‹ Souvenirs d'un chirurgien d'ambulance, 1870Chapitre 7 sur 22 · LES MANŒUVRES · texte numérisé non relu

LES MANŒUVRES

lieu des ordres et contr’ord es, et dans l’enchevêtrement de corps d’armée se rendant dans des directions opposées. Comment vous retracer les souffrances de toutes sortes imposées à des soldats affamés, les graves atteintes portées à leur moral, à leurs forces, à leur discipline et cela par le fait d une mauvaise utilisation de la cavalerie et d’une reconnaissance mal faite ! Ainsi, en cinq jours, les diverses causes que nous venons d’énumérer, ne nous permirent de faire que 60 kilomètres, alors que notre marche eut dû être foudroyante.

Enfin, le 26 août au matin, à là suite de renseignements, plus précis et plus vrais, sur la position des forces ennemies, Mac- Mahon renonce à aller au secours de Bazaine et, la route de Mézières étant encore libre,il se décide à la prendre pour revenir à Paris.

Les ordres sont donnés en ce sens, la retraite e‘st déjà commencée lorsque, presque aussitôt, à la surprise générale, au mécontentement de tous, des officiers d’État-major courent sur la roule de Mézières, ils arrêtent les têtes ' de colonne, ils annoncent qu’on reprend la route de Mnntmédy. Quelle était donc la cause de ce retour à un pro- ' jet abandonné? C’était une dépêche de Palikao, ministre de la guerre, disant à Mac- ^ Mahon ; « vous avez 36 heures d’avance, vous n’avez devant vous qu’une partie des ’ forces qui bloquent Metz, tout le monde sent ici la nécessité de dégager Bazaine. »

Mac-Mahon se rend à ces considérations (si contraires à la vérité) il ordonne de reprendre la route de Montmédy, c’est l’arrêt de mort de l’armée de Châlons I

LES manœuvres

Je le répète nous avions mis cinq jours pour faire 60 kilomètres, pour nous porter de Reims aux petites villes situées sur la rive gauche de la Meuse; c’est à la fin de ces cinq jours, le 28 août au soir, sur lès bords de la Meuse, que nous fûmes rejoints par les armées allemandes et que se fermait le cercle qu devait, après trois jours de combats, à Beaumont, Bazeilles et Sedan, livrer à la Prusse notre armée tout entière.

Manœuvres allemandes. — Pendant ces cinq jours que faisait l’armée allemande?

Lorsque, le 23 août, Mac-Mahon quitta Reims pour se diriger vers le Nord, de Molke, comme vous le savez, en lut averti par un num ro de « la Liberté » tombé entre ses ma ns, par une dépêche de Londres et par les rapports de sa cavalerie. Il ne pouvait le croire et il attendit, un jour entier, la confirmation de cette nouvelle si contraire aux lois militaires et à toute prudence.

Lorsque le doute ne lut plus possible, il flt faire une im.mense conversion à ses troupes qui comprenaient :

1® 240,000 hommes autour de Metz;

-2® 100.000 hommes entre Metz et Reims, ils composaient l’armée dite de la Meuse;

3®Le Prince Royal avec 150.000 hommes;

Voici son plan : 1® Le Prince Royal abandonnera sa marche sur Paris, il remontera vers le Nord, à la poursuite de Mac-Mahon.

2® L’Armée de la Meuse se portera vers Sten'ay,c’est-à-dire sur la droite de Mac-Mahon.

3® L’Armée qui bloque Metz s’opposera, à tout prix, à la sortie de l’armée française

LES manœuvres

sur la gauche de Metz, c’est-à-dire sur le point où Mac-Mahon pourrait se joindre à Bazaine.

L’armée française devait ainsi être enfermée dans un filet formé, en arrière, par le Prince Royal, à gauche par la Belgique inviolable, à droite’ét au Nord par l’armde de la Meuse et l’armée d’investissement de Metz. ,

Le 28 août, au matin, lorsque Mac-Mahon voulut se retirer sur Mézières, il le pouvait, le cercle n’était pas encore fermé dans cette direction et, toutes les manœuvres de de Moltke, restaient vaines, l’armée française lui échappait.

Mais, vous le savez, le projet fut abandonné, aussitôt que conçu, et le soir de cette memç journée, 28 août, le cercle était feriiiï. rien ne pouvait nous sauver.

En route vers Metz

Pont-Faverger — Rethel

Les chirurgiens de notre ambulance' formaient un corps homogène, car, tous les cinq, nous étions internes des hôpitaux de Paris, au contraire notre équipe d’infirmiers se composait des éléments les plus disparates.

Parmi eux (ils étaient vingt) se trouvait une dizaine d’anciens infirmiers militaires sur lesquels nous pouvions compter, mais, les dix autres, à quel titre étaient-ils avec nous? Ils y étaient, soit par la protection d’un ami. Marquis de la Croix-Rouge, soit parla grâce d’une Princesse,authentique ou lointaine. En s’engage'antcomme infirmiers, ces messieurs avaient l’intention de l’être aussi peu que possible, ils comptaient faire campagne en amateurs, en reporters, dans une société et, dans des conditions, exceptionnellement favorables à l’accomplissement de ce désir. Ils se figuraient qu’on leur épargnerait les travaux des subalternes; ne s’étaient-ils même pas flattés de transformer en ordonnances nos véritables infirmiers?

Ah, parbleu ils ne connaissaient pas le Pamard. Autant ce chef était débonnaire

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avec ses collègues,d’internat, autant il fut raide avec- ces infirmiers, ultra-chics, qu’il n’aimait pas.

Lorsque, à Reims, ces Messieurs apprirent que nous repartions vers le Nord, ils firent venir, de Paris, leurs domestiques, des chevaux et un mail-coach chargé de provisions. C& jour-là Pamard n’y tint plus, envoyant au diable ces impedimenta, il déclara bien haut qu’il ne tolérait aucune différence entre l’infirmier Schultz, bonne pâte d’Alsacien, et M,qui avait cent mille livres de rente, le professeur Georges Ville, ou L; l’élégant reporter du New-York Herald (je ne donne que les initiales M. L. de ces deux infirmiers amateurs, ils sont très connus et j’ignores’illeur plait d’être nommés).

D’ailleurs, en gens bien élevés, ces Messieurs acceptèrent de bonne grâce ce qu’ils ne pouvaient éviter, ils avaient à faire excuser leur ignorance en chirurgie. La guerre en dentelles leur étant défendue, ils la firent en Français gais, courageux, et ma foi, ils ne furent pas les moins vaillants, tant s’en faut.

- Si nous ne pouvions admettre à notre table, nos gentlemen-infirmiers, Pamard nous l’ayant défendu, il nous était bien permis de marcher avec eux le long des étapes; nous leur dûmes de bons moments. L’un d’eux recherchait ma société, c’était M., sportman distingué; voyant mon attrait pour les sujets de sport,il multipli ait ses récits et me demandait, en retour, des leçons 4e petite chirurgie. Nous devînmes bons camarades.

Messieurs,croyez-vous les Français capa-

PONT-FA VERHER

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