‹ Souvenirs d'un aveugleChapitre 9 sur 90 · DES CANARIES À L’ÉQUATEUR · texte numérisé non relu

DES CANARIES À L’ÉQUATEUR

Prise d'un requin. — Cérémonie du passage de la ligne.

...Le vorace animal s’élance, se retourne sur le dos.. (Page 13.)

Dans ces latitudes équatoriales, où le soleil, presque toujours d'aplomb, exerce une si puissante influence sur l'atmosphère, il est rare que les mauvais temps soient de longue durée. En général, on ne passe la ligne qu'à l'aide de pelitsde coups vent, d’orages, et, après le grain, le ciel redevient limpide et bleu. La tourmente fut courte, l'élégant danner voltigea autour

de nos mâtsavec un calme confiant, indicateur d’une journée tranquille; les marsouins, dans leurs brillantes migrations, ne faisaient plus jaillir les flots écumeux par leurs soubresauts pleins de folie; la gigantesque baleine se pavana majestueusement entre deux eaux et nous montra de temps à autre son dos immense, sur lequel l’albatros pélagien, arrivé la

veille des régions glacées, se précipitait comme une flèche et se relevait à l'instant pour chercher une nourriture plus certaine, tandis que le navire, bercé sur sa quille de cuivre, roulait et tanguait au gré de la vague, contre laquelle le gouvernail était sans | puissance.

— Requin! dit tout à coup un de nos matelots ;

requin à l'arrière! En effet, un requin monstrueux, l'œil aux aguets, attendait avec sa voracité accoutumée les débris de bois, de linge, de goudron, dont | on débarrasse le pont et les batteries. Voici done un épisode au milieu du calme plat que déjà nos impatients matelots commencaient à maudire avec leurs jurons accoutumés.

A l'instant, un solide émérillon est recouvert par un énorme morceau de lard salé et jeté à la traine, fortement noué avec un gros filin. L’amorce n'est pas

Page 1