‹ Souvenirs d'un enfant de ParisChapitre 40 sur 59 · I,.\ MAISON DE NELH.LY · texte numérisé non relu

I,.\ MAISON DE NELH.LY

il avait répondu par ce mot célèbre, mis en sonnet par Auguste Vacquerie :

— On bat maman, j'accours.

Il croyait, d'ailleurs, à la victoire, ayant foi à tout ce qui l'assurait alors à notre race et ne doutant pas que le neveu ne i'ît honneur à l'oncle dans un métier où la famille s'élait taillé un manteau brodé d'abeilles. Il en avait chanté les Vieux de la Meille, et pour le reste il en restait à léna. Ni la suite progressive des désastres, ni la marche des hordes sur la Ville, ni même son encerclement à bombardes, ne l'avaient désarmé d'une illusion, et, là, il était vraimentimpassible. Le premier coup porté à son patriotisme de poète lui vint du conseil que ses amis lui donnèrent, et Turgan plus pressant que les autres, de mettre en sûreté sa galerie de tableaux^ qui était d'ailleurs toute sa modeste fortune. Le jour où l'expert Haro vint, rue de Longchamp, avec une voiture de déménagement, emporter les chères toiles au milieu desquelles il vivait ses rêves et rêvait sa vie, il comprit (jue tout s'écroulait et qu'il resterait sous les décombres. Il alla rue de Beaune, en fataliste, derrière la lapissière, comme on suit un char funèbre, escorté de ses sœurs et portant dans ses bras Éponine.

^lais, en novembre, il ne put plus y tenir, et,sans écouter ce qu'on lui contait, ni ce qu'il lisait dans les feuilles, de la pluie d'obus qui rendait les voies impraticables, il voulut voir la maison abandonnée.

« Quand on pénètre dans un logis désert depuis longtemps, il semble toujours qu'on dérange quelqu'un. Des hôtes invisibles se sont installés là pendant votre absence et ils se retirent devant vous ;on : croit voir flotter sur le seuil des portes qu'on ouvre

le dernier pli (lo leur robe qui dispaniil. La solitude et l'abandon faisaient ensemble quelque chose de rayslérieux que vous interrompez. A votre aspect, les esprits (]ui chucholaient se taisent, Taraignée tissant sa rosace suspend son travail ; il se fait un silence profond et, dans les chambres vides, Técho de vos pas prend des sonorités étranges. .. »

El -' ri m passible » écrit encore :

« Une n)élancolie profonde s*em})arait de nous à regarder ces lieux où nous avons aimé, où nous avons soulTei-t, où nous avons supporté la vie telle qu'elle est, mêlée de biens et de maux, de plus de maux que de biens, où se sont écoulés les jours qui ne reviendront plus et qu'ont visités l)ien des êtres chers partis pour le grand voyage. Nous avons senti là, dans notre humble sphère, quelque chose d'analogue à la tristesse d'Olympio.» ( « La Maison abandonnée », Tahlcaux de Siège,)

Lorsque je commençai de hanter chez le maître, à qui j'allais bientôt pouvoir donner le nom de père, la galerie de tableaux était revenue, et les aîtres étaient reconstitués. Les dieux lares avaient repris leur place au foyer, les chats dans les armoires, Kponine à son couvert, et la Victoire du Parlhénon régnait sur 1 habitacle.

Théophile (lautier, je lai dit, avait deux sœurs, qu'avant la guerre il entretenait à Montrouge, en vieilles demoiselles. L'unedelles, Lnùlie, qu'on appelait Lili, était charmante encore lorsqu(,' je la connus, et son frère ne se lassait pas de rappeler à tout propos qu'elle avait été jolie comme les amours. Toujours gaie et souriante, elle allait et venait, distraite, myope, l'esprit ailh'urs.se cognant à tous les meubles

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