VI. — M. Faye
Faut-il vraiment parler de ce Ministère de quinze jours, où le portefeuille de l’Instruction publique et des Beaux-Arts échut à M. Faye? Charmant homme que M. Faye, toujours souriant, et auquel sa courte grandeur, sur laquelle il ne se fit jamais illusion, ne tourna point la tête. C’est au Caire, lors des fêtes de l’inauguration du Canal de Suez, que j’avais rencontré pour la première fois le savant, haut détaillé, à la mine fraîche et gaie, aux cheveux grisonnants, et que la vue des Pyramides ne paraissait pas autrement émouvoir. Il garda au Ministère son inaltérable égalité d’humeur et sa remarquable justesse d’esprit qui tout de suite se fit jour dans les quelques commissions qu’il eut à présider. Il avait compris qu’il n’était là que pour ne pas interrompre la signature régulière des affaires courantes et se comporta exactement comme eût fait un Ministre durable qu'il savait ne point être ; il alla même jusqu’à donner le dîner coutumier aux principaux chefs de l’administration, ce dîner traditionnel où M. de Fourtou faisait servir les truffes et les vins de son Périgord, M. de Cumont les plus beaux poissons de sa Loire, et M. Wallon le menu de chez Foyot. Le successeur que M. Faye attendait avec un flegme si jovial ne tarda pas à paraître; c’était M. Bardoux, et sa venue n’étonna personne.
MES MINISTRES