A M. LE DIRECTEUR DE L’ARTISTE
ment la note où Prarond a consigné ce qu’il tenait du docteur Veyne, notre ami commun, le docteur Veyne de Sainte-Beuve et de Gavarni : « Coupier malade de la pierre; les circonstances, les complications de la maladie ou plutôt, je crois, l’irritabilité du malade, rendent la lithotritie impossible. On a recours à la taille et préalablement au chloroforme : soit que l’inhalation ait été trop forte, soit qu’on n’ait pas surveillé assez l’état anesthétique du patient pendant l’œuvre chirurgicale, on ne peut en définitive le rappeler à lui. Il était mort pendant l’opération. Voilà, à peu près, tout ce que m’a dit Veyne. »
Et c’est éternellement la même moralité banale, toute à la gloire des lettres, et qui doit nous engager, quoi qu’il arrive, à ne les jamais trahir. Nul ne me dira que Coupier n’ait été un homme, un mâle. Il a été administrateur remarqué dans une période féconde surtout en grands administrateurs. Nul ne le dépassa en courage civil, bien plus rare que le courage du soldat. Il administra, quand il le fallut, le pistolet au poing, comme à Boussac ; il a mérité, sans vantardise, à Toulon, en 1864, la même célébrité de dévouement que mérita à Marseille le chevalier Roze, en 1721. Il a tenu dans sa main ferme, presque serrée, les intérêts d’un million d’âmes. Et de tout cela que reste-t-il aujourd’hui survivant au sous-préfet de Boussac et de Toulon, au préfet de Perpignan? rien; que lui restera-t-il demain? il restera dans le souvenir de quelques centaines de lecteurs désœuvrés, quelques couplets d’étudiant, cachés, — et oubliés par lui peut-être, — au fond du tiroir d’un ami. Et après tant de rêves tourmentés d’ambition, ces couplets d’un étudiant à des grisettes demeureront encore son meilleur lot.