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EXTRAIT DU PVBLICISTE.
Octobre 1803.
Laus publica, dulcissimum virtutis prœmiuin, acerrimum virtutis incilamenlum.
Nous avons annoncé la mort de M. de la Millière ; mais nous devons à sa mémoire de donner quelque
idée de ses yertos et des talents qui lui ont mérité, pendant sa vie, l'estime publique, et qui excitent aujourd'hui les regrets de tous ceux qui l'ont connu.
LODIS-ÂNTOINB CHAUMONT DE LA MiLLIBRE a été
du très-petit nombre d'hommes publics qu'une conduite irréprochable, dans des circonstances difficiles, ait maintenu en possession de la considération qu'il s'était acquise autrefois dans des places distinguées. Cette considération qu'il devait plus encore à son caractère qu'à ses talents reconnus pour l'administration, l'avait fait appeler, en 1787, au contrôle général d'où sortait alors M. de Calonne. Louis XVI , en le pressant d'accepter, lui dit qu'il lavait choisi comme le plus honnête homme de son royaume. M. de la Minière refusa la place, malgré des instances vives et réitérées, déterminé uniquement par un sentiment de modestie qui lui faisait craindre de ne pas remplir aussi bien qu'il l'eût désiré un poste alors le plus important de l'administration. Les mêmes propositions et les mêmes instances se renouvelèrent en 1790, et M. dé la Minière eut besoin alors de tout son courage, qu'il trouvait toujours dans des motifs respectables, pour résister aux desseins de son souverain devenu malheureux ; mais, bien déterminé à le servir jusqu'au dernier moment, il conserva la place d'intendant des finances jusqu'au 11 avril 1792. Alors, perdant tout espoir de faire aucun bien , il donna sa démission et renonça dès cet instant aux afTaires publiques. A l'assemblée des électeurs de Paris , en l'an v , il se vit appelé à la députation par le vœu de tous les honnêtes gens ; mais il déclara la résolution où il était de ne pas accepter.
L'estime générale s'était trop fortement prononcée en sa faveur : on ne lui pardonna pas Tlnflnence dont il aurait pu jouir, et , peu de temps après le 18 fructidor, en revenant d'un voyage qu'il avait fait dans le midi de la France , pour rétablir sa santé , il ftat arrêté à Lyon , sous prétexte d'émigration , quoiqu'il fût bien constant et bien notoire qu'il n'était jamais sorti de Paris que pour aller aux eaux des Pyrénées ; chacun des chefs du gouvernement en convenait; mais il était inscrit sur une liste d'émigrés. Il fut traduit devant une commission militaire, et, s'il échappa à la mort , il ne le dut qu'au cri public et aux soins actifs d'une amitié courageuse. La .clémence du directoire se borna à le faire déporter. La ville de Rio^, où il resta treize mois en prison, se souviendra longtemps de ses malheurs et de ses vertus : son geôlier l'a pleuré , lorsqu'il est parti pour subir sa déportation. C*était dans l'hiver rigoureux de 1798. Il fîit obligé de traverser l'Allemagne dans un chariot découvert : il fut gelé de la moitié de son corps, et ce fut le principe de la maladie qui a depuis rempli sa vie de souffrances , qui en a avancé le terme. Personne n'a pu le connaître sans l'aimer. On était irrésistiblement frappé de ce mélange de force et de sensibilité qui composait le caractère de cet homme de bien. Sa patience, sa bonté, sa simplicité, lui gagnaient ceux dont la noblesse de son caractère lui attirait le respect. Son indulgence rassurait ceux qu'eût intimidés l'exactitude de ses principes. La force de sa raison lui donnait, sans qu'il le voulût, un ascendant anqnel ne pouvaient résister ceux qui l'approchaient; et qui , jusque dans la dernière prison qu'il ait occa-
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pée, le rendait Tarbitre des différends qui s'élevaient autour de lui , le conseil de ses compagnons d'infortune , leur recours auprès du geôlier, dont il avait adouci la sévérité , changé les opinions , et qui ne parle encore de lui qu*avec attendrissement et vénération, en l'appelant, comme avait fait Louis XVI, le plus honnête homme de France.
M. de la Millière laisse dans la désolation une famille dont il était adoré , des amis qui perdent un guide éclairé et un ami aussi solide que tendre. Il s'est éteint dans Tâge de la force, au milieu de ceux dont le bonheur était attaché à son existence , dont tous les vœux demandaient pour lui une longue vie que semblait lui promettre la force de son tempérament , et dont il eût joui sans les persécutions qui l'ont abrégée. C'est une des nombreuses et innocentes victimes d'une des plus désastreuses journées de notre révolution.