‹ Souvenirs d'un directeur des beaux-artsChapitre 45 sur 88 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

CUEIQDtS CONStR VATtURS DU LOUVRE

LF. COMTE EMMANUEL DE ROUOE

SOUVENIRS D'UN DIRECTEUR DES BEAUX-ARTS m

propos ni en ses liabitudes ; mais comme il appartenait à l'une des meilleures familles de France, et vivait assez renfermé dans les études de son département qui l'avaient de bonne heure conduit à l'Institut, ses confrères et le surintendant le ménageaient à bon droit. On lui savait d'ailleurs une téte très solide et un esprit de forte envergure; ses avis au conservatoire étaient toujours des plus justes et des plus fermement sensés; si bien que, quand l'Empereur, pour faire à ce maître homme une situation hors géne et digne de lui, s'avisa de l'appeler au conseil d'Etat, personne au Louvre n'en fut surpris ; il se trouva que l'égyptologue s'était fait tout aussitôt dans cette assemblée de politiques, hommes d'affaires contentieuscs et de jurisprudence, une place incontestée ; s'il n'eût manqué au Louvre dans les années tiraillées qui suivirent 70 (il mourut à 61 ans, dans les derniers jours de décembre 1872), son tact administratif et l'autorité qu'il avait acquise par son passage au conseil d'État, l'eussent tout naturellement poussé au premier rang des défenseurs et des représentants de la sainte maison, ou tout du moins eussent prêté à ses confrères, à Villot comme à Reiset, un concours et un guide bien utiles. Je dirai même que s'il eût été là en 1874, il eut été difficile de ne pas le proposer au ministre comme directeur des musées par date de premier arrivé.

ADRIEN DE LONGPERIER

Des calembours et des calembredaines, des coq-à-1 anc et des histoires de l'autre monde, des citations de vieux vaudevilles, des rébus et des logogryphes, des quatrains pleins de malice et de drôlerie à écrire sous les charges de (iiraud, voilà le l.ongpéricr que l'on rencontrait dans les corridors du Louvre ou sur le p^nt des Arts

Si vous entriez dans son cabinet de conservateur, c'était un feu d'artifice d'érudition Je omni re scibili, sur tout ce qui, de prés ou de loin, pouvait intéresser votre curiosité ; il connaissait tout, avait tout lu, menues gazettes, revues spéciales, jasait pertinemment de tout, inépuisable et étourdissant d'anecdotes et de renseignements au coursdujour, une mémoire prodigieuse, etqui n'avait d'égalequecelledc son ami et compère Maury. Il savait toutes les langues anciennes, suffisamment d'hébreu et de persan, et les plus utiles parmi les modernes, particulièrement /'arabe dont il se servait à merveille pour se guider dans les branches diverses de l'orientalisme ; il se mêlait aussi habilement que pas un d'égyptien et de copte, et d'assyrien et de phénicien, et de toutes les recherches historiques dont il voyait poindre la mode par les découvertes de nos voyageurs à fouilles. Il nous en eut remontré à tous sur les peintres et sculpteurs les plus inconnus de nos

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