‹ Souvenirs d'un écolier en 1815: ou Vingt ans aprèsChapitre 8 sur 17 · LE COLLÈGE 'DE VANNES · texte numérisé non relu

LE COLLÈGE 'DE VANNES

O ma sainte patrie ! à Bretagne adorée !

Tes nobles fils errant de contrée en contrée , Quel que soit leur destin, te regrettent partout, Car l'autel de l'honneur chei toi reste debout.

Tuuquett.

Sommaire : La Bretagne peu connue. — César et la petite mer. — Le Morbihan. — Carnac et ses six mille dolmens.

— Les cartes géographiques toutes noires* — Le petit coin de terre à part. — - La Tille de Vannes ; son antiquité.

— Réunion de la Bretagne à la France. — Le collège de Vannes; sa fondation; son histoire jusqu'à nos jours.

L'année 1815 donnera à l'histoire de la France de longues et tristes pagres ! La nation bouleversée par les discordes et la guerre civiles; la perte d'une grande bataille ; une deuxième invasion par l'Europe

coalisée; la pairie humiliée, amoindrie, dépouilU>e et livrée désarniée-à des vainqueurs irrités ; ua vieux roi remontaut sur un trône à demi brisé; un empereur qui fut le maître du monde, enchaîné, pour mourir, sur un rocher lointain que battent les flols d'une mer implacable : que d'événements à retracer, que de grandes, que de terribles choses à raconter!

Pendant ce cataclysme politique dont la France fui le théâlre el la victime, au milieu de ces grandes catastrophes qui ont changé la face de l'Europe, il s'est passé des événements bien moins importants sans doute , mais qui , cependant , méritent de ne pas tomber dans l'oubli. Telle est l'insurrection du collège de Vannes, durant cette trop mémorable année de

La Bretagne, lelilloral surtout de la Bretagne, sont encore comme un pavs étranger pour un g;rand nombre de Français, On connaît à peine celte région dont l'origine se perd dans la nuit des temps; cette petite nier. Mure Conclusuni, Morbihan, où César el la fortune de Rome durent soutenir tant de combats pour assurer au peuple-roi la domination des Gaules. Bien peu ont vu, dans les plaines de Camac, ces si" mille dolmens mystérieux et silencieux témoins d'une inexplicable antiquité, toujours debout, après avoir vu passer et disparaître des centaines de siècles.

Ce pays a été le théâtre des plus grandes lullei dans les temps les plus reculés, dans le moyen âge el pendant la grande révolution française.

Les nations belliqueuses qui habitent ces rivages indomptés ne respirent que la liberté et l'amour i^

leur pays : elles ont des mœurs , des opinions , des croyances ig^norées du g^rand nombre , et si ces populations bretonnes ne sont pas appréciées à leurvaleui', c'est qu'elles ne sont pas connues.

Elles ne se sont attachées à un gouvernement qu'autant qu'elles en ont reçu des libertés !

Elles ont résisté au despotisme de Louis XIV , de Louis XY, de la Convention et de Napoléon, et n'ont défendu que Louis XYI , le restaurateur de la liberté , et Louis XVIIl , l'auteur de la Charte.

On a vu longtemps des cartes géographiques qui représentaient le département du Morbihan tout bar^ bouille de noir; comme si la France se voyait forcée de couvrir d'un voile épais , de dérober aux yeux du inonde entier cette sauvage contrée, foyer d ignorance^ de fanatisme et de superstitions / Il y a bien quelquefois des taches dans le soleil !

La révolution, qui essaye d'excuser le meurtre du plus vertueux et du plus libéral des rois, qui voudrait justifier les sacri]éges, les spoliations , les massacres, les échafauds de 93, demeure implacable, quand il s'agit d'une population qui s'est cru avoir le droit de défendre sa religion, ses autels ,^ ses rois et ses libertés.

Jules Janin a été plus juste envers le Morbihan, en disant que c'est un petit coin de terre à part. En effet, le département du Morbihan a mérité cet éloge. Il a été assez heureux, assez énergique, pour n'avoir pas vu flotter sur son sol les étendards étrangers en 1815. Pendant que les armées de l'Europe braquaient leurs canons s^r les Tuileries, le nom de Morbihan , écrit

SOOVENIHS

de disian

ce. on distance, sur de simples poteaux, si-

gnilîait a

IX vain(|iieurs qu'ils n'eussent pas à mettre

1g pied ai

delà de ces limites. Les étrangers victorieux

ne les on

pas violées : ils ont su honorer et respecter

nu dévouement, un palriolisnie que beaucoup appellent encore aujourd'hui révolte et trahison. El ce petit coin de terre , tout de noir babillé, a pesé assez dans les traités de 1815, pour l^ire diminuer de 100 millions les charges imposées à la France, à la suite des désa-stres des CentJours.

Ici une réflexion se présehie tout naturellement à l'esprit. Si tous les départements eussent agi en 1815 comme le Morbihan , la France n'eût pas subi la honte et les malheurs d'une seconde invasion. L'empereur Napoléon se serait épargné la catastrophe de Waterloo, les désespoirs de Sainte-Uélène.

Cette injuste indifférence de l'opinion pour tout ce qui concerne cette contrée se manifeste sans cesse, et n'épargne pas même l'illustration et tes gloires des cités bretonuGS qui ont le plus de droit à l'impartial ilé. et aux hommages de l'histoire.

Les écrivains de nos jours, en parlant de la ville de Vannes, chef-lieu du Morbihan, se hâtent de répéter avec dédain, et comme par pitié, que cette ville n'a que de vieilles maisons, des rues tortueuses, un port encombré; que la magnifique flèche de sa cathédrale, frappée de la Foudre en 1824, a été reiàite dans des conditions déplorables... et tout est dit ! Seraii-il donc généreux de jeter à une reine découronnée l'injurieux reproche de ne porter qu'un vieux mariteau , quedes vêtements usés? Il est vrai. Vannes n'est pas le siège

d'une cour royale , d'une division militaire; elle n'est ni la tête ni la queue d'un chemin de fer : mais est-il permis d'ignorer que cette ville a été une puissante république, alors même que Paris n'était rien ; qu'elle était la maîtresse de l'Océan , alors que l'Angleterre n'était pas connue et était à peine habitée; qu'elle a vaincu des légions romaines ; qu'elle n'a succombé sous les efForts de César qu'après la Gaule vaincue? Est-il juste de passer sous silence les mémorables pages des Commentaires qui racontent si éloquemment sa puissance , sa grandeur , son courage et sa chute?

Vannes redevint plus tard la capitale d'un royaume contemporain de celui de Clovis.

En 465, il s'y tint un concile, qui fut le premier de la Bretagne, et un des premiers même de toute la Gaule. Les métropoles de Lyon , d'Arles et de Narhonne seules avaient eu cet avantage. Les premiers états de la Bretagne furent convoqués à Vannes, par Louis le Débonnaire , en 818.

En 888, Alain III , dit le Grand , comte de Vannes, battit auprès de Questembert une armée de Normands, et il en fit un si grand carnage que , de quinze mille hommes, leur armée fiit réduite à quatre cents.

En 1203, après le meurtre à jamais odieux du jeune Arthur, l'espoir de la Bretagne, par Jean Sans-terre, qu'on aurait dû surnommer encore Jean Sans-cœur , sans âme et sans honneur, ce fut à Vannes que se réunit cette célèbre et imposante assemblée, qui fit soulever la nation, comme un seul homme, pour venger son jeune souverain.

TO SOTJVENTnS

En 13i3, les armes il'Êdouard 111, levaiiiqn (le Crécy, érhouèretil Jcvaiil les remparts de Vannesj dont le roi d'Angleterre leva le siège après avoîi p/;nr la fleur de ses guerriers, entre autres Robert d'Artois, qui avait le malheur de servir sous les bail' nicres d'Angleterre.

ËD 1379, une assemblée générale de la nation, te< nue à Vannes, souleva encore une fois toute la Br&^ tagne pour résister à l'invasion dont elle était menacéM par Charles V,

C'est aussi du port de Vannes que partit Henri de Lancastre (Henri IV d'Anjjleterre) , en 1399, pour aller s'emparer de la couronne de Richard II.

Jeanne de France, tille de Charles VI , épouse de Jean VI, duc de Bretagne, mouiut à Vannes le âT septembre 1433.

C'est encore du port de Vannes quepailit, en 1485, Henri VII d'Angleterre, pour aller reconquérir son royaume usurpé par Richard III, l'assassin des enfants d'Edouard.

En 1489, Anne de Bretagne, orpheline poursuivie par l'amhilion de la France, sur le point d'être livrée par son infidèle tuteur, le maréchal de Rieus, chassée de Redon, trouva un asile à Vannes , que le maréchal de Rieux n'osa assiéger. 1

Pendant un siècle, cette ville a été le siège du Parlement, et c'est dans ses murs que fui décidée, en 1 532, la réunioii définitive de la Bretagne à la France : précieuse réunion, car désormais la France aura (le puissantes flottes pour la guerre et pour le commerce! (}u'on cesse donc dereproeheràune des plus antiques |

et des plus illustres villes de l'Europe ses vieux édifices et ses sombres quartiers : il y a bien des villes qui donneraient leurs plus belles rues, leurs plus belles places, pour avoir une origine aussi glorieuse, uae aussi majestueuse antiquité!

En 1717, les états généraux tenus à Vannes refusent les subsides. De là la conspiration avec Gellamare et la ducbesse du Maine , cause de la mort de Pontkollec, Mont-Louis, Ducouëdic et Talhouet, le 26 mars 1720, à Nantes.

Le collège de Vannes , lui aussi , n'est pas d'hier. Il fut fondé en 1575 , sous l'épiscopat de Louis de La Haie , quatre-vingt-quatrième évêque de Vannes, par René, seigneur d'Arradon, afin (est-il dit dans l'acte de fondation) que la jeunesse bretonne ne soit plus obligée (f aller chercher au loin la science et la connaissance des lettres.

Ce collège devint en peu d'années très-important^ et les Pères de la Compagnie de Jésus en obtinrent la direction en 1631. Trente ans après, on jeta les fondements de celte belle église du collège, achevée en 1655 , grâce à la pieuse générosité de Mademoiselle de Francheville, qui dota aussi la ville de plusieurs autres édifices religieux. Gomment se fait-il que les restes mortels de cette fomme, si bienfaisante et si charitable, ne trouvent pas , dans une ville où sa mémoire est encore bénie, une sépulture plus convenable que l'orangerie du Palais de justice?

Plus heureux , le célèbre PèreHuby , mort à Vannes en 1693 , repose dans les caveaux de l'église du collège qu'il édifia par sa science et ses vertus.

Après la suppression des Jésuites, qui avaient un noviciat dans cette maison, la direction du collège fut confiée à des prêtres séculiers. Sous le règne de Louis XVI, on y établit une école royale de marine qui a subsisté jusqu'à la Révolution,

Pendant les grandes guerres civiles qui ont agile la Bretagne,. de 1792 à 1802, le collège, changé en Prytanée, fut presque anéanti. Cependant la suppression des couvents lui procura une bibliothèque composée de 10,000 volumes. Après le Concordat, il recouvra de suite sa première splendeur, et en peu de temps il compta de sept à huit cents élèves, Il eut à cette époque pour principal l'abbé Pasco, professeur de rhétorique avant la Révolution, mort curé de Sainl-Patern de Vannes et vicaire général. C'était un homme supérieur par ses vertus et son éloquence. Son successeur fut M. Jéhanno, piincipal du collège au moment de l'insurrection de 1815.

Pendant celte longue suite d'années, le collège a compté de célèbres élèves , et la liste des personnages remarquables qui en sont sortis serait longue, depuis Le Sage, l'immortel auteur de GiVS/o^, jusqu'à Billault, l'éloquent député breton; jusqu'au P. Arthur Martin, le savant archéologue; Brizeux, le poëte; Jules Simon, le trop célèbre philosophe.

Comme les collèges Bourbon et Charlemagne à Paris, celui de Vannes n'avait que des élèves externes : les éludes classiques y étaient fortes et solides; deux fois par jour, à l'issue des cours du collège, des répélilions, données parde savants professeurs, doublaient ainsi la valeur des études.

Quant à l'éducation, la religion, avec ses fréquentes et plus pieuses pratiques, en était la base et la règle. Le principal et les professeurs , sous le rapport relig[ieax, donnaient l'exemple aux élèves. Le collège avait alors pour aumônier le savant abbé Mahé , l'auteur des Recherches sur le Morbihan : ses précieuses conférences sur l'Ancien et le Nouveau Testament produisaient sur les élèves un effet merveilleux, et implantaient dans leurs âmes une foi robuste que venaient éclairer et consolider encore les savantes instructions de M. Le Gai, vénérable supérieur du grand séminaire.

A côté de tout cela, régnait aussi, il faut bien le dire, un pende cet esprit breton, fier, brusque, impatient et guerrier: 1815 l'a bien prouvé. D'anciennes traditions rappelaient des luttes soutenues autrefoiscontre les gabelles , sous les règnes de Louis XIV et Louis XY ; et dans les années de l'Empire , des rixes très-graves, qui ont été plusieurs fois mortelles, s'élevaient souvent entre les écoliers et les ouvriers des différents corps demétiers. Les jeuxdes élèves se ressentaient àe ce caractère breton ; ceux que l'on préférait étaient les exercices de corps : la soûle, espèce de lutte et de combat entre deux parties ennemies , et où il y avait toujours quelqu'un de blessé ; le jeu de barres , où couraient à la fois plusieurs centaines de jeunes gens; la natation , la chasse et la pèche , mais la pèche avec tous ses dangers sur l'Océan^ avaient de fidèles et fervents prosélytes.

Que dire de l'esprit politique du collège? Pendant le régime impérial, tout le monde se taisait, et pour

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cause. On célébrait même, en vers et en prose, la triomphes et la (gloire de Napoléon... Mais ou avail en horreur la conscription et le régime du sabre : la conscription surtout qui ne laissait à la jeunesse bretonne que la cruelle alternative d'être prêtre ou soldat. Un triste et affreux spectacle qui se renouvelait toutes les semaines, sous les yeux des collég[iens, n'était pas fait pour leur inspirer l'amour de ce gouvernement, ou pour les réconcilier avec lui. C'était à la porte même du collège que l'on vendait à l'encan les effsts mobiliers, les instruments aratoires et les animaux domestiques des parents qui avaient des tîU réfractaires. Cette tyrannie, ce cruel abus du pouvoir, rendant responsables pour leurs enfants les malheureux pères et mères, dans leurs biens et leur liberté, -faisaient apparaiti'e cruel , odieux et insupportable k despotisme impi^rial, même avec toute sa gloire et ses grandeurs militaires.

La Restauration fut donc saluée avec enthousiasme par nous, les (ils des victimes des réactions républi' caines et impériales ; tout le collège se réveilla roya-

liste : quel heureux tour des Bourbons !

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Durra donc désormais , entrer dans )a vie, à son gré , se créer une

existence qui ne sera pas imposée, ou près de l'autel, ou dans les camps. Les Rois, pour lesquels avaient combattu nos pères, allaient donc régner sur nous : la paix, que nous n'avions jamais connue que dans les livres , arrivait donc eiiBn pour laisser respirer et rc-

poser des populations épuisées par les sanglantes ferres de la chouannerie, ou par Tinexorable conscription! et avec la paix, une charte et des libertés pour un peuple opprimé par des baïonnettes fanatiques ou des sénatus-consnltes impitoyables !

Le duc d'Angouléme visitait alors la Bretagne. Pour célébrer son entrée à Vannes, le collège s'organisa quasi militairement. Ce fut à cette occasion qu'il se donna un drapeau portant pour devise, Pro Deo et Rege : Pour Dieu et le Roi. Il y eut grande concurrence pour obtenir Thonneur de le porter. M. de Sivry , qui a été député du Morbihan , s'était mis sur les rangs : son concurrent ne l'emporta que d'une voix. Qui alors aurait pu prévoir que ce ^rap^au deviendrait, sous peu, un véritable étendard guerrier; que cette blanche bannière serait rongîe du sang de nos condisciples , et que ces manœuvres militaires , auxquelles nous nous exercions pour des fêtes et des jeux^ serviraient bientôt à nous garantir de la mort sur des champs de bataile? L'homme /agite et Dieu le mène !

A cette même époque des premiers jours de la Restauration, une autre circonstance vint aussi fortement réagir sur nos âmes et raviver encore l'esprit royaliste que nous avions sucé avec le lait.

Depuis bientôt vingt années, gisaient, à peine couverts d'un peu de terre et dans des lieux solitaires reg^ardés comme néfastes, les ossements des principaux chefs de la malheureuse expédition de Quiberon , qui avaient été fusillés à Vannes. Une commission militaire les avait envoyés à la mort, par centaines, et les plus illustres personnages avaient ainsi péri. Le jeune

de Sombreuil, si beau, si brave et si généreux, qLie ,

pour sauver son armée, il s'était exclu lui seul do la

r qui avait voulu revoir son troupeau au péril de sa

vie, étaient tombés sous le plomb révolutionnaire, et

avec euJt l'élite de la marine française et les plus

glorieux noms de l'ancienne monarchie. De retour

dans leur patrie, qu'ils voulaient délivrer de la tyran-

nie républicaine, ils avaient rencontré la mort; mais

ils n'avaient pas trouvé de tombeau. Depuis près de vin{>t ans, ces ossemenls dispersés et blanchis demandaient à la religion, à la terre natale, une sépulture chrétienne, une tombe moins déshonorée.

Oh ! qu'elle fut louchante celle cérémonie funèbre ! lorsque du haut de la chaire aux pieds de laquelle étaient amoncelés ces cercueils renfermant les débris , recueillis çà et là, de ces viclimesdes discordes civiles, l'évêque de Vannes, Mgr de Beausset, fît entendre ces paroles du Psalmisie : Et exuhabunt ossa humiliala. Et CCS os humiliés vont se relever de la poussière; quand il montra attachée k sa poitrine la croix épiscopale que la balle meurtrière avait respectée sur le cceur expirant de l'évêque de Dol, un sentiment inexprimable, ineffaçable, s'emparade nos jeunes cœurs... Eu voyant ces tardifs mais légitimes honneurs rendus à des dévouements si longtemps insultés et méconnus, rien ne nous parut plus beau, plus héroïque, que la devise de la Bretagne: Potius mori quam fœdari ! Viatôt mourir que de se déshonorer !

En parlant des sentiments ei des opinions du collège de Vannes à cette époque de 1815, u

avancé que nous édons imbus (f idées semi^républi" cames qui commencèrent à poindre plus tard dans nos conciUabnles; que nous étions comme une petite répU' blique; ces assertions ont soulevé de vives et justes réclamations. Non, toutes les pages et toutes les citations de Tacite n'ont été pour rien dans l'insurrection de 1815. Non, le collège ne fîit jamais ni républicain, ni semi-républicain.

Nous étions royalistes, et rien que royalistes avec les Bourbons et la Charte ! Le serment que nous avons prêté, la devise de notre drapeau, la cause que nous avons défendue au prix de notre vie , et toute notre conduite, lé prouvent assez. Certes , il y avait de l'indépendance dans notre caractère breton, beaucoup d'ardeur dans nos jeunes têtes, beaucoup d'enthousiasme dans nos coeurs : la jeunesse sent vivement! Mais c'est par principe et conviction royalistes que nous avons pris les armes : nous voulions combattre pour la religion , pour le Roi , contre le despotisme impérial, et pour le maintien des libertés acquises par le retour de Louis XVllI : tout autre sentiment, tout autre but nous ont été étrangers.

Voici ce qui se passa , lorsqu'après la prise d'armes nous entendîmes chanter, pour la première fois, le Domine^ salvumfac regem. C'était le 28 mai, premier dimanche de la Fête-Dieu. Nous étions, je crois, à Plandren : on y célébra la messe pour l'armée. La compagnie des écoliers seule entra en armes dans l'église pour escorter l'état-major ; au moment où nous entendîmes chanter la prière pour le Roi , le Domine, salvumfac regem, proscrit comme le Roi de France

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Ilj4

78 SOUVENIRS D'UN ÉCOLIER EN 1815 depuis le 20 mars , des larmes coulèrent de nos yeux , ei après l'avoir chantée, cette royale prière, avec une indicible émotion, nous la terminâmes par un cri général de Vive le Roi! avec un tel entraînement, que les chels le partagèrent, et que ce cri, si cher à nos cœurs, alla se propager et se répéter jusqu'aux derniers rangs des soldats et des paysans.

Telles ont été toujours nos convictions. Aussi , quand on apprit le retour de l'Ile d'Elbe, le collège demanda aussitôt à marcher pour la défense du trône des Bourbons.

Le trop rapide triomphe de Napoléon arrêta ce premier élan, et près d'un mois s'écoula avant de pouvoir réaliser notre désir de combattre pour le Roi et la liberté. Mais ce mois fut un rude apprentissage et un temps de cruelles épreuves. Pauvres écoliers , qui s'avisent de montrer du dévouement et de la fidélité à un Roi détrôné , â un gouvernement écroulé ! Il n'y a qii'en basse Ilretagne que l'on fait de pareilles choses ! !

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