‹ Souvenirs d'un Aveugle: Voyage Autour du MondeChapitre 42 sur 58 · DE QUELQUES-UNS DES PEUPLES QUE NOUS AVONS VISITÉS · texte numérisé non relu

DE QUELQUES-UNS DES PEUPLES QUE NOUS AVONS VISITÉS

J'ai pensé avec raison que les vocabulaires de quelques peuples sauvages ne seraient pas inutiles dans un ouvrage comme le mien. Le voyageur qui visite les régions lointaines n'a que trop de peine à inspirer de la confiance à des hommes presque toujours disposés à l'attaque dès qu'ils se jugent les plus forts, et le plus souvent encore empressés à le fuir quand ils se supposent les plus faibles. J'ai remarqué mille fois que le meilleur moyen de les apprivoiser était de se mêler à leurs jeux, départager leurs exercices, et, en quelque sorte, d'adopter leur genre de vie. Dès que je répétais une de leurs grimaces, dès que j'imitais un de leurs mouvements, je les voyais, plus jaloux de me plaire, se presser autour de moi et me montrer de nouveaux mouvements et de nouvelles grimaces. Leur langage surtout, si difficile à rendre avec nos sons, était la chose qu'ils se plaisaient le plus à nous enseigner ; et que de fois les avons-nous vus sauter de joie ou rire avec malignité dès que nous saisissions ou estropiions un de leurs mots ou une de leurs phrases. La gaieté a rarement été funeste : aussi MM. Gaimard, Gaudichaud, Bérard et moi, sommes-nous toujours revenus de nos courses aventureuses, étonnés de notre bonheur après avoir satisfait notre curiosité.

Dès que nous voulions quelque chose et que les sauvages s'opposaient à ce qu'elle eût lieu, loin de les menacer de notre colère ou de les séduire par des promesses , auxquelles ils sont rarement portés à ajouter foi, nous feignions d'abord de ne pas être trop affligés de leurs refus, nous dansions ou mangions avec eux, et bientôt, comme si nous étions de leur famille, tous nos désirs étaient satisfaits. C'est ainsi qu'à Ombay nous avons recueilli des détails très-cu-

rieux et visité un village dont les habitants ont peutèlre dévoré une centaine d'Européens. Mais ces avantages, quelque grands qu'ilssoient pour les voyageurs, ne sont rien en comparaison de ceux que peuvent en retirer le botaniste, le zoologiste ou l'entomologiste : un arbre, une plante, un poisson, un animal quelconque, tout est recherché par eux dans des lieux surtout où la nature n'a pas encore été interrogée, et, pour que rien n'échappe à leur œil scrutateur ou à leurs observations scientifiques, ils ont souvent besoin d'avoir recours à ceux qui connaissent par expérience ce qu'eux-mêmes cherchent à étudier. Dès lors , comment pouvez-vous réussir avec le secours incertain des gestes ? Un mot seul met au courant le sauvage ; vous recueillez des détails et vous les rapportez dans votre patrie.

Nous avons conservé dans ces vocabulaires l'orthographe française. Il y a bien dans le langage des sauvages quelques sons que nos caractères ne peuvent pas rendre exactement, mais nous y avons placé les lettres qui nous en donnaient plus approximativement l'idée. Nous avons trouvé dans les vocabulaires des navigateurs anglais tant d'imperfection, que , même avec leur secours, nous étions souvent dans l'impossibilité de nous faire comprendre. Cela tenait probablement aussi à la différence de prononciation qui existe entre leur manière et la nôtre. Owhyhée, Whahoo et Mowhée, par exemple, se prononcent ici comme en Angleterre : Ohahi, Houhahou et Mohoui. Nous avons évité toutes les difficultés de ce genre dans nos vocabulaires, et le seul moyen de se faire entendre est de prononcer toutes les lettres que nous avons employées.

NOUVELLE-HOLLANDE

A la partie ouest de la Nouvelle-Hollande, nous avons eu si peu de rapports avec les quinze ou dix-huit sauvages qui se sont montrés, que nous n'avons pu, malgré les témoignages de bienveillance par lesquels nous cherchions à les rassurer, apprendre que ce mot : Ayerkadë (Allez-vous-en).

OMBAY

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