QUAI DES ORFÈVRES
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our se rendre compte de l'état de notre peinture historique et religieuse, il faut attendre que la décoration du Panthéon soit achevée », disait M. Eug. Guillaume dans l'essai philosophique sur la peinture et la sculpture contemporaines qu'il publia dans la Revue des Deux-Mondes, à l'occasion du Salon de 1B79. Oui, certes, pour juger ce grand concours ouvert en 1874 entre les peintres et entre les sculpteurs les plus renommés de notre époque, et qui n'a peut-être pas eu son pareil depuis le concours fameux du carton de Pise, et les plus beaux jours de Florence, il conviendra d'attendre le complet achèvement d'une entreprise aussi considérable et que chacun des artistes qui y ont été appelés ait pu donner la mesure de son savoir et de son tempérament de maître. La tâche échue à chacun est si vaste et si compliquée que nul ne s'étonnerait, dans une époque moins pressée que la nôtre par la hâte des événements et le
revirement des esprits, de la lenteur naturelle et très justifiable avec laquelle ces importants travaux sont conduits et menés à terme. Jamais administration des Beaux-Arts n'aura à confier à des peintres des murs plus propres au plein développement de leur art; et les artistes sentent mieux que le public môme quelle grosse part de leur réputation est en jeu, liée qu'elle est, sans retour, au succès ou à l'insuccès de l'œuvre qu'ils vont soumettre ici à l'impartial et définitif jugement de l'avenir. Cependant jusqu'au jour solennel, et peut-être encore éloigné, où l'opinion publique donnera son verdict sur l'ensemble de cette décoration monumentale et proclamera les noms des peintres et des sculpteurs qui y auront le mieux mérité, il ne nous paraît guère possible, et à peine nous paraitrait-il juste de différer davantage à appeler l'attention de tous sur les ouvrages terminés qui couvrent une partie notable des murs de la basilique de Sainte-Geneviève ou sont posés sur leurs piédestaux. Bien que quelques-uns aient déjà passé par nos Salons annuels, soit dans leur forme définitive, soit à l'état d'esquisses ou de cartons, c'est au Panthéon qu'il les faut voir, c'est là qu'il les faut étudier, car c'est en vue de leur place dernière que les artistes les ont conçus et exécutés. Dans l'intérêt même du goût public, lequel se montre si empressé à l'examen des œuvres souvent futiles de nos Salons, ou des fruits à peine encore formés des concours pour les prix de Rome, n'estil pas bon de provoquer un empressement au moins égal des curieux vers des travaux d'une plus solide et capitale importance, destinés, dans les âges futurs, à donner l'entière mesure de la gravité et de la puissance de notre école pour la seconde moitié du xix* siècle?
Puisque le hasard nous a mis entre les mains un certain nombre de documents relatifs aux commandes de peintures et de sculptures pour le Panthéon, antérieures à celles que nous avons eu l'honneur de faire approuver, nous espérons que nos lecteurs nous sauront gré de les leur communiquer ici : ils seront la meilleure préface de l'histoire de notre entreprise et la plus intéressante explication des coupoles, pendentifs et frontons que les visiteurs admiraient déjà dans l'œuvre de Soufflot, quand nous avons eu la pensée de faire servir au plus grand talent de nos artistes ce magnifique monument religieux et national. Nous nous ferons d'ailleurs une loi de laisser parler eux-mêmes les historiens des innombrables projets qui se sont succédé pour la décoration d'un édifice que se sont tant de fois disputé, et souvent à armes si vilaines et si violentes, les luttes tumultueuses de la politique, et où se sont vainement dépensées depuis cent ans les plus riches imaginations de nos peintres et de nos sculpteurs.
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Au sommet de ce qu'on appelait alors le mont Lucotitius, sur cette même colline où nous voyons aujourd'hui la basilique construite par Soufrlot, Clovis, sollicité par sainte Geneviève et pressé aussi par la pieuse reine Clotilde, Clovis, qui va partir pour Vouillé, et qui veut se rendre encore une fois favorable le Dieu de Tolbiac, donne l'ordre, en 506, de bâtir, sous l'invocation de saint Pierre et de saint Paul, un premier sanctuaire, dans la crypte duquel il ne tardera pas à avoir son tombeau. En 5 12. Clotilde faisait inhumer la sainte son amie dans l'église encore inachevée, où elle-même les venait rejoindre en 545. Mais cette basilique des saints Apôtres, la veuve de Clovis a eu le temps de la mener jusqu'au faite; elle la laisse achevée et dédiée, et parée de toutes les richesses du temps : elle l'a décorée de colonnes de marbre ; elle l'a revêtue intérieurement, extérieurement, de mosaïques et de fresques ; son toit est de cuivre; on y voit sous ses trois portiques les images des prophètes, des patriarches et des apôtres. Clovis y a entassé en or et en argent tout le butin des Goths vaincus. La splendeur et l'abondance des mosaïques restent le souvenir particulier de ce premier temple, qui, à l'heure où les Normands le pillent et le détruisent par le feu, en 857, était déjà plus connu sous le nom de Sainte-Geneviève que sous celui de Saint-Pierre. Le monument, maintes fois ruiné et restauré, repris dans ses œuvres les plus importantes et réparé dans ses principaux ornements par l'abbé Étienne dcTournay, à l'époque et sous la protection de Philippe-Auguste, ce monument, devenu dès longtemps trop étroit pour la fervente dévotion de tout un peuple et les pompeuses cérémonies qui se multipliaient autour de la châsse miraculeuse, était fort délabré, et semblait menacé, au xviu« siècle, d'un prochain écroulement (il ne fut démoli qu'en 180?), lorsque le vœu de Louis XV, à la suite de son péril de mort, à Metz, en 1744, motiva l'élévation, sur partie des proches terrains de l'abbaye, d'une basilique nouvelle et digne cette fois de la vénération nationale pour la patronne de Paris. La Statistique monumentale de Paris, par Albert Lenoir, donne, dans le tome I" de son atlas, vingt planches pleines de précieux détails, expliqués d'ailleurs par vingt pages de son texte savant et où nos lecteurs pourront trouver le plan, la façade, les vues intérieures et extérieures de cette vieille église de l abbaye de Sainte-Geneviève, la statue de la sainte couronnée par un chapiteau portant la ville de Paris, la tombe de Clovis avec sa statue couchée, la crypte où reposait Geneviève, le monument aux quatre colonnes de jaspe, surmontées des quatre statues à torches de Germain Pilon (1) qui soutenaient la
(1) Les quatre Vertus porte-torches, sculptées en bois par Germain Pilon et destinées à soutenir la châsse de sainte Geneviève; on peut les voir aujourd'hui au Louvre, groupées sur un piédestal, malheureusement sans leurs bras, dans la salle de la Diane de J. Goujon, en pendant de l'autre groupe fameux, les Trois Grâces, du même Pilon.
châsse, etc., etc. — Cette châsse, cette fameuse châsse portative, façonnée, vers 635, par saint Éloi, et décorée par lui de rinceaux d*or et d'argent, puis réparée ou plutôt reconstruite, vers 1240, en forme de petite cathédrale ornée de colonnettes, par l'orfèvre Bonnard, qui y avait employé 9J marcs d'argent et 7 marcs et demi d'or; restaurée enfin, en 1620, et embellie, dit-on, par l'orfèvre Nicolle, qui y ajusta un bouquet d'or et de diamants offert par Marie de Médicis, et une couronne de diamants offerte par Marie-Élisabeth d'Orléans, reine douairière d'Espagne, — cette châsse qui, dans l'ancienne église, au fond de l'abside, derrière l'autel abbatial, était exposée sur une plate-forme soutenue par les quatre colonnes en jaspe dont je viens de parler (1) et y était le but d'un pèlerinage annuel, — allait occuper le centre du plus magnifique édifice de la grande ville, sous une coupole dont le plus renommé, le plus hardi, le plus savant et le plus délicat, le plus favorisé et le plus digne de l'être, entre les architectes de ce siècle, était allé étudier le modèle aux sources mêmes des grandeurs de Rome la Pontificale.
« Louis XV mil au concours le projet du monument, — dit M. Edmond Monnier dans un très intéressant travail publié par le journal le Monde, le 16 avril 1875, — et ce fut Soufflot, pensionnaire de la couronne, qui présenta le meilleur travail. Les plans et les études de cet illustre architecte sont sous nos yeux (2), tels qu'ils furent présentés au roi par M. le marquis de Marigny,
(1) La Galette des Beaux-Arts, en publiant la première partie de la présente étude, a fait reproduire un dessin recueilli par nous et qui, outre qu'il montre la forme et la disposition de la châsse, au commencement du xvin» siècle, est le seul souvenir d'une importante peinture décorant autrefois l'église abbatiale de Sainte-Geneviève-du-Monk Voici ce qu'en disait Mariette, dans l'édition qu'il donna, en 1752, de la Description de la ville de Paris par Germain Brice, t. II, p. 487 : • A côté du grand tableau peint en 1696 par Nicolas de Largilliére, on en voit un autre de même grandeur, de M. de Troy, le père; l'ordonnance en est plus riche. On y voit le fond du choeur de cette église, orné comme il était lorsqu'on descendit la châsse de sainte Geneviève... Il a été donni à Sainte-Geneviève en 1710 par le prévôt des marchands et les échevins, à l'occasion de l'extrême disette qui suivit l'affreux hiver de 1709. » Voir, pour cette descente solennelle de lâchasse, une miniature du temps, reproduite dans la Statistique monumentale de Paris, d'Albert Lcnoir. (Paris, Impr. impér., 18Ù7.) — D'Argcnville le fils, qui répète presque mot pour mot, dans son Voyape pittoresque de Paris (édit. de 1778), la description du tableau de de Troy par Mariette, ajoute un peu plus loin, à l'occasion du maître-autel de l'église abbatiale : « L'édifice, formé de quatre colonnes ioniques qui portent la châsse de sainte Geneviève, est du dessin de Le Mercier. Quatre statues de vierges, plus grandes que nature, semblent soutenir cette chasse, qui est de vermeil dore et faite par saint Kloi. »
(2) M. Edm. Monnier veut sans doute parler de la suite d'estampes gravées par Charpentier et publiées par lui (rue Saint-Jacques, au Coq), cl dont la pièce la plus intéressante est la grande • Vue générale du portail de la nouvelle église de sainte Geneviève, patronne de Paris; présenté au roy par Monsieur le marquis de Marigny, et approuvé par Sa Majesté le 2 may 1737; inventé et dessiné par J.-G. Soufflot, architecte du roy t. Cette vue, qui est le point de départ officie) du monument, montre combien
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le 2 mai 1757. Soufflot revenait de Rome. Il y avait passé plusieurs années, et parmi les monuments qui avaient le plus frappé son esprit, la basilique de Saint-Pierre était pour lui le type absolu de la beauté architecturale. Il chercha à reproduire les grandes lignes du chef-d'œuvre de Michel-Ange, et voulut que cette nouvelle basilique fût pour Paris ce que Saint-Pierre était pour Rome. Les six premiers plans publiés à cette époque révèlent la pensée primitive de
il a été profondément modifié dans la marche des travaux. On y voit le « fronton dans le tympan duquel sainte Geneviève distribue du pain aux pauvres t. — Le dôme, alors très bas et de proportion vulgaire et qui plus tard sera si admirablement surélevé de tout l'étage a colonnade, est, dans le principe, surmontéd'unc figure debout, de la sainte, tenant et élevant une croix. Quatre groupes, composés des Évangélistes assis avec leurs attributs, décoraient la base du dôme. — Les autres estampes, gravées et publiées par le même Charpentier, à cette même première date de 175-, offrent les plans, l'élévation latérale, la vue en perspective de la nouvelle église de la patronne de Paris, et aussi une « coupe en travers qui montre la décoration très garnie de la partie inférieure des murailles, au-dessous des fenêtres, dans les cntre-colonnements. D'Argenville le fils, dans son Voyage pittoresque de Paris (édition de 1778, p. 277), dit que « six planches gravées par Bellicard, inspecteur des bâtiments du roy, font connaître le plan de la pince, celui de l'église, son élévation et sa coupe «. Ces planches de Brllicard reproduisent les premier! projets de Soufflot, encore incomplets comme invention, et que nous voyons à la même date regravés en plus grand format par les soins de Charpentier.
— l.c volume consacré au Panthéon, dans la série topographique du Cabinet des Estampes, contient, outre les façades gravées en 1777, sur les dessins de l'architecte, par G. Taraval et F.-N. Sellier, et les autres vues extérieures et intérieures, et diverses pièces de détail, publiées par les soins pieux de Dumont, professeur d'architecture, lors de la mort de Soufflot, en 1780, et qui nous donnent le dernier mot de l'artiste créateur, comme lesgravuies de Charpentier nous en avaient donné le premier mot, — sept dessins de détails d'architecture du même monument. — Paignon-Dijonval possédait, dans son étonnante collection, « neuf dessins de Jacques-Germain Soufflot, plans, élévations et coupes de l'église de Sainte-Geneviève de Paris : à la plume, lavés d'encre ».
— Tous les peintres ou dessinateurs de monuments n'ont garde de ne se point exercer sur un si beau sujet, et M. Ch. Ephrussi nous signale, dans l'Albertine de Vienne, une jolie étude par Clerisseau de l'intérieur de la basilique; mais le morceau de beaucoup le plus intéressant pour nous qu'ait rencontré notre ami dans cette même collection de l'Albertine, c'est une admirable, tout à fait admirable vue extérieure de la façade de Sainte-Geneviève, avec grand nombre de personnages sur la place, dessin vraiment extraordinaire, signé C/i,-A'. Cochin,fi!s, Cochin le compagnon de voyage, le camarade intime de Soufflot. — Dans la collection de M. Dumcsnil se trouve une très fine et charmante aquarelle de Meunier, signée et datée de 1788, et représentant l'église Sainte- Geneviève à peu près terminée, bien que de nombreux blocs de pierre remplissent encore le premier plan de la place; vers le portail de l'église s'acheminent des processions suivies d'une immense multitude. — La seule collection de M. Bérard, si abondante en dessins d'ornements d'architecture de toute sorte, possède quatre dessins très importants relatifs à la même basilique. L'un, aquarellé, est une vue extérieure très achevée de l'édifice dans les dernières années de Louis XVI; un autre représente, d'une plume lavée d'encre de Chine et qui ressemble fort à celle de Dewailly, le même monument dans tout son aspect extérieur, et toujours vu du coin droit de la place. Près des pierres destinées aux derniers travaux se trouve, détail assez piquant, un petit personnage vêtu a l'antique. Le troisième, toujours fort habilement dessiné et lavé très adroi-
cette construction ; mais, avant la fin des travaux de nivellement, qui durèrent sept ans, Soufflot modifia ses idées, développa les lignes de la coupole, en suréleva le sommet, et donna plus de noblesse à l'ensemble général de l'édifice, La première pierre des piliers du dôme fut posée par le roi au mois de septembre 1764. De grandes fêtes furent données à cette occasion. L'enthousiasme était universel (1). Les travaux marchèrent avec rapidité, et la triple
tement d'aquarelle, est la vue intérieure de l'édifice gravée par Poulleau, avec sa mendiante accroupie dans le coin à gauche. Le quatrième ne présente avec le monument définitif que des rapports assex vagues, et je serais porté à y voir l'un des projets du concours dont Soufflot sortit vainqueur, sans y reconnaître la main ni la pensée de Soufflot lui-même. — A la vente Oudet (i8ô'">) a paru un dessin de Soufflot : « Projet pour la nouvelle église Sainte-Geneviève en i-jbb. • — Les dessins incontestables de Soufflot sont fort rares et, quant à moi, je n'en ai vu d'absolument certain que celui donne au Musée des arts décoratifs par M. Alph. W.-Thibaudeau. Il a fait partie de la récente exposition de dessins d'ornement organisée par ce musée (voir sa description dans le catalogue de cette exposition par M. Ch. Ephrussi, n» 363). II est daté de 1745, porte la dédicace de Pariisie • A Louis le Bien-Aimé » et représente un projet d'arc triomphal en l'honneur de la bataille de Fontcnoy. La plume en est fine et nette dans les détails d'architecture, moins libre et moins légère dans les figurines qui le décorent. M. Ch. Éphrussi a noté pour nous, toujours dans l'Albcrtine, un dessin de Soufflot représentant une belle cage d'escalier avec une révolution monumentale portée par des colonnes et une rampe à balustres, l'escalier donnant accès, au premier, à une porte qui se trouve dans une paroi circulaire à cinq arcades séparées par des pilastres qui encadrent des niches offrant des statues debout. L'arcade de gauche semble être en communication avec le dehors, car la lumière y entre, et devant se voient deux ligures habillées à l'antique et causant devant une rampe en ferronnerie; au milieu de l'escalier, une lanterne accrochée par une torsade au plafond. — Mais voilà que nos musées nationaux, qui ne possédaient rien de Soufflot, si ce n'est son portrait par Carie Vanloo à Versailles, et, dans les portefeuilles des dessins du Louvre, sa charge par Ghe«i, groupée avec celles de M. de Marigny, de Cochin et de l'abbé Le Blanc, ses compagnons de voyage d'Italie, — nos musées viennent d'être enrichis par l'un de ses descendants d'un autre très beau portrait de l'architecte de Sainte-Geneviève, par Louis-Michel Vanloo (17G7). Soufflot est vu à mi-corps, assis devant une table, la main appuyée sur un plan qui montre la façade extérieure de son monument. Et ce n'est pas tout : dans les coins inférieurs de ce précieux portrait offert au Louvre, se trouvent encastrés deux petits dessins ronds, attribués à Soufflot par sa propre famille et représentant une vue intérieure et une vue extérieure de la basilique; ils sont à la plume, d'une facture exquise, rappelant presque la manière de Gabriel de Saint-Aubin, ou plutôt encore un dessinateur de métier. — On connaît la gravure par Cars du portrait de Soufflot dessiné de profil par son ami Cochin. Ce joli dessin à la mine de plomb vient d'être rnclieté par M. Thibaudeau à la vente des autographes de M. Chambry, où il se trouvait joint a un dossier relatif aux dépenses de Sainte-Geneviève. — Je n'ai garde d'entrer ici dans aucun détail de la biographie de Soufflot. C'est une étude qui appartient de droits son arrière-neveu, M. Amédée Letévrc-Pontalis, l'ancien député, lequel s'occupe de grossir ses documents de famille de tous les matériaux qu'il peut rassembler.
(1) Dans les Mémoires de Bachaumont (t. Ier, p. 3i4), à la date du C septembre 1764, on lit : ■ Le Roi s'est rendu aujourd'hui à Saint ^-Geneviève, accompagné de M. le Dauphin et de plusieurs seigneurs de la cour. La cérémonie s'est faite sur les onze heures et demie. M. de Coste a présenté les médailles : MM. de Marigny, Soufflot et Gabriel
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coupole n'attendait plus que son couronnement, quand Soufflot mourut, en 1780. Les critiques violentes, les haines passionnées auxquelles ces travaux donnèrent lieu, et une certaine inquiétude sur la solidité des piliers, attristèrent
entouraient le Roi. Le père Bernard avait prépare" une ode relative à la fête; il l'a présentée au Roi, qui est allé voir la bibliothèque de Sainte-Geneviève, où il est resté trois quarts d'heure à se faire rendre compte des principaux ouvrages qu'elle renferme. » Et, plus tard, dans son Histoire de Paris (t. VU, p. 4i5), Dulaure écrivait: « L'église Sainte-Geneviève fut commencée en 1747 (57), et ce ne lut, après les travaux préparatoires, que le 6 septembre 1764 que Louis XV vint solennellement poser la prétendue première pierre de l'édifice, ou plutôt d'un des piliers du dôme. Pour donner au Roi et au public une idée de ce futur édifice, l'architecte fit élever une charpente recouverte de toile, sur laquelle le sieur de Machy peignit le portail. » — Chez M. Mercier, l'habile peintre restaurateur de tableaux, est resté longtemps déposé un très grand dessin large de i»,3o» haut deo-,62, appartenant à M. Hédé et signé sur la monture: Demachy, 1764. Les curieux se souviennent d'ailleurs de l'avoir vu à l'exposition de l'Union centrale, au Palais de l'Industrie, en 1876. Il est à la plume, lavé de bistre sur papier végétal ; les silhouettes des monuments ont été découpées et reportées sur une feuille plus grande et raccordées de ton a l'unisson, le tout mis à l'eflct comme une préparation de peinture. La fausse façade, badigeonnée par de Machy sur charpente, avec son inscription dédicatoirc, est vue de face; à gauche, au premier plan, une estrade chargée d'assistants; au second plan, l'église Saint-Etienne; à droite, au fond, les jardins de l'abbaye. Louis XV, le Dauphin et les courtisans sont groupés prés du faux portail, non loin des carrosses adossés aux degrés. Les tambours battent, les trompettes sonnent, en avant des gardes françaises. La foule encombre le premier plan. M. de Champeaux, qui nous a indiqué où nous pourrions revoir ce dessin, a bien voulu nous communiquer les différentes notes recueillies par lui dans les catalogues des Salons, sur les œuvres d'art relatives à notre monument; j'y vois qu'au Salon de 1763, de Machy, transformant sans doute en tableau le dessin ci-dessus, exposait une toile représentant la « cérémonie de la pose de la première pierre de l'église de Sainte-Geneviève par le Roi, le 6 septembre 1764 ». — Et ce n'était pas seulement à cette heure que de Machy se trouvait mêlé par Soufflot aux intérêts du monument en construction; car, dès le Salon de 1761, on voit exposé par lui un • intérieur de la nouvelle église de Sainte-Geneviève, d'après les projets de M. Soufflot, toile de 5 pieds de haut sur 4 de large, appartenant au cabinet de M. de La Live de Jully ». « L'eflct piquant de lumière et le beau faire de ce tableau, disait en 1770 le catalogue de la collection de La Live de Jully, font connaître les grands talents du sieur Machy; Deshays en a peint les figures. » — Le 6 août 1764, M. de Marîgny écrivait de Compiègne à Soufflot : • Demain je dois avoir l'honneur de travailler avec le Roy. Je vous envoirai mes ordres après avoir reçu ceux de Sa Majesté concernant le jour de la pose de la première pierre. Suivant ce que j'ay compris en causant de costé et d'autre, cecy est plus acte de bonté du Roy que acte de représentation et d'apparat. » — On rencontre une singulière trace de la cérémonie royale dans le Journal manuscrit de. Papillon de la Ferté, l'intendant des Menus-Plaisirs : « Le Roi devant poser la première pierre de l'église de Sainte-Geneviève à Paris, j'ai fait des recherches pour savoir si les Menus fournissaient la truelle pour le Roi; m.tis nous avons trouvé que, lors de la pose de la première pierre de l'cglisc de Saint-Louis à Versailles, c'était M. Orri, contrôleur général et en même temps directeur général des bâtiments, qui avait fait faire toutes les choses nécessaires pour cette cérémonie et les avait présentées, conjointement avec M. Mansard, premier architecte du Roi, auquel Sa Majesté en avait ensuite fait présent; ainsi cela ne nous regarde en rien. » — P. Chenu a gravé, d'après le dessin de Gabriel de Saint-Aubin, une petite pièce ovale, représentant \npose de la première pierre de la
ce puissant génie et hâtèrent sa fin prématurée. Ce fut Brébion, architecte du roi, qui fut chargé de continuer l'œuvre d'après les plans de Soufflot. Ses amis et collaborateurs, Viel de Saint-Maux, Peyre et Rondelet, achevèrent Icstra-
nouvelle église de Sainte-Geneviève. « Le Roy, après nvoir arrêté le plan de celte nouvelle église, en posa la première pierre le 6 septembre 1764, accompagné de plusieurs seigneurs de la cour. Cette cérémonie a attire un concours prodigieux de personnes de toute qualité ; les acclamations réitérées de Vive le roy l se sont tait entendre de toute part, lors de l'arrivée et du départ de Sa Majesté. Tel est l'objet qu'on a voulu dépeindre dans ce médaillon. » On voit, dans cette curieuse petite image, une procession du clergé de Paris se dirigeant vers l'entrée de l'édifice, dont le porche et le fronton sont figurés comme nous l'avons dit. A la suite du clergé et près de l'archevêque vient le roi, suivi des officiers de sa cour et le livre de prières à la main. Un cordon de gardes françaises maintient dans toute la largeur de la place la foule des assistants. — Autre pièce relative à cette mémorable cérémonie : B.-L. Prévost a gravé, en une fine petite estampe, les deux faces de la médaille qui fut frappée à l'occasion de la pose de la première pierre, et dont parle plus haut Bachaumont. La face donne naturellement le profil du roi, Ludovicus XV; le revers montre l'un des projets, non encore bien arrêtés, du monument, avec l'exergue: Pietas Augusta — novi S'* Genovefa templi pnmum lapident posuit, anno MUCCLXIV. — Roettiers filius fecit. — Quant à l'Ode relative à la fêle, et dont parlent aussi les Mémoires, ce n'était pas la première fois que le P. Bernard, chanoine régulier de Sainte-Geneviève, prieur de Nantcrre, poétisait sur ce mo: nument ; nous allons citer quelques strophes d'un premier chant composé en 1755, puis quelques autres inspirées par la solennité de 1764 :
« I A «ECONSTR UCTIO N DE l/ÉCLISE DE S A l H T E-G E N E V I t V C
Ode présentée an Uni, le 2 juillet i?55.
France, tu l'éprouvas, lorsque pâle et tremblante I.e danger de ton Roi te fit frémir d'horreur : Geneviève attendrie a vu notre épouvante, Et de nos tristes vœux la lugubre ferveur; Autour de ses autels, tout Paris en alarme»
Sembloit une famille en larmes, Qui, prête a perdre un pire, exhale sa douleur... ... Hâtez doue le travail; que le Temple s'achève,
El des cendres de Geneviève Que l'Enfer en courroux atteste le pouvoir... ... Que de cantique» saint* vos voûtes retentissent;
Qu'a jamais vos concerts unissent Clovis avec Louis, Clotildc et Lcczinski.
Et dans l'autre Ode au roi ;
A LOUIS QUINZE, LE B I E N - A, I M f , POSANT LA PREMIÈRE P I E « » K DE LA NOUVELLE ÉULISE D F. SAINTE-GENEVIEVE, LE 6 SEPTEMBRE 1 7 <) 4
Quels cris frappent les airs ? et quelle pompe auguste
S'offre a mes regards en ce jour ?
O reine des cités, ton allégresse est juste, Tu reçois dans tes murs l'objet de ton amour... Spectacle attendrissant! tandis que d'un saint zde
Pour son Roi Paris pénétré, Par les mains de l'Amour, de l'art de Praxitèle Elève a sa mémoire un chef-d'œuvre admiré,
Du Dieu dont il tient la puissance, , Jaloux de maintenir le culte solennel, I.c prince par les mains de la Reconnaissance
Consacre un temple à l'Eternel.
C'est peu que des talents protecteur magnanime
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vaux de détail, les bas-reliefs, les contreforts, les colonnades, et consolidèrent la coupole un instant compromise, au milieu des plus anxieuses préoccupa-
Pour eu* proJiguc de ses «Ion*, Aidé de Marigny, comme Auguste, il anime Des Vairons de no* jours les immortels crayons,
Vers le temple il marche en personne Et, pour en mieux fixer la splendeur à jamais, Il prJte un bras orné des palmes de Fkllone
Et de l'olive de la Paix...
Vainement on t'outrage, 6 Religion sainte!
En vain conjure contre toi L'incrédule bravant le ri mords et la crainte Veut briser tes autels, anéantir ta loi ; ,
Le Tout-Puissant qui te protège I.es laisse s'épuiser en efforts superilus : De son souille il détruit leur troupe sacrilège,
Ils éclatent... et ne sont plus...
(Lu et approuvé, 12 juillet t-f>(.)
Vingt ans durant, la cour et la ville n'ont jamais cesse" de s'intéresser au monument de Soufflot, et, dans les Mémoires secrets pour serrir à l'histoire de la République des lettres, on lit, à la date du 29 octobre 1785 : « L'un des deux côtes intérieurs de l'église de Sainte-Geneviève est entièrement terminé ; il est débarrassé aujourd'hui de tous les échafauds et l'on y entre. L'exécution de ce bel édifice, son ordonnance majestueuse, l'élégance de «es colonnes, la richesse des sculptures, attirent le concours des amateurs et les applaudissements des spectateurs les plus grossiers. On travaille actuellement au dôme; voilà le moment intéressant de la solution du problème élevé par le sieur Patte. Comme il y a des fonds affectés chaque année pour cet objet, on espère toujours que dans sept ou huit ans ce monument sera terminé. » — L'achèvement de l'édifice nouveau était d'autant plus impatiemment attendu que la dévotion à sainte Geneviève avait moins que jamais cessé de faire partie du cérémonial de cour, et que la piété des Pari* siens pour leur patronne semblait de plus en plus fervente et même jalouse. A la date du 26 mai 1785, vous trouverez ceci dans les Mémoires secrets : « La Reine est venue avant-hier en grand cortège et avec toute la pompe de la majesté royale; car le Roi lui avait accorde que les deux répiments des gardes françaises et des gardes suisses formassent la haie depuis la porte de la Conférence, où elle a pris ses carrosses, jusqu'à Notre- Dame et Sainte-Geneviève ; elle a d'abord remercié Dieu de la naissance du duc de Normandie et, par une dévotion particulière à la Patronne de Paris, s'est réunie aux prières publiques pour demander à Dieu la fin de la sécheresse; elle est revenue dîner au château des Tuileries. » — Et le 1" juin on ajoutait : « Après avoir été à Notre-Dame, ce qui est d'étiquette, la Reine ne s'est rendue à Sainte-Geneviève que pour satisfaire à l'usage, et d'ailleurs à cause des circonstances où l'on invoquait déjà la sainte. Sa Majesté, déjà fatiguée, a donc cru inutile de mettre à cette invocation le même cérémonial qu'à Notre-Dame, et pour abréger a prié ses dames de ne point descendre. Le peuple, toujours attaché aux apparences, et plus confiant en sainte Geneviève qu'en la mère de Dieu, a trouvé mauvais qu'on traitât la patronne de Paris plus lestement que la Vierge; ce qui n'a pas contribué pour peu ù le rendre morne durant le reste de la marche de Sa Majesté. » - Ce n'était point d'ailleurs la première visite de ce genre que fit la Reine aux deux églises métropolitaines de Paris, et nos lecteurs peuvent se rappeler un dessin capital de la collection de MM. de Goncourt exposé en 1879 à l'École des Beaux-Arts lors de la curieuse exhibition des dessins des maîtres anciens, et représentant « la Reine Marie-Antoinette allant, le 21 janvier 1782, rendre grâces à Notre-Dame et à Sainte-Geneviève pour la naissance du Dauphin et passant sur la place Louis XV dans un canosse attelé de huit chevaux blancs et suivi décent gardes du Roi. »
tions (i). La forme générale du plan de la basilique est une croix grecque, composée de quatre nefs, d'une longueur de h° pieds y compris le péristyle, sur 260 de largeur. La réunion des lignes de la croix aux quatre piliers rectangulaires soutient un dôme central de 6? pieds de diamètre sur 70 d'élévation. Sa façade, élevée de 1 1 marches, présente 6 colonnes cannelées sur une seule ligne, de 58 pieds de hauteur. Un vaste perron conduit au portail, couronné par un fronton qui fut exécuté par Coustou... »
Je n'ai mot à dire ici de l'architecture de la basilique de Soufflot, du vrai et audacieux génie d'artiste qu'il y développa, de la finesse et de l'élégance de ses profils, de la coupe merveilleuse de ses pierres. J. Rondelet, qui acheva le monument par l'exécution de la double colonnade et le couronnement de la triple coupole, et qui déclare lui-même avoir été « particulièrement chargé du
(1) Voir les Doutes raisonnables d'un marguiltier de la paroisse de Saint-Etienne-du- Mont sur le problème de la construction de la coupole de t 'église de Sainte-Geneviève (Amsterdam et Paris, 1770); — Mémoire sur l'application des principes de la mèchanique à la construction des voûtes et des dômes, i propos de la coupole de l'église de Sainte-Geneviève, par Gauthey (Dijon, 1771); — Mémoire contenant des observations sur la disposition de la nouvelle église de Sainte-Geneviève (La Haye, 1775). — Puis, plus tard, lors de la transformation de l'église en Panthéon, viennent : le Rapport fait à L'Assemblée nationale sur l'achèvement du Panthéon français, par A.-D. Laffon (Paris, 1791); — les Idées d'un citoyen français (Vaudoyer) sur le lieu destiné à la sépulture des hommes illustres de la France {Pans, 1 791 ); à propos des honneurs funèbres rendus à Mirabeau, l'auteur propose d'adopter les Champs-Elysées, au lieu du Panthéon, pour la sépulture des grands hommes; — puis, autre série : le Mémoire historique sur le dôme du Panthéon français, par J. Rondelet (Paris, an V), que nous aurons occasion de citer très longuement; — Projet du Point central des arts et métiers pour la restauration du dôme du Panthéon (Paris, an V. Le Point central était une société philotcchnique séante au Louvre.) — E. La Barre, architecte, Mémoire et projet sur la restauration du Panthéon français (an VI): — De Wailly, Vues sur le Panthéon et m<yyen de remédier aux effrayantes dégradations qui s'y manifestent; — Pctit-Radel, Projet pour la restauration du Panthéon français (an VII); — A.-J.-B. Gisors, Essais sur les moyens d'opérer la restauration des supports de la tour du dôme du Panthéon (an VII) ; — Patte, Analyse raisonnée sur la construction du dôme du Panthéon (an IX); — du même avait déjà paru dans les Annales politiques une Lettre sur la faiblesse des piliers destinés à soutenir la coupole de la nouvelle église de Sai tte-Geneviive ; — enfin, de P. Giraud, Moyen prompt, économique et sûr de réparer à pe'pétuelle demeure les fillers, etc., du dôme du Panthéon. — Ces inquiétudes, jamais calmées durant trente ans, sur la solidité des piliers du dôme, concordant avec les projets de décoration du Panthéon d'après sa destination nouvelle, font passer par les Salons quantité de dessins curieux Déjà, au Salon de 1793, Balzac exposait « l'Intérieur du Panthéon français a; — en 1798, Brongniart expose une « Vue perspective de l'intérieur du Panthéon français, avec obélisques et tables d'inscriptions pour renforcer les quatre piliers du dôme, sans nuire à la décoration du monument >; c'est, à coup sûr, le même projet que l'on trouve gravé dans deux planches à la suite du Mémoire de Rondelet; — de Gisors, au Salon de 1800, expose un « Projet de restauration des supports de la tour du dôme du Panthéon français »; - M. le vicomte De la borde m'a signalé de de Wailly un autre dessin bizarre où la pyramide égyptienne est appliquée au renforcement de l'édifice, dont elle enveloppe toute la base.
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mécanisme de sa construction, depuis 1770 jusqu'à la fin du mois de floréal de l'an II* de l'ère républicaine», nous a laissé un Mémoire historique sur le dôme du Panthéon français, qui est toute l'analyse de l'œuvre admirable de Soufflot, la plus majestueuse et la plus pure des conceptions de la Renaissance architecturale au xvme siècle. La seconde des quatre parties du Mémoire contient « le détail historique et raisonné de la construction » ; la première « contient la description du monument ». Nous devrions transcrire ici textuellement cette première partie du Mémoire; elle donne, mêlés ensemble, les deux systèmes de décoration d'art, celui de Soufflot et celui imaginé et conduit par Quatremère de Quincy. Toutefois, pour plus de clarté et mieux faire comprendre la pensée de chaque période, de la décoration religieuse et puis de la décoration républicaine, nous allons d'abord fixer, d'après Rondelet et l'abbé Ouin-Lacroix, la nomenclature des commandes de Soufflot aux sculpteurs de son temps. — Le même Rondelet, ou plutôt Quatremère de Quincy, viendra ensuite nous expliquer, dans le bizarre jargon de son temps, les nouveaux sujets imposés par la métamorphose révolutionnaire.
Lorsque en 1876, fut portée à la tribune de la Chambre des députés cette question de la décoration intérieure de Sainte-Geneviève, le ministre M. Waddington et moi étions prévenus que certains membres du Parlement se proposaient d'objecter à l'entreprise des peintures et sculptures commandées et en cours d'exécution, qu'il n'était point entré dans la pensée de Soufflot de mêler les travaux des peintres et des sculpteurs à la décoration purement ornementale de son œuvre; en un mot, que c'était chez lui parti pris de conserver à son monument, comme l'une des conditions essentielles de sa beauté, la douce et pâle nudité à laquelle les yeux s'étaient habitués depuis plus d'un demisiècle. Mais j'avais apporté à Versailles et je tenais à la disposition du ministre l'estampe gravée par Poulleau. en 1775, et un dessin en hauteur de Soufflot, point de départ un peu modifié de cette même estampe, lesquels, dessin et estampe, coupaient court au rêve de nos adversaires, car ils établissaient nettement que l'artiste, se conformant, par un sentiment très juste et tout naturel, aux traditions de son temps et à la destination de l'édifice, avait chargé de sculptures et de peintures ses coupoles intérieures et les autels à la romaine, qu'il appuyait aux gros piliers du dôme (1); et par delà le groupe des quatre
(1) « L'édifice du Panthéon, dit le citoyen Brongniart, architecte, dans une explication qui termine le Mémoire de Rondelet, était primitivement destiné à usage d'église patronale sous l'invocation de sainte Geneviève. Dans ce temps, suivant les plans et dessins gravés de J.-G. Soufflot, il devait y avoir, autour des quatre piliers du dOrne,
Vertus de Germain Pilon, qui supportaient la chasse de la sainte au milieu de la basilique, sous le dôme central, il faisait rayonner au fond de l'église une Gloire colossale toute peuplée d'anges et de séraphins. Quant à peindre les murailles latérales, il ne pouvait en être question, car l'on sait que dans l'œuvre de Soufflot ces murailles latérales étaient percées de quarante deux grandes fenêtres qui inondaient le monument de lumière. On connaît d'ailleurs, par le Mémoire de Rondelet, les noms des artistes chargés d'exécuter les sculptures de la façade : à Coustou fut commandé le tympan fronton représentant une croix rayonnant au milieu de nuages et d'anges adorateurs; — à Bovet. le grand bas-relief dominant la porte centrale et représentant sainte Geneviève qui distribue du pain aux pauvres dans un temps de famine; — à Julien, le basrelief de l'arrière-corps à droite, sainte Geneviève guérissant les yeux de sa mère; — à Dupré, celui de l'arrière-corps à gauche, sainte Geneviève recevant une médaille des mains de saint Germain; — Houdon et Boizot devaient exécuter les deux bas-reliefs des deux porches inférieurs, saint Pierre recevant les clefs du ciel, saint Paul prêchant devant l'aréopage d'Athènes; c'était un rappel de la consécration primitive du sanctuaire de Sainte-Geneviève. << Afin de donner plus d'unité et plus d'intérêt aux sculptures des quatre nefs, dit l'abbé Ouin-Lacroix, Soufflot consacra chacune d'elles à un objet particulier. L'Ancien Testament devait dérouler ses magnifiques pages dans la nef d'entrée : déjà Moïse, Aaron, Josué, David y avaient été exécutés par les artistes Julien, Dupré, Bovet. L'Église grecque rayonnait de toutes ses gloires dans la nef septentrionale : quatre de ses plus fameux docteurs, saint Athanasc, saint Basile, saint Jean Chrysostome, saint Grégoire de Nazianze étaient sculptés par Julien et Dejoux. Les petits bas-reliefs des ovales représentaient différents traits de leur vie. Le labarum de Constantin flottait au centre de la voûte. La nef méridio" nale était réservée aux docteurs et aux principaux faits de l'Église latine. Les modèles, déjà coulés en plâtre, demeurèrent inexécutés, ainsi que les basreliefs de la nef du sanctuaire. >» — Il va toujours sans dire qu'à la voûte de la coupole supérieure, « devait être peinte une apothéose dans un ciel lumineux. »
Vient, en avril 1791, la fameuse proposition de Pastoret, soutenue par Robespierre et Barnave, et la transformation de l'église à peine achevée de
des autels suivant le rite catholique, surmontés de décorations analogues à ce culte. » I-e Campion fils a grave' en couleur une petite estampe de forme ronde, d'après le dessin de Sergent, et qui serait curieuse à reproduire : c'est une vue de face de l'intérieur du monument, et qui montre bien toute ta richesse et l'animation du décor rêvé par Soufflot et ses contemporains. Elle a pour titre : « Vue de la nouvelle église de Sainte-Geneviève de Paris. A Paris, chez les Campions frères, rue Saint-Jacques, à la ville de Rouen, avec privil. du roi. . — Une autre vue, publiée dans le même temps en Angleterre et qui se coloriait à la main, indique plus que de raison des peintures dans les coupoles et le long des piliers de l'édifice.
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Sainte-Geneviève en Panthéon français (i). « La destination donnée à cet édifice par le décret de l'Assemblée constituante du 4 avril 1791, dit Rondelet, ayant exigé de changer tous les bas-reliefs et les attributs dont il était décoré comme église de Sainte-Geneviève, on a été obligé de supprimer celui de feu Coustou (2), qui était dans le tympan du fronton. Gelui que l'on y voit actuellement est de Moitié. Get artiste a développé dans sa composition l'idée de l'inscription placée dans la frise : Aux grands hommes la Patrie reconnaissante.
« La description de ce bas relief, ainsi que celle de tous ceux qui ont été refaits, est prise d'un rapport ()) fait, le 2 du second mois de l'an II, par le citoyen Quatremère-Quincy, au directoire du département, dont il était le commissaire pour la direction et administration des travaux du Panthéon français. C'est en cette qualité qu'il a dirigé tous les changements, suppressions et embellissements que l'on y a faits jusqu'en germinal de l'an II. C'est aussi la Patrie qui parait, dans ce bas-relief, comme la divinité principale du temple. Des symboles caractéristiques de la France l'accompagnent. Un autel chargé de festons et de signes rémunératifs est à côté d'elle. Elle y a pris les couronnes de chène qu'elle tient et que ses deux bras étendus présentent à l'ému-
(1) L'introduction, si juste d'ailleurs et si naturelle, des restes de l'illustre architecte de l'église de Sainte-Geneviève dans les caveaux du monument construit par lui, avait créé dès 1780 un précédent qui ne fut pas étranger, sans doute, à la pensée acclamée, dix ans plus tard, de consacrer l'édifice entier à recevoir les restes des grands hommes. Quatre ans après la mort de Soufflot, une autre inhumation singulière, dans les mêmes caveaux, était bien faite pour entretenir, dans l'esprit du peuple de Paris et peut-être des législateurs eux-mêmes, la prédisposition à l'adoption de cette idée. Voici ce qu'on lit dans les Mémoires secrets de Bachaumont, à la date du 9 juillet 1784 :
« Il est beaucoup question de l'enterrement du sieur Bougault, charpentier employé en chef par M. Soufflot, aux travaux de l'église de Sainte-Geneviève. Il a demandé par son testament à être enterré dans cette basilique, a côté de son maître, et, en conséquence, a légué deux mille écus pour sa place. Par le même testament, il a ordonné un cortège et des funérailles proportionnés à cet honneur. Ce testament étoit si bizarre et si frayeux en cette partie, que les héritiers en ont contesté les dispositions, et qu'il a fallu que le lieutenant civil ordonnât de passer outre. En conséquence, l'enterrement a eu lieu ces jours-ci; le corps a d'abord été présenté à Saint-Sulpice, sa paroisse, et transporté ensuite, dans un corbillard, à Sainte-Geneviève. C'étoit un vrai spectacle, par la singularité de cet artisan enterré avec tout l'appareil d'un grand seigneur. »
(i) On connaît et l'on peut juger suffisamment la composition du fronton de Coustou par la gravure exécutée par Poullcau, d'après le dessin de Lequeu, et que Dnmont, professeur d'architecture, dédiait, en 1781, aux mdnes de J. -G. Soufflot. Dans cette vue, très fine et très précise, de l'église Sainte-Geneviève, on reconnaît bien distinctement le sujet du sculpteur, « la croix rayonnante, avec des nuées et des anges adorateurs. »
(3) lin voici le titre exact: « Rapport fait au Directoire du Département de Paris, sur les travaux entrepris, continués ou achevés au Panthéon français depuis le dernier compte, rendu le 17 novembre 1792, et sur l'état actuel du monument, le deuxième jour du second mois de l'an H* de la République française, une et indivisible; par Antoine Quatrcmèrc, commissaire du Département, a la direction et administration du Panthéon Français. — Imprimé par ordre du Directoire. »
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lation publique. L'une d'elles vient se poser sur la tète de la Vertu. A son air timide, à son maintien modeste, l'artiste a voulu faire entendre que la véritable vertu se contente de mériter les récompenses; qu elle ne sait ni les solliciter ni les fuir, mais que la Patrie saura toujours la trouver et la prévenir. Un carac tère tout différent brille et se développe dans la ligure opposée; c'est le Génie, personnifié sous la figure d'un beau jeune homme ailé ; une massue, symbole de la force qui dompte tous les obstacles, est dans sa main gauche. Il ne faut que lui montrer la récompense; aussi sa main droite saisit la couronne que tient la Patrie. Son air, son attitude et toute l'expression de la figure, annoncent la hardiesse, et ce désir de gloire, et cette ambition des récompenses, qui sont l'aliment du génie. Comme la Vertu attend la couronne, le Génie l'arrache : tels sont les principaux traits qui différencient ces deux figures. Mais ce qui forme leur cortège, ou ce qui vient à leur suite, en prononce encore mieux le caractère. Derrière la Vertu plane en l'air le génie de la Liberté; il tient d'une main le palladium de la France; l'autre saisit par leurs crinières et conduit, comme en triomphe, deux lions attelés à un char rempli des principaux attributs des Vertus. Ce char a terrassé le Despotisme; on le reconnaît à une figure renversée sur des ruines, à ses regrets et au poignard qui lui reste, et qu'il va tourner contre lui-même. Le triomphe du Génie est d'un autre genre. Ses vraies conquêtes sont sur l'Erreur; c'est à ce prix qu'il aura dorénavant accès dans le temple de la Patrie. Tel est le sens du groupe qui termine la partie gauche du fronton : on y voit le génie de la Philosophie, armé du flambeau de la Vérité, qui combat l'Erreur et le Préjugé. L'artiste les a représentés sous la forme du griffon, animal chimérique qui, dans le langage de l'allégorie, est devenu le symbole de l'Erreur; l'un d'eux recule à la lueur du flambeau qui détruit les prestiges, l'autre expire sous les pieds du Génie; le char auquel ils étaient attelés offre, renversés et culbutés, tous les emblèmes des diverses superstitions. Le liluus. les tables hiéroglyphiques, les instruments des mystères, le trépied sacré, tous ces signes qui ont si longtemps abusé l'imagination en trompant les sens, rendent, dans leur chute, hommage au génie de la Raison, et occupent la partie la plus rampante du fronton. »>
Cette description du fronton de Moitte par celui qui en avait fourni le programme, donnera au lecteur une juste idée de ces niaises ingéniosités allégoriques qui furent l'esprit de l'art démocratique, et qui avaient substitué leur ridicule théologie aux nobles et mâles sujets religieux dont s'étaient nourris les plus illustres artistes depuis ja Renaissance. Un homme que nous avons aimé, M. J. Renouvier, a écrit un livre curieux sur cette esthétique révolutionnaire qui inspira pour une part le génie de Prud'hon. Ces rébus et ces logognphes de l'allégorie sont la ressource naturelle des époques qui se refusent a l'expression de la foi ou ne savent se contenter de la réalité de l'histoire. Pauvre
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ressource, banal et fastidieux exercice que le grand Rubens doit se reprocher d'avoir trop encouragé; mais la mode des emblèmes faisait fureur en son temps, et lui, du moins, n'y cherchait pas autrement finesse, il n'y voyait qu'un prétexte à l'exhibition de ses chairs luxuriantes ; tandis qu'appliquées par des artistes ordinaires, même d'une certaine valeur, à la décoration toujours subtile, c'est-à-dire fatigante pour l'esprit, de vastes superficies, les allégories n'inspireront jamais à un peintre le motif d'une impression profonde, d'une sincère exaltation soit religieuse, soit patriotique, ne procureront jamais au spectateur que le comble de la fadeur, de l'agacement et de l'ennui.
Le fronton de Moitte est reproduit d'une manière très nette et très reconnaissable dans V Apothéose de J.-J. Rousseau, sa translation au Panthéon, le 1 1 octobre 1794, ou 20 vendémiaire an ///• de la République, (Girardet, inv. et del. — Girardet, aqua forli. — Berlhault, sculp. — Le curieux et très fin dessin de Girardet qui, dans ces derniers temps, appartenait à M. Ph. de Saint- Albin, vient d'être légué par lui à notre ami M. Fréd. Buon. — Le fronton de 1791 est indiqué dans la vue perspective du Panthéon, gravée par Liénard, d'après Duverdy ; — mieux encore dans la gravure à la manière noire de Chapuy, d'après le dessin de Garbizra (1), exécuté sous l'Empire; — dans une grande lithographie de Chapuy, éditée sous l'Empire à un moment où la basilique est déjà rendue au culte. On retrouve de V ancien fronton du Panthéon, par Moitte, une reproduction gravée par Laderer, dans le Journal des Artistes (i8jo, n° 11, II* volume). Mais avant cela, Baltard en avait exécuté une vaste lithographie en trois pièces, d'après les modèles en plâtre déposés à l'Ile des Cygnes, et c'est cette lithographie, à nous communiquée par M. Gatteaux, qui a été reproduite, par fragments, dans la Galette des beaux-arts, à l'appui de nos recherches. Quant au dessin du sculpteur, il appartenait à son élève, M. Gatteaux, et a péri dans l'incendie de sa maison de la rue de Lille, allumé par la Commune.
Nous reprenons la description par Rondelet, c'est-à-dire par Quatremère, des bas-reliefs et statues commandés pour le Panthéon français : « Le grand bas-relief placé au-dessus de la porte (sous le porche) remplace celui de Bovet. « Exécuté par Boichot, il a pour sujet les Droits de l'homme, que cet artiste a » représentés par la Nature sous l'emblème d'une femme moitié nue et moitié « vêtue, pour exprimer que l'homme ne la connaîtra jamais tout entière. Cette « figure, qui occupe le milieu du bas-relief, tient une corne d'abondance, « symbole de la production ; celui de la destruction est représenté par un Yau-
(1) Ce dessin de Garbizra est vraiment bien curieux, en ce qu'il nous montre, sous l'Empire, non seulement le fronton de Moitte, mais aussi le péristyle avec ses basreliefs, et les groupes de la colonnade, tels qu'ils sont indiqués par Quatremère et Rondelet.
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« tour qui est à ses pieds. Son autre main s'appuie sur la table des Droits de ■ l'homme, qu'elle présente à la France étonnée. La Nature amène à sa suite « ses deux compagnes, l'Égalité et la Liberté. La Renommée se voit en l'air; • elle annonce à tous les peuples le réveil de la France et le règne de la « Liberté (i). — Le bas-relief qui est dans l'arrière-corps, à droite de la porte, « en remplace un de Julien... Le sujet de ce nouveau bas-relief est : Y Empire de « la loi. On y voit la Patrie, le sceptre en main, qui apprend au peuple que les « lois qu'elle lui présente sont l'expression de la volonté générale. A ce signal, u un vieillard se prosterne et jure d'y obéir; un jeune guerrier s'avance et jure « de la défendre. Ce bas-relief est de Fortin. »» Au-dessous on lit, dans un « cadreallongé. comme épigraphe : Obéir à la loi, c'est régner avec elle. — « Dans « l'arrière-corps, à gauche de la porte, était un bas-relief de Dupré... Celui « qui le remplace représente la Nouvelle Jurisprudence. « La Patrie, assise i « côté du temple des Lois, montre à l'Innocence la statue de la Justice et la « salutaire institution du jury. L'Innocence embrasse avec empressement cette « statue tutélaire. Deux figures, savoir, la Jurisprudence civile et criminelle, « sont debout et semblent jouir du plaisir qu'elles auront i n'être plus que les « défenseurs des innocents. » Cet ouvrage est de Roland. L'épigraphe qui se lit dans le cadre au-dessous est : Sous le règne des lois, l'Innocence est tranquille. — « Dans chacun de ces arrière-corps on a placé, au-dessous du basrelief, une figure colossale élevée sur un piédestal peint en granit ; ce ne sont que des modèles en plâtre, qui pourront être exécutés, dans la suite, en matière plus durable. La figure à gauche représente la Loi dans l'acte du commandement; elle a t j pieds de proportion, et elle est aussi de Roland. Celle à droite est de même proportion; elle représente la Force sous l'emblème d'Hercule; cette figure est de Boichot (2). — Les deux parties du porche des extrémités formaient péristyles au-devant des deux portes latérales, qui ont été bouchées. Le mur du fond est décoré, par le haut, d'un bas-relief de même grandeur que ceux qui sont de chaque côté de la porte principale, et, par le bas, d'un groupe de figures placé sur un piédestal de même forme que ceux qui portent les
(1) On trouve dans le volume du Panthéon, au Cabinet des Estampes, un dessin attribué à Moittc, qui oflrc, avec U composition de Boichot, une analogie bien singulière (il n'est certainement pas de Boichot, dont la manière et les types sont connus) : c'est une allégorie, à la plume et à l'encre, au verso de laquelle on lit, d'une écriture du temps: • Moittc inv», fecit 1 ; — Droits de l'homme et du citoyen ; — pour le Panthéon ï. A droite, assise sur une pierre, la Cite, ou plutôt la Patrie, coiffée de la couronne murale, lit avec admiration la table des Droits de l'homme que lui présente U Nature debout, appuyée sur une statue d'Isis. Au-dessus de la Nature vole une Renommée; à gauche de la Nature, les deux figures debout de la Justice et de la Liberté.
(2) M. Gattcaux, qui se souvenait d'avoir vu en place les figures colossales du porche du Panthéon, m'a dit que, de toutes ces figures, celle de Boichot était particulièrement remarquable.
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figures du milieu. Dans le petit porche à droite, le bas-relief représente le Dévouement patriotique. « On y voit un guerrier mourant pour la défense de « la République. Le génie de la Gloire et celui de la Force le soutiennent « expirant. Sa main défaillante dépose sur l'autel de la Patrie l'épée qu'il « employa pour elle; et ses derniers regards sont encore pour la Patrie, qui «< s'avance vers lui en lui présentant la couronne du martyr civique. » Ce basrelief est de Chaudet (i) ; il remplace celui du citoyen Boichot, dans lequel il avait représenté saint Paul prêchant dans l'Aréopage. Dans le cadre allongé qui est au-dessous, on lit cette épigraphe : // est doux, il est glorieux de mourir pour la patrie. Le groupe qui est au-dessous est de Masson. Il a représenté, de môme, un guerrier mourant dans les bras de la Patrie. — Le bas-relief qu i décore le fond du petit porche, à gauche, a pour sujet Y Instruction publique. « La Patrie la présente aux pères et mères de famille. Des jeunes garçons et «« des jeunes filles vont au-devant d'elle, et de jeunes enfants l'embrassent «. comme leur mère. Lesueur, auteur de ce bas-relief, a voulu faire entendre « que l'instruction du bas âge est celle qui est la plus importante. » Ce basrelief remplace celui de Houdon, dans lequel on voyait saint Pierre recevant les clefs de Jésus-Christ. Voici l'épigraphe qui est dans le cadre au-dessous : L'instruction est le besoin de tous ; la société la doit également à tous ses membres.
— Le groupe qui est au-dessous, fait par Chaudet, représente la Philosophie instruisant un jeune homme et lui montrant le chemin de la gloire et de la vertu.
— On a placé provisoirement, sous chacune des arcades de la nef d'entrée, à l'intérieur du temple, une figure colossale, élevée sur un grand socle. Celle dans l'arcade a gauche, faite par Lorta, représente la Liberté avec ses attributs. La figure sous l'arcade à droite est de Lucas; elle représente l'Égalité. Ces deux figures, qui sont assises, sont des modèles en plâtre. L'exécution, en pierre ou en marbre, de ces modèles devait être placée aux deux extrémités du porche, au-devant des colonnes qui forment arrière-corps. »
A propos de ces six groupes et figures qui devaient décorer le péristyle du Panthéon , il est intéressant d'intercaler ici quelques lignes du Rapport de Quatremère fournissant un détail curieux pour l'histoire de l'administration des arts à cette époque singulière : « En 1791, l'Assemblée constituante avait décrété une somme de 100,000 livres, applicable à des travaux d'émulation qui devaient devenir le prix des artistes vainqueurs à l'exposition publique. Une partie de cette somme fut répartie en modèles de sculpture, dont le sujet était
(1) Il est curieux de noter ici que les deux bas-reliefs, le Dévouement patriotique de Chaudet et l'Instruction publique de Le Sueur, dont il est question ci-après, se sont conservés jusqu'à nous et ont repris leur place aux deux extrémités de la façade, où ils continuent, à droite et à gauche, les trois bas-reliefs de Nanteuil, commandes sous Louis- Philippe, pour décorer, en manière de frise, la partie centrale du portique.
au choix des statuaires. Ces figures pouvaient ne devenir que des objets d'étude, inhabiles à toute destination publique. J'ai engagé ceux qui en étaient chargés à faire tourner leur talent et leurs efforts au profit de la décoration du Panthéon, en choisissant des sujets correspondant aux motifs du péristyle. Ces artistes ont saisi avec zèle l'occasion de donner à leurs modèles une place si intéressante, et se sont concertés avec moi sur le choix du sujet et sur la proportion convenable. Le Directoire a approuvé, dans le temps, une mesure dans laquelle les artistes, le Panthéon et la chose publique trouvaient un avantage réciproque. Cinq des six figures qui vont embellir le péristyle sont déjà faites... »
Et après avoir décrit les œuvres ci-dessus, de Chaudet, de Roland, de Boichot, de Masson, de Lorta et de Lucas, Quatremère ajoutait, dans une note, à propos de la Liberté, de Lorta : « La figure de Lorta ne fait pas partie des travaux d'encouragement. Cet artiste a désiré faire un hommage presque gratuit de son talent au Panthéon. Le Directoire a accueilli son offre. »
Nous savons, par M. l'abbé Ouin- Lacroix, que la statue de la Liberté, haute de 14 pieds, exécutée par le sculpteur Lorta, était terminée le 25 thermidor de l'an II, comme l'atteste une note de Soufflot fils, lequel eut le titre d'architecte du Panthéon depuis germinal an IV jusqu'en floréal an IX. — « Au-dessus de ces arcades, reprend Rondelet, on a pratiqué deux tribunes, et une autre au-dessus de la face intérieure qui tient au porche. Sur cette dernière doit être placé un orgue. La voûte de cette première partie de la nef est une calotte ovale, soutenue par quatre pendentifs dans lesquels Bovet avait sculpté des concerts d'anges, avec des devises tirées des Psaumes. A la place de ces bas-reliefs on a substitué quatre autres sujets qui, sous les emblèmes différents de quatre animaux ailés, représentent l'apothéose de la Philosophie, de la Vertu, de la Science et du Génie... Soufflot, pour donner plus d'intérêt aux sculptures dont il voulait décorer les quatre nefs qui environnent le dôme, les avait consacrées chacune à un objet particulier. Il avait destiné la nef d'entrée à l'Ancien Testament; en conséquence, les figures jeprésentées dans les quatre pendentifs étaient celles de Moïse, Aaron, Josué et David qui furent exécutées par Julien, Dupré et Bovet. Dans les cadres ovales des plafonds des lunettes, on voyait des bas-reliefs dont les sujets étaient tirés de la vie de ces patriarches. Tous ces bas-reliefs ayant été supprimés, le citoyen Quatremère adopta l'idée de consacrer chaque nef à un objet particulier. Celui de la nef d'entrée présente les emblèmes de la Philosophie ; ainsi le sujet du premier pendentif, à droite en entrant, est l'Histoire. « Stouf, son auteur, la « représentée sous la figure d'une femme tranquille au milieu des éclats de la « foudre, écrivant sur les ailes du Temps les catastrophes et les révolutions « des empires. C'est ce qu'on lit sur une table que le Temps lui présente, et
LES DÉCORATIONS DU PANTHÉON
« encore mieux aux débris des sceptres et des couronnes que la muse de l'His- « toire foule aux pieds. » — Dans le pendentif à gauche, le sujet est h Science politique. « Il se compose de deux figures dont l'une est la Force, et l'autre la « Sagesse qui maintient le gouvernail et le faisceau de la République. » Cet ouvrage est d'Auger. — Le pendentif en face, du même côté, représente la Législation, par Dupasquier. « C'est la science des lois, inspirée par l'effigie « de Lycurgue, qui écrit son code et le présente à la République dont une « ruche est l'emblème. » — Le dernier i droite, du côté du dôme, a pour sujet « la Morale, représentée par une femme instruisant un jeune homme et « lui montrant cette sentence qui est la base de tout ordre social : Comme toi, « traite ton semblable. » Ce bas-relief est de Beauvallet. — La calotte soutenue par des pendentifs est décorée de cinq rangs de caissons carrés ornés de rosaces. Ces caissons se terminent à un cadre circulaire dans lequel on a laissé subsister les tables de la loi de Moïse gravées en caractères hébraïques. — L'auteur de ce temple avait destiné la nef septentrionale, c'est-à-dire à gauche en entrant, à recevoir les emblèmes de l'Église grecque; c'est pourquoi il avait placé dans les pendentifs les figures des quatre plus fameux docteurs de cette Église. Les artistes chargés de leur exécution furent Julien et Dejoux, ainsi que de celle des petits bas-reliefs dans les ovales des lunettes, qui représentaient différents traits de la vie de ces docteurs. Dans le milieu de la voûte en calotte, on avait sculpté le labarum de Constantin. Toutes ces sculptures ont été remplacées par des sujets analogues aux sciences, auxquelles cette nef est consacrée. — Dans le pendentif à droite en entrant par le dôme, Baccari a personnifié la Physique, sous l'emblème de « la Science représentée par la « figure d'une femme soulevant le voile qui cache la Nature. » — Le sujet du pendentif à gauche, exécuté par Lucas, « est l'Agriculture avec ses instruments - aratoires et ses productions, qui sont la vraie richesse des États. La Patrie « lui offre la couronne rémunératrice des travaux utiles. » — Dans le pendentif du fond, à droite, « Suzanne a personnifié la Géométrie sous la figure de « deux femmes dont l'une, qui est la Théorie, se reconnaît à la lampe, symbole » de l'étude. Elle dirige et conduit, dans ses opérations, une autre figure, qui « est la Géométrie pratique, occupée à tracer sur le globe la nouvelle division i. de la France en départements. » — Dans le dernier pendentif, situé à gauche, le sujet est Y Astronomie. « Longtemps avant que le nouveau calendrier fût « décrété, le motif en avait été tracé au Panthéon dans le bas-relief de « Delaitre. Cet artiste y a figuré l'Astronomie montrant à la Chronologie cette « nouvelle ère de la République française écrite sur un cippe. »
« La nef méridionale, ou à droite en entrant, étant parfaitement semblable à celle que nous venons de décrire, on se bornera à dire que les sujets de sculpture dont elle devait être ornée, étaient relatifs à l'Église latine ; mais il
ao SOUVENIRS D'UN DIRECTEUR DES BEAUX-ARTS.
n'y a eu que les modèles de faits. Dans la nouvelle destination, cette nef est consacrée aux Arts. — Le bas-relief, dans le premier pendentif à gauche en entrant par le dôme, est de Chardin : « L'on y voit le Génie de la Poésie et « celui de l'Éloquence qui ombragent de lauriers le portrait d'Homère, le « premier des poètes, et de Cicéron, un des plus grands orateurs. » — Dans « le pendentif à droite, on a représenté la Navigation et le Commerce; l'une m est assise sur une proue de vaisseau et appuyée sur la boussole ; l'autre, « sous la figure de Mercure, tient les décrets de la liberté du commerce. » « C'est Biaise qui est l'auteur de ce bas-relief. » — Dans le pendentif du « fond, à gauche, « le sujet traité par Ramey, est la Musique et l'Architecture, « sous l'emblème de deux femmes que leurs accessoires font aisément recon- « naître. La première tient la lyre d'une main, et de l'autre l'hymne à la Patrie: « la seconde porte un compas et s'appuie sur la coupole du Panthéon. » Dans le dernier pendentif à droite, Petitot a représenté la Peinture et la Sculpture, avec leurs attributs caractéristiques. « L'artiste leur fait tenir une couronne « qu'elles placent sur un buste, c'est celui de la Sagesse ou de la Vertu. L'ins- « cription gravée sur le buste explique l'idée morale de l'artiste et celle que « l'on doit prendre de ces arts dans leur application aux récompenses. » — La nef du fond, ou orientale, a été rallongée d'une arcade comme celle de l'entrée et de plus par une grande niche qui occupe toute l'étendue de la partie du milieu. Il y a de môme au-dessus de la partie en arcade, une calotte ovale soutenue par quatre pendentifs. Les bas-reliefs des pendentifs de cette nef étaient tous à faire, lorsque cet édifice a été destiné à former un Panthéon. Ceux qui existent ont été affectés aux vertus patriotiques, sous les emblèmes suivants : Le premier, i droite en entrant par le dôme, a été fait par Cartellier. « On y voit la Force sous la figure d'un guerrier, tenant d'une main une « massue, et de l'autre une figure de la Victoire. La Prudence est i « côté de lui, qui, dans son langage allégorique, lui apprend que si la « Force gagne des victoires, c'est la Sagesse qui les conserve et peut seule « les couronner. — Foucou est l'auteur de celui à gauche. On y voit la Bonne « foi et la Fraternité qui se donnent la main. Un autel situé au milieu d'elles « indique la sainteté de leurs serments. — Dans le troisième pendentif, « Masson a choisi pour sujet le Dévouement patriotique. C'est un citoyen « mourant, que l'amour de la patrie soutient dans le moment où celle-ci lui « montre la couronne civique. » Le Désintéressement a été représenté dans le quatrième pendentif, par Lorta, « sous un trait que l'histoire de la Révolution « a consacré dans ses fastes. On n'a pas oublié que des citoyennes de Paris « furent les premières à faire des offrandes a la Patrie de leurs bijoux, et que « ces citoyennes étaient des femmes d'artistes. Il était juste que la main de « l'art éternisât ce souvenir. 11 se trouve ici rappelé dans les figures des deux
LES DECORATIONS DU PANTHEON
« femmes, dont l'une détache ses pendants d'oreilles, et l'autre dépose ses « colliers, ses bracelets et tous ses joyaux sur l'autel de la Patrie. » Les pendentifs de la coupole ovale sont consacrés à l'amour de la Patrie : il s'y trouve sous quatre emblèmes différents, représentés par quatre Amours ailés. « Dans l'un, l'Amour fait une offrande à la Patrie; dans l'autre, il en reçoit « une couronne et chante ses bienfaits. Dans un troisième, l'Amour combat « pour elle et la couvre de son bouclier. Le quatrième exprime le plaisir « qu'on trouve à mourir pour sa défense. » Ces bas-reliefs sont de Boquet. »
Je n'ai plus guère à emprunter au Mémoire de Rondelet, pour ce qui doit nous occuper ici, c'est-à-dire pour la part qu'ont prise tour à tour la peinture et la sculpture à la décoration du monument de Soufflot, que les deux détails suivants : « Sous la nef du fond, on a pratiqué une église souterraine qui sert actuellement de crypte ou de chapelle sépulcrale aux grands hommes à qui la représentation nationale a accordé les honneurs du Panthéon. C'est là que reposent actuellement les restes de Voltaire et de Rousseau, sous des modèles de sarcophages, en bois peint en marbre, qui doivent être exécutés en granit et en marbres précieux. » — L'amortissement au-dessus du dôme est formé par un piédestal ou acrotère rond, terminé par une calotte, et destiné à soutenir une Renommée en bronze de 27 pieds de proportion, dont le modèle de même grandeur a été exécuté par Dcjoux et se voit à l'atelier du Roule. » — L'atelier du Roule était la grande fonderie d'où sortit plus tard le gigantesque Louis XVI de Cartellier, destiné à la ville de Bordeaux, et que nous nous souvenons d'avoir vu étendu si longtemps parmi les blocs de marbre de l'Ile des Cygnes. — Voici comment s'expliquait Quatremère sur ce colosse en 1794 : « Je pourrais donner ici au Directoire une description anticipée du grand ouvrage dont il a chargé Dejoux ; mais dans peu de mois son colosse, devenu visible, dira plus qu'il ne me serait permis de le faire. Ce ne sera pas cependant prévenir le jugement du public que de rendre ici témoignage de l'extrême intelligence, des soins ingénieux et de la rare capacité avec laquelle cet artiste conduit un ouvrage qui n'a aucun terme de comparaison chez les modernes et pour lequel les exemples de l'antiquité ne peuvent servir qu'à égarer l'imagination. Le Directoire aura bientôt la preuve que cet ouvrage ne pouvait être confié à une main plus sûre ; l'ébauche actuellement achevée m'est un sûr garant de la réussite complète de cette entreprise. Il fallait cependant s'assurer d'un fondeur capable de la mener à sa fin : en arrêtant le citoyen Getty, le Directoire a conservé à la France un homme précieux, et a satisfait à tout ce qu'exigeait la réussite d'un si vaste travail. Déjà les préparatifs du moulage et de la fonte sont commencés; mais ces soins sont si étendus et d'un si long procédé, que la paix sera venue, avant le moment de la fonte, restituer aux arts avec usure tout le métal que ceux-ci ont prêté à la guerre. »
C'est en exécution des arrêtés du Directoire du département de Paris, datés du 24 novembre et du 17 décembre 1792, que Dejoux avait modelé sa statue colossalo ; il demanda 52,000 livres pour ses frais.
On peut prendre une idée de cette statue et de l'effet qu'on en avait rêvé, par la vue perspective du Panthéon, gravée par Liénard d'après Duvcrdyet dont nous avons déjà parlé. Mais la paix tarda tant à venir et à restituer aux arts le bronze des statues royales transformées en canons, que je ne sache point que Getty ait fondu tout de bon le modèle de Dejoux, et d'ailleurs la prudence eût-elle jamais permis de mettre en place cette fameuse Renommée?
« En proposant au Directoire, dit encore Quatremère, la statue de la Renommée pour couronner le sommet du Panthéon, mon intention avait été que cette figure, représentée publiant les louanges des grands hommes, s'élevât au milieu des Vertus qu'elle chante. La construction de la coupole et son ordonnance m'ont paru propres à réaliser cette conception morale. Sa colonnade extérieure, composée de trente-deux colonnes, présente au génie de la décoration une magnifique série de statues qui se trouvent placées immédiatement au-dessous de celle de la Renommée, lui faisant le plus bel et le plus analogue accompagnement. Des essais de ces statues que j'ai fait faire en figures découpées pour décider plus sûrement leur proportion, ont obtenu l'approbation générale. » Et il motive avec beaucoup de sens « ce supplément d'embellissement » par des raisons tirées de la forme et de la disposition de la coupole.
J'ai omis de parler de la nouvelle décoration qu'avait imaginée Quatremère pour la « partie circulaire formant une espèce de niche » au chevet du monument, là où Soufflot faisait resplendir une Gloire immense : « J'ai pensé, dit l'ordonnateur de 1791, que rien ne pouvait mieux convenir dans ce fond que l'effigie colossale de la Patrie, et qu'il convenait d'y assortir aussi les sujets de la voûte... L'ensemble de cette décoration est subordonné à la grandeur et à l'ajustement du groupe dont je n'ai fait qu'essayer la masse et dont la composition sur le châssis qu'on y voit aujourd'hui, et dont les dimensions sont audessous de ce que l'exécution peut promettre... Ce serait sous des traits et dans une attitude semblable à ces colosses que la richesse de la matière et la magie de l'art savaient animer dans les sanctuaires de la Grèce, que devrait, selon moi, apparaître au fond de notre monument le simulacre de la Patrie, cette véritable idole d'un peuple libre, et la vraie divinité du temple qu'elle s'est choisi. Assise sur son trône, ses deux Génies tutélaires lui serviraient de point d'appui ; l'un serait la Liberté, portant d'une main la pique surmontée de son signe caractéristique, et lui présentant de l'autre le monument qui, après avoir été le symbole de l'esclavage, est devenu l'emblème de sa destruction. Le bras gauche de la Patrie s'appuierait sur le Génie de l'Égalité et offrirait
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aux yeux le niveau, vainqueur des préjugés, tandis que sa main droite, soutenue par la Liberté, élèverait et ferait briller la palme qu'elle réserve aux vrais amis de la Patrie. Ce groupe serait porté sur un soubassement enrichi de basreliefs et d'allusions philosophiques ; de grands degrés le sépareraient du sol de l'édifice, et des autels, en forme de candélabres, brûleraient à ses côtés. — L'autel de la Patrie, élevé sur cinq marches, serait placé au milieu de la coupole, de manière qu'en entrant il paraîtrait arriver aux pieds du colosse... Je persiste à penser que, pour les diverses institutions civiques dont le Panthéon doit devenir le centre, il sera nécessaire d'y établir à demeure un autel propre aux cérémonies que l'usage y réglera. L'essai que j'en ai fait faire prouve que cet autel ainsi placé aura l'avantage d'occuper le milieu de l'édifice sans l'embarrasser; mais le point central du monument aura besoin d'embellissements analogues. Des statues du même genre que celles qui ornent le péristyle, devront orner les pans coupés des piliers du dôme; elles pourraient, quant aux sujets, correspondre aux motifs de l'autel. Rien n'empêche qu'on n'emploie à cette décoration le reste des figures résultant de la distribution des travaux d'encouragement. Cette décision dépend du Directoire.
« Les quatre grands pendentifs de la coupole s'exécutent. L'intention première de l'auteur du monument avait été de les faire en métal ou en stuc; c'est pour cela qu'on ne voit aujourd'hui que leurs cadres sans aucun bossage pour leur exécution. Tout incrustement de pierre serait dangereux dans cet endroit; la construction des pendentifs s'y oppose : il a donc fallu prendre le parti du métal ; mais le cadre lourd et saillant a paru aux artistes chargés de ces basreliefs une espèce d'entrave mise au développement de leurs inventions... J'en ai ordonné la suppression. Pour contraster avec les sujets des seize pendentifs qui se composent de deux figures, j'ai pensé que de grands Génies ailés, de la proportion de quinze pieds, occuperaient heureusement cet espace. Chacun d'eux correspond, par ses motifs et ses attributs, aux quatre motifs généraux de la décoration intérieure; chacun d'eux, dans une attitude et un développement différents, est comme le résumé du sujet de chaque nef. — Le premier est le Génie de la Philosophie tenant le flambeau de la Vérité d'une main, un joug brisé et des chaînes rompues de l'autre ; un globe est sous ses pieds avec les emblèmes des préjugés, et le griffon qui est le symbole de l'erreur ; sa tête est ornée de rayons. — Le Génie de la Vertu, considéré sous le rapport politique de force et d'amour de la patrie, lui fait pendant ; il est coiffé de la peau du lion; il tient la massue et la pique qui vient de percer le monstre abattu à ses pieds. — Le Génie des Sciences, avec une couronne étoilée, fait le troisième sujet : il tient l'emblème antique de la Nature (ou la Diane d'Éphèse); le globe terrestre est sous ses pieds, et la sphère céleste, figurée par la zodiaque, est dans sa main ; il est accompagné du Sphinx et des instruments de
la Science. — Le Génie des Arts, couronné de fleurs, est le sujet du quatrième; il tient d'une main la lyre, symbole de l'Harmonie, qui caractérise tous les arts. Le pouvoir des arts et de l'harmonie sur les mœurs des peuples et sur la civilisation, est exprimé par le lion enchaîné qui mord le frein que tient l'autre main du génie. — Le premier de ces bas-reliefs est de Pasquier, le second de Ramey, le troisième de Baccarit, le quatrième d'Auger (i).
« La frise continue qu'offre à entreprendre le stylobate intérieur du dôme, représenterait le triomphe de la Raison et les honneurs décernés aux grands hommes.
« Ces objets terminés, restera le plafond à peindre, qui ne pourra s'entreprendre que l'année prochaine; son peu d'étendue le rendra susceptible d'être fini dans le cours de la même année. »
On sait que ces peintures de la coupole représentaient naturellement l'apothéose du Génie et de la Vertu.
Dans le Recueil et Parallèle des édifices de tout genre anciens et modernes, de Durand , professeur d'architecture à l'École polytechnique , se trouve, planche 10, une coupe du • Panthéon français, ci-devant Sainte- Geneviève », où I on reconnaît au fond de l'édifice, dans la niche décrite par Quatremère de Quincy, la statue assise de la Patrie, entre ses autels-candélabres, et aussi les grands génies des pendentifs de la coupole, sans oublier la Renommée du sommet. Dans une autre planche, nous avons la façade avec les six colosses du péristyle, les bas-reliefs, le fronton et la même Renommée. Landon a fait réduire au trait la coupe intérieure de Durand, et a donné, également au trait, une élévation du monument avec le fronton de Moitte et les quatre colosses du porche. Ces mêmes groupes étaient reproduits, nous l'avons dit, dans le dessin de Garbizra, et sont encore indiqués dans la Translation des restes de J.-J. Rousseau par Girardet.
L'abbé Ouin- Lacroix, résumant les autres projets de Quatremère, nous dit que « les corps des grands hommes devaient être déposés dans les caveaux, tandis que leurs statues ou leurs bustes de marbre décoreraient le pourtour du monument, devenu leur tombeau. De là cette autre idée de Quatremère à l'égard de la suppression des croisées latérales qui répandant des flots trop multipliés de lumière dans l'intérieur de l'édifice, lui paraissaient peu en rapport avec un mausolée. Les croisées supprimées, les murailles du Panthéon ne présentèrent plus que les vastes surfaces nues que nous voyons aujourd'hui. — Quatremère proposa en outre d'entourer le monument par un mur d'enceinte,
(i) Il semble par une grande lithographie de Chapuy, imprimée par Engelmann, et par une autre vue intérieure, lithographiée par Arnout d'après un dessin du même Chapuy, qu'on n'eût pas encore, sous la Restauration, détruit dans les pendentif* de la coupole, les génies gigantesques imaginés par Quatremère.
LES DÉCORATIONS DU PANTHÉON
avec des galeries funéraires où l'on érigerait des tombeaux à ceux qui, comme les triomphateurs antiques, n'auraient mérité que les honneurs d'un demitriomphe. — De ces divers plans de décoration proposés par l'agent du Gouvernement en 1791, plusieurs s'exécutèrent, les autres restèrent à l'état de projet... (1)» — On sait comment de ce Panthéon révolutionnaire, — dont rien aujourd'hui ne subsiste, si ce n'est les deux bas-reliefs de Chaudet et de Le Sueur, et quelques détails dans les décors des voûtes intérieures (2), — les honneurs furent décernés tout d'abord à Voltaire, à Rousseau, à Lepelleticr de Saint-Fargeau, A Barra, à Viala, à Descartes, puis au milieu de quelles acclamations délirantes, Mirabeau et Marat (j) y furent tour à tour transportés, et
( 1 ) Histoire de l'église Sainte-Geneviève, patronne de Paris et de la France (ancien Panthéon français), par M. Ouin-Lacroix, etc. Ouvrage orné de dix dessins, par Frédéric Legrip. — Paris, Sagnier et Bray, i852.
(2) Ajoutons, pour ne rien omettre, trois modèles en plâtre de bas-reliefs, conservés dans la salle voûtée, au-dessus de la sacristie, là où s'est installé, pendant les longs travaux de l'abside, l'atelier de mosaïque, — et les fragments déposés dans le hangar de la rue d'Ulra, et qui ont été signalés par MM. Ch. Lucas et Maurice Du Seigneur i la Société des amis des monuments parisiens.
(3) Voir Translation de Voltaire à Paris et détails de la cérémonie qui aura lieu le 14 juillet (corrigé à la main le 11), arrêtée par le directoire du Département, sur le rapport de M. Charron (1791); — Voltaire des Champs-Êlysies à ses concitoyens. — Cette translation solennelle et théâtrale des restes de Voltaire au Panthéon, le 1 1 juillet 1791, ne pouvait manquer d'exercer le crayon des dessinateurs du temps. M. de Champeaux me signale sur ce sujet une gravure de Miger d'après un dessin de L. Lagrenée lils, la Procession patriotique, exposée au Salon de 1797, indiqué également dans V Histoire de la gravure en France, de G. Duplessis; — et dans les ventes on a vu passer diverses autres compositions: à la vente Alex. Lenoir, en 1827, un dessin de La Bit te, rehaussé de blanc, 1 les honneurs du Panthéon décernés à Voltaire »; — dans la vente de M. D..., dirigée par Vigncres, mars 1860, un autre dessin à l'encre de Chine, légèrement colorié « dans la manière d'Henncquin : douze chevaux blancs et attelés au char funèbre qui est suivi d'un cortège de personnages portant des attributs allégoriques . (appartient aujourd'hui à M. Baur); — M. de Saint-Albin avait prêté à l'exposition de l'Union centrale en 1876, une t Apothéose de Voltaire au Panthéon, dans la manière de Moreau le Jeune ». — Mais l'un des plus curieux et de^ plus intimes souvenirs de la cérémonie nous est conservé par un dessin que nos lecteurs ont vu exposé au Musée des arts décoratifs parmi les autres dessins d'ornement, et que le catalogue de M. Éphrussi a décrit sous le n* 349 : « Char pour le transport des cendres de Voltaire, attelé de quatre chevaux blancs; le baldaquin est surmonté d'une flamme tricolore. A la plume et à l'aquarelle. » Voilà pour le dessin, mais c'est surtout l'inscription de son revers que nous ne pouvons nous priver de reproduire ici : « Transport des os de M. de Voltaire de l'abbaye de Cclliéres, prest de Troye, pour estre déposés au Pantthéon français à Paris. Le citoyen Rondot, orfèvre, graveur et dessinateur à Troyes, chargé de la part de la Convention de faire le nécessaire pour rendre cette translation autant éclatante que le sujet le permettait, a fait faire cette espèce de corbilliard orné d'allégorie et d'ornement analogue à la mémoire d'un poète aussi recommandable, ce qui a été fait et exécuté à Troyes. Transporté i Cellières et de là à Paris le... de 17... » M. Natalis Rondot, qui avait bien voulu prêter à notre exposition ce dessin d'un caractère si singulier, nous a donné obligeamment quelques détails sur
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comment ils ne firent que s'y succéder pour aller à l'égout. Et j'ai grand'peur, entre nous, qu'un Panthéon ne soit jamais l'affaire de ce peuple français, car la patience et le sang-froid lui manquent pour mesurer au juste la taille de ses contemporains; il les grandit avec passion ou les diminue avec rage. Ce mal»
son auteur : « Louis-Joseph Rondot, mon grand-père, est né en 1736, et est mort en 1802. Il était fils d'un orfèvre de Troyes, qui fut graveur de la Monnaie de cette ville, qui lit des travaux d'orfevrorie à Paris et prenait le titre de graveur du Roi. Louis- Joseph a travaillé plusieurs années chez Gouthicre; c'est son parent de Wailly qui l'y avait place. Il a été dessinateur et graveur; il a été orfèvre à Troyes. J'ai de lui plusieurs centaines de dossiers, entre autres un ouvrage sur les costumes, qui comprend trois ou quatre cents dessins. » — Rousseau naturellement ne tarde pas à suivre Voltaire : Voir la Pétition de Gingucnc à l'Assemblée nationale, contenant demande de la translation des cendres de J.-J. Rousseau au Panthéon français, séance du 27 août 1 79 /, et le Rapport de Lakanal sur Tordre et composition du cortège, etc. — Touchant Jean-Jacques au Panthéon, outre le dessin et l'eau-forte de Girardet, dont nous avons déjà parlé, nous pouvons citer le tableau de Dcmachy (Salon de 1795) : ■ Sarcophage de Jean-Jacques Rousseau inhumé au Panthéon, effet de lumière. • (Une petite esquisse sur bois, représentant ce sujet, avait été acquise pour le Musée municipal et a été détruite dans l'incendie de l'Hôtel de ville en 1871 : Note de M. de Champeaux). — Pour Descartes, voir, de M.-J. Chénier, le Rapport à la Convention et les décrets qui décernent à René Descartes les honneurs dus aux grands hommes et ordonnent de transporter au Panthéon son corps et sa statue (2 octobre I7g3). — Pour Barra et Viala, voir les Nouvelles archives de l'art français (1872, pp. 420, 426-7), et le Rapport de L. David sur la Fête héroïque pour les honneurs du Panthéon à décerner aux jeunes Barra et Viala, séance du a 3 messidor an II de la République, et le Détail exact de la fête héroïque et de toutes les cérémonies. Le 3 thermidor, David prononçait encore un Discours sur le projet de la fête de Viala. La date de la fête était fixée au 10; mais la catastrophe du 9 coupa court à la solennité, qui fut ajournée, puis abandonnée. — Toutefois, en septembre 1794, deux mois après la chute de Robespierre, on portait encore Mmt au Panthéon sur un char ombragé par quatorze drapeaux destinés i nos quatorze armées, et, ce jour-là, « au moment où l'on descendait du char le cercueil qui contenait ses cendres, on rejetait du temple des grands hommes, par une porte latérale, les restes impurs du royaliste Mirabeau ». Voir un Rapport de M.-J. Chénier à la Convention pour faire enlever du Panthéon le corps de Mirabeau, 5 fiimaire an III. Mirabeau, dont la mort avait motivé la proposition Pastoret et qui, en 1791, avait étrenne le Panthéon, y étoit resté trois ans et demi; Marat, l'ami du peuple, n'y demeura pas deux mois. On venait de découvrir que, lui aussi, était un € royaliste ». On conteste toutefois aujourd'hui que les restes de Mirabeau et de Marat aient été jetés à l'égout au sortir du Panthéon, ils auraient été portés à des cimetières voisins.
La motion de David pour panthéoniser Marat est assez curieuse, par sa forme insensée, exaspérée et creuse, superlatif de l'enthousiasme imbécile et furibond du langage d'alors, pour être reproduite ici. Dans la séance du 24 frimaire, an II de la République, ce terrible citoyen offrant h la Convention nationale son tableau du poignardé de Charlotte Corday, s'écriait du haut de la tribune :
« Le peuple redemandait son ami ; sa voix désolée se faisait entendre; il provoquait mon art; il voulait revoir les traits de son ami fidèle: David, saisis tes pinceaux, s'écriait-il, venge notre ami, venge Marat! que les ennemis vaincus pâlissent encore en voyant ses traits défigurés ; réduis-les à envier le sort de celui que, n'ayant pu corrompre, ils ont eu la lâcheté de faire assassiner.— J'ai entendu la voix du peuple ; j'ai obéi.
• Accourez toust la mère, la veuve, l'orphelin, le soldat opprimé; vous tous qu'il a
LES DÉCORATIONS DU PANTHÉON
heureux temple semble condamné de naissance à être éternellement tiraillé entre la sauvagerie d'Attila et la dévotion de sainte Geneviève, et l'on se rappelle, malgré soi, l'étrange prophétie qu'un méchant poète latin du temps écrivit, pour bien dire, sur sa première pierre,corame il sortait à peine de terre :
t Templutn augustum, ingens, reginà assurgît in urbc,
« Urbc et patrona virginedigna domus.
« Tarda nimis pietas vanos moliris honores,
a Non sunt hœc coeptis tempora digna tuis :
a Ante Deo in summJ templum quam erexcris urbe,
« Impietas templis tollet et urbe Dcum. »
défendus au péril de sa vie, approchez et contemplez votre ami! Celui qui veillait pour vous n'est plus! Sa plume, la terreur des traîtres, sa plume échappe de ses mains. O désespoir! notre infatigable ami est mort, sans même avoir de quoi se faire enterrer. Postérité, tu le vengera^! tu diras à nos neveux combien il eût pu posséder de richesses, s'il n'eût préféré la vertu i la fortune! Humanité, tu diras à ceux qui l'appelaient buveur de sang que jamais ton enfant chéri, que jamais M a rat ne t'a fait verser de larmes!
« Toi-même je t'évoque, exécrable Calomnie; oui, je te verrai un jour, et ce jour n'est pas loin, étouffant de tes deux mains tes serpents desséchés, mourir de rage en avalant tes propres poisons. Alors en verra l'Aristocratie épuisée, confuse, ne plus oser se montrer; et toi, Marat, du fond de ton tombeau, tes cendres se réjouiront; tu ne regretteras plus ta dépouille mortelle; ta tâche glorieuse sera remplie; et le peuple, une seconde fois, couronnant tes travaux, te portera dans ses bras au Panthéon.
< C'est i vous, mes collègues, que j'offre l'hommage de mes pinceaux. Vos regards, en parcourant les traits livides et ensanglantés de Marat, vous rappelleront ses vertus, qui ne doivent jamais cesser d'être les vôtres.
« Citoyens, lorsque nos tyran», lorsque l'Erreur égaraient encore l'opinion, l'opinion porta Mirabeau au Panthéon. Aujourd'hui les vertus et les efforts du peuple ont détruit le prestige: la vérité se montre devant elle; la gloire de l'ami (?) se dissipe comme une ombre. Que le vice, que l'imposture fuient du Panthéon ; le peuple y appelle celui qui ne le trompa jamais. — Je vote pour Marat les honneurs du Panthéon. » — Ace propos de David réclamant le Panthéon pour Marat, je veux noter ici un détail curieux et bien inconnu : Dans le cabinet de M. Pierret, conservateur des antiquités égyptiennes au Louvre, se trouve un vieux fauteuil Louis XIII, à bras solides, plats et larges. Le siège en est formé d'un cuir grossier sans doublure et cloué de gros clous de cuivre; le dos» sier, composé d'une étroite bande du même cuir, également clouée des mêmes gros clous de cuivre, a ses montants très bas et soutient seulement les reins. C'est, malgré sa tra" verse inférieure sculptée d'ornements, un siège très primitif, fort commode en somme, et bien fait pour un écrivain maniaque travaillant dans une cave. La tradition, qu'il n'est que temps de sauver, car les anciens du Louvre s'en vont, veut que ce fauteuil ait été celui de Marat, le siège dans lequel on le posa au sortir de la baignoire, pendant que David dessinait et peignait la toile fameuse que nous le voyons plus haut offrir à la Con. vention. David transporta cette relique de son ami, quasi sacrée pour lui, dans l'atelier qu'il avait au Louvre, et le meuble, d'aspect rude et farouche comme son maître, est reste* dans l'une des salles voisines de l'atelier de celui qui fut, à si courte distance, le régicide furibond de 93 et le premier peintre, très courtisan, de l'empereur.
Le Temps, du 26 juillet 1881, publiait une lettre de M™ Michelet indiquant, au cimetière de Clamart, la place exacte où gisent les restes de Mirabeau avec a son nom gravé sur une plaque de cuivre ». Un autre favori de David, LepcUetier de Saint-Fargeau avait précédé ces derniers venus au Panthéon, depuis le *4 janvier 1793. Voir encore le livre de M. Ouin-Lacroix.
a8 SOUVENIRS D'UN DIRECTEUR DES BEAUX-ARTS.
Les églises étaient depuis six ans rendues aux cérémonies chrétiennes, que le Panthéon demeurait encore livré au vague abandon, à l'instabilité quasi ridicule de son culte philosophique. Le ij février 1806, — raconte M. de Beausset dans ses Mémoires anecdotiques sur l'intérieur du Palais et sur quelques événements de l'Empire depuis 1805 jusqu'en 1816 pour servir à l'histoire de Napoléon, Paris, Levavasseur, 1828-29, tome IV, pages 124-126, — l'empereur, en déjeunant, dit à M. Fontaine que son intention était d'aller le même jour, entre trois et quatre heures, visiter le Panthéon. L'obligeant artiste se hâta de faire prévenir M. Rondelet, artiste de ce monument, qui ne manqua pas de s'y trouver. Napoléon lui fit plusieurs questions sur l'état dans lequel se trouvaient les piliers du dôme, sur les causes qui avaient nécessité l'étayement et sur les moyens propres à réparer et à consolider cet édifice. Les réponses de M. Rondelet ne le satisfirent point. Il examina tout par lui-même, et en remontant en voiture, il dit à M. Fontaine de se rendre le soir même au palais des Tuileries... Que signifient, lui dit -il, Us pressions, les compressions, les résistances et Us calculs comparatifs de M. Rondelet ? Je veux savoir tout bonnement pourquoi le dôme du Panthéon est étayè ti ce qu'il faudrait faire pour le rendre solide et durable. M. Fontaine lui répondit qu'il n'avait pas été à portée d'examiner en détail l'état de cet édifice, dont plusieurs commissions de savants et d'artistes s'étaient occupées depuis longtemps, et sur lequel les avis étaient très partagés ; mais que sans voujoir attribuer à des causes compliquées un effet très ordinaire, il croyait tout simplement que les quatre piliers qui soutenaient le dôme n'étant pas assez forts pour supporter un aussi grand poids, le dôme devait finir par s'écrouler, et que le seul remède était de les fortifier en les augmentant de volume, ou de les reconstruire en matière plus résistante, comme granit, pierre plus dure que celle dont on avait coutume de faire usage à Paris. La conversation dura longtemps sur ce sujet et sur les moyens à employer pour faire cette réparation sans nuire à la décoration de l'édifice. Napoléon proposait des cubes en fonte vO; mais son architecte le pria de remarquer que le fer, malgré la vogue qu'on lui donnait depuis quelque temps, n'était pas une matière propre à être employée comme support principal d'une masse aussi énorme ; que sa composition factice, sa dilatation continuelle, son élasticité et son peu d'affinité avec les arméfaux qui entrent dans la formation des bâtiments, devaient le faire regarder
(i) Vous verrez tout à l'heure que l'Empereur n'avait pas démordu si aisément son ide*e de la fonte et qu'il en appellera de Fontaine à l'Institut.
LES DÉCORATIONS DU PANTHÉON
comme un moyen de secours, mais non comme un soutien principal. Le résultat de cet entretien fut la fixation d'une somme de 600,000 francs que Napoléon décida de consacrer aux travaux du Panthéon. M. Rondelet fut chargé d'en diriger l'emploi. Personne, en effet, au dire de M. Fontaine, n'était plus capable et plus habile que M. Rondelet, qui dès l'origine avait suivi la construction de Sainte-Geneviève en qualité d'inspecteur, et qui, même après la mort du célèbre Soufflot, avait été continué dans ses fonctions. »» — Cinq jours après cette visite au Panthéon, le 18 février, l'empereur écrivait à M. de Champagny la lettre suivante, dont copie m'a été obligeamment communiquée par M. François Chauvat, d'Angers, lequel a trouvé ce document, ainsi que diverses pièces qui vont suivre, dans les papiers de François Grille, ancien directeur de la division des Sciences et des Beaux-Arts au ministère de l'intérieur sous la Restauration, papiers conservés depuis sa mort dans la bibliothèque municipale d'Angers.
« ORDRE DONNÉ PAR SA MAJESTÉ L'EMPEREUR ET ROI A SON EXCELLENCE LE MINISTRE DE L'INTÉRIEUR, LE l8 FÉVRIER |8o6.
« Monsieur Champagny, mon intention est qu'on achève le Panthéon le plus promptement possible, et que dès le mois de mars les travaux soient dans une grande activité, sur le fonds de cinq millions qui est à la Caisse d'amortissement, provenant du produit des droits sur les exportations de bleds. Mon intention est que 20 p. 100 soient destinés à l'achat de 3,000 quintaux de bleds, et 20 p. 100 pour les travaux d'embellissement de Paris, ce qui fera 1 million pour achat de bleds et t million pour les travaux de Paris. Toutes les recettes qui proviendront du même objet seront affectées dans la même proportion à ces deux destinations. Vous emploierez le million destiné aux travaux de Paris de la manière suivante : Cinq cent raille francs pour les travaux à faire cette année au Panthéon, et cinq cent mille francs pour l'.érection d'un arc de triomphe à l'entrée du boulevard, près le lieu où était la Bastille, de manière qu'en entrant dans le faux-bourg Saint-Antoine on passe sous cet arc de triomphe.
« Sur ce, je prie Dieu qu'il vous ait en sa sainte garde. • Paris, le 18 février 180G.
« Signé : Napoléon. »
Dès le lendemain, 19 février, le ministre des cultes Portalis adressait à l'empereur un rapport où il lui disait : « La religion seule comble l'espace infini qui sépare le ciel de ,1a terre ; la religion seule imprime aux cérémonies nationales et civiles, quelles qu'elles soient, cette gravité imposante, ce caractère touchant qui commande le recueillement, le respect; elle lie les actions
3o SOUVENIRS D'UN DIRECTEUR DES BEAUX-ARTS.
passagères de l'homme à cet ordre de choses éternel, source unique de toute» les consolations, but unique de toutes les espérances. » — Et le même jour, autre rapport à l'empereur de M. de Champagny, ministre de l'intérieur : « Sire, dans le cours des désordres qui ont accompagné nos troubles civils, deux grands monuments publics (l'abbaye de Saint- Denis et le Panthéon) ont offert un spectacle qui a affligé lesamis des arts et les Ames religieuses. L'église Sainte-Geneviève, le plus beau de tous les temples de la capitale, ce temple qui, placé au sommet du mont consacré à un culte tutélaire, couronnait si noblement l'ensemble des chefs-d'œuvre qui décorent cette cité et annonçait de loin à l'étranger le règne auguste de la religion sur cette population immense, enlevé au vœu de la piété, au moment même où elle allait en jouir, consacré ensuite à une autre destination, laissé enfin désert, sans emploi, sans but, semble s'étonner lui-même d'un tel abandon : la froide curiosité, en visitant son enceinte, s'étonne de rencontrer déjà, dans un monument a peine achevé, U solitude des ruines ; le génie des arts, qui épuisa sur lui toute la richesse de ses conceptions, s'afflige de le trouver sans caractère, je dirai presque sans âme et sans vie. La religion, voyant ses espérances trompées, détourne ses regards d'un monument dont la majesté ne peut être dignement remplie que par le culte du Très-Haut, et qui s'élevait comme le juste hommage rendu à Dieu parle génie des hommes... » — Le même jour encore, le ministre secrétaire d'État écrivait à son collègue le ministre de l'intérieur (Papiers Fr. Grille):
•« S. M. désire, monsieur, que Votre Excellence fasse proposer à le première classe de l'Institut les questions suivantes :
« Quels avantages ou quels inconvénients y aurait-il à faire les piliers du Panthéon en fonte?
« Quel est le rapport de la ténacité de la fonte A l'espèce de pierre qui a servi A la construction du Panthéon?
« Quel est son rapport avec la pierre de roche de ChAtillon ?
« Que coûterait la construction, soit en fonte, soit en pierre du Panthéon, soit en pierre de roche de ChAtillon?
« L'élégance du bâtiment perdrait-elle au renforcement des piliers?
« Agréez, je vous prie, monsieur, l'assurance de ma plus haute considération. • Paris, 19 février 1806.
« Signé : Hugues B. Maret. »
Note de la main du ministre :
« Écrire sur-Je-champ à l'Institut.
« Signé: Champagny.
« Pour copie conforme :
« Le secrétaire général du ministre, « V.-M. De Gérahdo. »
LES DÉCORATIONS DU PANTHÉON. 3i
Le lendemain, 20 février, était signé le décret impérial dont nous transcrivons ici les trois premiers articles : « i' L'église Sainte-Geneviève sera terminée et rendue au culte, conformément à l'intention de son fondateur, sous l'invocation de Sainte-Geneviève, patronne de Paris. — 2° Elle conservera la destination qui lui avait été donnée par l'Assemblée constituante, et sera consacrée à la sépulture des grands dignitaires, des grands officiers de l'Empire et de la couronne, des sénateurs, des grands officiers de la Légion d'honneur, et en vertu de nos décrets spéciaux, des citoyens qui, dans la carrière des armes, de l'administration, des lettres, auront rendu d'éminents services à la patrie ; leurs corps embaumés seront inhumés dans l'église. — ;* Les tombeaux déposés au Musée des monuments français seront transportés dans cette église pour y être rangés par ordre de siècles... » — Ainsi s'explique la phrase du rapport de M. de Champagny : a Le génie des Beaux- Arts, qui accueillit na guère les monuments funèbres pour les sauver, gémit de les voir déposés dans une enceinte (le Musée des Petits-Augustins), où tout leur est étranger, où semble éteinte la pensée qui les éleva, où rien ne les explique, où, devenus stériles et morts, ils ne transmettent qu'une impression incertaine à l'âme du spectateur. Votre Majesté a voulu rendre à la religion les mausolées que la religion fonda, leur rendre à eux-mêmes leur caractère primitif, les rétablir dans leur harmonie naturelle avec tous les souvenirs qu'ils doivent consacrer; et, sans les dérober à l'admiration publique, associer leur présence aux cérémonies funèbres et au spectacle du culte divin... » — Ce projet de translation dans l'église Sainte-Geneviève des cénotaphes de Français illustres, conservés au Musée des Petits-Augustins, n'eut pas de suite, et la Restauration fit plus sagement en les restituant, lors de la dispersion de ce Musée, à Saint-Denis et aux églises diverses, où Alexandre Lenoir les avait recueillis pour les sauver d'une destruction certaine, et avait ainsi mérité une éternelle reconnaissance de la nation. Cependant, pour le Panthéon, la vraie vérité était là, et l'empereur, avec son sens droit et haut, l'avait discernée du premier coup. Jamais des politiques sérieux ne pourront songer à duper l'univers entier et l'histoire, témoins de notre gloire antique, au point de leur faire croire que la France, la grande France, l'intarissable nourrice des grands capitaines, des grands hommes d'État, des grands magistrats, des poètes fameux et des artistes illustres, que notre vieille et noble patrie date de 1791, ou même de 89. — De 1806 à 1815, l'Empire dépensa pour la restauration et l'achèvement de Sainte-Geneviève plus de 2,200,000 francs. « Rondelet, dit l'abbé Ouin- Lacroix, proposait, le 4 juillet 1812, au directeur des travaux publics les quatre sujets suivants à exécuter en bas-reliefs pris dans la masse, pour les pendentifs du dôme : « i* Le rétablissement du culte catholique par S. M. l'empereur; — La dédicace de l'ancienne église Sainte-Geneviève par Clovis ; — 30 Le vœu de
3a SOUVENIRS D'UN DIRECTEUR DES BEAUX- ARTS.
Louis XV pour la construction de ia nouvelle ; — 4° Sa restauration et son achèvement par l'empereur, avec une inscription en bronze doré dans la frise de l'entablement qui couronne les pendentifs du dôme, comme i Saint-Pierre de Rome. » — La commande la plus intéressante pour sa décoration que nous puissions citer, est celle formulée dans les trois pièces suivantes :