‹ Souvenirs d'un chirurgien d'ambulance, 1870Chapitre 5 sur 22 · LES MANŒUVRES · texte numérisé non relu

LES MANŒUVRES

de St-Privat (14, 16, 18 août) enfermé Bazaine dans Metz. 240.000 Allemands formaient, autour du général français, un cercle de fer qu’il ne devait même pas essayer de rompre, alors que Mac-Mahon le croyait occupé à s’ouVrir un passage vers le Nord.

De Moltke, ayant ainsi immobilisé Bazaine dans Metz, n’avait plus d’autre objectif que l’armée de Mac-Mahon. Cette armée, si entamée à Reischoffen, s’était renforcée de notre 5® corps et de diverses, troupes réunies à Chalons. Suivant les lois de la tactique militaire,cette armée ne pouvait prendre qu’un seul parti, celui de revenir à Paris. De Moltke ne met paë en doute cette retraite de Mac-Mahon et il lance le Prince Royal vers Paris, à la poursuite des Français.

Or, contrairement aux prévisions du Maréchal allemand, Mac-Mahon avait déjà fait un crochet vers le Nord et pris la route de Montmédy. -

Les deqx armées ennemies marchaient parallèlement, mais en sens inverse. Mac- Mahon montant au Nord-Est vers Montmédy ,1e Prince Royal descendant au Sud- Ouest, vers Paris. Les Allemands avaient perdu le contact avec l’armée française et Mac-Mahon gagnait deux ou trois jours d’avance sur le Prince Royal. Il pouvait donner la main à Bazaine, avant d’être rejoint par l’armée allemande.

Pour réaliser ce plan il ne fallait pas perdre une minute,mais au lieu de la hâte indispensable, il n’y eut qu’hésitations, incertitude, abandon et reprise d’un itinéraire modifié chaque jour.

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Au lieu de marches forcées, ce furent des étapes de quelques, kilomètres, avec l’eiiehevêtremerit de corps d’armée que, des ordres et des contr’ordres, jetaient les uns au travers des autres. Joignez-y la privation

■ des vivres causée à la fois, par l’incendie des

J approvisionnements de Châlons, et par les

■ erreurs de direction des convois de ravitaillement^ arrivant dans des lieux de campement, qui n’étaient plus ceux où se trou-

- vait l’armée.,Enfin les-éléments eux-mêmes semblaierit conspirer contre nous, aux chaleurs ex'cessives avait succédé une pluie diluvienne, elle ravinait les routes, alourdissait nôtre marche, assombrissait nos pensées, altérait la santé des soldats que, la fatigue et le découragement, mettaient en imminence morbide.

Je reviens à l’Etat-major allemand. De Moltke croyait, ainsi que je vous l’ai ,dit, à la retraite de Mac-Mahon sur Paris, il avait lancé le Prince Royal à sa poursuite, lorsque, trois sources de renseignements, lui apprirent qu’il se trompait dans ses prévisions, ce furent :

1® Un numéro de « La Liberté » pris à Ghâlons par des éclaireurs prussiens. Ce journal français annonçait que l’armée de Mac-Mahon, forte de 150.000 hommes avait pris position à Reims.

2® Un télégramme qui lui était.envoyé de Paris, par la voie de Londres, il lui disait « Mac-Mahon se concentre à Reims, il cherche à faire sa jonction avec Bazaine, — Mais de Moltke, ne pouvant croire à une détermination aussi imprudente, aussi contraire

LES, manœuvres

- aux lois militaires, resta dans le doute un jour entier.

3® C’est alors que, les fenseignements les plus affirmatifs, lui furent fournis par ses éclaireurs qui, des hauteurs de Châlons avaient vu brûler le camp, français et avaient suivi notre armée jusqu’aux portes de Reims. L’hésitation n’était plus possible, la conviction était faite, de Moltke , allait changer ses plans.

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