Né à Caen en 1772 , mort en 1834 à Paris
normale (1795), il fut nommé chet'de brigade à l'École polytechnique, qu'on venait de fonder.
Mais la grande passion de sa vie fut la musique : il lui sacrifia tout le reste. Il ne put cependant se mettre à l'étudierde bonne heure, son père contrariant ses goûts pour cet art ; aussi dans la pratique ne put-il s'élever à un bien haut degré ; la lecture musicale ne lui fut jamais complètement familière. Ce fut par l'étude approfondie et constante de l'harmonie et du contrepoint qu'il se mit à même d'apprécier les œuvres des maîtres et de composer lui-même nombre d'ouvrages didactiques remarquables, par lesquels il se plaça au premier rang dans l'art.
Mais ce ([u'il possédait à un degré inouï, c'était une sensibilité exquise, qui tenait à la nature même de son tempérament, une intuition innée des belles choses; enfin, un amour si passionné de tout ce qui est correct et beau, que le nom seul d'une œuvre de
mauvais goût le mettait hors de lui. J'en citerai tout à l'heure une preuve comique.
Choron était d'une taille moyenne, d'une figure agréable et d'une physionomie sympathique. Sa bonté parfaite, son cœur d'or, n'avaient d'égale que son extrême vivacité. A une grande mémoire, il joignait des distractions dont nous autres, enfants, nous amusions sous cape. Il arriva à sa servante qui, pour une raison ou pour une autre, n'avait pas jugé à propos de faire la cuisine, de lui soutenir un matin qu'il avait déjeuné; il le crut tout en s'étonnant d'avoir si faim. Choron était d'une grande piété, chose rare chez les hommes voués aux études abstraites, et, quoiqu'il aimât généralement la controverse, il ne supportait même pas que l'on mît en question devant lui les choses touchant à la religion.
Ce fut en 1816 que Choron, connu déjà pour ses ouvrages d'enseignement, fut nommé directeur de l'Opéra. Il n'y resta pas longtemps et, en 1817, comme je l'ai
SOUVENIRS d'un CHANTEUR H
dit, il lut mis à la tête du Pensionnat Royal de musique religieuse, dont lui-même avait donné l'idée et fourni le plan.
Ce que recherchait ce maître dans les enfants dont il avait à s'occuper, c'était bien moins les moyens purement vocaux, les qualités matérielles, si l'on peut s'exprimer ainsi, que l'intelligence et l'organisation artistique, et il lui arriva de prendre au nombre de ses élèves plusieurs sujets qui se sont illustrés, il est vrai, mais tout autrement que comme chanteurs. La grande tragédienne Rachel en fut un exemple. Tout enfant, montée sur une table comme sur un théâtre, elle récitait des vers où paraissait déjà cette expression profonde qui l'a faite célèbre. Choron lui reprochait seulement d'avoir la voix enrouée. Laferrière passa aussi quelque temps au pensionnat ; et, s'il y brilla fort peu dans les classes de musique, en revanche, lorsqu'il récitait quelque fragment de pièce, ses gestes animés, sa voix chaleureuse, la passion de son débit faisaient
prévoir ce qu'il serait un jour. Il nous quitta bientôt pour se livrer entièrement à la carrière dramatique, où l'appelait sa vocation. Parmi tous les jeunes gens qui successivement reçurent les leçons de mon cher maître, je fus certainement un des préférés. On a vu par sa lettre à son beau-frère quelle bienveillance il me témoigna tout d'abord ; avec le temps, cette bienveillance ne fit que s'accroître et devint une affection véritable ment paternelle. Mon sentiment musical lui plaisait ; souvent il me faisait chanter avec lui des duos dans lesquels, malgré sa voix impossible, il mettait une telle âme qu'il en versait des larmes, auxquelles se joignaient celles que, de mon côté, je lui arrachais. Mais aussi, gare à l'imprudent qui, insensible aux charmes de la musique, laissait voir son indifférence pendant ces moments pathétiques ! Il s'exposait à la mésaventure de mon camarade Hébert, un jour que, peu touché des charmes de la mélodie que nous faisions entendre à la classe, il s'exerçait à
attraper des mouches pendant que nous chantions, le maître et moi, un duettino de Fioraventi.
Ce duettinn commence par ces paroles dialoguées :
i° Vieni, caro mio sposo.
2» Vieni, mio dolce amore.
1" Non sarai più geloso?
2" No, nol saro, mio ben.
Au vers suivant, où les deux voix s'unissent, la musique étant fort attendrissante, Choron avait l'habitude de fondre en larmes. Mais, arrivé là, il aperçoit Hébert qui guignait une mouche. Indigné : « Malheureux enfant ! s'écrie-t-il, voilà donc à quoi vous passez votre temps? Vous méritez une punition ! Vous écrirez cinq cents fois le mot yobe-mouches ! — Mais, m'sieu..., fait le moutard désolé. — Mille fois ! — M'sieu ! . . . — Deux mille ! . . . » Et, comme l'infortuné Hébert essayait encore de protester : « Vous l'écrirez trois mille fois ! » crie l'impitoyable musicien. Bref, pendant huit jours, nous
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passâmes toutes nos récréations à écrire le mot gobe-mouches, pour aider notre pauvre camarade à payer sa dette à la sensibilité excessive du maître.
Élevé à une époque où l'élément fustigeant jouait encore un grand rôle dans l'éducation des enfants, Choron conservait quelque chose de l'ancienne méthode et avait la main fort leste. Il avait trouvé, pour me donner de l'âme, un moyen désagréable, mais qui ne manquait jamais son effet, lorsque je devais chanter, le soir, devant mes camarades et devant les amis que le maître réunissait en un petit public. J'étais assez désordonné; je laissais traîner ma musique dans tous les coins. Le professeur la ramassait sans m'en rien dire, la mettait de côté; puis, au moment du concert : « Où est ta musique? » me demandait-il. J'étais forcé d'avouer que je ne savais pas ce que j'en avais fait. « La voilà, faisait-il alors ; et voici pour t'apprendre à la perdre. » Suivait une paire de soufflets, qui avaient pour résultat ordinaire d'exciter
au plus haut point ma sensibilité. Un jour, après une de ces exécutions, je chantai l'air de Sacchini : « Barbare amour! » avec une telle expression que Choron, attendri, m'enleva dans ses bras un instant, et m'embrassa aux yeux de tout le monde.
Malheureusement, ce n'était pas seulement avec ses élèves que le digne homme se laissait aller ainsi à la vivacité de ses impressions.
Voici, à ce sujet, une anecdote que je tiens de M. Leduc, secrétaire de l'Opéra. Son père, éditeur de musique, eut pendant un certain temps Choron pour associé. Celui-ci était, un jour, dans le magasin, ce qui ne lui arrivait heureusement pas souvent. Entre un client, qui demande je ne sais quel morceau. Comme je l'ai dit, Choron poussait presque jusqu'à la férocité son amour exclusif pour les œuvres des maîtres.
« Fichue musique ! murmura-t-il en entendant le titre du morceau demandé.
— Plaît-il, monsieur? dit le client surpris de l'apostrophe.
— Fichue musique! répète Choron en élevant la voix.
— Eh ! mais , Monsieur , qu'est-ce que cela vous fait?
— Rien ; seulement je dis : Fichue musique !
— Ah ! cela devient une impertinence , s'écrie le client exaspéré.
— Fichue musique ! » hurle Choron.
Et, cette fois, joignant le geste à la parole,
il lance une paire de claques à son interlocuteur.
Il ne tarda pas à s'en repentir. Le monsieur souffleté, furieux, leva sa canne et se mit en devoir de poursuivre le trop ardent adorateur des classiques. Celui-ci, reconnaissant son tort, tournait autour du comptoir, et s'excusait tout en esquivant les coups. A la fin, on parvint à les séparer, à les calmer, et l'affaire alla, le lendemain, se vider sur le terrain, où Vhonneur satisfait coûta seulement la vie à quelques canards.
Une autre fois, Choron passait dans une
rue où un orgue de Barbarie faisait entendre, sur un mouvement beaucoup trop lent, le fameux air de la Sentinelle, dont il était l'auteur. Il court au joueur d'orgue : « Ganache ! s'écrie-t-il ; tiens, voilà le mouvement! »Et, s'emparant de la manivelle, il la fait tourner avec la rapidité voulue; puis il s'en va, après avoir mis une pièce blanche dans la main du mendiant ébahi.
Toute sa vie , Choron fut en opposition ouverte avec Gherubini, directeur du Conservatoire. Si le premier était vit, le caractère difficile et colère du second est devenu proverbial. On raconte, entre autres choses, qu'un artiste, qu'à tort ou à raison il ne pouvait souffrir, ayant eu affaire chez lui : « Allez-vous-en, s'écria le vindicatif Italien; allez-vous-en ! Que si vous ne vous en allez pas, zé me zette par la fenêtre, que Ion dira que c'est vous! y>
On comprendra facilement qu'une brouille entre deux hommes aussi absolus et aussi irritables fut irréconciliable. Par suite de cette
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brouille, Choron était assez mal vu de l'administration de l'Opéra, et lorsque les élèves (lu pensionnat se rendaient à ce théâtre, où, une fois par semaine, ils avaient leurs entrées, ils s'en ressentaient par l'accueil qui leur y était fait. Les employés ne se gênaient pas pour nous lancer des quolibets et se moquer de nous à notre passage : « Voilà l'Espérance, disaient-ils; laissez passer l'Espérance !.. . » Cette plaisanterie nous porta sur les nerfs ; et, un soir que je rentrais de l'Opéra avec Monpou, Boulanger et Renault, nous prîmes le parti de nous en plaindre à M. Choron. Nous lui fîmes porter la parole par Renault, l'aîné de nous quatre. « Vous avez tort de vous fâcher, nous répondit notre maître. Répondez seulement à ceux qui vous taquinent : « Oui, nous sommes l'Es^em/jce, et nous « vous ferons la Charité, quand on n'aura plus « Foi dans vos vieilles reliques. » Ces vieilles reliques, c'étaient apparemment le genre et le répertoire surannés qui devaient bientôt faire place à l'école novatrice de Rossini.
Choron n'avait pas toujours été grand admirateur du genre rossinien, au contraire. Bien qu'il comprit la nécessité d'encourager les jeunes compositeurs et les nouvelles œuvres, son culte pour les anciens maîtres le rendit mainte fois injuste pour ses contemporains. L'auteur du Barbie?' fui discuté, nié même, jusqu'au jour où Choron dut se rendre à l'évidence. Mon camarade Scudo et moi, nous nous mîmes en tète d'étudier secrètement le beau duo de Moïse : « Parlar, spiegar non posso... » et nous le chantâmes à notre maître sans lui dire ce que c'était. Choron ne connaissait pas Moïse ; pris ainsi au dépourvu, il ne put retenir son admiration, à l'audition de cette page si belle et si sentie : « Je ne sais pas de qui cela est, s'écria-t-il ; mais c'est furieusement beau ! » Nous lui nommâmes Rossini. Il ne nous sut pas mauvais gré de cette petite mystification, qui contribua à le faire revenir de ses préventions.
Scudo, que je viens de nommer, fut un
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de mes grands amis au Pensionnat Royal. Il avait, près de quinze ans lorsqu'il s'y présenta, et y fut reçu, non certainement pour sa voix (car, en admettant qu'il en eut une belle, elle traversait alors la désagréable période de la mue), mais pour son intelligence et le goût très vif qu'il montrait pour la musique. Je le vois encore tel qu'il était à cette époque, avec son œil brillant et ses longs cheveux blonds, sa petite casquette et son pittoresque costume d'étudiant allemand. De prime abord aussi il me remarqua entre les autres, et me témoigna une amitié qui prit peu à peu les proportions de l'enthousiasme. Dans une circonstance, particulièrement, je me grandis à ses yeux d'une façon prodigieuse, en même temps que je donnais un échantillon de l'assurance que je pouvais avoir quand il s'agissait de faire de la musique.
Nous étions, de temps en temps, les uns ou les autres, attirés dans les réunions musicales de quelques grands salons d'ama-
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leurs (lu faubourg Saint-Germain. C'est de cette manière que Choron mena quelquesuns d'entre nous chez M. le comte Siméon, ministre de l'intérieur. J'étais de la troupe, avec Scudo et Boulanger-Kuntzé, qui est devenu chanteur et professeur de chant.
Ces derniers devaient exécuter un duo ensemble. Malheureusement, le futur critique musical, outre qu'il était en pleine mue, avait mangé ce soir-là une si grande quantité de marrons qu'il pensa en étouffer ! Quand, après la phrase solo par laquelle commence le morceau et que disait Boulanger-Kuntzé, Scudo ouvrit la bouche à son tour, rien n'en sortit. Le morceau était au diable, lorsque, inspiré par la gravité de la situation,, je tire mon malheureux camarade par les pans de son habit et le force brusquement à se rasseoir. Je me lève alors à sa place et chante sa partie jusqu'au bout, sauvant ainsi, à mes risques et périls, rhoiineur de l'école.
J'avais un autre ami, comme Scudo, un
peu plus âgé que moi, doiU j'obtins la preuve de tendresse la plus capable d'exciter ma reconnaissance. C'était le fils d'un artiste de l'Opéra-Gomique, du nom de Batiste. Plus favorisé que moi, ou plus économe, il avait toujours son gousset bien garni, tandis que le mien était constamment à sec. J'en profitais pour lui faire maint emprunt : c'était tantôt dix, tantôt vingt sous, que je négligeais de lui rembourser. Bref, je finis par lui devoir la somme de quatre francs soixante-quinze centimes !
Nous en étions là, quand je chantai, à l'une de nos grandes classes, l'air d'Orfeo : « Che farô senza Euridice... » J'étais en voix et en veine. Mon bon maître trépignait d'aise en m'écoutant; ses élèves applaudissaient...
Quand j'eus fini, Batiste vint se jeter'à mon cou, et, les larmes aux yeux, il s'écria en m'embrassant : « Tu as si bien chanté, que... que les quatre francs soixante-quinze centimes que tu me dois, eh bien ! je te les donne! » Ce fut mon premier succès d'argent!
A propos de succès, j'en obtins un presque égal à celui qui m'attendait quinze ans plus tard à l'Opéra, mais dans un sens diamétralement opposé.
Mon frère Edouard, dont se souviennent encore les anciens amateurs de bonne comédie de Lyon, Bordeaux ou Bruxelles, se livrait à l'étude de l'art dramatique et, comme le font encore les jeunes gens qui se vouent à cette carrière, s'exerçait sur toutes les petites scènes que possède la capitale. Un jour, il arriva très afï'airé au pensionnat : « Gilbert, medit-il, veux-tu me rendre un service ? Je joue ce soir, avec Provence, un vaudeville, Mons;ieur Tranquille, au théâtre Saint-Pierre; il nous manque un tout pelit rôle, celui d'un paysan qui \ient annoncer à M. Tranquille que sa maison est en îeu. Est-ce que tu ne voudrais pas t'en charger ? » Or, le théâtre Saint-Pierre était une sorte de boui-boiii (qu'on me passe le mot), situé derrière le boulevard du Temple, quartier plus épouvantable alors qu'on ne peut se
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l'imaginer aujourd'liui. Ce fut précisément là ce qui me séduisit ; le contraste entre un pareil lieu et le paisible pensionnat de musique religieuse, ce changement dans toutes mes habitudes, me tentèrent : « Donne ton bout de rôle, dis-je à Edouard, et compte sur moi. »
En conséquence, le soir venu, je m'esquive vêtu de mon habit à queue de pie et de mon chapeau à trois cornes, arrive au théâtre, quitte cet uniforme pour m'affubler d'une casquette et d'une blouse et entre en scène... Mais à peiney suis-je, que la peur méprend; la seule phrase que j'eusse à dire à M. Tran- C|uille pour l'avertir que sa maison brûlait, m'échappe! En vain, mon frère et Provence me soufflent, en vain je fouille ma mémoire et mon imagination... je reste bouche béante, inerte, frappé de stupidité, sous les invectives, les huées d'un public qui ne se pique ni d'indulgence ni de politesse. Ce sont des cris : « Il parlera!... Il ne parlera pas!... » Bref, je sors de là sans avoir pu
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prononcer une parole et tout autrement impressionné que je ne le fus, le 17 avril 1837, après ma première représentation de Guillaume Tell.
Les études qu'on nous faisait faire chez Choron comprenaient, outre le solfège et le chant, le français, l'italien, les éléments de latin, puis le contrepoint, l'harmonie et la composition. Ces dernières branches nous furent d'abord enseignées par un vieux compositeur italien du nom de Porta, puis par le savant Fétis, qui aprécédéM. Gevaërt dans la direction du Conservatoire de Bruxelles.
Porta avait jadis fait exécuter un opéra de sa composition à l'Académie royale.
Quelle en était la valeur et quel en fut le succès, je l'ignore; tout ce que je sais, c'est que les musiciens de l'orchestre de l'Opéra, lorsqu'ils voyaient passer le vieil artiste, le poursuivaient insolemment de ce refrain (sur l'air de J'ai perdu mon écuelle de bois) : « Porte ailleurs ta musique, Porta,
porte ailleurs ta musique! » Ce (jui le mettait fort en colère.
En 1822, Fétis fut chargé de faire exécuter la musique antérieurement écrite par Gossec pour les chœurs d'Athalie, aux représentations de ce chef-d'œuvre de Racine données par le Théâtre-Français.
Lui-même avait composé un joli petit trio qu'il fit chanter par trois élèves de Choron, à savoir: Boulanger, de la Gastine et moi. Nous nous rencontrions donc à ces occasions avec les plus illustres représentants de la tragédie; c'étaient Lafont, Duchesnois, .madame AUan-Despréaux dans le rôle d'enfant, mademoiselle Bourgoing, enfin le grand Talma! Plus d'une fois, cet illustre artiste, me tapant familièrement sur la joue, me rendit fier en me louant sur mes dispositions précoces. J'entrais alors dans la mue de la voix. Nous allions fort souvent faire de la musique chez M. Bertin, propriétaire du Journal des Débats, qui aimait les artistes, en comptait même dans sa famille, et rece-
SOUVENIRS n'UN CHANTELK
vait les plus grandes illustrations artistiques et littéraires du temps : Ingres, Gérard, Girodet, Eugène Delacroix. Ces peintres célèbres s'y rencontraient avec Hector Berlioz et notre grand poète Victor Hugo, qui écrivit pour mademoiselle Bertin le poème de l'opéra Esméralda, dont elle fit la musique.
Malgré l'état précaire de ma voix, je continuais de chanter dans ces réunions; et, de quinzaine en quinzaine, Fétis ou bien Castil Blaze qui, tantôt l'un, tantôt l'autre, m'accompagnaient, étaient obligés de transposer les morceaux dont j'étais l'interprète, pour se mettre au diapason de mou capricieux organe. Peu à peu la transformation s'accomplit. Dans le courant de l'année 1823, je ténorinisais déjà avec succès chez madame Orfila, femme de l'illustre doyen de la Faculté de médecine, et chez madame la comtesse Merlin, dont le goût pour la musique attirait dans ses salons tout ce qu'il y avait d'illustre en cet art. Ce fut chez elle que je rencontrai pour la première fois Rossini
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et donnai nne nouvelle preuve de cet aplomb qui avait précédemment sauvé r honneur de l'école Choron chez M. le ministre Siméon. Il y avait brillante et nombreuse assistance; Rossini, alors dans toute la splendeur de sa gloire et de son talent, était au piano; la comtesse manifesta le désir de chanter avec moi un duo de Ricciardo e Zoraide; naturellement je m'empressai de lui obéir. Nous commençâmes; mais, arrivé à mon solo : « Permettez, fis-je en posant ma main sur le bras de l'illustre maître qui nous accompagnait, permettez : voici mon mouvement. » Rossini me regarde, sourit, et, de la meilleure grâce du monde, prend le mouvement que j'osais lui imposer. Mon outrecuidance, paraît-il, ne lui avait pas déplu; car, en 1825, lors d'un voyage que je fis en Italie, comme on va le voir tout à l'heure, il me donna d'excellentes lettres de recommandation pour son pays.
Mais, avant de parler de ce voyage, je dois dire comment j'eus pour élève un futur
grand artiste que je ne soupçonnai même pas.
L'institution de jeunes gens de M. Boniface se trouvait fort proche du pensionnat (le musique religieuse. Jl en résulta que le chef d'institution fut tout naturellement conduit à demander à son voisin Choron un maître de solfège pour les enfants qui lui étaient confiés ; je fus désigné pour remplir ces fonctions.
Là, parmi une vingtaine de bambins plus ou moins dociles, il y avait un petit bonhomme de six ou sept ans dont la mine réfléchie et la physionomie attentive fixèrent ma prédilection. Je le prenais sur mes genoux, le donnais en exemple à toute la classe, et lui faisais expliquer les questions trop difficiles pour les autres.
Après ma rentrée d'Italie, en 1837, un jeune compositeur, sur le point de faire jouer son premier ouvrage, me rappela ces scènes effacées de mon souvenir et me dit être l'enfant dont j'avais remarqué les apti-
tudes précoces. Ce compositeur se nommait Charles Gounod.
Glioron avait ramené de Nantes une jeune personne fort intelligente et bien douée sous tous les rapports, qu'il plaça dans un pensionnat de demoiselles composé de six jeunes filles et dirigé par madame Dotti, mère de l'une d'elles. En ma qualité d'élève déjà avancé, j'avais à faire une classe préparatoire pour les commençants. Mademoiselle Alexandrine Duperron, la jeune Nantaise, fut désignée pour en faire partie; — comme plus tard Rose Noël, ou Rosine Stolz, fit partie de la classe de Scudo qui, vu le caractère entier de cette élève, se croyait obligé parfois d'en venir envers elle aux voies de fait.
Ces relations quotidiennes entre un homme de mon âge et une fille belle, aimable et bien élevée, eurent un résultat facile à prévoir. Je ne tardai pas à éprouver pour mademoiselle Duperron le sentiment tout lionnête qu'elle devait inspirer, Ce fut alors
que mon père et Choron, afin de détourner mes idées d'un mariage prématuré, se décidèrent à me faire voyager et m'expédièrent en Italie.
Déjà une fois j'avais failli faire ce voyage et tel, que, pour le coup, il m'eût à jamais détourné des idées matrimoniales. C'était avant ma mue ; Paër, grand ami de notre institution, trouvait si regrettable que je perdisse ma voix d'enfant, que, d'accord avec mon maître Choron, aveuglé par la passion musicale, ils ne projetèrent rien moins que de nïenxoyer sopraniser à la chapelle Sixtine. Mon père, qui à lui tout seul avait eu vingt-trois enfants, y mit heureusement le holà! Il fallait son consentement, il le refusa en termes énergiques : « S'il arrivait à quelqu'un, dit-il aux auteurs de ce beau projet, de blesser mon fds d'un coup de fusil, je pourrais encore pardonner; mais si vous aviez le malheur de l'empêcher, par une opération quelconque, d'être ce que la nature veut qu'il soit, je vous réponds
que vous auriez affaire à moi ! » Voilà comment je suis resté ténor.
Donc, au mois de mai 1825, la poche suffisamment garnie par les soins de mon bon maître et d'un de nos amis, gai comme un . oiseau qui s'envole, je pris place dans le voiturin qui partait de la rue Gît-le-Gœur pour se rendre à petites journées jusqu'à Milan. Aller de Paris à Milan par le mont Cenis n'était pas dans ce temps une petite affaire; l'incommode véhicule auquel me condamnait la modicité de mes moyens mettait seize jours pour accomplir ce trajet, en faisant station dans plusieurs villes. A Lausanne, par exemple, on arrivait dans l'aprèsmidi pour repartir à l'aube le lendemain. Je profitai de ces quelques heures pour visiter la localité.
Tout en me promenant, j'aperçois, collé contre une vitrine, le tout petit programme d'un concert affiché pour le soir même. Aussitôt, le démon de la musique me tentant, je vais trouver l'organisateur du con-
cert et lui demande d'y prendre part; il y consent, et je me fais entendre pour la première fois en pays étranger dans la romance d'Amédée de Beauplan :
« J'aime le son du tambour,
De la trompette, Et mon ivresse est complète Quand j'entends résonner le canon. »
On m'applaudit beaucoup, et je fus heureux, tout autant qu'on se l'imagine.
A Ghambéry, le voiturin laissa trois voyageurs et en prit trois autres, un Russe, un Anglais et un Allemand, destinés comme moi à passer les monts pour se rendre en Italie. Ces trois messieurs comprenaient fort bien le français, tandis que je ne savais pas un mot de leurs langues ; mais, bavard comme un écolier, il me suffisait qu'on me comprît, et je me mis à parler musique à tort et à travers. L'un de mes compagnons, l'Allemand, parut s'amuser de mes propos. La route était longue et pénible, souvent
nous mettions pied à terre et causions en marchant; mon inconnu prenait alors plaisir à me faire pérorer, me donnant la réplique à propos pour exciter ma faconde. Jeune, étourdi, outrecuidant dans mes opinions, qui sait tous les discours que je pus lui tenir?... J'en fus bien ému plus tard...
Arrivés à Turin, nous nous séparâmes sans que je me fusse informé de son nom.
Les deux autres voyageurs partirent également, chacun de son côté, et je continuai seul ma route vers Milan.
Il y a loin, de l'italien qu'on apprend sur les bancs de l'école, à la langue qu'il faut parler dans le pays pour se faire comprendre ; j'en fis l'expérience à Novare. Le voiturin s'y arrêtant assez longuement, je pris ma petite malle et me présentai à la première osteria venue ; là, tout heureux de donner un échantillon de mon savoir, je demandai pompeusement qu'on me préparât « una casa ». Le garçon auquel je m'adressais regarda mon modeste bagage et partit d'un
éclat, de rire : je .lui avais demandé une maison ! J'ouvris de grands yeux, et, un peu revenu de mes prétentions italiennes, réitérai en bon français la demande d'une chambre, qu'on m'octroya aussitôt. Au moins ne se méprit-on pas sur ma nationalité, tandis que, moins heureux que moi, Casimir Delavigneet un de ses amis, (|ui avaient cru savoir l'italien au bout de trois mois d'étude, réussirent si bien, qu'à leur langage ils furent pris pour deux Anglais.
Le séjour que je fis à Milan est à peu près sans intérêt. Muni de lettres de recommandation de Rossini, de Caraffa et de la Hsaroni, j'eus cependant l'occasion de faire de la musique dans quelques salons, et me liai d'amitié avec trois artistes de réputation : Gustave Garulli, fils du célèbre guitariste, Alexis Dupont, depuis mon camarade à l'Opéra, et le compositeur anglais Balfe. Mais, au bout de peu de mois, Choron pensa que je m'étais distrait suffisamment et me rappela auprès de lui, me signifiant, avec
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son absolutisme habituel *<* que, si je ne revenais point de bonne volonté, la gendarmerie se chargerait de me ramener de brigade en brigade ». J'étais accoutumé à obéir à mon maître; d'ailleurs mes fonds baissaient considérablement : je revins donc de bonne volonté au mois de septembre 1825.
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Je quitte le pensionnat royal de musique religieuse et j'entre à rOdéon. — Je me marie. — Une œuvre innocente. — ■ Souper d'artistes de vingt ans. — Magniûques recettes que je fais à Tours. — Comment je suis engagé à l'Opéra-Comique et ce qu'on m'y fait faire. — Comment j'en sors.
Aussitôt à Paris, je rentrai au bercail, c'est-à-dire au Pensionnat Royal ; mais, pressé de me créer une position, afin de pouvoir réaliser mes projets de mariage, que je n'avais nullement abandonnés, je n'y restai ^as longtemps.
L'Odéon jouait alors avec succès les œuvres des maîtres anciens et modernes, français, italiens ou allemands. Don Juan, Robin
des Bois, le Barbier, la Pie voleuse, Marguerite d' Anjou, Z émir e et Azor,QiQ,., etc., avec d'excellents artistes, tels que la Schûtz, Valère, Mondonville, pour interprètes. C'est à ce théâtre que je me fis entendre et fus immédiatement engagé, aux appointements fabuleux de 4,000 francs par an, soit 333 francs et 33 centimes par mois, une fortune enfin! Le 3 décembre 1825, à l'âge de dix-neuf ans moins trois jours, je débutai dans le Barbier de Séville.
La première critique dont j'eus l'honneur d'être l'objet fut faite par Charles Maurice, dans le Courrier des Théâtres ; elle disait que, « pour m'entendre, il fallait être assis sur le trou du souffleur, et qu'en me voyant, on croyait avoir pris la lorgnette par le grand côté ».
Certes, Choron n'avait pas été content que je quittasse son école et prisse aussi tôt le théâtre ; cependant son amour de l'art et son amitié pour moi le décidèrent à assister à mon début, qui fut loin de m'être défavo-
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rable. Le second se passa bien aussi ; mais, au troisième, je fus sur le point de quitter à tout jan ais la carrière. Je paraissais dans les Folies amoureuses, pastiche de Castil Blaze; la salle était pleine d'étudiants; dans un duo que je chantais avec le baryton Léon Bizot, comme moi bon musicien, ils commencèrent, je ne sais pourquoi, à nous huer, si bien que nous achevâmes notre morceau au milieu d'un concert de sifflets. Je tins bon pourtant et ne regrettai pas mon courage, car jamais dans la suite semblable chose ne se renouvela. Bien au contraire, je chantai avec succès diverses pièces du répertoire si ornementé de Rossini et de son école, auquel ma voix de tenorino, aussi agile pour le moins qu'exiguë, se prétait à merveille. Cela ne m'empêcha pas d'être fort applaudi dans les rôles, tout de style et de sentiment, de Zéniire et Azor, de VOttavio, de Bon Juan et dans diverses créations, comme, par exemple, la Folle de Glaris ou le Neveu de Monseigneur,
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Mademoiselle Duperron, devenue, au commencement de 1827, madame Duprez, avait quitté comme moi le pensionnat de musique pour le théâtre, et nous chantâmes ensemble divers ouvrages, entre autres Adoljjlie et Clara, la Dame du lac, etc., etc. Malheureusement, rOdéon devait avoir le sort de toutes nos troisièmes scènes lyriques, c'est-à-dire qu'il fit faillite, et, au mois de juin 1828, nous dûmes chercher fortune ailleurs.
Deux ans auparavant, en 1826, j'avais mis à la lumière ma première œuvre dramatique. 11 faut le dire, le démon de la composition m'a toujours possédé: à treize ans, je mis en musique et fis graver les stances de Désaugiers sur la mort du duc de Berry; plus tard, je m'exerçai dans des dueUini, des nocturnes, des romances; enfin, mon frère, le comédien, ayant de son côté la même manie à l'égard de la versification, nous unîmes nos forces pour la perpétration d'un innocent opéra comique dont le principal personnage avait
nom r Esturgeon. Il était certainement moins difficile de se faire représenter à cette époque qu'à présent. J'avais quelques amis au théâtre de Versailles, ils m'engagèrent à présenter ma pièce à leur directeur et celui-ci voulut bien la faire jouer. Les chemins de fer n'étaient point inventés; les moyens de transport n'étaient ni commodes ni nombreux. Pour aller à Versailles par le plus rigoureux des hivers, nous prenions, mon frère et moi, une ou deux fois la semaine, l'agréable véhicule impoliment appelé tapecul, à dix sous la place, et, après deux heures de route, nous étions rendus au théâtre pour assister à nos répétitions; après quoi nous revenions de la même manière.
Mais, un soir, la séance se prolongea de beaucoup au delà de l'habitude, nous ne pûmes songer à rentrer à Paris; il fallait bien pourtant souper et se coucher d'une manière quelconque et tout était fermé depuis longtemps dans la ville de Louis XIV. Notre premier baryton, qui n'était autre que mon
ancien camarade Batiste, nous offrit généreusement l'hospitalité. Malheureusement, chez lui il était beaucoup plus facile de se coucher que de souper, il n'avait que du pain et un peu de fromage, et nous mourions de faim. Que faire?.... Dans notre embarras, nous avisâmes une boutique d'épicerie dont le dernier volet n'était pas encore fermé, nous nous y précipitâmes. L'épicier n'était pas des mieux fournis ; mais, enfin, il put nous vendre du brie, un marolles et ces deux fromages, joints au gruyère de Batiste, constituèrent un repas succulent pour nos estomacs affamés de vingt ans. Qu'on est heureux à cet âge!..
Pour en revenir à la Cabane du Pêcheur, notre opéra, telle fut la répétition générale, à laquelle nous assistâmes, que nous ne crûmes pas prudent, mon frère et moi, de nousrendre à la première représentation. Mais nous eûmes une satisfaction plus grande, celle de nous voir joués quelque temps après, à une soirée de bénéfice, par mes camarades
de rOdéon qui voulurent bien se prêter à l'exécution de ce chef-d'œuvre.
Me voilà donc sur le pavé, souffrant d'autant plus de ma position que je n'étais plus seul à en supporter les conséquences. J'avais femme et enfant, il fallait à toute force faire quelque chose; j'essayai de donner de petits concerts en provincQ. A Tours, le premier que je donnai me rapporta quinze francs!.. C'était dérisoire. J'eus pourtant le courage de récidiver, et, cette fois, recueillis cent écus; mais, la saison avançant, il commençait à faire trop chaud pour espérer de réunir le public dans une salle de concert. Je revins donc à Paris attendre les événements.
Damoreau, le ténor qu'épousa depuis mademoiselle Cinti, débutait au mois de septembre dans Joseph, de Méhul, à l'Opéra- Comique. La veille de la représentation, l'acteur chargé du tout petit rôle de Nephtali vint à manquer par une cause quelconque. Il n'y avait pas de temps à perdre pour le
SOUVEMRS D UN CHANTEUR
remplacer. On me proposa ce rôle, où il n'y a rien à chanter. J'acceptai, à la condition que, dans les huit jours, on me ferait débuter sérieusement dans la Lame Blanche, avec mes 333 fr. 33 c. par mois de l'Odéon. Le colonel Ducis, directeur de l' Opéra-Comique, m'engagea pour six mois dans ces termes; promesse m'était faite de renouveler mon engagement à son expiration et de porter mes appointements à 6,000 francs. On devait m'adjoindre madame Duprez, qui, certes, ne manquait pas de talent : elle l'a prouvé en Italie.
Mais ce fut en vain que, au bout de deux mois, je réclamai l'exécution de cette promesse. Comme on peut encore le voir dans le Journal des Débats de l'époque, une cabale des artistes du théâtre empêcha mon engagement. La direction elle-même m'était contraire. Elle n'avait pourtant pas à se plaindre de moi : dans l'espace de ces deux mois, j'avais appris et joué une dizaine de rôles et de telle façon que les auteurs dont
SOUVEN'inS D UN CHANTEUR
j'étais l'interprète, Boïeklieu, Caraffa,Hérok1, venaient m'entendre parfois et me donnaient des marques non équivoques de leur approbation. Le public ne m'était nullement hostile; avec la figure que tout le monde m'a connue, le bon parterre du dimanclie me faisait bisser dans l'air des Visitandines : « Enfant chéri des dames! » et, une autre fois, il jetait à la porte, en les couvrant de huées, huit de mes adversaires qui m'avaient inopportunément sifflé dans la Dame Blanche...
Malgré tout cela, un beau matin du milieu de novembre, le régisseur vint m'annoncer qu'on avait sous la main un ténor prêt à chanter pour 4,000 francs, et, en conséquence, que si je tenais à rester à l'Opéra-Gomique, il me fallait renoncer à l'augmentation promise.
A cette nouvelle, la colère et le désespoir me montèrent à la tête : il y avait de quoi, l'on en conviendra. Aussi, sans réfléchir à ce qu'il en adviendrait, j'écrivis sur-le-
champ à mon directeur pour lui demander la rupture immédiate de mon engagement.
La réponse ne se fit pas attendre; j'ai encore la lettre dans laquelle le colonel Ducis me dit accepter « avec empressement » la démission que je lui envoie. Il ne se doutait guère, en agissant ainsi, qu'il contribuait à ma fortune.
Mais, hélas!... je ne m'en doutais pas non plus, et, désespéré, incertain sur ce que j'allais devenir, pressé par la nécessité de prendre un parti, en quinze jours je me décidai à partir pour l'Italie avec ma femme. Nous laissâmes notre enfant aux soins de mon père et de ma mère; puis, munis de quelques lettres de recommandation de mes anciennes connaissances, nous nous mîmes en route pour Milan, au commencement du mois de décembre 1828.