jeté sur ses épaules et tou- Jours drapé comme si un peintre de goût en eût étudié les plis; une autre pièce d’étoffe fabriquée comme la première dans le pays, est nouée aux flancs, et descend négligemment sur la cuisse et au-dessous du genou. Ajoutez à cela un air martial, des poses tou- Jours graves et menacçantes, un énorme fusil sur l’épaule, le eric bizarre et redoutable où flottent encore à la poignée triangulaire des touffes de crins où de cheveux des victimes égorgées, et vous accepterez tout ce qu'on vous dira de surnalurel de ces hommes de fer, moitié civilisès, moitié sauvages, dont la pre- | mière passion est la vengeance.
Hier un enfant de quatorze ans, esclave d'un chef de second ordre, fut aperçu sur le rivage, guettant saus doute le moment favorable pour quelque acte de rapine, Un Malais l'aperçoit, court à lui, l’atteint, et, comme dans la lutte qui s’ensuivit, lesclave allait s'échapper, il s'arme de son erie, l'en frappe profondément et laisse l'arme dans la blessure ; l’enfant, sans pousser un soupir, l'arache et la plonge tout entière dans le sein de son ennemi, qui tombe et meurt. Loin de fuir. le meurtrier contemple d'un œil tranquille les derniers soupirs de sa victime, et se laisse enfin conduire chez M. Thilmann, à qui il raconte d'un air froid les détails de cette sanglante affaire.
— Que deviendra ce jeune garçon ? dis-je au gouverneur par intérim.
— S'il ne meurt pas, me répondit-il, je l’enverrai à Java, où il sera pendu; nous n'osons pas exécuter une seule sentence de mort.
Un jour que je sortais de chez M.Thilmann, enchanté de ses politesses :
— Venez, me dit-il, je veux vous montrer un homme fort curieux, un sauteur comme vous n’en avez Jamais vu en Europe; c’est un jeune Indou, déserleur d’un navire hollandais venant de Caleutta, et qui fit échelle à Timor il y a un an à peu près. Il allait promener son adresse dans toutes les capitales européennes, lorsque l'amour de son ciel tropical le saisit à la gorge et l'empècha de poursuivre sa route.
Nous allâmes, Dubaut et moi, visiter ce phénomène. Il se tenait assis sur un siéce de bambou, et devant lui était une planche solide de douze à quinze pieds carrés dans laquelle étaient fixés d'énormes clous très-aigus, la pointe en l’a, et d’une saillie de dix pouces. Ces clous étaient distants l’un de l'autre d’un pied et demi.
A uotre arrivée, l'Indou se dressa en faisant quelques grimaces assez grotesques, et demanda à M. Thilmann si nous étions curieux d'assister à ses exercices. M. Thilmann lui répondit en lui offraut un kohenslimouth d'une grande finesse, et le jeune homme le remercia en mettant un genou à terre.
Cela fait, le sauteur s’approcha de moi, me pria de lui bander les yeux à l’aide d'un mouchoir, et le voilà | tätonnant d’abord, et glissant parmi les pointes de
Ed fer, prèt à commencer ses périlleuses gambades. Le terrain sondé, il se mit à bondir en poussant à l'air un grognement qu'il appelait une chanson, et en (ombant toujours avec cadence au milieu des clous :igus qui, au moindre faux pas, au plus petit écart, l’auraient mulilé d'une facon cruelle.
J'élais dans l'admiration et dans la stupeur à la fois; je tremblais que ce malheureux ne füt victime de son incroyable audace, et cependant je n’osais dire un mot, de crainte de le troubler dans ses évolutions. Après cinq minutes de sauts en avant, en arrière, par côté, l'Indou pousse un grand cri et se sauve hors de l’arène, essoufflé, suant à grosses gouttes.
J'étais päle, émerveillé, dans l'enthousiasme d'un jeu si sanglant et si frivole à la fois. Je proposai au Jeune Indou de le conduire en Europe : sa fortune eût été bientôt faite ; il parut accepter ; mais le lendemain, M. Thilmann m'apprit qu'il s'était sauvé dans l’intérieur de l'ile, de peur que je ne voulusse l'emmener de force.
La ville est divisée en deux parties à peu près égales par une espèce de rue assez large, bordée de vacois et de tamariniers. Ici sont les Malais dans des cases recouvertes de feuilles de cocotiers, et dont les murs très-serrés sont faconnés à l’aide d'arètes de palmistes étroitement liées entre elles. J1 n’y a dans ces maisons presque aucun meuble; les Malais ne couchent que sur des nattes.
Le quartier des Chinois est le plus opulent ; un de nos riches magasins de chrysocale de second ordre a plus de prix que toutes les prétendues richesses entassées sur-les comptoirs. Vous ne pouvez vous faire une idée de la fourberie de ces misérables brocanteurs patentés, assez adroïts pour s’établir en maîtres partout où ils trouvent des niais à dévaliser. Lâches et fripons, 1ls recoivent les corrections qu’on leur inflige avec une sorte de soumission qui fait l'éloge de leur inansuétude; mais ne vous laissez pas prendre à leur fente humilité, car le pardon qu'ils implorent maintenant à deux genoux est une ruse nouvelle à l’aide de laquelle ils surprendront tout à l'heure votre bonne foi. Leur adresse à voler est inconcevable, et nos escrocs de premier mérile ne sont que des écoliers auprès d'eux. Cinq ou six Chinois vous entourent, vous montrent quelques-unes de ces bagatelles qu'ils faconnent avec tant de patience et de délicatesse ; vous leur présentez à votre tour les objets que vous voulez troquer ; et tandis que celui à qui vous parlez les examine avec attention, un autre vient vous frapper sur l'épaule et vous proposer un nouveau marché. Si vous tournez la tète un seul instant de son côté, votre marchandise est perdue. Bague, épingle, bouton ou dé est à peine tombé, qu'il est sai$i par les doigts du pied de votre voisin; il passe sans que vous vous en aperceviez à un pied plus éloigné, et va enfin loin de vous se cacher sous une pierre ou sous une toufle épaisse de gazon. Après cela, frappez fort sur une joue ou sur une épaule : qu'importe an Chinois? il ne garde aucune rancune de semblables privautés. Quant à moi, qu'ils ont si lâchement et si souvent trompé, sans doute parce que je leur itémoignais une confiance sans bornes, je vous assure que Je ne suis pas en reste avec eux, et que je leur ai bien des fois appris ce que pesait une main européenne poussée par un besoin de correction.
Avant notre arrivée à Koupang, leurs femmes allaient souvent se baigner en amont de la ville, sur les roches polies formant le lit de la rivière; mais la solte jalousie de ces jaunes sapajous fut alarmée par
nos assiduités, et nous nous vimes bientôt réduits à
des ruses de guerre pour pouvoir, tout à notre aise, dessiner les traits etles costumes de la plupart d’entre elles. Au surplus, elles s’y prêtaient avec une complaisance extrème, et je suis à même de vous dire au-
jourd'hui les qualités physiques qui les distinguent ;
des femmes des autres nations En général, elles sont plus grandes que les hommes,
mais légères, sveltes, déliées quoique embarrassées !
dans leurs longues tuniques trainantes. Elles ont des mains fines et délicates, des pieds inaperçus, grâce au détestable usage qu’elles conservent de ployer leurs doigts dès leur enfance à l’aide de bandes rudes et de petites boites de bois ou de métal. Elles m'ont paru d’un jaune moius foncé que les hommes. Leurs cheveux sont admirables ; retenus au sommet de la tète par un peigne de sandal ou d'ivoire fort long et d'une forme très-originale, et souvent même par un anneau d'argent ou d’or, à la mode des Malais.
Elles sont silencieuses, observatrices, craintives et défiantes, ou plutôt elles ne vous regardent que du coin de l'œil el ne vous sourient que du bout des ièvres. Continuellement cloitrées au fond de leur appartement, elles profitent avec un empressement presque flatteur pour les étrangers de l'absence de leurs jaloux surveillants pour satisfaire la curiosité qui les tourmente, et j'ai fréquemment vu à Koupang la jeune et jolie femme d'un orfévre dont l'œil vigilant d'une demi-douzaine de duègnes andalouses n’aurait pu empêcher les furtives excursions. Je me hâte d'ajouter qu’elles sont fort sages, et que le supplice horrible qui frappe la femme adultère n’est peut-être pour rien dans la sévère régularité de ces mœurs. Prenez, je vous prie, ma réflexion au sérieux.
Comme dans tous les pays où se sont établis ces riches mendiants, les Chinois de Koupang ont imposé des lois à leurs maitres, et ils se sont donné un chef de leur nation pour les faire respecter.
Le commerce de Timor consiste en bois de sandal et en cire. Deux petits navires de trois cents tonneaux suffisent pour l'exportation de ces deux denrées, et l'on assure que depuis quelques temps les armaleurs préfèrent aller jusqu'aux iles Sandwich, où le bois est d'une qualité supérieure et se vend beaucoup moins cher.
Les animaux sauvages de l'ile sont les cerfs, les buflles, les sangliers et les singes; les animaux domestiques sont les chevaux, les chèvres, les chiens, les pores, et surtout les coqs et les poules. Pour quelques épingles on peut acheter une belle volaille; un bufle coûte quatre piastres; pour un mauvais couleau, on se procure un petit cochon. En général, il est rare qu'un échange ne soit pas accepté lorsqu'on offre un objet de curiosité venu d'Europe. Dans toutes les campagnes, vous pourrez vous procurer des Cocos, des mangues, des pamplemousses et une infinité d'autres fruits délicieux, si vous présentez quelques petits clous, des boutons ou une aiguille. Ces bagatelles sont la monnaie des voyageurs.
Il y a trois cents Chinois à Timor; parmi eux on compte un honnète homme, et encore est-ce, dit-on, une exagéralion de voyageur. Ils ont conservé ici leur costume national, et ils vivent avec autant de frugalité qu’à Macao ou à Canton, c’est-à-dire qu'une de tasse thé, une poignée de rizet quelques petites pipes d'untabac fort doux suffisent pour leur consommation quotidienne. A l'aide de deux bagueltes d'ivoire qu'ils agitent avec une extrême vélocité, ils saisissent dans leur assiette les miettes les plus menues. On dirait des jougleurs à côté de leur table d'escamotage.
Nul peuple sur la terre w’a un caraeière de physio-
pe
nomie plus particulier, plus uniforme. Rien ne res- | pang qu'un Chinois de paravent. Si vous avez vu un semble plus à un Chinois de Canton qu'un Chinois de | véritable paravent de Nankin, vous connaissez la Pékin; rien ne ressemble plus à un Chinois de Kou- | Chine... à peu de chose près.
... Il s'en va doucement dans les flots. (Page 92.)
grosses, la bouche très-peu allongée ; ils se rasent la
Is ont la figure douce, ronde, les yeux petits, tête et ne gardent qu'une mèche qui, du sinciput,
baissés vers le point lacrymal, le nez épaté, les lèvres
—— LEE LE — LT eat ne
.. Le Malais de Timor est jaune, petit, musculeux, (Page 44) descend en queue sur le dos; leurs ongles ont quel- | et bien taillés. Il sont fort délicats, ne marchent pres-
quelois un pouce de longueur, et c’est chez eux de la | que jamais. Un Européen, d’une force moyenne, ne coquelterie et du luxe que de les conserver propres | devrait pas craindre de se mesurer avec cinq ou six
de leurs plus vigoureux athlètes. Leur physionomie est au niveau de leur caractère : la dégradation est complète chez eux.
Ils font deux repas par jour, jamais avec leurs
| femmes. Lâches par naturel et par ceaïicul, ils se
sont déclarés neutres dans toutes les guerres que les Malais pourraient entreprendre.
Les droits qu'ils payent pour l'exportation de cer-
. Le terrain sondé, il se mit à bondir. (Page 95.)
faines denrées sont de beaucoup moindres que ceux iiposès à l'Angleterre et au Portugal. N'est-ce pas là
leltré des Chinois de Koupang m'a racontée une nuit que je le trouvai plein de dévotion, sortant de son temple? Au maitre-autel de cette espèce de chapelle est une petite figurine de jeune fille richement parée