ET L’IMPÉRATRICE
vant les ministres et les directeurs, j'aurais dû faire passer les empereurs, princes et chefs d’État. Ceux-là, il est vrai, ne m’ont guère confié leurs plus graves secrets. Quand je les ai vus se mêlant de nos affaires, c'était à leurs meilleurs moments de loisir, et aux solennités qui, à coup sûr, leur étaient les plus douces, aux heures furtives où ils échappaient à leurs soucis. Pour ces pauvres déshérités de notre siècle, la peinture et la sculpture, dont ils admiraient tranquillement et recherchaient les meilleurs ouvrages, ont été, tout de bon, des arts d’agrément ; aussi, je le déclare à l'avance, je n’ai nulle calomnie noire à propager contre eux. Je les ai toujours vus, dans la mesure de leur éducation première, et selon leur instinct personnel, accomplir de leur mieux cette tâche de patronage gracieux et bienveillant, attachée en France, depuis les Valois, à l'exercice du pouvoir suprême. Les rois et présidents sont hommes, mais ces hommes portent en eux la majesté de leurs peuples, et cette majesté devrait les rendre sacrés à tous ceux qui respectent la dignité d’une nation. J'ai toujours cru que celui qui, en
politique ou en administration, tient, comme on dit, la queue de la poêle, l'agite de sa main la plus consciencieuse et la plus honnête, et de façon à laisser de soi le souvenir le plus estimable. Dieu m’a donné, et je l’en remercie, une certaine indépendance d’esprit, partant, une sincère impartialité. J'ai toujours vu dans l’homme, avec Pascal, un être mi-parti d’ange et de bête; nul n’a eu une admiration plus empressée pour l’ange, ni une commisération plus facile ni plus tendre pour la bête ; et dans son plus haut et dans son plus bas rang, je n’ai jamais dans l'homme méconnu l’humanité. Je vois, il est vrai, comme chacun, les grimaces et les verrues de ceux à qui j’ai affaire, mais dans le portrait que j’ai à peindre du personnage, elles ne me cachent ni sa noblesse d’âme, ni son élévation de talent. Tout animal humain m’apparaît, je le confesse, assez petit par nature; pour peu qu’il produise une œuvre de quelque grandeur, je m’exclame volontiers et la loue d’enthousiasme ; et puis j’ai horreur de la haine, je la trouve démesurée avec l’importance de l’action de mes semblables. La terre tourne et le soleil aussi ; il y a, que voulez-vous ? des bons et des mauvais temps. Il n’est pas donné au prince, le plus désireux de mieux faire, de gratifier son pays d'une époque d’art mémorable; et dans les périodes les plus barbares, soit à Byzance, soit sur le Rhin, il y a peut-être eu des souverains, à commencer par Charlemagne, qui ont tenté des efforts plus généreux pour faire florir les arts autour de leur trône, que les Antonins, que les Médicis, ou que nos derniers rois; efforts inutiles, largesses perdues, le temps n’y était pas encore, ou le temps n’y était plus.
Gros et M. Heim ayant à représenter des souverains dans leurs relations avec les artistes nous ont montré Napoléon Ier et Charles X, distribuant des récompenses à la suite des Salons. Les Salons sont, en effet, le grand point de contact des rois, empereurs ou présidents avec les peintres et les sculpteurs. Aussi n’est-ce guère qu’à l’occasion des Salons qu’il m’a été donné de les rencontrer et d’éprouver leurs goûts.
Napoléon III, dont la mère, la gracieuse reine Hortense, avait eu pour maître le paysagiste Thiénon, dessinait lui-même agréablement ; il avait sur ce chapitre la petite instruction commune des princes, cette pratique moyenne qui aurait fait qu’un de ses croquis ou lavis n’eût point été déplacé dans la série curieuse des dessins de mains princières, conservée jadis au cabinet des estampes de la Bibliothèque nationale, et qui disparut, hélas ! au moment de la formation au Louvre du musée des Souverains, ordonné par ce même Napoléon III. L’empereur n’avait rien, par malheur, de cette éducation des yeux par l’art florentin, dont la forte nourriture, durant toute leur jeunesse, a si bien profité au prince Napoléon et à la princesse Mathilde. Je me souviens d'avoir vu dans l'une des pièces extrêmes des appartements privés des Tuileries, quand j’allai avec Daudet, en septembre 1870, recueillir les tableaux et
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œuvres d’art que l’on voulait mettre à l’abri des dangers du siège, d’agréables petites sépias à la mode du temps qui étaient de la main de l’empereur, alors qu’en sa jeunesse, il habitait Arenenberg. Elles étaient mêlées à d’autres dessins de famille dispersés dans de modestes cadres. Je ne sais ce que tous ces souvenirs intimes ont pu devenir ; ils auront sans doute péri dans l’incendie de la Commune.
Napoléon Ier avait eu même bonne fortune que Louis XIV ; l'un et l'autre avaient hérité de la couvée de grands artistes éclos à la veille de leur règne ; celui-ci de Le Brun et de tous ses camarades de l’école de Simon Vouet; celui-là de David et de la légion de ses élèves. Napoléon III recueillit, lui aussi, l’honneur des dernières œuvres d’Ingres et de Delacroix commandées pour la décoration de T Hôtel-de-Ville, et il put jouir, aux premières expositions du nouvel empire, des derniers produits de la brillante pléiade de la Restauration et de Louis-Philippe. Il put montrer à l’Europe entière, en 1855, les merveilles d’art de tout son siècle, et il ne tint qu’à lui d’acquérir aux Salons des œuvres tout fraîchement sorties des ateliers de Decamps, de Meissonier, de Rousseau, de Diaz, de Troyon, d’Isabey, de Robert-Fleury, de Millet, etc.
Aux Salons de 1852 et 53, l’Empereur encore réservé dans ses choix, n’acquérait guère que des tableaux d’inégale importance. En 52 surtout, il s’arrêtait volontiers à des tableautins de genre, dont le sujet amusait son goût pour les scènes familières ou pour les costumes militaires. Il avait cependant certains partis pris pour des noms d’artistes qui revenaient chaque année dans ses préférences et que j’étais sûr à l’avance d’avoir à noter, tels que celui d’Alex. Couder, et surtout d’Adolphe Leleux. J’ai su depuis que le prince-président, se sentant fort délaissé alors par les artistes, — il avait été plus que froidement reçu par eux à la distribution des récompenses du Salon de 1849, dans l’Orangerie des Tuileries, — avait été très flatté qu’Ad. Leleux se fût adressé directement à lui pour une acquisition ou une commande, et il s’en montra longtemps reconnaissant au peintre. Cet Ad. Leleux, l’homme aux scènes bretonnes, et que dans ce temps-là je voyais souvent, très lié qu’il était avec les Hédouin, Nanteuil, Eud. Soulié, etc., était, bien que natif de Paris, une manière de sauvage très honnête, très droit, très rustique, — rustique à Ce point que Buon ayant eu justement à lui payer l’un des tableaux acquis par l’Empereur, ne put lui faire accepter le paiement en papier, en billets de banque; il ne voulait connaître que les écus de cinq francs, et peut-être bien les pièces de vingt francs. .
Qui de Ceux de mon temps n'a pas en mémoire la belle tète brune, carrée et obstinée de cet Ad. Leleux que nous retrouvons encore aujourd’hui, après 45 ans, occupé des mêmes scènes et danses bretonnes qu’en 1838 et les peignant du même pinceau et des mêmes touches un peu grosses, mais toujours fraîches
et souples. C’était dans son commencement, un chef de groupe important, avec ses adeptes et ses imitateurs fervents: son frère Armand, Edm. Hédouin, Ch. Chaplin, etc. J’ajouterai qu’après la Barricade terrible de Meissonier, il n’y a pas de témoignages plus profondément empreints de l’esprit révolutionnaire de 48 que les deux Patrouilles et le Mot d'ordre d’insurgés d’Ad. Leleux, à nous fidèlement conservés par les eaux-fortes d’Edm. Hédouin.
Parmi les artistes qui avaient cherché dans leur art le moyen de remercier le prince qui venait de faire le 2 décembre, je citerai le vieux peintre Trézel, élève de Prud’hon et frère du général; il avait envoyé au Salon de 1852 un tableau représentant le Nœud gordien. Mais l’excellent homme, qui jadis avait mérité une médaille au Salon de 1810 et la décoration en 1839, avait commis là une peinture tellement sénile, que, pour ne point ameuter les rieurs, je la fis cacher dans la frise d’une des galeries. Le lendemain de l'ouverture de l’exposition, il m’écrivait : « En traitant le sujet d'Alexandre tranchant le nœud gordien, je croyais être agréable aux amis du prince-président ; il paraît que je me suis trompé... » Et sur sa propre demande, la toile lui fut rendue.
Mais à partir de l’Exposition universelle de 1855, l’Empereur se lança dans l’acquisition d’œuvres capitales, gardant toutefois pleinement l’initiative personnelle de ses choix. Ainsi M. de Nieuwerkerke qui n’avait pas de goût pour les Corot, ne pouvait s’empêcher de sourire et de se tourner vers moi, en disant : « Voilà qui va faire plaisir à Chennevières, » quand il voyait l’Empereur désigner pour ses achats, en 1855, une vue de Marcoussis, et plus tard un Souvenir de Morte-Fontaine. Pour ne parler que de celles de ses acquisitions que j’allai recueillir aux Tuileries et à l’Élysée en septembre 1870, afin de les mettre à l’abri de tout saccage et bombardement dans les salles blindées du Luxembourg, je puis citer : des Raisins, de Saint-Jean (1855), le Lac des Quatre-Cantons, de Calame (1855), ^es Puritaines, de Mrae H. Browne (1837), le Saint Jean Baptiste, de Baudry (1857), le Mâle de Naples, d’Osw. Achenbach (1859), le Siège d'une ville par les Romains, de Brion (1861), une Nymphe enlevée par un faune, de Cabanel (1861) et du même la Naissance de Vénus (1863), la Jeune fdle au puits, d’Hébert (1863), la Baie de Saint-Ouen à Jersey , de Desjobert (1863), les Baigneuses, de Ranvier (1863), une Sainte- Famille, de Bouguereau (1863), une Sainte Élisabeth, de Laugée (1865), la Femme Fellah, de Landelle (1866), un Douar en Algérie, de Guillaumet, les Noces enfantines, de Salentin, — et combien de Penguilly-L’haridon et de Départ pour le baptême, de Plassan, et de Cinq sens, de Schlesinger, pour les peintures desquels l’Empereur avait un faible!
De toutes les visites impériales à nos expositions des Beaux-Arts, la plus émouvante peut-être fut celle où LL. MM. firent à la reine d’Angleterre, au prince Albert et à toute leur famille, les honneurs de l’Exposition universelle
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de 1855. Lefuel avait élevé à l’extrémité de l’avenue Montaigne, proche la Seine, un grand bâtiment très bien distribué, mais trop étroit, ce qui nous força souvent à monter bien haut, sur les parois, des œuvres très considérables des meilleurs peintres de notre siècle. Mais chaque école européenne avait sa galerie sagement proportionnée à son importance et l’on se souvient que les Anglais nous avaient apporté un choix exquis de leurs maîtres les plus expressifs. Quelques minutes avant que l’Empereur arrivât avec la reine Victoria et tous les siens, nos salles étaient presque vides. En un moment, elles furent remplies; le grand salon central consacré aux plus vastes toiles de l’école française se trouva tout à coup envahi par une foule inouïe de visiteurs de toute sorte, et particulièrement des sujets de Sa Majesté Britannique. Ils tenaient à acclamer leur reine et ils avaient bien raison ; mais la foule aussitôt devint cohue; et leurs hurrah! poussés comme avec rage, et que je n’avais de ma vie entendus, avaient pris, par l’enivrement de l’enthousiasme, une frénésie de ton [quasi-menaçante. Le cortège impérial et royal se sentant pressé par la masse désordonnée des curieux, avait hâté le pas depuis l’entrée du palais jusqu’à ce grand salon, et sans doute avait-il espéré qu’il aurait là quelque latitude en ses mouvements ; mais point : les curieux se ruaient toujours plus serrés avec leurs cris de sauvages, vers le groupe de l'Empereur et de la Reine, du prince Albert et de l’Impératrice, et le moment arrivait où ils allaient être écrasés contre les balustrades; môme, la future princesse impériale d’Allemagne fut un moment séparée de sa mère ; il est certain que si des mal intentionnés s’en étaient mêlés, il serait advenu là quelque horrible piétinement et peut-être [une mémorable catastrophe. Nous nous mîmes, mes collaborateurs et moi, à contenir la foule de toute la force de nos épaules, et tout ce que nous pûmes faire, en jouant vigoureusement des coudes, ce fut de ménager le plus étroit passage à l’auguste cortège, juste le moyen de contourner au plus près des tableaux la moitié du salon central, jusqu’à ce que la Reine et les siens fussent sortis et se fussent jetés dans le troisième grand salon que l’on fit aussitôt évacuer, et où l’Empereur et ses hôtes purent enfin respirer. L’Empereur était très ému et très pâle, et chacun autour de lui se récria contre l’imprudence de ceux qui, chargés de la conduite supérieure de cette exposition universelle, n’avaient point su prévoir ce moment plein d’angoisse pour la responsabilité impériale, et avaient reculé peut-être devant l’impopularité d’une mesure de police, suspendant pour une heure l’invasion du flot des visiteurs. Rien de pareil ne se produisit en 1867 à l’Exposition du Champ-de-Mars, où sous la conduite triomphante du même Empereur et de la même impératrice, circulèrent à l’aise et sans périls tous les autres souverains de l’Europe, nos jaloux de ce jour-là, nos impitoyables vainqueurs du lendemain.
Si j’avais à parler des fêtes qui furent l’une des institutions du règne, car
elles avaient en vue d’activer les industries parisienne et lyonnaise, je n'aurais garde d’oublier la fête éblouissante qui fut donnée à cette même reine Victoria dans le parc du palais de Versailles, et dans cette même grande gale^ rie de Louis XIV, souillée quinze ans plus tard, pour notre suprême humiliation, par le couronnement de l’empereur d’Allemagne. Cette fête intéressa l’art par divers côtés : d’abord par les inventions ingénieuses et pleines de de goût et les brillantes décorations imaginées par Questel, alors architecte du palais; puis aussi par la pensée qu’eut l’Impératrice d’offrir à la Reine un album des faces diverses de cette soirée mémorable; chaque page eût été aquarellée par nos plus habiles et élégants 'artistes. Je me rappelle, entre autres, qu’on avait utilisé les talents d’Eug. Lami, pour le souper dans le théâtre, de V. Chavet pour la grande galerie, de Bonhommé pour le feu d'artifice, et à chacun Questel fournissait les documents d’architecture nécessaires à son sujet. Il fut même question de faire reproduire par la gravure la série des dessins. Par malheur, comme d’habitude en ces cas-là, quand il s’agit d'une cérémonie éphémère, l’enthousiasme de l’idée conçue ne dura pas; et il n’est guère resté que la charmante aquarelle d’Eugène Lami, représentant, ai-je dit, le souper dans le théâtre, et que j’ai sauvée pour le public, quelques années après, en l’introduisant dans les salles des dessins du musée du Luxembourg. J’ai pu attirer plus tard dans le même musée une autre aquarelle de sujet analogue et représentant un coin des Tuileries pendant une fête de l'Exposition universelle de 1867, aquarelle de Baron, désirée, puis écartée par l’impératrice à cause de sa dimension. Durant ma direction, j’avais rêvé de faire reproduire à l’eau-forte pour la chalcographie ces deux épisodes de fêtes historiques, à la suite des trois inaugurations commandées par moi et dont j’ai trop parlé. Mais pour cela, il me fallait attendre un ministre dépourvu de la sotte partialité courante, et je suis parti avant que ce ministre fût venu, et bien m’en a pris, car je l’attendrais encore. — De cette nuit de la fête de Versailles, il m’est encore resté un autre souvenir et celui-là presque pénible, je veux parler du voyage que dut faire à une heure du matin, courant la poste vers Poissy, le pauvre M. de Nieuwerkerke, courbaturé par une fièvre de grippe, pour aller demander à Meissonier le prix de son tableau de la Rixe, que le prince Albert avait remarqué à l’exposition de l’avenue Montaigne et que l’Empereur voulait absolument offrir à son hôte.
Le salon de 1863 eut son aventure mémorable dans l’histoire des expositions. Il faut dire que depuis l’exposition universelle de 1855, M. de Nieuwerkerke, fort embarrassé sur le parti qu’il devait prendre pour la composition du jury des expositions redevenues biennales, et ne sachant comment se débarrasser des sollicitations d’hommes de cour ou de politique, qui voulaient tous s’introduire dans ce jury à titre d’amateurs, avait résolu en 1857 de revenir purement et
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simplement à l’ancien jury de l’Institut, mis à l’écart depuis 1848, mais qui venait d’être rappelé pour former le tiers des examinateurs des œuvres à exposer en 1855. J’avoue que j’avais fait tout le possible auprès du directeur général pour le dissuader de ce projet, et je lui avais même écrit de Florence une lettre suppliante où je lui faisais entrevoir les inconvénients prochains d'une telle délégation par l’Institut et pour lui-même. Il avait passé outre; mais les clameurs et les orages avaient commencé à grossir lors des préparatifs des salons de 1857, 59, 61 ; ils éclatèrent avec violence en 1863. Le jury de cette année-là s’était montré sévère pour les œuvres de certains jeunes artistes qui ont gagné depuis lors leurs chevrons, tels que Manet, J. P. Laurens, Fantin Latour, les deux Desbrosses, Chintreuil, Darjou, Cazin, Berne Beilecour, Parrot, Amand Gautier, Harpignies, Jongkind, Saint-François, Saint-Marcel, Vollon, A. Legros, Whisler; et les réclamations, après avoir mis en émoi le monde des ateliers, étaient arrivées jusqu'aux Tuileries. Si bien qu’un jour d’avril, pendant que nous étions occupés dans les galeries des Champs-Élysées à préparer en hâte l’exposition des œuvres reçues, qui devait, comme d’usage, s’ouvrir le 1e1' mai, on vint me prévenir que l’empereur montait l’escalier du Palais. Je m’avançai vers lui, il était seul, accompagné tout bonnement de deux officiers de sa maison, et me dit de suite qu’il désiraitvoir les ouvrages refusés par le jury. Je le conduisis dans la partie du Palais où nous empilions les tableaux refusés, et alors se passa la scène la plus étrange. J’avais avec moi Buon, Clément de Ris, Tauzia, Mortemart, et j’avais appelé quelques gardiens pour remuer et soutenir les piles de tableaux. Mais sans attendre que je fisse retourner les toiles les plus importantes, l’Empereur mettant sa canne sous son bras, se prit à feuilleter lui-même les cadres des plus petits tableaux, les appuyant contre son genou, et s’arrêtant de temps en temps pour s’étonner de la sévérité du jury ; même il me donna l'ordre d’acquérir pour lui une nature morte de Salingre, dont la peinture consciencieuse l'avait frappé. Puis il me dit de prévenir de sa visite le surintendant qu’il comptait revoir ce jour même, et auquel il nous annonça qu'il allait exprimer son désir d’une exposition des tableaux refusés, de manière à faire le public juge des réclamations des artistes. Cette exposition s’ouvrit en effet le 15 mai. Le Moniteur l’avait annoncée dès le 24 avril. Les curieux pourront en retrouver le catalogue composé de 687 numéros. On s’attroupa beaucoup devant certaines toiles, entre autres, je m’en souviens, devant le Lever de Rod. Julian « assez dormir, ma belle », — le Bain de Manet (la baigneuse nue assise à terre au milieu d’étudiants à vêtements noirs), le jeune homme en costume de Majo, et une jeune fille en costume d’Espada du même Manet, — la Dame blanche, de James Whisler, qui reparut plus tard à l’exposition universelle de 1867 ; et on fit des gorges chaudes devant les gammes de couleurs appliquées en manière d’arcen-ciel aux dix types de chevaux du vétérinaire M. Brivet protégé du général
Rollin. L'exposition des refusés se renouvela une seconde fois, l’une des années suivantes, sur l’initiative des artistes eux-mêmes. M. de Nieuwerkerke fit toutefois allusion à la première, dans son discours, lors de la distribution des récompenses à la fin du salon de 1863, mais avec de certains ménagements d’expression qui, pour ne point blesser le jury ainsi contrôlé, traduisirent avec une grande douceur ce que le mouvement de l’Empereur avait eu de spontané et d'un peu vif. La visite de l’Empereur que je viens de raconter nous avait paru d’ailleurs devoir produire un tel étonnement dans le monde des artistes, que le soir même nous allâmes prier Français de faire dès le lendemain sur place un croquis de la scène ; il vint en effet aux Champs-Elysées; nous lui indiquâmes bien devant les piles des tableaux, le groupe des assistants et l’attitude de l’Empereur; mais le Franc-Comtois, après avoir crayonné les lignes principales de son croquis, nous leurra en vain de l’espérance de voir son dessin terminé à la hâte ; et à cette heure on le retrouverait peut-être encore au fond de l’un de ses portefeuilles. Inutile d’ajouter que cette visite impériale marqua la fin de la nouvelle période des jurys de l'Institut. Cette année-là même d'ailleurs je me mettais ardemment en campagne avec l’aide très précieuse de ce brave Desjobert, le charmant paysagiste, à la langue si fine, le digne neveu du poète H. Delatouche, et nous faisions pétitionner les artistes pour obtenir le rétablissement des expositions annuelles, devenues biennales seulement depuis 1853. L’annualité reprit son cours dès 1864, et n’a plus été interrompue qu’une fois par la sinistre année 1871.
Après s’être fait peindre en 1850, par notre peintre national Horace Vernet vieillissant mais toujours adroit, l’Empereur ne pouvait éternellement laisser au Badois Winterhalter le privilège de sa portraiture officielle; et il résolut enfin de s’adresser aux plus renommés de nos portraitistes français, depuis la mort de M. Ingres, c’est-à-dire à Hipp. Flandrin, en 1863, puis à Cabanel en I865. La rivalité de ces portraits fit événement. Ils furent tour à tour exposés sur le panneau gauche du grand salon central, dont on avait entaillé la cimaise, et reparurent tous deux à l’exposition universelle de 1867. On les discuta beaucoup, chacun à la date de son achèvement, et la cour et la ville furent très divisés, — non pas la cour, devrais-je dire, car le modèle avait pris parti sans hésitation, dès le principe, contre le portrait de Flandrin. Je le vois encore, la première fois qu’il se trouva en face de ce tableau, se tournant vers moi pour me demander mon avis ; et comme je lui répondais que l’œuvre était d’une grande tournure et digne par la gravité de son caractère et de son dessin du très habile peintre qui l’avait signée, l’Empereur dit avec sa douceur ordinaire : « Ne trouvez-vous pas qu’il m’a donné un air bien mélancolique ?» — Il est certain que ce portrait, l’un des plus beaux après tout qu'ait conçus Flandrin, avait, parle regard tristement poussé au loin, une apparence fatale, et qui
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semblait raconter ou un long passé de mystérieuses conspirations, ou un avenir chargé de terribles problèmes. L’Empereur garda toujours contre cette belle et forte peinture une rancune tranquille mais inflexible; si bien que, comme on ne se souciait point de le garder aux Tuileries, je le réclamai pour le Luxembourg à titre de maîtresse œuvre de Flandrin, dont nous n’avions rien alors dans mon" cher musée ; mais là encore on ne voulut pas me le laisser, et l’architecte du Tribunal de Commerce ayant demandé aux Tuileries un portrait de l’Empereur, celui-ci désigna son portrait de Flandrin et il fut tiré du Luxembourg où il était livré en belle vue au public, pour s’en aller dans la salle la plus noire du Tribunal de commerce, où il est resté jusqu’en 1870, et il y est encore, caché et perdu dans je ne sais quel garde meuble.
Pour celui de Cabanel, ce fut autre fortune ; celui-là triompha et fut porté aux nues, par l’entourage de l’Empereur; et qui se permettait de défendre et de préférer le pauvre exilé, ou même de le rappeler, n’était plus un bon citoyen Cela nuisit fort dans les ateliers au portrait de Cabanel, qui en somme, sauf de certaines petites fautes d'ajustement qui prêtèrent aux railleries et lui firent donner le sobriquet de portrait du maître d’hôtel, était fort ressemblant, excellemment peint et mieux fait en bonne conscience pour plaire dans la famille.
En une autre occasion, il y eut encore rivalité et qui fit grand bruit, à propos de deux œuvres acquises au salon par LL. MM. Ce fut quand, au salon de 1863, l'Empereur acheta la Naissance de Vénus , de Cabanel, et l’Impératrice la Perle et la Vague, de Baudry. Les artistes et le public s’étaient partagés sur ces deux œuvres remarquables, qui furent, il est bon de le rappeler, le commencement de cette interminable suite d’études de femmes nues, couchées, de face, de revers, et plus déshabillées et plus provocantes les unes que les autres, et dont nos salons d’aujourd’hui n’ont pas encore, après vingt ans, épuisé l’écœurante série. Celles-là du moins étaient de pures œuvres d’art où la recherche élégante de la forme et la grâce du pinceau avaient été les seules préoccupations de deux vrais artistes. Mais je me souviens que les querelles furent très vives, et les malheureux qui comme Soulié et moi donnaient la préférence au charme souple, gras et fin de la peinture de Baudry, étaient fort regardés de travers par ceux qui tenaient pour l’œuvre très délicatement dessinée et modelée, choisie par l’Empereur. Que ce temps est loin, grand Dieu! et qui nous ramènera aux ardentes querelles, de chaque matin, alors que nous passions devant les tableaux tant aimés de nous, de Gust. Moreau, et que nous entendions le maître à la dent dure qui s’appelait Gleyre, dire à mi-voix à ses collègues du jury : « Oui, il s’est nourri des maîtres, la preuve c’est qu’il les rend par morceaux. » — Et lui-même, le pauvre Gleyre, qu’avait-il cherché toute sa vie, et où sont les morceaux de sa digestion, où, comme dans Moreau, l’on pourra reconnaître les maîtres? Esprit doctrinaire et genevois, ce Gleyre, il a eu des séides obstinés
lo SOUVENIRS D’UN DIRECTEUR DES BEAUX-ARTS.
dans le monde mi-artiste, mi-lettré; les élèves très nombreux qu'il avait hérités de l'atelier de Paul Delaroche et qui formèrent la petite école subtile et raffinée des néo-grecs, avaient en lui une foi profonde. J’ai, de mes oreilles, entendu des intelligences aussi distinguées que Denuelle et Hetzel le placer tout de go à plusieurs crans au-dessus de M. Ingres. Il est singulier comme ces Suisses ont toujours eu depuis Rousseau, Necker et Marat, le talent d’éblouir à faux notre pays par je ne sais quelle austérité apprêtée et leur simplicité mensongère. Ils ont fini par m’inspirer de la défiance, même contre ce pauvre Toppfer que j'aimais tant dans ma jeunesse. Gleyre, grand dissertateur sur l'art et dessinateur soigneux, talent sec et sans ampleur, causant bien, esprit amer, chagrin, mordant, démocrate austère, était l'âme de ce petit groupe de républicains qui gravitait autour de Mrae Cornu, la demi-sœur de lait et la collaboratrice de l'Empereur dans sa prison de Ham, et il dut partir de là plus d’une fois des insinuations et des biaiseries d’opposition, dangereuses pour M. de Nieuwerkerke.
L’Empereur consacrait chaque année cent mille francs pour des acquisitions d’œuvres d’art, indépendamment de ce qu’il achetait de sa cassette aux salons annuels. Et ces cent mille francs, c’était M. de Nieuwerkerke qui en disposait en son nom, à titre d’intendant des Beaux-Arts de la maison de l’Empereur. C'est, j’imagine, sur ces fonds qu’étaient payées un certain nombre d'œuvres éparses dans les divers palais, tels que les deux tableaux de M. Ingres que je trouvai dans son cabinet aux Tuileries : le portrait en grisaille de Jules César, peint pour être gravé au frontispice de son Histoire de César, et le Louis XIV et Molière, répétition de celui de la Comédie-Française; — et aussi les deux Charlet que j’apportai au Luxembourg. M. de Nieuwerkerke obtint en outre de la générosité de l'Empereur qu'un prix décennal de cent mille francs serait attribué à l’artiste qui aurait produit dans cette période l’œuvre la plus éminente. Ce prix, pour lequel les peintres et les sculpteurs ne se seraient jamais mis d’accord, ne fut décerné qu'une fois, à M. Duc, l'architecte du Palais de justice.
Quand, au point de vue de l’art, on regarde d’un peu loin et d’un peu haut l’Empire et l’Empereur, on aperçoit que l’Empereur a fait, quant à lui, ce qu’il avait à faire ; il a été, par son initiative personnelle et en vrai chef d’État, le créateur des monuments qui datent son règne : le nouveau Louvre, l’Opéra, le palais des Champs-Élysées, l’achèvement du Palais de justice, la restauration de Pierrefonds et de la vieille cité de Carcassonne, et 1 instigateur tout puissant de ce prodigieux mouvement d’architecture qui, sans génie peutêtre, faute de serviteurs suffisants de ses volontés, a transformé et doublé la grand'ville. En ce sens, les 18 ans de l’Empire forment ce qu en histoire on appelle un siècle. Ce n’est pas sa faute si, poussés par je ne sais quel instinct
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décadent de la surcharge dans le pompeux, ses architectes ont montré, dans leurs conceptions hâtives, un goût trop compliqué d'ornements tourmentés qui fait plutôt penser à l'époque d’Henri IV qu'à celle d'Henri II, et au Bernin qu’au Bramante. L’Empereur, toutefois, ne fut pas heureux dans l'aversion qu'il prit du talent consciencieux de M. Duban et dans la préférence qu’il donna, sur la recommandation de M. Fould, à M. Lefuel, en écartant brusquement de son Louvre celui qui venait d’y restaurer la galerie d'Apollon et d’y décorer, avec tant de soin et sur des données si nouvelles, le grand Salon carré et la Salle des Sept Cheminées.
Mais, sauf ce point regrettable, c'est à ses ministres qu’il faut s’en prendre de l'organisation administrative qui a compromis la valeur et l’accord de la décoration peinte et sculptée avec les édifices eux-mêmes, en ne laissant pas entre les mains du surintendant créé par l'Empereur, l'unité et la responsabilité des commandes des peintures et des sculptures, que la hauteur même de son titre, écartant toute partialité, l’eût obligé à confier aux plus dignes. Aussi, voyons-nous, durant tout l'Empire, la gestion des décorations monumentales se maintenir beaucoup plus brillante et plus haute en ses choix dans les bureaux de la Ville de Paris que dans ceux de l'État, qui ne sut employer ni Ingres, ni Delacroix, ni Flandrin, mais seulement quelques habiles hommes recommandés par l'amitié des architectes, maîtres indépendants et quasi sans contrôle des travaux magnifiques de peinture et de sculpture applicables aux plus fameux palais nationaux. — La perpétuelle jalousie qui anima successivement contre M. de Nieuwerkerke les ministres de qui il relevait, et surtout M. Fould et M, Walewski sans cesse préoccupés de diminuer à leur profit personnel le prestige et l’autorité du surintendant sur les peintres et les sculpteurs, fut nuisible à l’Empereur et à l'éclat que la merveilleuse légion d'artistes dont on disposait alors pouvait assurer à son règne, en annulant les grands services que l'on devait attendre de la surintendance. Mais encore un coup, il n’en faut point accuser Napoléon III, dont l'amitié fut fidèle jusqu'au bout à l’homme de confiance tant Jde fois et si vilainement attaqué, et pour lequel l’Impératrice ne montrait pas autant de sympathie que l’Empereur. Mais aussi M. de Nieuwerkerke professait pour son maître l’attachement entier et de corps et d’âme qui fut commun à tous les officiers de la maison impériale, c’est-à-dire à tous ceux qui approchèrent familièrement de ce prince doux et admirablement humain, toujours égal en ses affections, courtois et généreux aux plus humbles, dans lequel ceux même qui, comme moi, n’avaient pas été élevés dans le culte de sa race, ne pouvaient méconnaître la splendeur qu’il donnait alors à la France, ni ses élévations d’homme d'État et de patriote toutes les fois qu'il n’était pas opprimé par ses anciens complices du carbonarisme, ni son beau langage politique, car il fut, en ce sens, avec le comte de Chambord, l’un des grands
écrivains de notre temps. Quant à moi, je garderai toujours comme une marque de très grand honneur la poignée de main que me donna ce malheureux Empereur, lors de sa dernière visite au Salon de 1869.
Un jour, M. Reiset rentra dans son cabinet tout étourdi, tout ébloui : — où diable ce Nieuwerkerke a-t-il rencontré l’admirable personne dont il est en train de faire le buste dans son atelier ? une tête délicieuse, des traits d’une finesse et d’une distinction idéales, un cou et des épaules adorables, je n’ai de ma vie rien vu de pareil. — Nous sûmes, peu après, que le buste modelé par le directeur des musées était celui de Mlle de Montijo, et, bientôt, que cette MIIe de Montijo, dont l’Empereur se laissait voir éperdument amoureux, allait devenir Impératrice des Français. Tenir dans son atelier, sous ses regards assidus de sculpteur, la beauté déjà mise en vue par les chasses de Compiègne et dont son maître raffolait ouvertement et non sans quelque jalousie, n’était pas sans danger pour l’artiste ; cependant, il conduisit son oeuvre avec tant de discrétion et de bonheur et on peut dire de justesse et de talent, que quand le buste fut apporté aux Tuileries, — c’était la veille ou l’avant-veille, quelques jours à peine avant le mariage à Notre-Dame, — l’Empereur, amoureux comme un enfant, ne put s’empêcher d’embrasser le marbre à plusieurs reprises et laissa voir à M. de Nieuwerkerke qu’il était fort touché de son travail, en même temps qu’il était charmé de la ressemblance du modèle. Ce premier buste de l’Impératrice demeura tout d’abord le seul buste officiel, comme le buste du prince-président, par Em. Thomas, première image exposée au Salon d'après le futur empereur, conserva, dans les premières années du nouveau règne, une manière de privilège. D’autres bustes, d’autres portraits peints de l’Impératrice ne tardèrent pas à se produire; il en plut de toute main et en tout genre, surtout dans les premiers temps, jusqu’au jour où le peintre Winterhalter en obtint comme le monopole. Mais d’abord on avait vu la statuette agenouillée, par Mme Lefebvre-Deumier, notre compatriote d’ Argentan, femme du bibliothécaire de l’Élysée et sœur du préfet Rouleaux-Dugage ; et au Salon de 185 3, le portrait par Ed. Dubufe et le dessin par V. Vidal. En ces deux ouvrages, la pauvre Impératrice n’avait pas joué de bonheur ; mais aussi la faute en était un peu à elle; elle avait le don de troubler ses portraitistes : Dubufe, craignant de lui économiser la fraîcheur et l’éclat du teint, lui avait outré le ton rouge velouté de la pêche, et quant à Vidal, son fin pastel, destiné à être gravé par Pollet, avait exagéré l’étrange et caractéristique ligne des sourcils ; bref, ils avaient tremblé, s’étaient épuisés à bien faire et n’avaient pas vu. — A l’Exposition universelle de 1855, paraît Winterhalter, avec ses deux portraits officiels en pied de l’Empereur et de l’Impératrice, un autre portrait de l’Impératrice, et encore, dans ce grand tableau qui occupait la place d’honneur du salon central de l’École française, l’Impératrice entourée de ses dames d’honneur. On a
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parlé légèrement et injustement, à mon sens, de cette sorte de décaméron de la cour impériale. Personne autre n’eût su le peindre.
On a pu en juger très bien par V Exposition des portraits du siècle, qui vient de s’ouvrir en avril 1883, au palais de l’École des Beaux-Arts. Il y avait là des œuvres de musée, de pures œuvres d’art, dans les Greuze, les David, les Prud’hon, les Ingres, les Ricard, les Baudry, les Meissonier, les Delaunay, les Bonnat, d’autres encore ; — mais des peintres de cour et d’apparat, des arrangeurs brillants et faciles de grands personnages mondains, des peintres maîtres de leurs modèles mal commodes et de leurs modes exigeantes, des peintres de « portraits meublants », comme on s’est habitué à dire, depuis que les Nattier, les Tocqué, les Largillière ont pris le pas, dans la décoration des appartements, sur les œuvres savantes ou profondes des artistes fameux, on n’en voyait guère à cette exposition : un ou deux Gérard, un superbe Th. Lawrence, un ou deux Chaplin, un ou deux Carolus Duran, et puis quoi? et avant ces derniers, le très fin profil de l’impératrice Eugénie, par Winterhalter. Quinze ans durant, Winterhalter tourna et retourna son superbe modèle, il l’accoutra de robes de bal, de robes à fourrures ; il posa sur ses genoux le prince impérial. On ne discutait aucun ajustement ni aucune attitude à celui qui avait été le peintre attitré de la famille royale d’Angleterre, de la famille royale de France, de la famille royale de Belgique, devant qui avaient posé toutes les familles princières d’Allemagne, et toutes les grandes dames de l’Europe, et qui, en somme, était le peintre né de cette singulière beauté de keepsake, éclatante, aristocratique et d'un caractère plus éblouissant que grave, qu’était Mlle de Montijo. Il faut avouer que nos portraitistes en renom, M. Ingres tout le premier, et après lui Flandrin et Cabanel, n’y auraient point réussi ; Baudry peut-être, avec sa charmante distinction et vivacité de pinceau ; encore vaut-il mieux pour lui qu’il ne s’y soit pas essayé.
Ces pauvres gens, l’Impératrice aussi bien que l’Empereur, ont rempli du meilleur de leur conscience et de leur cœur, leurs devoirs souverains envers cette classe des peintres et des sculpteurs, qu’ils sentaient bien être le groupe tenant le plus de place dans la faveur populaire. Ils ont fait tout le possible pour s’attacher ces esprits fugaces, et non toujours avec bonne chance. J’ai dit ailleurs la petite jalousie que l’on entretenait aux Tuileries contre la cour d’artistes qui s’était formée rue de Courcelles autour de la princesse Mathilde. On voulut attirer à Compiègne les plus fameux des peintres et des sculpteurs ; mais on n’eut pas toujours la main heureuse. Lezay-Marnesia, chambellan de l’Impératrice, qui était l’homme de ces invitations d'artistes, protégeait naturellement Th. Couture, dans l’atelier duquel il avait fait un peu de peinture, et Couture, entre nous, n’était pas la fine fleur des artistes bien élevés. Il avait reçu la commande d’un grand tableau devant représenter le Baptême du prince
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impérial , sujet qu’il se proposait de traiter selon la mode allégorique des tableaux de Rubens ; nous en avons vu des fragments, et assez faibles, lors de son exposition posthume. Il va sans dire que cette vaste composition n’a pas été plus menée à fin que celle tant promise et si longtemps prônée du Départ des volontaires ; mais à Compiègne on le pressait d’y mettre la main, et les malins, dans les ateliers de Paris, racontaient que Couture ne revenait jamais de ses voyages à la cour sans en rapporter l’une des robes de l’Impératrice, soi-disant pour en revêtir dans son tableau la figure de son auguste modèle» mais l'Impératrice ne les revoyait plus, et le peintre s’en composait une pompeuse collection d’étoffes. — Autant en pourrait-on dire de Carpeaux, plus sérieux artiste, à coup sûr, que Couture, mais dont les formes n’étaient pas beaucoup plus courtisanesques et dont la mine était celle d’un serrurier. L'Impératrice, qui l’avait choisi pour maître à dessiner du prince impérial, avait marié le vaniteux sculpteur à la fille du général de Montfort, et l’on a assez répété que, ce faisant, elle n’avait pas eu la main heureuse.
Hélas ! parmi ces préférés de l’Empire, combien ont porté, d’un coeur vraiment trop léger, le deuil de leur reconnaissance ! — à quoi bon nommer cet architecte-archéologue de tant de savoir, d'activité et de ressources ingénieuses, dont l’Empereur avait fait son instrument le plus intime et son plus familier compère, dans les fouilles qui devaient éclairer ses études sur l'époque césarienne, et dans les restaurations, qui lui plaisaient entre toutes, de monuments d’architecture militaire. L’empereur ne pouvait se passer de lui dans ses moindres divertissements de Compiègne, et lui-même disait gaiement à ceux de ses amis qui voulaient parfois le retenir : « Papa m’attend, je vais chez papa »; dans toute la famille impériale il était comblé des attentions les plus câlines. Que se passa-t-il dans cet esprit, juSque-là si sympathique, et pourquoi, dès le lendemain de la chute, renier si violemment son maître ? Le coup parut dur au prisonnier de Wilhemshohe, écrasé et mourant. Ceux qui l’ont vu alors assurent que jamais autre nom que celui-là ne sortit de ses lèvres pour une plainte; le nom de l’ami des meilleurs jours, dont il n’avait pas prévu l’abandon, est le seul qu’il ait prononcé avec une apparence d’étonnement et d'amertume*
A quoi bon nommer cet autre architecte que l’Empereur était allé chercher, là-bas, dans l'une de ses moyennes résidences, pour lui confier, sans preuves autrement faites, la plus magnifique entreprise de son règne, dans le plus noble de ses palais ? Celui-là, pendant que son confrère se vouait aux radicaux, celui-là, pis encore, se vouait au Prussien ; chacun semblait avoir choisi le pire ennemi de son bienfaiteur. Et l’on serait tenté de croire à l’inconscience, tant l’audace dépassait les bornes, quand on songe que le Prussien, dont on faisait, dans les ateliers même du nouveau Louvre, nettoyer les tapis, frotter les bronzes, préparer les modèles, était celui justement qui, le premier, venait
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d’être choisi par son kaiser pour tenir sous son talon l’Alsace et la Lorraine.
A quoi bon nommer ce peintre d’histoire, chargé des plus grandes pages militaires qu’un artiste ait eu à ordonner en notre siècle, et qui, cinq ans plus tard, exposait un tableau de César, injure évidente et voulue à l’Empire qui l’avait comblé des plus belles commandes de son temps, à l’Empereur, pour lequel il s’était un peu commandé lui-même le portrait du prince impérial ? Je n’ai point oublié le jour où. l’Empereur, venant visiter pour la première fois la composition capitale de Solférino, l’artiste s’était introduit dans le salon carré avec les siens et avec la nourrice qui portait son nouveau-né ; il avait amené l’Empereur, auquel le peintre avait présenté sa famille, à regarder, avec sa bonté accoutumée, l’enfant qu’on lui mettait sous les yeux comme pour une bénédiction. Décidément, il est plus glorieux d’être courtisan de l'Empereur vaincu que courtisan de M. P. Bert et de M. H. Martin victorieux.
L’Impératrice prenait grand plaisir à ses visites aux expositions; elle y venait le plus souvent avec l’Empereur, parfois avec le Prince Impérial pour les fugues enfantines duquel elle se montrait assez sévère, tandis qu’on lisait dans les yeux de l'Empereur toutes les gâteries du père passionné pour l’enfant. Avant le jour d’inauguration de chaque salon annuel, le surintendant ne manquait pas de se trouver là pour recevoir LL. MM. qui arrivaient en voiture, accompagnées de leurs officiers et dames du palais, et parfois précédées de leurs intimes de la cour : le général Fleury, venu tout exprès à l'avance pour étudier les scènes chevalines ou bien les côtés faibles des portraits équestres de son maître ; — Mmes de Metternich, Walewska, etc., mais toujours en petit nombre, de manière que l’Empereur et l'Impératrice fussent parfaitement libres dans les saillies de leurs impressions. M.de Nieuwerkerke faisait les honneurs; moi, je suivais de près l’Empereur pour lui donner les explications de détail désirées par lui, et pour prendre ses ordres d’acquisition. J’ai souvent assisté à des scènes bien bizarres, par exemple le jour où l'Impératrice m’envoya chercher l’Empereur, attardé dans une galerie précédente, pour lui montrer le portrait de la belle comtesse Castiglione, qu’Eugène Giraud avait exposé cette année-là, et que l’Empereur regarda avec d’autant plus de flegme que l’Impératrice le louait davantage, — Je me souviens qu’à la première inauguration où elle assista, — c’était au salon de 1853, aux Menus-Plaisirs, Faubourg-Poissonnière, — étant arrivée devant la Baigneuse de Courbet, elle laissa échapper en riant le mot : « C’est une Perche, ronne », qui courut longtemps alors dans les ateliers, et même elle dessina en trois traits au crayon, sur l’une des fiches, où je notais les acquisitions, une certaine croupe, que j’avais gardée par curiosité, mais non pas avec assez de soin, car depuis lors en classant mes papiers, je n’ai jamais pu retrouver celuilà. Il lui échappait ainsi des mots primesautiers, et souvent fort drôles, mais
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dont elle avait peur elle-même ; et c’est pourquoi, quand elle faisait ses visites au salon, à l'heure où le public y remplissait les galeries, elle ne manquait pas de me demander si je voyais aux alentours les artistes dont elle regardait les toiles; elle craignait de laisser apercevoir une moue ou éclater une parole de franchise qui eussent désobligé le malheureux peintre.
L’Empereur n’était pas seul à faire ses acquisitions aux salons ; l’Impératrice aussi faisait les siennes, et ses choix n’étaient pas les moins importants ni les moins délicats. A la fin de l’Empire, elle se trouvait posséder une collection où les noms favoris du public étaient peut-être représentés plus complètement que dans l’assemblage formé par l’Empereur, forcé, par des influences diverses, à plus de complaisances mêlées et parfois bien singulières; je n’en citerai qu’un exemple que se rappellent tous mes compagnons d’alors. C’était à l’un des derniers salons de son règne. L’Empereur, malgré l'humidité pénétrante et dangereuse qui nous faisait redouter à tous les galeries basses où nous tenions les refusés de la sculpture, insista pour y descendre ; il voulait y voir deux figures en bronze, œuvres plus que médiocres d’une sculptrice belge. Il répéta à plusieurs reprises : « Je tiens à les voir, Jules Favre me les a recommandées ». — D’autrefois, il acquérait un tableau pour l’offrir au général Dufour, sous lequel il avait étudié en Suisse. — Il lui arrivait même d’acheter de confiance pour obéir à son devoir de souverain: en 1870, la guerre était déclarée; on rendait les tableaux du salon; les cadres étaient pendants le long des cloisons, à demi décrochés. M. de Nieuwerkerke arrive subitement aux Champs-Elysées ; il annonce à Buon que l’Empereur, pour ne rien changer aux habitudes de chaque année, veut que l’on achète, pour lui, quelques œuvres en souvenir de ce salon de 1870, et le surintendant montant dans les galeries, nota une douzaine de tableaux, qui furent désignés, d’office par lui et payés d’urgence. Mais l’Impératrice n’avait à observer que son propre goût; aussi avait-elle acquis successivement et pu réunir dans le petit hôtel qu’elle possédait rue de l’Élysée les deux meilleurs tableaux d’Hamon, Ma sœur ny est pas et Y Aurore, et des œuvres charmantes de Fromentin, de Gérome, la fameuse Perle de Baudry,
Y Absolution du péché véniel d’Heilbuth, etc. etc.
L’Impératrice, — c’était, s’il m’en souvient, en 1868, — me fit, un certain après-midi, appeler aux Tuileries. Il s’agissait de régler les comptes de ses acquisitions au salon de cette année. LL. MM. quittaient ce jour-là Paris pour aller à Saint-Cloud. Tous les meubles avaient leurs housses, les lustres leurs mousselines, les voitures allaient arriver. On me fit attendre dans le salon que l’Impératrice avait fait décorer par Chaplin, et la salle voisine était celle qu’elle avait fait orner de portraits des dames de la cour qu’elle favorisait de son amitié. Elle entra, en costume très simple de déménagement et de voyage, et c’est la seule fois que je l’ai vue sans ombre de poudre au visage, elle qui se peignait
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peut-être à l’excès. Toute pressée qu’elle fût, elle voulut bien cependant causer assez longuement avec moi de ses tableaux et des peintures qui nous environnaient, et je trouvai l’occasion favorable de lui soumettre une idée qui me tourmentait depuis longtemps. Je lui parlai de l’intérêt qu'il y aurait pour elle, qui semblait faire un cas particulier du talent d’Hamon, puisqu’elle avait acquis successivement ses deux meilleurs ouvrages, à confier à cet artiste d’une imagination charmante, la décoration d'un petit salon sur les panneaux duquel il multiplierait ses figures d’une ingéniosité si finement capricieuse. L’Impératrice parut goûter ma pensée, et plus tard elle en reparla à Basset, maréchal des logis du Palais, qui connaissait Hamon et s’intéressait à lui. La chose en resta là' pourtant, et je le regrettai bien vivement, de même que j’ai toujours regretté que l’Empereur n’eût point commandé à Courbet la décoration d’un salon ou d’un pavillon de chasse ; car de telles commandes honorent les souverains parmi les artistes de leur temps et sont pour certains peintres spéciaux l’occasion d’une sorte de petit monument durable de leur talent -trop éparpillé d’ordinaire. Pour Hamon, il faut s’en consoler d’ailleurs plus aisément, car si l’Impératrice eût trouvé pour lui dans les Tuileries un boudoir non encore couvert de peintures, l’oeuvre du merveilleux fantaisiste n’eût pas duré longtemps ; elle aurait, moins de deux ans après, péri avec tant d’autres par le pétrole de la Commune. — Ce pétrole, il n’a rien respecté, pas même certains tableaux qui étaient venus dans les Tuileries de façon bien imprévue: l’Impératrice, au début de la guerre, avait donné l’ordre de transporter en son palais, pour en décorer les salles transformées en ambulance, où déjà étaient arrivés les premiers blessés de Forbach et de Reischoffen, divers tableaux dont trois très grands. Parmi eux s’en trouvaient qui étaient destinés aux églises de Paris. Us ont disparu, je le répète, dans l’incendie des Tuileries allumé par la Commune.
La dernière fois que j’eus l’honneur de rencontrer l’Impératrice, ce fut en Égypte, à Luxor d’abord, et puis à Ismaïlia. Le jour où sa flottille avait rejoint à Luxor celle des invités du khédive, l’Impératrice, autrement dit la comtesse de Pierrefonds, n'avait pas trouvé là des esprits bien disposés. Toute la journée, nous avions espéré par son bateau, dont la fumée nous était signalée dès le matin, des lettres de nos familles, et nous venions d’apprendre qu’elle n'avait pas daigné se charger de ces lettres passionnément attendues ; même un mot malheureux avait couru : « son bateau n’était pas la boîte aux lettres » ; jugez de notre humeur et de nos imprécations à tous. Aussi, quand elle débarqua, le vide s’était-il fait par les Français, et ne rencontra-t-elle d’abord que des visages curieux de Prussiens et d’Espagnols. Mais elle m’avait aperçu de loin, et venant droit à moi, elle m’aborda avec la gracieuseté d’une femme enchantée d’aviser une figure de connaissance au milieu d’une foule d’étrangers. Elle me
chargea de lui présenter les plus notables de notre troupe. Je la laissai un moment avec M. de Brissac et M. Raimbaux et courus à notre bateau pour y chercher et lui ramener au plus vite les moins récalcitrants de ceux qu'elle connaissait : MM. de Quatrefages, Ballard, Wurtz, Gérôme, Fromentin. La conversation dura ainsi sur la plage jusqu’au banquet international des invités du khédive. Mais pendant ce banquet, M. de Brissac était venu, par ordre de Sa Majesté, m’inviter à amener à l’Impératrice tous les artistes mes compagnons qui prendraient le thé sur son bateau, et j’avais spécifié la même faveur pour Berchère et Darjou non encore présentés. L’amabilité gaie et bienveillante pour tous de la souveraine parvint à faire oublier le sujet de notre bouderie Elle nous avait fait prévenir que le lendemain matin, jour de la Toussaint, la messe serait dite à bord, et Fr. Lenormant, Guillaume, Tournemine, quatre ou cinq autres d’entre nous, en profitâmes pour adresser au Dieu des chrétiens, à l'intention des morts et des vivants que nous avions laissés en France, des prières que tous les matins nous voyions réciter si dévotement par les bons mariniers musulmans de notre navire.
Nous apprîmes même, par les journaux qu’elle nous avait laissés emporter, et qui allaient jusqu'à la date du 17 octobre, la mort du pauvre Sainte-Beuve. Puis b Impératrice nous précéda vers Assouan et les cataractes* et nous ne la retrouvâmes que quelques jours plus tard à l’inauguration du canal de Suez. Jamais je n’oublierai l’émotion profonde qu’à un certain moment me produisit cette femme. Nous étions tous dispersés dans l'innombrable multitude, venue de toutes les nations, pour saluer le passage des premiers navires qui allaient, de Port-Saïd, arriver à Ismaïlia. Le hasard, à cette heure si grave où les cœurs battaient fort, m’avait donné pour compagnons, sur la berge de sable, Lan! bert de la Croix et Fromentin. La prudence nécessaire dans cette première navigation, où il importait tant de ne pas créer d’ensablement dans le canal, avait causé d'inévitables retards qui semblaient démesurés par l’impatience générale. Quelques légers bateaux d’avant-garde avaient déjà paru, et puis' il fallait attendre encore. Enfin, nous vîmes s'avancer lentement, solennellement, majestueusement, le premier des navires faisant son entrée dans le lac Timsah, immense comme une mer, et cela au soleil couchant sur les montagnes rousses de Suez, et au bruit des canonnades et des fanfares, et parmi ceâ grandes dragues qui avaient servi à creuser le canal, sortes de monstres fantastiques, semblant des machines inventées pour prendre des villes au temps des Pharaons ; — et sur l’avant du pont de ce premier navire, que suivaient, comme une humble escorte, ceux de l’empereur d'Autriche, du prince royal de Prusse et du prince des Pays-Bas, se tenait debout, — ayant près d’elle en habit noir, M. de Lesseps, le créateur de cette œuvre colossale, — une femme tout habillée de blanc. C’était l’impératrice, c’était la France. A ce moment,
MADEMOISELLE DE FAUVEAU
je sentis tout d’un coup mon cœur s’oppresser, et un sanglot d’émotion me monter à la gorge, et les larmes me couler tout le long des joues, et quand le regardai vers mes deux compagnons, ils faisaient comme moi et pleuraient comme des enfants. Cette femme venait de nous apparaître comme l'image vivante et triomphante de la patrie française. Ah ! la pauvre, la pauvre Impératrice, quel jour pour elle et pour nous tous ! Le lendemain, je la revis à travers la cohue de cette fête indescriptible. Elle était en robe couleur nankin, montée sur un dromadaire, et s’en allait au milieu de son escorte d’empereurs et de princes royaux de tous pays, faire une promenade dans le désert, le long des bords du canal. — Peu de jours après, elle repassait la mer, et rentrait en notre patrie, où l'attendaient, à bref délai, et coup sur coup, de si épouvantables fatalités. Et que vous dirais-je > je n’ai jamais revu cette éblouissante souve raine, dans le gentil pays de France, où le destin des plus belles est d’être les plus malheureuses : Marie Stuart, Marie-Antoinette, l’impératrice Eugénie.