‹ Souvenirs d'un enfant de Paris (volume 3)Chapitre 32 sur 55 · I.E PRINCE lîOLAND · texte numérisé non relu

I.E PRINCE lîOLAND

blent défier rimagination même de la munificence. <^<omme il y a une urbanilé, il y a un art du million dont les Monlyons et les Petits Manteaux bleus légendaires n'enseignent pas toute la pratique, et loin de là. Que de preuves n'en avons-nous pas eues, grotesques ou scandaleuses, dans le Paris moderne, vaste cuve d'or en ébullition, et quel Balzac écrira le manuel du millionnaire !

Oh ! pas moi 1 Au temps où les monographies, genre perdu et charmant, étaient encore à la mode, j'aurais peut-être pu en essayer une du type d'aprcs le modèle aimable avec lequel j'ai couru la Corse en zigzag, comme les écoliers de Topffer la Suisse.

Il est certain que du haut de son mirliton d'airain le terrible chef de la dynastie césarienne, qui ne badinait pas avec l'étiquette, devait un peu loucher à notre petite caravane, composée des touristes les plus disparates, et menée en deux vieilles calèches ajacciennes, à tout le moins contemporaines du cardinal Fesch. Je ne sais pas dans quel musée de démolilions le piqueur du prince, Pascal Sinibaldi, corsicain lui-même, avait déniché ces carrosses d'évêque en tournée de confirmation, brimbalant et sonnant la crécelle, ni les quatre haridelles squelettiformes dont un équarisseur génial les avait attelés, mais ce que je sais c'est que dans ces équipages royaux, le roi soleil traînant sa cour à Marly, nous apparaissait misérable, tant nous portions en nous cette joie qui dore les choses et métamorphose les êtres.

Comme il faut toujours songer que l'Histoire vous regarde, Vincent Bonnaud avait mobilisé un photographe dont la fonction était de fixer nos attitudes romantiques ou naturalistes devant les beaux spec-

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lacles de la nàluiv, noliiminciil aux pirds des moiilag-nes. J'estime ù ccnl ol quelques le nombre des imag-es du chasseur de mouflons prises dans les poses diverses de celle vénerie hyperholique.

Le chiffre de mes porliails « ralanl une a<iuarelle » esl un peu moins considérable parce (|ue le phologra()he ne les ohlenail que par sur|irise el (Jans un mauvais éclairage. Mais celui dont les traits ne périront pas était le savant bibliothécaire du prince, Escard, toujours prêt à jouer les premiers plans elà orner de son sourire érudil les cimes, les vallées, les torrents, les ruines el lesaubergesqui justiliaienl de quelque halte pittoresque. Cet excellent homme était unique pour la science aérométrique du vol d'oiseau. A n'importe quel arrêt, voire pendant la couise, aux montées comme aux descentes, il di.sait infailliblement : — Nous sommes à « tant » au-dessus du niveau de la mer! — Et c'était ça, car, quoique gascon, il n'exagérait pas là-dessus ni en plus ni en moins d'un millimèlre. — A quoi vous y reconnaissez-vous ? lui tiemandait le prince. — A la couleur de la neige, répondait le Périgourdin. — Et nous allions ainsi à travers villages et maquis, à laventure des routes, n'établissant des plans que pour y contrevenir, el pénétrant «Jans des coins inexplorés des Bîedeker et des Joanne, à la fatjon des peintres et des zingaris, qui est la l)onne. Le tourisme idéal est celui qui conduit à <les lieux que le pied de l'Anglais n'a pas encore foulés. Ils sont rares, mais il en restait en Corse en \SH- et dont le priîice Roland fut le Bas-de-Cuir, Vincent Bonnaud la Longue- Carabine et moi le Fenimore Cooper. Il s'y dresse probablement aujourd'hui des palaces hôtels suisses

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