‹ Souvenirs d'un directeur des beaux-artsChapitre 38 sur 88 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

dans la personne de son secrétaire perpétuel, et j'y rappelais trop volontiers la distance qui séparait les origines et les principes de ce corps nouveau de ceux de l'ancienne Académie royale de peinture et de sculpture; une phrase en était restée, je ne sais comment, dans la mémoire de notre pauvre Clément de Ris qui l'a citée, je ne sais plus où, et je ris encore en la relisant : « Que cette triste révélation vous rabaisse un peu votre superbe : le Directoire vous conçut dans une nuit de Théophilanthropie. Vous n'êtes point les fils de Colbert; vous êtes les fils de LaKanal. » — - J'imagine toutefois que ce ne fut pas seulement l'acerbité de ma polémique qui la fit paraitre inopportune au maréchal et au surintendant, bien qu'ils tendissent deja à l'apaisement; mais c'est que je m'étais avisé de défendre M. de Nieuwerkerke par des procédés particuliers et q ji n'allaient pas sans être quelque peu embarrassants. Je proposais de porter la guerre chez l'adversaire, et j'invitais le surintendant à noyer l'mfiuence hostile de l'Institut dans une influence alliée et plus large oui serait celle d'une société impériale des artistes français, sorte de corporation de tous les peintres, sculpteurs, architectes et graveurs récompensés aux Salons. C'était déjà ce dada que j'ai renfourché plus tard en 1870 et 1874 et qui a fini par triompher en 1880, mais dans des conditions moins vitales que les miennes, car je prétendais baser ma société sur un principe aristocratique et d'élection bornée ; tandis que le suffrage universel ne manquera pas de ronger prochainement la société actuelle par son principe envieux et délétère. — Puis, déjà aussi, je lui insinuais la création du Prix du Salon, que j'ai fait instituer dix ans plus tard et qu'on a, depuis lors, déforme tant qu'on l'a pu. — Les plus proches intimes de M. de Nieuwerkerke s'appliquèrent à l'effrayer sur la mise en œuvre de pareilles conclusions, où l'on ne voyait qu'une diminution de son autorité par l'abandon des expositions à la gérance des artistes. Le surintendant n'eut pas été éloigné par lui-même de comprendre l'importance de cette grande mesure puisqu'il la soumit plus tard à l'Empereur qui, comme je l'ai raconté ailleurs, la renvoyaàM. Walcwski.Etma brochure, — fort heureusement pour moi sans doute, — en resta là avec sa trentaine d'épreuves. — Et depuis lors, j'ai songé souvent qu'il ne me fallait pas regretter pour l'exécution de mes rêveries, que M. de Nieuwerkerke, auquel je dois tout puisque c'est lui qui, en 1852, m'avait mis le pied à letrier en me confiant le service des expositions, et le titre honorifique d'inspecteurdes musées de province, et, dix Mis après, la conservation du Luxembourg, — ne m'eut pas appelé, durant les dernières années de sa sui intendance, à mettre en pratique dans l'administration des Beaux-Arts les quelques idées, encore mal mûries, dont je l'avais de-çi et de-là entretenu, au fur et à mesure de leur éclosion. Avec l'affection constante qu'il m'a assez témoignée en me laissant le champ quasi libre dans l'organisation des salons, durant dix-huit ans, il eut peut-être accepte certains de ces projets; mais quand fût venue l'heure d'exécution, il se fut défié des moyens, ou plutôt son entourage l'eût mis en défiance, et rien de

complot ni de solide ne fut sorti de mes tentatives. Son expérience même des envieux qui le guettaient et sa crainte honnête de créer des embarras à l'Empereur eussent été des causes d'hésitation, tandis que, plus tard, j'ai pu manœuvrer librement et n'ayant à compter qu'avec la logique de mes entreprises, à travers des ministres peu mêlés par leur passé au monde chatouilleux des peintres et des sculpteurs, et qui dans mes propositions n'avaient à juger que leurs résultats aux yeux du public... — Et puis encore, — comment dirai -je cela ? — M. de Nieuwerkerke rencontrait dans l'une des grandeurs de sa situation acquise un autre embarras: le surintendant était membre de l'Institut. Soyez sûrs que ce lui fut, dans sa querelle avec l'Institut, l'une des causes les plus vives de l'acrimonie de ses confrères. Un surintendant, un directeur des Beaux-Arts, ne doit jamais are membre de l'Institut. Certes ce m'a été une bien grande joie et un bien grand orgueil d'être admis, en 1879, en ce corps de l'Institut, qui, dans la considération de l'Europe et du monde entier, représente la fine fleur de la France ; mais je ne me fusse jamais avisé de solliciter cet honneur, tant que je tenais en main la direction des Beaux Arts. La liberté et la franchise du fonctionnaire se trouvent trop liées par les sympathies et les condescendances inévitables du confrère ; et un directeur, qui ne sait garder ni liberté ni franchise, n'est point digne d'un si noble poste. M. de Nieuwerkerke s'était cru supérieur à de tels tiraillements; le fiel n'en eut pour lui que plus d'amertume. Ses plus vieilles et fermes amitiés du temps passé furent celles qui se brisèrent et l'éclaboussèrent avec le plus d'éclat : MM. Ingres, Lehmann, Lefucl, etc. — D'ailleurs, le dommage qu'un membre de l'Institut avait causé, un membre de l'Institut l'a réparé. Au lendemain de 1870, Ch. Blanc, d'accord avec ses confrères, a remis complaisamment les choses en état; sauf quelques menus détails, et non des meilleurs, à mon sens, tels que les ateliers de peinture et de sculpture, le jugement des concours et de celui du grand prix de Rome ont été restitués a l'Institut avec leurs prérogatives à peu près complètes, et tout a marché comme devant, et villa Mcdicis ne s'en porte ni mieux ni pis.

Si, à vingt ans de distance, nous regardons aujourd'hui ce que fut et ce que donna le gros événement de la réforme de l'Ecole des beaux-arts, nous sourirons un peu de si furieuses colères et nous regretterons, sans trop nous en étonner, qu'il ait porté de si petits fruits. En résumé, pour mettre l'administration de l'école d'accord avec l'esprit unitaire et hiérarchique du gouvernement d'alors, le décret du 1 3 novembre créait un directeur, un conseil supérieur d'enseignement, des chaires nouvelles de peinture, gravure, etc. , ainsi que des ateliers préparatoires, éclamait pour l'administration la nomination des professeurs, ouvrait des cours pratuits pour tout programme promettant un enseignement utile, réduisait à 25 ans la limite d'âge des concurrents aux grands prix, supprimait les seconds prix, supprimait les grands prix de paysage, réduisait à quatre années la pension

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