‹ Souvenirs d'un enfant de Paris (volume 4)Chapitre 43 sur 50 · JEAN-JACQUES HENNER · texte numérisé non relu

JEAN-JACQUES HENNER

J'ai connu un homme heureux. Inutile de vous due que c'était un peintre. L'art de peindre est le seul dont l'exercice, ou, si voulez, le métier soit sans corvée, et qui fasse la journée sereine à ses travailleurs. Point de peintre morose, la palette au poing, dans son atelier, et moins encore en plein air, devant la nature, car là il chante à tue-tête, pour chanter, le ton et le son étant frères. Oh ! les paysagistes ! Si j'avais à recommencer ma vie..., mais laissons, il est trop tard.

L'homme heureux que j'ai connu c'était Jean-Jacque Henner, le Corrège d'Alsace et de France.

J'allais souvent le voir à son « studio » de la place Pigalle, dans cette drôle de maison toute en vitres

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où il voisinait avec Piivis de (^liavaniies, cl c'rlail quand jélais las el découragea d'écrire el do mellro du noir sur du blanc que le besoin me prenait de m oindre de courage, de force et de joie au frollement de ces beaux génies.

llenner n'ouvrait sa porte quh la tombée du jour, quand il en avait employé toute la lumière. Encore ne fallait-il pas qu'il eût à mettre au courant sa correspondance el, s'il était en retard avec celle d'Alsace, il eût laissé le Père Elernel tirer la langue sin* son paillasson. — ("lie n'v suis bas aucliourd'luii, jer ami, vous criait-il, clie zuis tans ma vamille.

J"ai tians les yeux encore la vue de cet atelier de la place Pigalle (pi'il occupait depuis son retour de Rome, en iSC)',. Rien n'y avait été changé, |)as même le Tieux {)oèle Ac faïence où s'étaient cliaulTées Joules ses nymphes, et dont les murs sans décoration s'embnmiaient des gazes de la nuit prochaine. Heimer n'y voulait ni tableaux ni esquisses, non seulement d'auliui, mais de lui-môme. C'était comme une vaste eellule monastique où l'on rêvait mieux un Fra Angelico qu'un prêtre assermenté du panlhéi":me. La baie aux rideaux mobiles, dont il dirigeait le jeu de lumière avec un long appui-main, à la façon des j)holographes, selon les elTets de clair-obscur à obtenir, ne laissait filtrer qu'un demi-joui* rembrandiescpie sur les chevalets d<'>jà recouverts de leurs toiles el Toilés. Le peintre redoutait la « boussière sur lu beinture vraîche « et il en préservait avec soin les morceaux de la journée. ,]o lui définissais ainsi la sensation rêçne :\e ci'\ atelier mylliolo^iquc : Il me semble toujours en entrant chez vous, qu'il y llolle des toiles d'araignées. Cette image le iléi-idail. Il ni<'

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