‹ Souvenirs d'un émigré de 1797 à 1800Chapitre 26 sur 26 · VIII. — PAGE · texte numérisé non relu

VIII. — PAGE

Hambourg, devenu l'asile de beaucoup de Français, et entre autres de sept ou huit membres fameux de l'Assemblée constituante, Tétait aussi des proscrits de diverses nations européennes, ce qui faisait dire que cette ville se montrait à la fois consolatrix afflictorum et refugium peccatorum, — Quelques uns de ces constituants , forcément émigrés , n'avaient pas renoncé à donner des conseils pour rétablir la monarchie. — Les bonnes gens! s'écriait Rivarol, après avoir été incendiaires ^ ils viennent s* offrir pour pompiers.

On voit à Hambourg, ajoutait-il , le contraire de la métamorphose naturelle; bien des papillons y sont devenus chenilles. — C'était Teffet de Texil, de la mauvaise fortune, sur quelques hommes qu'on avait cités en France comme des modèles de grftce et d'élégance.

A propos du trait qui finit une pièce de vers composée par lui, et dont je vais rapporter une partie, il prétendait qu'il y avait tant de tristesse attachée à l'obligation de vivre dans ce pays-là, qu'il ne connaissait de beau que d'y mourir. Par là, il faisait allusion aux pompes funèbres de Hambourg qui, comme je l'explique dans le texte de mes Souvenirs^ sont bien ordonnées, mais n'ont rien de trop lugubre, du moins pour les personnes qui ne pleurent pas amèrement celle à qui ils viennent rendre les derniers devoirs.

Voici ce fragment d'une diatribe en prose et en vers contre les Hambourgeois , qui fut adressée par Rivarol, en 1796, à une jolie Française émigrée, madame Cromot de Fougy.

N'allez pas imiter les modes meurtrières Des épais descendants des Teutons et des Goths, Qui des deux Océans gardent mal les barrières; Gens qui feraient fort à propos, S'ils nous empruntaient nos manières, £t s'ils nous prêtaient leurs lingots; Mais dont les humides cerveaux, Nés pour les fluxions et non pour les bons mots, Ont la pesanteur des métaux Qu'ont entassés leurs mains grossières.

Quand la mort, confondant leurs âmes flnancières. Les fait enfin passer de leurs poudreux bureaux Dans ses étroits et noirs caveaux,

On les voit cheminer devers leurs cimetières,

En uniforme de corbeaux, Et descendre à pas lents dans ces tristes carrières,

A la lueur de cent flambeaux.

Escortés de porte-manteaux Dont ils ont achelé les pleurs et les prières. Et les crêpes pendants et les vastes chapeaux;

Malheureux qui sont assez sots

Pour ne décorer que leurs bières.

Et qui sont mieux dans leurs tombeaux

Qu'ils n'ont été dans leurs tanières.

Ce dernier vers fait allusion aux caves dans lesquelles naissent, vivent et meurent les gens du peuple à Hambourg ; mais ceux des Hambourgeois qui décorent leurs bières n'habitent pas des tanières : ils ont pour la plupart de grandes et assez belles maisons.

Le dégoût un peu exagéré de Rivarol pour le séjour de Hambourg me rappelle la réponse d'un ancien élégant de Paris, M. Des Entelles, à qui une belle dame, une grande dame de l'émigration, reprochait un jour de sentir horriblement la pipe. Il s'en défendait comme il pouvait; la baronne, depuis duchesse de M. . . , insistait en disant : « Quoi I un homme comme vous! II voulait nier encore ; tout à coup il reprend : cr Ah ! Madame, je vais vous expliquer ce qu'il en est. a On s'ennuie si mortellement dans ce déplorable pays, queje bâillais tout à l'heure ^xJuXQJungfersteigy «je b&illais à m'en fendre la bouche. Un coq... de a fumeur allemand a passé et m'a lâché toute sa c( bouffée. Je n'ai pas eu le temps de faire passer la <c vilaine odeur qui vous déplaît avec tant de rai-

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La baronne de M... n'aurait pas pa croire alors qu'en France, au wx" siècle, la mode du cigare et de la ciiçarelte deviendrait tellement générale qu'elle gagnerait jusqu'à quelques-unes de nos jolies femmes de Paris... LugetCy Amores /...

Février 1848.

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