PAUL BAUDRY
surhumain, et, dans sa sévérité même, une volupté féminine indéfinissable. Pour s'en convaincre, il suffit de regarder, sur les tombeaux des Médicis, les figures étrangement belles et d'une fascination si puissante de la Xail et de r Aurore, et, au plafond de la Sixtine, Eve, d'une incomparable beauté, que n'atteignit jamais Raphaël, irrésistible tentatrice pour qui Adam dut perdre le paradis sans regret. D'autres personnages de pendentifs et des voussures ont cette grâce fière qui fut comme l'aristocratie et l'insolence du Beau. »
Ceux qui ont vu au Musée des Copies, si intelligemment réunies par M. Charles Blanc, les reproductions de la Sixtine, faites par Baudry, comprendront toute la justesse de cette remarque de Théophile Gautier. Mais, après s'être pénétré de cette « insolence du Beau » que dégage Michel-Ange, Baudry voulut encore s'assimiler rinefTabililé qui émane de Raphaël. De là son voyage à Londres et les copies qu'il en a rapportées des cartons d'Hampton-Court, Il était prêt désormais, et pouvait regarder sans terreur les cent mètres de muraille que Garnier lui donnait à décorer.
Qu'ajouter maintenant à cette biographie à la fois trop courte et trop longue ? Parlerai-je des soucis et des points noirs de sa vie ? Dirai-je les appréhensions qu'il a de voir un jour ou l'autre ses peintures de l'Opéra rongées et détruites par le gaz du foyer. Il voudrait que l'Etat les fit copier, elles aussi, par les meilleurs élèves de l'Ecole, et qu'on plaçât ces copies à la place des originaux. Ce rêve sera-t-il comblé, je l'ignore. M. Garnier, du reste, se rit des craintes de son ami, et l'accuse d'être mauvais chi-
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misle. Non seulemonl \o '^qt. no ronge pas, selon lui. les j>oinUir('s, mais encore il les cnihaiimo !
Vn autre malheur, plus grave celui-là, menace Baudry dans sa renommée el dans l'avenir de son œuvre. L'un de ses chels-d'œuvi-e, el l'un des ouvrages auxquels il lient lui-même le plus, appartient à une personne qui en interdit obstinément la vue h tout visiteur. C'est son droit, sans doute, car le plafond a été payé à l'artiste. Mais cette personne nourrit, dit-on, le projet digne d'elle de détruire à sa mort tous les objets témoins de sa vie opulente, et d'engloutir avec elle, dans le néant et l'oubli, ses richesses (i). Baudry est averti de cette résolution orientale, et il ne ressent aucun enthousiasme pour elle, attendu que sa décoration est comprise dans l'holocauste babylonien. Son intention bien arrêtée est de parer aux coups en reproduisant l'ouvrage. On lui objecte qu'il n'en a pas le droit. Cela est fort possible, mais il ne manque à la gloire de lartiste que de perdre un pareil procès.
{Galerie Contemporaine.)
(1) La décoration dont il osl ici «lueslion csl celle de l'hôlel l*aïva, aux Clioinps-IIIysée>. EJIe a, grâce à Dieu, éclinppé au n'-ve néroiiicn de l.i terrible liAt.iïre.