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fermé ma fenêtre, je tirai de mon secrétaire une allumette dont j'allumai ma lampe, et j'écrivis à mon ami les quelques lignes suivantes :
" O mon cher et bien-aimé Didier, quand tu recevras ces lignes que je te dicte le cœur gros de douleur, je serai déjà loin de toi ! Qu'il m'est pénible de partir sans te dire adieu ! ! ! mais une pensée me console, c'est que j'espère te voir bientôt auprès de moi. Ainsi courage et espérance. Aussitôt installé, je m'en vais travailler pour toi, et j'ai l'espoir de réussir dans mes entreprises. De ton côté prie Dieu qu'il bénisse mes efforts. Sans lui, vois -tu, tous les efforts des homme3 sont nuls, lui seul tient dans ses mains toutes puissantes no3 destinées. Bénissons donc, cher Didier, cette divine Providence qui souvent ne nous éprouve au creuset de l'adversité que pour mieux remplir plus tard les desseins qu'elle a sur nous. La vie, vois-tu, est semée de ronces et d'épines, remplie d'amertume et de déboires, c'est pourquoi nous devons lutter héroïquement dans l'arène et ne pas abandonner volontairement notre flanc à dévorer au vautour.
Pour te distraire et chasser l'ennui, vas encore quelquefois sous les arbres connus où nous avions l'habitude d'aller respirer le frais, et fais-y quelques-unes de ces lectures charmantes que nous
savouerions avec tant de délices. Je serai auprès de toi, et tu pourras dire : tiens, Hamelin, m) sait ici.
Dès que je serai arrivé à Laprairie, je t'é crirai mes impressions quotidiennes et te ferai une description de ce village. Cela te distraira. Je te donnerai aussi le nom de la rue et le numéro de ma demeure afin que, si, par hasard, il te prenait fantaisie de venir me voir, tu puisses trouver facilement ton ami. Adieu ! ma bougie brille d'un éclat sinistre, et déjà les étoiles pâlissent et filent sur le ciel que l'aube du jour commence à blanchir. J'entends ma mère qui donne ses ordres à sa servante, pour que nous mangions une bouchée avant de partir. Adieu î Ton ami,
B. Hamelin.
P. S. — Si je puis épargner quelques sous sur mes menus plaisirs, j'en achèterai des livres que je te ferai parvenir aussitôt que l'occasion s'en présentera."
Je glissai cette lettre dans un paquet que je destinais à Didier et je sortis pour respirer l'air frais du matin. J'aperçus sous la remise le cheval attelé et tout prêt à partir. Lrais uT ayant aperçu, m'appela et me dit qu'on me demandait. En entrant je trouvai ma mère à dresser la table, et mon beau-père à faire sa toilette.
— Vite, mon enfant, me dit ma mère, en m'a, percevant, habille-toi. Ton père voudrait profiter de la fraîcheur du matin pour te mener : — fais diligence et reviens prendre une tasse de café.
J'obéis. Une demi heure après nous partions de la maison.
Trois jours après mon départ de St. Philippe, j'écrivis à Didier la lettre suivante : Cher ami,
Il faudrait une plume plus habile que la mienne pour te faire sentir les émotions que j'ai éprouvées depuis trois jours. Que de larmes je versai quand il fallut me séparer de ma mère et laisser ces lieux qui m'ont vu grandir, et qui, pour moi, sont remplis de tant de souvenirs î J'étais accablé sous le poids de la douleur. Ma mère de son côté pleurait et sanglottait. Mais mon beaupère, fatigué de ces jérémiades, m'ordonna de monter en voiture, et nous partîmes. Le soleil venait de se lever. La route fut triste et monotone, car ni les sites pittoresques qui se déroulaient devant nous au fur et à mesure que nous avancions, ni les jaunes moissons qui ondulaient au vent le flot doré de leurs épis, ni le chant matinal de la grive, ne purent me tirer de la mélancolie profonde dans laquelle j'étais plongé
Après deux heures de marche, nous arrivâmes
à Laprairie. Là, mon beau-pore demanda où nous pourrions trouver une maison de pension à bon marché. On lui conseilla d'aller chez M. Lanctôt, marchand en faillite. Là mon beaupère conclut avec M. Lanctôt le marche de ma pension, après quoi l'on me conduisit dans une petite chambre du second, donnant d'un côté sur la rue et de l'autre sur le fleuve. Il n'y avait dans cette chambre pour tout ameublement qu'un vieux canapé, couvert d'un drap de toile écrue, une table peinte en bleu et recouverte d'un tapis de toile cirée, deux chaises de frêne empaillées, et un long crucifix de bois noir suspendu au mur. Le tout était éclairé par deux fenêtres dont les verres luisaient de propreté. Ma chambre, toute pauvre qu'elle était, me plut assez — et puis d'ailleurs sans toi et sans ma mère, peu importe les appartements, quelque splendides qu'ils soient.
De là je descendis au rez-de-chaussée où m'attendait un repas assez passable, servi sur une nappe éblouissante de blancheur. Je mangeai avec appétit, car la route l'avait fort excité* Après le dîner nous allâmes trouver M. O'R. le magister du village. C'est un homme d'une taille moyenne : yeux bleus, cheveux châtains, nez mince un peu retroussé, air sévère où perce
la satisfaction et le contentement de Pégoïsme. H fut résolu que je ne commencerais mes classes que le surlendemain, car il me manquait plusieurs livres dont il me fallait faire l'acquisition avant de commencer mes Etudes.
Le soir, M. Bériau repartit pour St. Philippe et je demeurai seul, seul au milieu de toutes ces figures inconnues. Je montai à ma chambre après la prière du soir faite en commun par la famille Lanctôt. Pieuse coutume de nos ancêtres qui éprouvaient dans leurs cœurs après les travaux du jour, le besoin de remercier Dieu des biens qu'il leur* avait accordés, ou de lui demander la force de supporter les maux qu'il leur avait envoyés. Mais dans notre siècle d'impiété et de matérialisme, on croirait que l'homme a oublié Dieu, le dispensateur de tous les biens dont il jouit. Oh ! l'ingrat ! ! ! !
0, mon cher Didier, c'est alors que seul et livré à ma douleur, se retracèrent vivement dans mon esprit, toutes les joies et les mille souvenirs du foyer domestique, de tous ceux qui me sont chers, et de3 lieux que nous avons tant aimés ! Je vis se dérouler successivement dans mon imagination, comme dans un panorama, les diverses époques de ma \ue écoulée. Tantôt je voguais avec toi dans notre nacelle mignonne et
légère, sur le lac du moulin. Tantôt je parcourais les bois à la poursuite d'une brebis égarée ou bien je m'enfonçais dans les profondeurs de la forêt en quête de framboises et de noisettes ou de la source limpide où nous nous désaltérions. Tantôt je relevais avec Camille au pied des Eboulis nos cabanes de pécheur. Tantôt je lisais sous notre vieil orme, les églogues du poète latin. Tantôt il me semblait te voir prêtant une oreille attentive à la lecture que je te fis de Paul et de Virginie, le premier jour que nous fîmes connaissance. Voilà, cher Didier, quels songes me poursuivirent durant le sommeil de la première nuit que je passai à Laprairie.
Le lendemain, je me levai de grand matin et je partis pour Montréal avec monsieur Lanctôt. Nous nous embarquâmes à bord du Britannia. C'est la première fois que je voyais un bateau à vapeur. Aussi je ne pouvais me lasser de contempler cette espèce de centaure aux naseaux fumants, long comme notre église et fendant avec une rapidité étonnante, les flots bleus du St. Laurent. Quelle vitesse ! Une demi-heure après notre départ, nous étions à la ville. Nouveau spectacle pour moi. Mes yeux étaient éblouis du miroitement de ces innombrables édifices qui s'élancent jusqu'au ciel, et dont les
flèches aiguës, les clochers dorés ou argentés et les dômes bronzés enchantent et ravissent l'âme émue du voyageur ! L'église Notre-Dame avec ses tours de plus de deux cents pieds de hauteur arrête d'abord nos regards étonnés. Derrière ces divers monuments de la cité canadienne, d'autres monuments, d'autres clochers, s'élèvent en amphithéâtre sur le penchant de la montagne à travers les arbres à demi dépouillés de leur feuillage et les champs veufs de leurs moissons qui, à leur maturité, doivent la couvrir du pied au sommet.
Jacques Cartier, a nommé, avec raison, cette montagne " le Mont-Royal." Quand on l'a gravie, et qu'on est parvenu à son sommet le plus élevé, le regard se trouve soudain frappé du spectacle le plus grandiose. Ce sont des champs cultivés qui, entremêlés de vergers, semblent au loin des jeux de cartes de différentes couleurs ; les villages des campagnes environnantes qui paraissent comme de petits cailloux brillants semés par la main d'un enfant, le fleuve comme un filet d'argent à travers le vert émail des prairies, et les îles comme des nids d'oiseaux arrachés par la tourmente et semés ça et là sur le flot azuré qui semble les entraîner dans son courant. À nos pieds, Montréal qui se déroule
majestueusement sur un espace de deux lieues environ ; sur le port, des centaines de vapeurs qui font entendre leur sifflet strident, et des milliers de naviresqui étalent fièrement dans les airs leurs mats élancés, entrelacés de cordages et de pavillons omnicolores qui font comme une espèce de frange à la cité canadienne.
Que de changement depuis trois siècles ! Quel cri d'étonnement ne feraient pas entendre les tribus sauvages qui habitaient ce pays maintenant couvert de villes et de villages, et qui alors ne présentait partout que des forêts vierges et des déserts inhabités ! Telle est, mon cher Didier, l'œuvre de la civilisation ! Mais il y a cependant au fond de tout ceci une pensée douloureuse pour le philosophe. En effet que sont devenues toutes ces nations qui peuplaient l'Amérique lors de la conquête ? C'est à peine s'il reste encore quelques traces de toutes ces tribus guerrières. Hélas ! cher Didier, il faut l'avouer avec douleur et à la honte de l'humanité, ces fiers caciques sont devenus la proie des peuples prétendus civilisés de l'Europe. Du midi au septentrion, des bords glacés du Labrador aux Cordillières de l'Equateur,, tout est devenu la pâture d'impitoyables ravisseurs.
Cher Didier, je n'ai saisi à Montréal que la
superficie des choses, et j'attendrai jusqu'à ce que j'y ai fait un autre voyage, pour te donner de plus amples détails.
J'ai commencé hier à aller à l'école. M'y plairai-je V C'est ce que je ne puis prévoir pour le moment ; mais ce que je puis te dire avec certitude, c'est que je suis bien ignorant. Et rien ne me surprend, puisque j'ai passé mes premières années à lire. Aussi grammaire, calcul, géographie, tout cela c'est de l'iroquois pour moi. Quant à l'histoire, j'en sais énorménent plus qu'eux. Mais cette connaissance est bien peu de chose aux yeux du maître, car il n'estime que le chiffre. J'aimerais assez mes compagnons de classe, si tu étais là, mais sans toi tout m'est indifférent. Je t'écrirai encore bientôt afin de te tenir au courant de ma vie ici. Adieu ! Prends courage. Ecris-moi et n'oublie aucune des particularités qui peuvent m* intéresser. Parle moi de ma mère. Je- t'envoie- avec cette lettre deux volumes que j'ai achetés à la ville ; tu me les renverras aussitôt que tu le3 auras lus, afin que je les lise. Adieu! nous nous re verrons dans quatre mois et comme les* vacances dureront un mois, nous aurons le temps de nous donner bien de la joie et du bonheur. Ton ami,
H. B. Hamelin.
Plusieurs semaines s'écoulèrent après l'envoi de cette lettre à Didier, puis je reçus de lui la réponse suivante :
Cher ami,
Je désirais t'écrire, depuis longtemps (et peut-être as-tu déjà taxé mon silence d'indifférence ou d'ingratitude), mais la difficulté que j'éprouve à rendre mes pensées lucides, a été seule la cause de mon retard, j'ai peut-être écrit vingt pages avant d'en trouver une qui fût passable.
Cher Hamelin, je n'entreprendrai pas de te peindre la douleur que j'ai éprouvée quand j'af appris ton départ subit. C'est une tâche qui dépasse mes forces ; qu'il te suffise de savoir que je fus huit jours entiers comme un homme dont l'esprit est aliéné ; je perdis peu à peu l'appétit dont j'avais, hélas ! pourtant si grand besoin pour soutenir mon pauvre estomac délabré ! Inconsolable de t'avoir perdu, j'errais le soir à l'aventure sur le bord du ruisseau, près du vieux moulin ou du noyer, et là je passais de longues heures à verser des larmes ! 0 douleur ! 0 désespoir ! Je ne te reverrais peut-être plus que dans l'éternel séjour ! Et ces courses noctunes, je le sens maintenant, m'ont arraché le peu de forces qui me restait. 0 cher ami, je
suis dans un état tout à fait alarmant ! Je m'en irai avec le retour des premières feuilles du printemps ! Mais la seule chose que je demande en grâce au ciel, c'est de pouvoir te presser sur mon cœur avant que de mourir ! 0 mon ami, elles se sont donc évanouies pour jamais ces douces et saintes espérances dont nous osions nourrir notre imagination enfantine ! 0 Dieu infini et maître de la vie, faut-il, hélas ! quitter si tôt, si tôt, tous ceux que j'aime ! 0 mort cruelle dont j'entrevois déjà les cruels moments, pourquoi m'arracher si vite de cet univers dont je n'ai fait encore qu'entrevoir la blanche aurore ! Il faut donc faire un éternel adieu à tous les objets qui m'environnent ! Et toi, ô mon ami, si tu tiens à voir ton malheureux ami, sur cette terre, ne tarde pa3 à venir aux premiers beaux jours du printemps. O qu'il me serait douloulaflËz de mourir sans te voir ! Mais la douleur me suffoque, j'étouffe, adieu ! Je crains bien, hélas ! que cet adieu ne soit le dernier !
Ton ami infortuné,
Didier.
Xa lecture de cette lettre trempée de larmes,
me jeta dans une profonde tristesse. Chaque
mot tombait sur mon cœur, comme un tison
.ardent! Que de larmes je versai durant cette
nuit ! Que de sanglots étouffèrent ma voix, et arrêtèrent dans ma gorge, les mots prêts à sortir ! Pauvre Didier ! Malheureux et tendre ami ! Comment reconnaîtrai-je jamais une amitié si vive et si désintéressée ! Cher Didier, tes sentiments magnanimes répandaient dans mon coeur un charme invincible, et lui dévoilaient ta belle âme et les vertus sublimes dont elle était remplie.
— Cher Deschamps, me dit-il, avez-vous jamais éprouvé une amitié quelconque? Voyez, plongez un long regard dans vos souvenirs, et si vous trouvez dans vos années écoulées quelques amis d'enfance, dites-moi, si, à cet âge, votre cœur fut capable de ressentir une amitié plus sainte, plus pure, plus durable ?
Mais la Providence, qui tient dans sa main toute puissante et éternelle la destinée des mortels, devait bientôt briser les liens fragiles -qui unissaient nos cœurs et les faisaient battre à l'unisson ! Tel est le sort des destinées humaines î Dieu permet que de temps en temps il arrive de ces séparations cruelles entre amis, entre époux, entre frères, entre sœurs, pour faire sentir à tous le néant des affections terrestres, et des vains désirs des hommes.
Depuis la réception de cette lettre, mon âme
devint tellement sombre, triste et désespérée, que je négligeais tous mes devoirs. La classe m'était devenue insupportable, et je ne faisais que soupirer après l'heureux moment de revoir Didier. Je passais mes jours à regarder passer les habitants de la campagne qui venaient au marché dans l'espérance de trouver parmi toutes ces figures, un visage connu qui pût me donner des nouvelles de Didier.
Cependant les semaines et les mois s'écoulèrent et le printemps revint sans avoir pu rencontrer une seule personne de ma connaissance» Enfin, fatigué d'attendre en vain, et de ne recevoir aucune nouvelle, je pris la résolution soudaine de m'enfuir. Cette idée n'eut pas plutôt traversé mon esprit que je montai à ma chambre, profitant de l'absence des habitants de la maison qui étaient occupés au jardin. Là, je fis mon sac de voyage, puis passant près du garde manger je mis quelques gâteaux dans mes poches, et je sortis. Je rampai le long d'une pile de bois qui se trouvait dans la cour et je parvins à m'échapper sans être vu. Dix minutes après je me trouvais en pleine commune. Quelle joie ! quel bonheur de me retrouver dans la campagne. Avec quelles délices je savouerais le grand air, cet air embaumé dont j'avais été privé depuis
si longtemps. Je bondissais de joie. Je ne marchais pas, je courais. Déjà disparaissait derrière moi, dans le lointain, le village de Laprairie, et plus je m'en éloignais, plus je sentais la joie pénétrer dans mon cœur. 0 que j'avais hâte de voir poindre à l'horizon le toit paternel ! Pour arriver plus tôt je passai à travers les champs et les bois, et j'arrivai enfin sur les bords du ruisseau, témoin de tous les jeux de ma première enfance ! Alors je vis briller à travers les arbres verdoyants de la plaine, le clocher qui m'a vu grandir. A cette vue le cœur me battit à rompre son enveloppe, et incapable de maîtriser plus longtemps le sentiment intérieur qui me dominait, je me mis à courir de toute la puissance de mes jambes. Enfin, 0 bonheur ! 0 joie inexprimable ! 0 liens sacrés et divins de l'amour maternel, j'arrivai, j'entrai, je me jetai en pleurant au cou de ma mère qui fut surprise de mon arrivée, mais qui me rendit avec effusion du cœur, mes caresses et mes larmes.
— Mais avec qui es-tu venu, me demanda- t-elle enfin?
— Seul et à pieds, dis-je à ma mère.
— Comment se fait il que M. Lanctôt t'ait laissé partir ainsi ?
— Par la raison bien simple, répondis-je, que je suis parti sans les avertir.
— Quoi ! mon enfant, dit ma mère, tu es parti sans les avertir. Mais tu vas les mettre dans une inquiétude affreuse. Ils croiront que quelque malheur t'est arrivé.
— Soyez tranquille là-dessus, dis-je, un de mes compagnons de classe que j'ai vu avant de partir doit les informer de mon départ.
— C'est toujours très mal ce que tu as fait là, mon enfant. Il ne faut jamais partir de chez les gens auxquels nous te confions et qui nous représentent, sans en demander la permission.
— Je le sais, cher maman, mais je voulais voir Didier, et à propos, comment se porte-t-il ?
— Ah ! mon pauvre enfant, Didier est délivré des souffrances d'ici-bas. Il est ... .
— Quoi ! mort, interrompis-je. Ah ! que je suis malheureux! 0 Didier, o cher et bienaimé Didier, mort ! Et je n'étais pas auprès de toi pour recueillir ton dernier soupir ! O trop barbare destinée, m'écriai-je, pourquoi m'avoir refusé le bonheur de le serrer sur mon cœur avant de nous séparer pour jamais ? Puis je versai des torrents de larmes.
— Voici, mon enfant, une lettre qu'il t'a écrite avant de mourir.
Je la saisis avec avidité, et l'ayant décachetée, je lus, à travers mes sanglots, cette dernière
lettre de mon pauvre Didier. Chaque phrase m'allait au cœur comme un poignard ! Voici ce que contenait cette lettre :