H2, SOUVENIRS
— Vive la république ! crièrent toutes les voix.
Et, comme si ce cri eût réveillé des échos, on l'entendit se répéter, de sentinelle en sentinelle, jusqu'au château, où il éclata comme un tonnerre. Dans ce moment, le soleil parut derrière les collines, et inonda la forêt de ses lueurs.
Rien ne nous retenait plus. On courut chercher une civière, on la couvrit de rameaux, et l'on y déposa le> restes de la Rouerie, pour les porter au château. Au moment où il passait devant moi, je fus saisi d'une sorte de tristesse.
Voilà donc où avaient conduit tant d'intrigues habiles, tant de souffrances supportées avec courage, tant de dispositions longuement combinées. De toutes ces espérances, si soigneusement arrosées de sueur et de sang, aucune n'avait pu percer la terre, et cet homme, qui avait compté refaire une monarchie, n'avait pu même obtenir une bière pour son cadavre ! Qu'était-ce donc, mon Dieu ! que la puissance individuelle , et que pouvaient attendre les partis qui avaient pour eux des conspirateurs et non la nécessité?
Je m'étais arrêté, rêveur; je sentis une main s'appuyer sur mon épaule.
— A quoi penses-tu, citoyen? me demanda Morillon.
— Je pense, répondis-je, que cet homme a creusé la terre avec ses ongles pendant trois années, qu'il a
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apporté de la pondre grain à grain, qu'il a dérobé, à force de patience, une étincelle au soleil, et que, lorsqu'il ne lui restait plus qu'a mettre le feu à sa mine, il est mort de la fièvre comme un enfant.
— Heureusement! me répondit le commissaire, car cette mort sauve peut-être la République. Quand les royalistes la connaîtront, le désordre se mettra dans leurs rangs. Toutes leurs espérances et tous leurs projets sont là désormais, avec cette pourriture. Aussi, ce n'est pas le cadavre d'un homme que tu vois emporter, citoyen : c'est celui de la guerre civile.