‹ Souvenirs d'un chef de bureau arabe (volume 2)Chapitre 5 sur 21 · HO SOUVENIRS · texte numérisé non relu

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sa tente ; et puis, elle et ses enfants se trouvent là, perpétuellement en eontact avec Tair libre, ils aspirent à pleins poumons cette nourriture si bonne à la créature humaine.

Et le chapitre des amours; c'est là peut-être la principale cause qui, chez ces populations, fera rejeter longtemps encore toute pensée d'habitation fixe. Voici à peu près comment se pratiquent les intrigues qui ont Tamour pour mobile.

'Le musulman amoureux, après avoir passé quelque temps à parler le langage des yeux avec Tobjet de sa passion, emploie l'intermédiaire d'une vieille pour transmettre ses conventions ; la femme est invitée a se trouver à un tendez-vous, mais la chose est difficile à exécuter ; dans Tusage, les femmes ne s'éloignent des environs de la tente que pour aller à l'eau, ou au bois, et, dans ce but, elles se Tendent habituellement plusieurs ensemble, sur des points du territoire convenus à l'avance dans la fraction de tribu, et près desquels il n'est pas admis que les hommes doivent se trouver. Combien de jeunes gens ne m'a-t-on pas amenés comme séditieux, perturbateurs de la tranquillité publique,sujets dangereux, bons à pendre, et dont tout le crime, en allant au fond des choses, se trouvait être, de se montrer souvent, près de l'endroit où les femmes vont à reau,malgré les nombreuses plaintes des maris intéressés.

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C'est donc la nuit seulement, qu'il est possible à la femme d'aller se réunir à son amant, et Ton comprend qu*il est nécessaire, que le point de rencontre soit bien indiqué d'avance; c'est là la mission des vieilles femmes. Pour s'échapper de sa tente, l'infidèle n'a qu'à soulever près de sa couche un pan de l'habitation ; or, les murs de pierres, les portes, serrures, etc., ne se manient pas aussi facilement que les tissus, et c'est une des causes qui préviennent le plus la musulmane des tribus, contre notre demeure maçonnée.

Les choses cependant ne se passent pas toujours ainsi : c'est quelquefois l'amant qui vient rejoindre sa maîtresse; ce qui arrive alors est effrayant, et il faut réellement avoir le diable au corps, pour mêler ainsi l'amour au danger le plus' imminent. Le jeune homme qui veut arriver à pouvoir, la nuit, s'introduire chez sa maîtresse, cherche, sous un prétexte quelconque, à venir de jour, dans la tente de celle-ci, ouvertement, en présence du mari. Il reconnaît parfaitement les lieux ; des signes convenus lui indiquent à quel endroit se place, la nuit, la femine aimée. Ce n'est pas tout, il faut se faire connaître des chiens, ces importuns gardiens de la tente : pendant plusieurs jours de. suite il faut leur apporter des provisions, se faire sentir d'eux, et cela, en cachette du mari, car^ s'il s'en apercevait, il y aurait motif à une plamte

très-grave, et certainement à une punition de la part de Fautorité, ou à un conflit avec les gens du douar. L'amant ayant fait connaissance avec les chiens, et sûr du point de la tente vers lequel il doit se diriger, se mBt en campagne au milieu de la nuit. A quelque distance du douar, il ôte son bumouss, son haïck, en général tout ce qui peut Tembarrasser, il prend un poignard nu dans la main droite, et, à plat ventre à terre, il rampe lentement jusqu'à la tente. La femme a d'avance détaché les ligaments du piquet de tente sur un point, et le jeune homme se glisse près de sa maîtresse ; mais le mari est là tout près, il n'est quelquefois pas même séparé par un rideau, on entend sa respiration; l'amant ne quitte pas son poignard ; partagé entre une extrême crainte et un excessif désir d'amour, c'est dans cette alternative qu'il s'abandonne aux transports de sa passion.

Lorsque l'amant ne s'est pas fait suffisamment connaître des chiens, et qu'il veut pénétrer la nuit chez sa maîtresse, il emmène avec lui un camarade, qui reste près du douar, fait un peu de bruit pour attirer les chiens de son côté, et les maintient près de lui le plus longtemps qu'il peut en leur donnant à manger.

Je crois déjà avoir expliqué cette tactique, pour la perpétration des vols de nuit, qui i^ font de la même manière.

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Mon but est rempli si j'ai pu amener le lecteur à re« Tenir un peu sur certaines opinions conçues trop légèrement d'après des observations toutes superficielles. La femme, devant la loi musulmane et dans la société indigène, est moins bien traitée que chez nous, je le reconnais, mais de là à admettre toutes les conclusions qui ont été exposées à ce propos, il y a loin. Se baser sur les actes journaliers de brutalité dont les habitants des tribus se rendent coupables envers leurs feinmes, pour préjuger des relations générales entre homme et femme dans la société indigène, serait autoriser l'étranger à se faire une idée de l'état social de la femme française, d'après ce qu'il verrait ou entendrait dire des ménages d'un grand nombre de campagnards grossiers, ou d'ouvriers livrés k la débauche et à tous les désordres.

Si l'on objecte que dans la vie publique, on ne voit jamais apparaître les femmes indigènes mêlées à leurs époux, je répondrai qu'en effet on n'a pas encore vu les musulmans se promener en cadence, avec leurs fenmies sous le bras, ainsi que cela nous arrive au grand ébahissement des porteurs de bumouss, qui trouvent en cela un de nos plus grands ridicules à leurs yeux. Mais les femmes des douars n'en participent pas moins à toutes les fêtes et réjouissances publiques, noces, etc. Elles ne figurent pas en public au milieu des hommes, mais elles assistent ce-

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pendant, abritées sous des tentes, à tous les spectacles qui intéressent la population; de là elles font entendre lorsqu'elles le jugent convenable, leurs applaudissements, leurs yoM, yow, you, ou cris interrompus par des battements de main sur les lèvres. Toutes les fois qu'un fait général cause de Témotion dans une tribu, les femmes ne manquent jamais de manifester leurs sentiments, et ils ne sont pas sans iinportance sur les décisions qui surgissent. Je me rappelle être arrivé parfois à l'improviste avec quelques cavaliers, au secours de douars que je savais être attaqués, et chaque fois, j'étais salué par les clameurs des femmes qui> les premières, répandaient la bonne nouvelle, criant : t Enfants, n'ayez plus de craintes, voilà le bureau arabe, voilà le bureau arabe, sid X.., que Dieu le bénisse I ... »

Que dirions-nous d'un lettré étranger, qui^ après avoir séjourné quelque temps au milieu de la société parisienne, écrirait: les Françaises sont entourées de beaucoup de soins et de prévenances, on les traite comme des enfants gâtés, on s^occupe de pourvoir à toutes leurs exigences de toilette, danse, chant, distractions joyeuses, mais on leur parle toujours le sourire à la bouche, et de façon à faire entendre qu'elles ne peuvent comprendre que des propos frivoles. Dans les assemblées de gens du gouvernement, dans les sociétés diplomatiques, savantes, indus-

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Irielles, commerciales, partout enfin où les hommes ont à traiter .de choses sérieuses, il n'est Jamais question de femme; celui qui voudrait s'appuyer sur l'opinion d'une femme, mettre en avant des avis émanés d'une faoame, serait tellement couvert de ridicule, que personne n'% encore affronté ce danger; .d'où je conclus que chez le Français, la femme est une compagne considérée comme capable seulement de plaisirs et de distractions n(K)ndai^ nés, mais dépourvue du reste de toute espèce d'intelli* gence et d'aptitude aux choses sérieuses, ne pouvant par conséquent exercer aucune sorte d'influence, en dehor» du monde des amusements. A la surface, cette esquisse semblerait parfaitement exacte, et cependant dans notrç société, depuis les plus hautes sphères jusqu'aux plus infimes, dans combien de choses, en cherchant bien, ne trouve-t-on pas l'influence d'une. femme. Il eu est un peu ainsi, croyons-le bien, du monde musulman en Algérie,

Le grand vice, à mes yeux, de l'état actuel de la société indigène au point de vue des relations entre hommes et femmes, le défaut radical que Ton ne peut pas ne pas voir, c'est la pluralité des femmes permise au musulman.

Je vais en dire quelques mots ; Le cultivateur médiocre n'a habituellement qu'une femme ; quand il acquiert un peu plus d'aisance, que sa première femme vieillit, il eh prend une seconde, et, ce qu'il y a de remarquable,

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