‹ Souvenirs d'un collectionneur: la Chine inconnueChapitre 27 sur 38 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

Le l}lanc-8ant et la pôohe au falot.

La jonque que je viens de décrire est le plus grand modèle employé pour la pêche, et ses dimensions les plus ordinaires sont 17 mètres de longueur sur 7 de large. Mais ce sont là seulement des moyens à la portée des aristocrates de la mer ; les embarcations que montent le commun des pêcheurs sont beaucoup plus petites, et par conséquent plus maniables. Parmi ces dernières, la plus curieuse est bien certainement celle que les indigènes appellent le blanc-saut, — tiao-paï. C'est une longue chaloupe, tirant fort peu d'eau et munie sur l'un de ses bords d'une grande planche peinte en blanc, fixée extérieurement comme le dessus d'un pupitre, inclinée vers l'eau. Ces embarcations ne sortent que pendant les belles nuits bien éclairées par la pleine lune; les rayons de cet astre, reflétés par la surface blanche de la

planche, attirent les poissons qui essayent de Tatteindre en sautant ; mais ils tombent presque toujours trop loin, dans la chaloupe où les pêcheurs les saisissent aussitôt.

Sur certaines côtes de l'Occident, à Agde, à Saint-Tropez et . dans la baie de Naples, les pêcheurs vont aussi pêcher la nuit; mais, au lieu de la pâle clarté de l'astre de la nuit, ils ont recours à la lumière fumeuse d'une torche -de résine, ou d'un pot rempli de goudron que les habitants d'Antibes appellent un phsLStier, d'où le nom de pêche au phastier, sous lequel on désigne cette pêche de nuit, sur tout le littoral français de la Méditerranée. Mais le poisson est seulement attiré près du bateau par le phastier, et le pêcheur, aux aguets, doit le harponner au passage. Cet exercice est très fatigant et présente des difficultés telles qu'une longue habitude et une pratique constante peuvent seules permettre de les surmonter.

Avec leurs filets, leurs hameçons, leurs harpons et leurs blancs-sauts, les pêcheurs des environs de Soua-tao et de Ning-po font un si grand nombre de victimes que ces dernières

risqueraient fort d'avoir été mises à mort sans aucun profit pour personne, si l'industrie chinoise n'avait trouvé d'ingénieux moyens de les transporter bien loin du lieu du supplice, où elles font le régal des mandarins gourmets - Pour permettre aux poissons de supporter d'assez longs voyages, les pêcheurs de Ning-po les conservent dans de la glace ; mais, au lieu de faire venir cette glace des régions du nord, ils la confectionnent sur place à l'aide d'un procédé assez compliqué, mais (jui n'en fournit pas moins d'excellents résultats en dépit des chaleurs de l'été et de la douceur de l'hiver, dans cette partie du bassin de la mer Jaune.

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