‹ Souvenirs d'un enfant de Paris (volume 4)Chapitre 48 sur 50 · PAUL GAUDRY · texte numérisé non relu

PAUL GAUDRY

marier l'opulence litiauesque aux grâces mystérieuses du Vinci et y fondre encore dans les carnation:^ la louche moelleuse du Corrège, sans que l'œuvre y perde rien de son unité et laisse percer la moindre discordance, c'est ce que seul peut-être il pourrait nous expliquer. A dater de cet envoi célèbre, suivi du retour du peintre à Paris, la vie de Paul Baudry échappe à l'historiographe et ne relève plus que du catalogueur. Le travail la voile de son beau silence. Si le propre des peuples heureux et des femmes honnêtes est de ne pas avoir d'histoire, celui de l'artiste laborieux et créateur est de ne point donner pâture à la curiosité publique. Nulle biographie n'est plus stérile en événements romanesques que celle de Baudry ; elle peut se résumer à deux mots : il eut des commandes et les exécuta. Rien de plus. Mais quel drame peut être comparé à celui de cette création sans repos, qui ne laisse pas un jour la main inoccupée, pas une minute le cerveau oisif, et qui fait des vies d'artistes au dix-neuvième siècle un véritable martyrologe. Que le lecteur jette les yeux sur la liste des tableaux peints par Baudry de 18^7 à 1876 et qu'il les énumère: ils sont au nombre de près de CENT QUATRE-VINGTS, dout quelquesuus, tels que les plafonds de l'Opéra, encadrent vingt à vingtcinq personnages. N'est-ce pas là une production eiïrayante I Et Baudry n'a encore que 48 ans. Il est vrai que cette Fortune, à laquelle il a consacré l'un de ses premiers tableaux, semble l'avoir traité comme le jeune enfant endormi sur la margelle du puits: cette généreuse déesse a-t-elle ôté son bandeau pour constituer au peintre les six glorieuses mille livres de rente dont il jouit aujourd'hui, le Crésus ? Le

trailenionl d'un sous-cheC do Inireau dans un minislôro !

Lo lecteur, sans doute, n'attend pas de moi que j'entreprenne ici une étude complète et raisonnée de cette œuvre considérable. Il y faudrait un gros volume. Du reste, je l'ai déjà écrite en partie, du moins pour ce qui a Irait à la décoration de l'Opéra (i). Je ferai seulement remarquer par quelle série de travaux préparatoires Baudry s'est mis en mesure d'affronter la responsabilité d'un tel travail et de se montrer à la hauteur des espérances que fondaient sur son talent M. Charles Garnier et, avec lui, toute la France. Il faut remonter jusqu'au seizième siècle et à la Renaissance, pour trouver dans un maître tant de conscience unie à tant de valeur, et une si fière modestie. Non content de s'être exercé dans les riches demeures particulières, à cet art décoratif dont il possédait à fond la théorie, et pour lequel il est doué d'un génie naturel, Baudry, aussitôt la commande reçue, part pour Rome, et s'astreint à copier, comme un humble élève, les onze fresques de la Sixtine. Il va se faire la main au commerce intime de Michel-Ange. Au sujet de ce voyage, Théophile Gautier écrivait: « L'œuvre de Michel-Ange se présente tout d'abord à l'esprit comme une consécration de la force. Mais, quand on l'étudié, on s'aperçoit bientôt que ce Titan de la peinture a une grAce suprême, — la gr;"ice des forts ! Il possède une élégance hautaine, une coquetterie grandiose, un charme

(1) Voir Peintures décoratives, de Paul Baudry, au grand foyer de l'Opéra, par M. Emile Bi:RGEnAT, préface de Théophile Gautier. Un volume in-18, chez Michel Lévy, 1875.

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