UN BILLET BLEU
épée el sanclionnait le verbe par le geste. L'a duel fameux, à la Beau manoir, où il avait fait honneur sur place à plusieurs adversaires consécutifs, l'avait campé en pleine lumière parisienne, el comme l'écrivain en lui avait la même valeur que le duelliste, la place de chef d'une rédaction lui allait comme de cire. En sus, Henry de Pêne adorait les lettres et les lettrés, et l'accueil qu'il leur faisait mêlait tant de d'urbanité à tant de bienveillance que je crois rêver quand je l'évoque. J'en citerai un trait tout à l'heure-
Emile Blavet était le secrétaire de rédaction et il reproduisait, en la multipliant, l'aménité de son chef de Ole.
Écrivait au Gaulois qui n'écrivait pas au FigaiX) ou qui, pour une raison on pour une autre, rompait avec son maître un peu fantasque. Lan des chroniqueurs attitrés de la concurrence était Edmond About qui, naturellement, avait entraîné Sarcey dans son orbe. Il en résulta que, grâce à ce dernier, j'eus accès dans l'organe.
C'était \e temps où son maître-reporter, l'allègre et bon vivant Armand Gouzien, musicien lui-même, organisait à la fois les premiers voyages d'initiés \vagnériens et cette battue en Alsace, à la recherche du monstrueux Troppmann, qui est Tune des légendes du reportage. La randonnée de policier amateur qu'il menait dans les V^osges sur la bête féroce avait lancé Le Gaulois et par elle le papier de la rue du Heider faisait la pige au papier de la rue Rossini.
Le jour où, muni de la recommandation de mon ancien professeur, je me présentai aux bureaux du journal, il y avait dans l'antichambre trois personnes qm y parlaient à haute voix, avec des élancements
(ICnllioiisiasme. d'un pèlerinago à Munich, en Bavière, el d'un saint ignoré de mon calendrier. L'un de ces visiteurs était Villiers de l'Isle-Adam. Il ne tenait pas en place et sautait dune banquette à l'autre dans des attitudes d'écureuil qui décortique une noix qu'on veut lui prendre.
Les deux autres, couple rayonnant, unis par un mariage où toutes les muses et Apollon lui-môme avaient présidé, c'étaient Catulle Mendès et sa femme, Judith Gautier, la fdle aînée de Théo l'impeccable. Je les ai vus là pour la première fois, sans me douter que nous dussions être plus lard liés par la double chaîne de la famille et de l'amitié, et le souvenir de cette rencontre me reste comme ime apparition de la perfection humaine. De tels êtres sont faits pour nous rendre au culte des dieux, à la foi en leurs incarnations terrestres et à la splendeur mystique du panthéisme.
Ils allaient tous les trois voir Richard Wagner en Allemagne et venaient chercher les permis que Gouzien leur avait obtenus de la direction. Edmond Tarbé les leur remit lui-même, leur souhaita bon voyage et me reçut dans son cabinet.
J'ai toujours été fort timide, et mes meilleurs amis m'ont souvent dit que les efTorts que je fais pour dompter ou masquer ma tramontane ne servent qu'à .en aggraver les effets fâcheux. La gaffe est ma muse.
— Vous êtes sans pareil en ceci, m'assurait un jour Mme Jane Hading, que vous dites toujours ce qu'il ne faut pas dire, et vice versa du reste. Le don d^ l'impair le dispute en vous à sa fatalité.
l'allé avait raison, mais j'ai essayé de me taire, sys-