‹ Souvenirs d'un enfant de Paris (volume 4)Chapitre 44 sur 50 · JEAN-JACQUES HEN.NER · texte numérisé non relu

JEAN-JACQUES HEN.NER

demandait si ma vue était bonne, si je n'avais pas des bkiettes dans les yeux et il me conseillait de me faire impressionniste. Peut-on voir? disais-je en me rapprochant d'un chevalet couvert de sa housse. — Bas engore. Vumons d'abord une bibe. — 11 allumail la sienne et procédait au raclage de sa palette.

Je mets en fait qu'on peut juger d'un peintre, o* tout au moins le connaître, rien qu'à le voir charger ou racler sa palette. Celle d'Henner déjà toute pareille à ses tableaux, en étalait l'harmonie tluide et les tonahtés simples. L'ocre d'or et le blanc d'argent y étagaient leurs monticules parallèles et coulaient en transparence dans la pente du vallon jusqu'au puits où le pouce se replie. Puis c'étaient les roux et les bruns, maintenus très ne(s hors du dosage des mélanges. Ensuite les deux bleus fondamentaux, cobalt et outremer, et enfin l'Etna du bitume. Quant aux brosses, plates et douces, deux ou trois, pas plus, et le couteau à palette. Nul autre attirail de sorcellerie et, avec cela, it repeuplait les étangs et les clairières de ces divinités exilées que pleurent les poètes, û nous rendait le bois sacré. Ah ! le divin évocaleuri

Jean-Jacques Henner dispute au Titien, au Corrcge et, si l'on veut, au Giorgione la maîtrise du corps de la femme, « qui tant est poli, souef et beau », dit Villon. Ils ont dit le dernier mot plastique de l'argile idéale, mais chez l'Alsacien cette argile est mêlée de nacre. Elle a la fraîcheur de l'origine symbolique qui la trempe dans l'écume irisée des eaux. Toutes les nymphes d'Henner sont vierges. C'est le troupeau des vestales de Diane qui ne vieillissent jamais, qui ne peuvent pas mourir et qui ne doivent pas aimer. Elles se rient des œgipans et des chèvre-

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pieds mais encore plus «les hommes peut être, auxquels il ne leur resle rien à dire d<'|)iiis (jirils ont désappris la lanf>:ue olympienne. Étendues sur le lapis des prairies, aux bords des fontaines qui les reflètent, sous le dôme profond des frondaisons, elles nous regardent courir, sourds, aveugles, convulsifs, à nos afTaires, à nos querelles, et semblent se demander en quoi la vie moderne l'emporte sur la vie antique et ce que nous av(jns gagné au culte des dieux tristes.

Aussi sont-elles les saintes icônes et les lares domestiques des foyers où l'intellectualité garde ses droits. Henner les a généreusement multipliées, du reste. C'est par centaines que ses naïades et ses dryadesaux chevelures dorées, aux carnations d'ambre accouraient des grottes et des futaies poser dans l'atelier de la place Pigalle, baignées dans le clair obscur (ju'il y maintenait comme étant leur atmosphère propre. Et quand d'un geste prompt, pres(pie d'escamoteur, il dévoilait celle du jour sur le chevalet, il jubilait comme un enfant du « coup qu'elle vous portait ". — « Hein? faisait-il... » — Oui, j'ai connu un homme heureux.

Son œuvre, on le sait, se développe sur trois recherches, mais consacrées toutes trois à l'é'tude dr la chair lumineuse de l'homme, soit dans un éclairage, soit dans un autre. D'abord, les sujets mythologi(pies, puis les scènes du poème évaiigélique, et enfin les portraits. 11 en a peint de prodigieux, d'une vie magique, où l'art de Rembrandt dans les « Syndics " d'Amsterdam est certainement ('gale. Lorsque le temps les aura patines, rien ne ti''ndra dans l(;s musées auprès de certaines effigies de vieilles dame.i

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