CHAPITRE VII
Hal-meun. — Filets et engins de pôohe chinois.
La station de pêche maritime la plus importante du bassin de la mer Jaune est à Haï-meun, — la Porte dé la mer, — au sud du port de Soua-tao, qui est ouvert au commerce étranger. En outre de la pêche, les habitants de Haïmeun fabriquent aussi tous les appareils dont se servent les pêcheurs jaunes, filets, hameçons et harpons, et sont aussi fort renommés sur toute la côte comme constructeurs de jonques.
Les filets des pêcheurs chinois sont faits absolument de la même manière que ceux employés par leurs collègues d'Occident. Comme eux, ils les font surtout en chanvre ; cependant, pour les très grands filets, ils se servent de soie du bombyx sauvage pour les fabriquer, afin de les rendre plus légers et par suite plus maniables.. En Europe, les pêcheurs hollandais fabriquent des filets avec des fils de coton, pour ce même
but. Avant de jeter un filet neuf à la mer, ses propriétaires le teignent d'une couleur propice. Pour cela faire, ils le trempent d'abord dans une solution d'ècorce de palétuvier afin de le préserver de la pourriture, puis dans du sang de porc, pour faire la teinture. Une fois ces opérations terminées, le nouveau filet est étendu sur la grève; on allume des cierges, on brûle des lingots en papier et de Tençens pour appeler sur lui les bénédictions >de la reine du ciel. Pour les filets en fils de coton, les opérations et cérémonies sont les mêmes; seulement, au lieu de les tremper dans une solution d'écorce de palétuvier, on les fait macérer dans de Thuile, pour leur donner de la force.
Les harpons et les hameçons sont en fer, les câbles en chanvre, en paille et en bambou. Ces deux dernières matières servent aussi à faire les voiles des bateaux de pêche, les toiles anglaises et américaines, malgré leur bon marché, étant encore trop chères pour les misérables pêcheurs jaunes.
Les pêcheurs emploient six espèces d'embarcations, suivant le genre de pêche à laquelle
ils se li\Tent. Parmi ces types, le plus grand est le ta-tsang, qui exige un équipage de six hommes. Sa forme est celle de toutes les jonques chinoises, une coque à fond plat, dont Tavant et rarrière sont carrés comme ceux de nos chalands. Le gouvernail, placé à Tarrière dans une espèce de niche ménagée dans la poupe, constitue bien certainement la partie la plus curieuse du ta-tsang et de toutes les jonques. Sa forme est la même que celle des gouvernails de nos chalands de rivière, et il est établi sur l'arrière de la même façon qu'eux; seulement, au lieu d'être formé par une surface pleine, il est percé de trous ronds qui laissent passer l'eau à leur travers et augmentent ainsi son action sur le navire. Puis, à l'aide d'un ingénieux mécanisme de poulies, le gouvernail chinois peut être abaissé ou relevé de façon à varier sa surface immergée, et de la sorte son influence sur le navire. Dans certaines jonques, le gouvernail peut même être descendu au-dessous du fond du navire, faculté qui leur permet, en dépit do leurs formes massives, d'évoluer très rapidement et dans des espaces où nos meilleurs navires ne
pourraient tourner. Le ta-tsang est divisé en un certain nombre de compartiments étanches où s'entassent les produits de la pêche, les provisions et les SIX hommes de l'équipage. Quant à la mâture, elle se compose de deux gros bambous placés l'un au milieu de la jonque, et l'autre tout à fait à l'arrière. Chacun d'eux porte une voile carrée, en feuilles de bambou; ces voiles sont retenues le long des mâts à l'aide de longues lanières de bambou. Pour diminuer rétendue de la voilure, on laisse descendre la vergue supérieure, et une partie de la voile s'accumule autour de celle inférieure. Comme ces voiles sont en général fort grandes, leur maniement , dans les mauvais temps , n'est guère facile. « Lorsque nous sommes à la mer, me disait un jour un matelot chinois, ou il nous faut marcher moitié moins vite que nous le pourrions, afin de mettre moins de voilure, ou bien il faut nous résoudre à sacrifier cette dernière au moindre coup de vent. »