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linstinct carnassier.
Jamais il ne cherche à mordre ou à égratigner comme la plupart des bêtes faaves. Au contraire, son petit œil doux, serein et limpide brille d’une douceur inexprimable. Si plus tard, il devient méchant, ce sont les mauvaises impressions qu’il à reçu autour de son berceau, qui l'ont rendu tel.
O vous, moralistes de toutes sectes, n’allez pas chercher vainement dans la nuit des temps, la cause primordiale de la dépravation du genre humain. (1) Nos lois barbares, nos mœurs corrompues, nos usages stupides, la misère, lanudité, la faim, la soif ont seuls produit tous ces malheurs. Montrez-moi dans l’univers un homme heureux, comblé de biens, sain de corps et d’esprit, jouissant de la considération de ses compatriotes qui ait jamais tué son semblable. Mais entrez dans les prisons et les bagnes, qui trouvez-vous ? La misère au teint hâve, déguenillée, farouche, qui ne voit dans le monde que la loi du plus fort. Et sans aller si loin dans les misères
de l'humanité, que d'hommes se sont vus sur le
point de commettre une injustice, que dis-je, un crime, parce que le besoin du moment les aiguillonnait, Ah! que de contrariétés dans cette pauvre vie ! Que de déceptions cruelles et dou-
(1) Je fais ici exception du péché originel.
lour:
de I:
jama tribu, bizar: rons ( nous, souffr
ne pet chang Suppo vie, et certain et nua; dessus Jef Camille demeur Ce je qualités sidératid Juricuse vres.
Il aval noirs, vif toujours, taille sou
EXILËÉ CANADIEN. 63
à loureuses ! Dites-moi, Ô vous heureux favorisés 8 de la fortune, le ciel de votre existence n'a-t:il n jamais été assombri par quelques nuages ? N'at- Si tribuons donc pas à des causes fantastiques et u- bizarres, les maux qui affligent notre globe. Ador- rons en silence les desseins de la Providence sur D nous, mais n’agravons pas, par nos sophismes des as M souffrances qui sont inhérentes à notre nature. On la ne peut pas plus changer l'homme qu’on ne peut nre changer les caractères du loup et de l'agneau. LOT- Supportons donc, avec courage, le fardeau de la té, vie, et ne maudissons plus les lueurs blafardes, inmal- certaines, phénoménales qui s'élèvent sombres nme et nuagcuses et planent couvertes d’un voile, aud’es- dessus du chaos.
npa- Je fis à cette école, un ami bien précieux, ais Camille Bertrand, dont le père était fermier et rou- M demeurait à quelques arpents de la maison. lée, Ce jeune homme était doué de mille brillantes
qualités et jouissait déjà de l'estime et de la considération de tout le monde. Jamais paroles injuricuses ou blessantes ne sortaient de ses lèvres.
Il avait une figure belle et noble, des yeux noirs, vifs et perçants, une bouche qui souriait toujours, des cheveux blonds et bouclés, une taille souple et puissante.
La similitude de nos caractères et de nos goûts nous unit bientôt d’une amitié inséparable, et cette amitié sortie pure de l'enfance ne s’est jamais démentie depuis.
Après nos classes, nous nous amusions à faire la pêche sur le petit lac du moulin. Nous construisions au pied du côtenu, appelé les Eboulis, des magasins, espèces de grottes pastorales, couvertes de branches d'arbres. Nous y apportions le fruit de notre pêche, et faisions cuire à la broche les poissons que nous avions pris. Que ces repas nous paraissait délicieux ! Nous les préférions de beaucoup à ceux que nous prenions à la maison paternelle. Oh ! heureuse enfance, que tes plaisirs innocents et tes joies enfantines rappellent à la vieillesse de doux souvenirs.
Ou bien encore, le jour des grands congés, nous allions faire paître dans les forêts voisines, les troupeaux de la ferme. Je vois toutes ces choses comme si c'était hier qu’elles fussent arrivées. Il me semble encore nous voir partir ‘le matin, avec nos bâtons et nos chiens, et conduisant devant nous le troupeau, avec ses clochettes suspendues au cou et trottant sur la rout dure et battue de la vallée. Peu après il dx. paraissait dans les sentiers fourrés du bois ou paissait, à la vue, sur le penchant des collines.
nes.
Quel plaisir n'éprouvions-nous pas, quand, par une belle matinée d'automne, nous cheminions silencieux dans les vastes forêts, dont les feuilles gémissantes, tombant sur le sol, faisaient entendre le bruit sec de leur chute. Que nous ressentions en nous de vives joies quand, couchés sur l'épais feuillage des bois, nous causions à voix basse, délicieusement bercés par les murmures tristes et mélancoliques que faisait entendre le vent à travers les grands rameaux des sapins altiers ? De combien de sentiments délicieux notre âme n'était-elle pas remplie, lorsqu’à l'approche des grandes ombres de la nuit, nous apercevions derrière les bois, les dernières clartés mourantes d’un beau jour ! Que de charmes inexprimables, se glissaient dans nos âmes quand les premières étoiles de la nuit commençaient à briller au ciel, et que le disque argenté de la lune, dessinait sur le gazon déjà humide de rosée, l’épaisse toison de nos blancs moutons ?
Puis, quand l'hiver venait avec ses frimas, et qu’une neige molle et épaisse avait couvert les campagnes de son linceul glacé, nous sortions avec nos traîneaux légers, et montions sur le somaet des plus hautes collines pour en descendre ensuite avec la rapidité d’une locomotive
sur une voie ferrée.
Des centaines de traîneaux de tonte grandeur venaient se joindre aux nôtres. En peu de jours le lieu de la glissa le devenait dur et uni comme une glace vive. Oh, que de joies folles, inexprimables, nous éprouvions quand nos trafneaux, partis des sommets les plus élevés, avaient à franchir au milieu de l’espace, un ravin de plusieurs pieds de profondeur qux'exprès nous avions choisi pour augmenter, pat l'aiguillon du danger, le plaisir de le franchir !
Et puis ces clissades avaient toujours lieu la nuit, à la clarté de la lune qui faisait briller aux branches des arbres, les mille rubis de l’hiver.
Mais chaque époque avait ses plaisirs et bientôt aux traîneaux succédaient les patins. Dès que le ruisseau grossi des pluies de l’automne, s'était couvert de son pont de glace, des centaines de patineurs de tous les âges et de toutes les conditions venaient s’ébattre sur son miroir solide et brillant. Nous nous partagions en deux bandes et jouïons aux contrebandiers. Voici quel était ce jeu : l’un des deux corps représentait les gendarmes et faisait la garde sur les frontières que nous déterminions au moyen d’énormes glaçons jetés en travers sur le ruisseau ; l’autre jouait le rôle de contrebandiers et allait chercher des raisins sauvages dans les interstices
des 1 il re Sayai soude taient nuosi s’eng, achar:
autres vainct minait chandi quaänts D’ar pelions seil de tité de project à un &i armée flottaier Nous fs d'autre!
mis. À semble les répé De le
des rochers de la Côte Ste. Marc. Peu après, il revenait chargé de sa marchandise qu’il essayait de passer sans payer la douane. Mais soudain, au moment de franchir la frontière, sortaient les gendarmes, qui cachés dans les sinuosités du ruisseau, étaient au guet. Alors s’engagealent entre les deux partis un combat acharné dont les uns sortaient victorieux et les autres faits prisonniers subissaicnt le sort des. vaincus. On leur faisait un procès qui se terminait presque toujours par la vente des marchandises saisies et la mise en liberté des délinquants.
D’autrefois, après avoir tenu, ce que nous appelions, dans notre naïveté enfantine, notre con: seil de guerre, nous faisions une grande quantité de boules de neïge, et, armés de ces terribles projectiles, nous nous rangions en bataille, puis, à un signal donné par notre général, la petite armée se mettait en murche ; nos étendardg flottaient au vent ; le tambour battait la marche. Nous faisions ainsi plusieurs milles à la rencontre d’autres patineurs que nous appelions nos enne. mis. A la première rencontre nous poussions ensemble mille cris de guerre. Les échos du rivage: les répétaient au loin.
De leur côté, nos adversaires, répondaient à
nos cris provoquants par leur allalah guerrier, et et peu après l’action s’engageait. Nous étions tous animés du courage des grandes batailles. Mille boules de neige lancées de part et d’autre volaient dans les airs et tombaient sur nos têtes comme les gouttes de pluie dans les grands orages. Partout nos soldats se distinguaient et faisaient des prodiges de valeur et de courage.
La victoire s’achetait toujours cher et ce n’était qu'après de longues heures d’un combat acharné qu’elle se décidait enfin en faveur de l’un ou l’autre parti. Alors la déroute des vaincus devenait générale, et les vainqueurs les poursuivaient longtemps, faisant un grand nombre de prisonniers, qui, les mains liées derrière le dos étaient conduits au moulin que nous désignions sous le nom de notre prison d'état. On les y retenait jusqu’à ce que le général ennemi vint les racheter ; ces rachats se faisaient moyennant quelques sous que nous employions ensuite à l’achat de quelques bombons que nous mangions en commun sur la glace.
Oh ! jamais je n’ai revu en hiver la petite rivière de St. Philippe, que toutes ces circonstances de ma jeunesse ne se soient réveillées vives dans mes souvenirs !
C’est ainsi que nous passions, sans soucis de
DnSves
l'avenir, ni de ce que nous serions un jour, nos joyeux hivers.
Ces combats et les récits que ma mère me faisait au coin du feu pendant les longues soirées de l’hiver, alors qu’au dehors les vents sifflaient un air plaintif et monotone, enflammaient ma jeune imagination et devaient être plus tard la cause de tous mes malheurs. Ici, disait-elle, campait le général Huchereau avec ses braves chasseurs. Là étaient Duchenay et ses sauvages. (Cette vieille bâtisse leur servait de caserne. Plus loin dans cette plaine s’exerçaient les miliciens canadiens ; dans cetse maison que tu vois là-bas à l’extrémité du village, sous ces hauts chênes, Pendeglass, maltraité par son général, se brisa la cervelle d’un coup de pistolet. Ce champ uni et aride était occupé par les Fensifs. Ces récits vingt fois répétés me faisaient désirer le temps où moi aussi, je pourrais servir ma patrie en la délivrant du joug de l’Angleterre, car tout jeune que j'étais je détestais l'Anglais.
Au retour du printemps, nous recommençâmes.
nos pêches sur le lac. Tout alla d’abord d’une manière merveilleuse. Le poisson abondait, et: n°8 magasins reconstruits à neuf avaient unegrande supériorité sur les précédents. Aussi
nous plaisaient-ils au point d’y coucher. Nous faisions biens des projets et nous eussions peutêtre mené longtemps cette vie de pêcheur, si un malheur inattendu ne fut venu y mettre un terme.
Un jour, que, comme d’habitude, je revenais de la pêche à la maison, je tombai à l’eau en voulant traverser le ruisseau qui, à cet endroit, n’avait pas moins de douze ou quinze pieds de profondeur. J'allai droit au fond, car je ne savais pas nager. Il ne me restait d'autre moyen que de ramper au fond de l’eau vers la rive.
Après des efforts suprêmes, je sortis de l’eau, mais j’en eus pour un quart d’heure à tousser et et à éternuer, car j'avais bu trop gloutonnement.
Arrivé à la maison, ma mère me reprocha ma témérité, et déclara qu’elle ne me laisserait plus aller à la rivière. Il me fallut donc dire adieu à nos joyeux partis de pêche.
Le lendemain nous démolîmes nos magasins, et jetâmes à l’eau les pierres qui leur servaient de base.
Quand notre œuvre de destruction fut terminée, nous avisâmes à d’autres plaisirs. Après bien des réflexions, il fut résolu que nous ferions da chasse.
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moy chas lend étio heur fort Le tirer temp nos b N qu’ur ques allait pour et do des 1 talent En sombi cœur.
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Au Canada, ce n'est pas comme en Europe, où la chasse n’est que le privilége de quelquesuns. Chez nous, quiconque à un fusii et le moyen d'acheter des munitions, a le droit de chasse.
Le soir même nous préparâmes nos armes. Le lendemain, bien avant le lever du soleil, nous étions dans les bois. Notre chasse fut assez heureuse, et nous ne revinmes à la maison que fort tard.
Les jours suivants nous nous exerçâmes à tirer sur une cible, et nous ‘devinmes en peu de temps fort habiles. Nous pouvions frapper de nos balles une pomme à plus de cinquante pieds.
Nous en étions là de nos amusements, lorsqu’un jour, Camille vint m'annoncer en pleurant que son père partait pour les Etats-Unis, et qu’il allait me quitter. Hélas ! cette séparation fut pour moi bien cruelle. Nos adieux furent longs et douloureux. Son père et sa mère versaient des larmes d’attendrissement, et nous promettaient que nous nous reverrions encore.
Enfin ils quittèrent le village par une de cessombres et froides matinées d'avril, qui glace le cœur. De gros nuages erraient sur un ciel gris etterne. Tout contribuait à me désoler davantage, aussi je pleurai bien amèrement quand je
vis s'éloigner sur la route, la voiture qui emportait avec elle cet ami que j'avais tant aimé. Il me semblait que tout s’anéantissait autour de moi et que je demeurerais seul dans l’univers.
Depuis ce jour, je devins sérieux. La dou leur m’avait soudain vieilli de deux ans. Je ne sortais plus. Dès le matin je m’enfermais dans ma chambre avec mes livres et je passais mes journées à lire ou à étudier. D’ailleurs où aurai-je été ? Aucun lieu ne pouvait me plaire désormais, puisque nulle part je ne devais y trouver mon ami d’enfance.
Cependant les premiers beaux jours du printemps étaient arrivés. Les arbres commençaient à se couvrir de feuilles et de fleurs, et la terre desséchée par les vents doux du midi se revêtait partout de son manteau printannier. Le vieux moulin faisait entendre au loin le bruit coquet de sa roue, ou le déchirement de la scie à travers le bois.
Tout renaissait dans la nature. Le doux 80leil du printemps jetait des torrents de lumière ‘dans la campagne et illuminait de ses feux bienfaisants toute la scène. Tous les bocages 8e remplissaient d'oiseaux dont le ramage doux et harmonieux animait ces lieux charmants. Mais toute cette nature brillante, qui m'était autrefois
si A2 Il ex ne p moi ] ture To face touffu et ral passa gues vers.
pastoi délici combi mon 1 et av traver ami le et de ou bie:
Ja nuit longer éloign sister & sous le
Que
si agréable, n'avait plus d'empire sur mon âme. Il existait dans mon cœur, un vide que personne ne pouvait remplir. Je n’avais plus auprès de moi l’ami de mon enfance et sans lui toute la nature me paraissait morte et insignifiante.
Tous les jours je me rendais sur le côteau, en face du vieux moulin, sous un orme “épais et touffu, et là, couché sur l’herbe verte et tendre, et rafraîchi par la brise parfumée du matin, je passais mon temps à lire les incomparables églogues de Virgile et à savourer le charme de ses vers. Oh ! combien ces poésies naïves de la vie pastorale enivraient mon cœur ? Que de pensées délicieuses elles évoquaient en mon âme ! De
combien d'illusions chimériques elles berçaient . mon imagination enfantine ! Avec quelle ardeur et avec quelle passion je suivais le bel Alexis à.
travers les montagnes, alors que son malheureux. ami le poursuivait en faisant retentir de ses cris et de ses larmes les échos attendris de ces bois ; ou bien, lorsque je voyais les grandes ombres de la nuit descendre du sommet des collines et s’al. longer dans la vallée, et la famée des hameaux éloignés s’évaporer dans les airs, je croyais assister au rustique souper de châtaignes cuites sous les cendres du bon Mélibée.
Quelquefois j'élevais la voix (Paulo majora E
<anamus) avec les muses de Siciles et mes chants devenaïent dignes d’un consul.
Ainsi coulaient mes jours délicieusement bercés par la divine harmonie de ces tendres poésies. Je revenais tous les matins sous mon orme et c'était toujours avec regret que je m'en éloignais le soir. Ah! comme j'eusse été ‘heureux de faire ces lectures à deux, et de causer de nos impressions. Ceci m'attristait.
Un jour que, comme de coutume, je lisais sous mon orme, l’immortel roman de Bernardin de St. : Pierre, Paul et Virginie, je fus tout-à-coup . troublé dans ma lecture par les aboïements de mon chien ; m'étant levé, j'aperçus à quelque distance du lieu où je me trouvais, un jeune homme d’une douzaine d'années, et qui m'était parfaitement inconnu. Il n’osait ni avancer ni reculer.
—Ne craignez rien, lui dis-je, mon chien n’est pas méchant.
T1 me sourit avec reconnaissance, et me dit :
—Oh, merci, monsieur !
Je trouvais dans la figure de ce jeune homme, je ne sais quoi de franc et de loyal. Il ressemblait un peu à Camille. Je lui fis signe d'approcher et de s'asseoir auprès de moi.
Quand il eût pris place auprès de moi, je lui
demandai s’il y avait longtemps qu’il demeurait au village, car, dis-je, vous êtes étranger ;
—Oui, monsieur, me répondit-il, je suis étranger en ces lieux. Nous ne sommes arrivés dans ce village que depuis quelques jours seulement.
—Et vous êtes venu vous promener chez quelques-uns de vos parents ?
—Pardon, monsieur, nous sommes venus nous établir par ici.
—Que fait votre père ?
—Mon père est marchand et se nomme E. Momarquette.
—Et vous, mon ami, quel est votre nom ?
—Didier, monsieur.
—Et que faites-vous ?
—Rien encore. J’aurais bien aimé aller à l’école, maïs il n’y en a pas dans ce moment-ci, comme vous le savez.
Et tout en me parlant il jetait un coup-d’œil de convoitise sur le livre que je tenais à la main.
— Vous êtes donc instruit, dis-je ?
(L'homme instruit à cette époque était une espèce de phénomène rare.)
—Je sais lire et écrire passablement et j'aime beaucoup la lecture.
—Et vous aimeriez beaucoup à lire ou à entendre lire ?
—Oh ! oui, cher monsieur, me dit:il, en soupirant ; ce serait le comble du bonheur. Mais je n'ai pas de livres, et puis les livres coûtent de \’argent, et mon père qui a une nombreuse famille et qui n’est pas riche se soucie guère de m’en procurer.
—Qu'à cela ne tienne, cher ami, dis-je, tous les miens sont à votre disposition. Mais si vous pouviez facilement disposer de votre temps et que cela fût de votre goût, nous pourrions faire ici tous les jours des lectures bien intéressantes, et dès aujourd’hui, nous commencerions par Paul et Virginie.
—Oh ! cher ami, me dit-il, je ne saurais vous exprimer toute ma reconnaissance pour le plaisir que vous me causez en me faisant une telle proposition.
—Je suis payé au centuple, dis-je, car je cherchaïs un ami qui pût sympathiser avec mes goûts,et je trouve aujourd’hui en vous ce que je désirais.
Je pris aussitôt une planche de pin que j’appuyai sur deux larges pierres, et nous étant assis sur ce siége rustique qui me rappelait celui du bon Evandre, j’ouvris mon livre et commençai ce roman à jamais inimitable de l’auteur des beautés de la nature.
Je lus jusqu’au moment où Virginie s’em barque pour l’Europe et je fermai mon livre.
ses avai tique
il me lectu main tatio Jamai resse mais parlai ses ye poitrir No
le som Car j'a Jeune Le
le leve
EXILÉ CANANIEN. 77
Mon nouvel ami, la bouche béante, l’œil ouvert, la prunelle fize, écoutait toujours. La douleur profonde qu’éprouvent Paul et sa famille au départ de Virginie, avait absorbé toutes ses facultés, et fait jouer fortement toutes les fibres sensibles de son cœur. De grosses larmes ruisselaient sur ses joues enflammées par l’émotion vive qu’il avait ressentie. Enfin sortant de cet état extatique et jetant sur moi ses yeux couleur de mer, il me demanda en soupirant, si j’avais fini.
— Pour ce soir, oui, répondis-je, mais si cette lecture vous intéresse vous pourrez revenir demain et je vous lirai le reste.
—Oh ! s’écria-t:il, dans une sorte de surrexcitation fébrile d’esprit difficile à décrire, je n’aurais jamais cru qu'il y eût des livres qui pussent intéresser autant. Cette lecture m'a tout bouleversé, mais regardez plutôt, je ne suis plus moi, et en parlant ainsi, d’abondantes larmes coulaient de ses yeux, et de profonds soupirs soulevaient sa poitrine.
Nous nous séparâmes contents et heureux, et le sommeil de cette nuit fut pour moi bien doux, car j'avais trouvé un trésor dans le cœur de ce jeune homme.
Le lendemain, j'étais sous l’orme bien avant le lever du soleil. La matinée était magnifique,
quelques nuages d’un blanc d’argent couraient mollement sur le ciel azuré, comme des flocons de laine blanche. La nappe argentée, murmurante"et diaphane du ruisseau brillait comme de l'argent fondu à travers les fleurs et la verdure des prés. L’herbe brillante de rosée pleurait goutte à goutte, et dans sa munificence, laissait tomber sur le sol une abondante pluie de diamants. Un vent tiède et léger faisait onduler
dans les champs les flots encore verts des jeunes
blés. Au loin, sur le rivage, l’alouette, sautillante, attentive et frissonnante, chantait le retour du jour. Enfin l'air, encore imprégné des mille
parfums de la nuiït, entrait par tous les pores à
la fois, et communiquait à l’être la vie et le sentiment.
Je n’attendis pas longtemps sous mon arbre ; Didier arriva bientôt et m'apercevant: Ah ! mon ami, Car permettez-moi de vous appeler aïnsi, J'ai passé une nuit bien terrible, allez. La lecture que vous m'avez faite hier m’a tellement remué au fond du cœur, que j’ai eu cette nuit un affreux cauchemar, il me semblait voir tantôt Paul et Virginie plongés dans les ondes crystallines de la fontaine où tous deux, jeunes, prenaïent leurs ébats ; tantôt Paul seul et en pleurs appelant à grands cris, sur le rivage de l’immense
mer, le vaisseau qui fuyait à travers les ondes salées et emportait Virginie inconsolable de l'avoir quitté. Puis il me semblait que les vastes , plaines du ciel se drapaient d'épais nuages. 3 #à Déjà le bruit sourd d’un tonnerre lointain se HS faisait entendre, et de larges gouttes d'eau com- e mençaient à tomber sur les algues mortes du (ra rivage, qui rendaient, à chaque larme tombée 4 sur elles, une note sourde d’une indécible tristesse.
Puis le vent souffla avec tant de violence que les: flots de la mer s’élevèrent jusqu’au ciel, et alors,, Ô spectacle affreux, je vis sur l'extrême sommet. des vagues courroucées, le navire de Virginie. démâté et luttant faiblement contre la tempête qui l’entraînait fatalement sur la côte, et bientôt Med après rouler, rouler avec la rapidité de l’éclair j et venir se briser sur les rochers aigus du rivage. Je poussai un grand cri, et m'éveillai ! il est inutile, dis-je, que je continue ce récit, puisque vous connaissez le dénouement.
—Non, non, dit-il, je vous en supplie, faites moiconnaître le reste de cette histoire.
Nous nous assîmes et je continuai ma lecture interrompue. Quand nous fûmes arrivés au moment où Virginie s’engloutit pour jamais dans les flots, Didier, fondant en larmes, poussa un
CRE UE. docern fi 4
cri perçant, et fermant les poings : Non, dit-il, s’estfaux,c’est impossibl:,cela ne se peut pas; vite, vite, cria-t-il, sauvons-la, sauvons-la, il en est encore temps, et partant avec la rapidité du ‘faucon qui fend les airs, il se dirigea vers l’écluse du moulin et s’y précipita au risque de s’y noyer.
La fraîcheur de l’eaule ramena à lui-mée, il revint à la nage, et jetant un regard autour de lui, il m'aperçut qui me mourais de rire de son singulier dévouement ; il me regardait tout honteux ; il parait, dis-je, que vous êtes homme à vous dévouer corps et âme pour ceux que vous aimez.
—Oh ! grâce ! grâce ! me dit-il, je vous en supplie. Mon imagination était tellement en.
flammée que je croyais voir les choses aussi présentes que si elles se fussent passées sous mes yeux.
—Mais vous avez raison, cher ami, tout est de la plus grande réalité ; et voyez donc, vous êtes ruisselant de l’écume de la mer, tout comme devaient l’être les compagnons d’Enée après leur naufrage sur les côtes d'Afrique, près de Carthage.
— Bien, bien, dit:il, fort bien ; moquez-vous de moi, vous en avez le droit. Mais achevez de me lire cette charmante histoire.
ne ne
—Impossible, mon ami, il se fait déjà tard, et puis vous êtes tout mouillé. Il faut que vous changiez de vêtements car vous seriez malade, et je ne voudrais pas pour tout l’or du Pérou qu'il vous arrivât malheur à cause de moi.
—Oh! je n’ai pas froid, et je vous en supplie, achevez-moi cette histoire.
—Je suis fâché, mon ami, de ne pouvoir obiempérer à votre demande. D’ailleurs, voici l’heure du souper. Tenez, écoutez : c’est la cloche qui appelle les fidèles à la prière du mois de Marie.
Il se résigna, et nous nous séparâmes.
Le lendemain, je revins terminer mon histoire de Paul et de Virginie.
Le printemps et l’été passèrent rapidement, et quand vint, à pas muets, l'automne, éteindre la vie et la balayer devant elle, nous interrompîmes nos lectures et quittâmes avec regret notre vieil orme, dont les feuilles jann'ssantes tombaient sous le souffle glacé des premiers vents du nord eb jonchaïent le sol à nos pieds. Nous y avions passé des heures bien délicieuses, aussi étionsnous tristes et rêveurs ? Notre séparation de tout ce qui était devenu pour nous un besoin du cœur, nous était d'autant plus cruelle que nous ve savions pas encore comment nous y suppléerions. E2
Plusieurs semaines s’écoulèrent encore ainsi ” sans apporter aucun changement dans nos destinées. Mais un matin que je me préparais à sortir, je fus appelé au salon. Que m’y voulaiton ? Je l’ignorais. J'étais loin de m’attendre à ce qui allait m’arriver. J'’entrai.
M. Bériau était assis près d’une table et ma mère sur un canapé. Il me fit signe d’approcher ; j'obéis. Alors regardant ma mère: est-ce là, dit-il, ce fainéant dont tu espères faire un savant ? Vraiment, sacrebleu, je crains fort que tu ne sois déçue dans tes espérances. Allons, dis-moi, crois-tu sincèrement que ce gaillard-là puisse jamais apprendre la moindre des choses ? Approchez donc, monsieur le savant, me dit-il, d’un ton railleur ; voyons, expliquez-nous le système du monde, et il partit d’un grand éclat de rire.
— Venez, me dit ma mère, enm’encourageant du regard, venez, et donnez à M. Bériau une explication du système du monde, tels que vous la fourniront vos souvenirs.
—Ï] faudrait d'abord savoir, lui répondis-je, ce que monsieur désire savoir. Il serait plus convenable, continuai-je, que Monsieur fît lui-même les questions auxquelles il veut que je réponde.
— Voyez la forme oratoire du savant astronome, dit-il, en faisant entendre un de ces éclats de rire
bruy qu’a; l'exo le dé Galil nous.
sept , leil q "1 sieur planè ou 81 — ayant vers 8 immol Circo lapis, titude au ce détru que la heure:
cinq j crivai d’envi
bruyants et sonores qui ne peuvent se comparer qu'aux éclats de la foudre. Magnifique est l'exorde, mais voyons comment seront le nœud et le dénouement. Hé! monsieur Cicéron, Virgile, Galilée ou Décartes, qui diable sais-je moi, ditesnous, si vous le pouvez, ce qu’est la terre ?
—La terre,répondis-je sans hésiter,est une des: sept grandes planètes qui tournent autour du so-leil qui est le centre de notre univers.
—Admirable est la réponse,mais dites-moi,mon-. sieur le savant, £i la terre que vous appelez une planète, est ronde ou carrée, si elle est immobile ou si elle se meut ?
—La terre, répliquai-je,est à peu près ronde et ayant la forme d’une boule qui serait allongée vers ses pôles. La terre que les anciens croyaient immobile et fermée par l’abîme dans toute sa circonférence, était selon eux, une coupole de lapis, semée, par raison d’ornements, d’une mul. titude innombrable d’étoiles et posait sur un pivot au centre de la coupole. Mais Galilée est venu détruire ces absurdités, et apprendre au monde que la terre tourne sur elle-même en vingt-quatre heures et fait, dans l’espace de trois cent soixante cinq jours, une révolution autour du soleii, décrivant ainsi dans l’espace une circonférence d'environ deux cent vingt-huit millions de lieues.
—Bien, très-bien, monsieur le savant ; mais après nous avoir dit le temps que met la terre à faire sa révolution, ne nous direz-vous pas aussi combien le soleil prend de temps à accomplir la sienne autour de la terre ? Car nous le voyons tous les jours se lever à l’orient et disparaître à l'occident. Ceci me paraît être en flagrante con:tradiction avec les notions que vous venez de nous transmettre ?
—Le soleil, dis-je, estun astre fixe. Il nous semble, il est vrai, parcourir l’espace, et voilà encore pourquoi les anciens en avaient fait quelque chose comme un char de feu qu’un Dieu en sous-ordre menait à grandes guides d’orient en occident ; mais c’est la terre seule qui marche autour de cet astre.
—Mais vraiment, monsieur le savant, vous :épondez comme un philosophe. Pourriez-vous dire maintenant par quelles lois nous demeurons suspendus dans l’abîme, marchant, roulant, nous précipitant avec la rapidité de l’éclai: qui fend la vue ?
—Sir Robert Newton, répondis-je, astronome anglais, a trouvé le premier dans son vaste génie, les lois générales de la création ; ila plongé dans l'infini un long regard qui a été surprendre dans sa nudité l’étoile frissonnante, cachée derrière le
voile d'argent de la voie-lactée, et soudain la gravitation, l'attraction et la pondération sont sorties toutes enflammées de son cerveau. Il a aécouvert que tous les astres gravitent les uns vers les autres ; qu’un gros corps en attire un plus petit, qu’enfin la terre est retenue dans l’espace par la puissance d'aitraction du soleil.
—Superbe, monsieur le raisonneur,mais cette fois pourtant, je vous y tiens : car, après nous avoir dit que les gros corps attirent les petits, vous terminez, ce me semble, en donnant un démenti formel à votre principe, puisque vous prétendez que le globe terrestre est retenu dans l’espace par le soleil qui n’est pas plus gros que le poing.
—Cet astre,monsieur,lui dis-je,qui nous paraî tout au plus de la grosseur d’un ananas est pourtant quatorze cent mille fois plus gros que notre terre ; ce qui le fait paraître si petit c'est son immense distance de celle-ci. En effet il en est éloigné d’environ 34 millions de lieues.
—Il est pourtant encore quelque chose que je ne comprends pas, monsieur l’astronome. Nous direz-vous pourquoi, par exemple, le soleil attirant la terre, celle-ci ne va pas se lutter contre cet astre ?
—C’est'que chacun de ces deux corps,répondis-
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je, est mû par des lois contraires. Dieu a donné au soleil, il est vai, la puissance d'attirer à lui les corps plus petits que lui, ce qui s’appelle force centripète, mais il a donné en même temps, aux autres corps la force centrifuge qui, contrebalançant la première force, les tient à une distance respectueuse de cet astre brillant.
—Nous direz-vous, maintenant, d’où nous vient la lumière? |
— Le soleil,monsieur,est l’auteur de la lumière qui nous éclaire ; cependant les physiciens et les astronomes du dix-neuvième siècle reconnaissent encore une autre lumière intrinsèque et factice qui existe dans une espèce de fluide calorique qui se trouve incorporé à l'air qui nous environne.
—Depuis combien d’années, monsieur le savant, la lumière s’est-elle mise en route vers notre globe ? combien de siècle lui a-t-il fallu pour parcourir une distance aussi considérable ?
—La lumière,monsieur,nous vient du soleil en huit minutes et trois huitième, et franchit par conséquent à peu près soixante dix-sept mille milles par seconde. Il résulte de cetts connaissance que si le soleil était détruit par une cause subite, nous verrions sa lumière huit minutes et trois huitième après son anéantissement total.
—Le soleil, continua M. Bériau.est:il chaud ou
froid ? Sommes-nous redevables de la chaleur que nous éprouvons à la cause immédiate du soleil, ou à quelqu'autre cause que nous ignorons.
— D’après les uns, dis-je, le soleil est froid, et enveloppé d’une atmosphère lumineuse. D’après les autres, et c’est le plus grand nombre, le soleil est deux mille fois plus chaud qu’un fer rougi à blanc. Pour moi, et c’est l’opinion de beaucoup d’astronomes et de physiciens modernes, le soleil est froid,
— Comment donc alors,monsieur le savant,sommes-nous ici réchauflés, et cela d’après des lois fixes et immuables? brûüles sous la zône torride, nous gelons aux pôles nords.
—Selon moi, dis-je, nous devons la chaleur à l’action immédiate de la lumière ? Celle-ci nous est envoyée, comme je l’ai dit il y a un instant, avec une rapidité extraordinaire ; tant qu’elle franchit le vide, elle n'éprouve aucune force de répulsion, mais du moment qu’elle traverse notre atmosphere, d’une épaisseur moyenne d’environ vingt lieues, pesant à peu près 84 pouces de mercure sur chaque pouce de matière, elle se sent arrêtée dans sa course par Ce nouveau Corps ; alors s'établit un frottement rapide entre l'air
et la lumière, et de même que deux câbles se frottant avec vitesse prennent feu, de même aussi la lumière et l’air se frottant, s’échauffent et nous donnent. la chaleur.
Mais supposons encore, continuai-je, avec les derniers, que le soleil soit chaud, plus chaud qu’un fer rougi à blanc: comment pourrait-il nous chauffer placé à une telle distance ? D’ailleurs si ceci était le cas, pourquoi les pôles nords et le sommet des hautes montagnes seraïient-ils glacés, puisque la terre relativement au soleil, est ce qu’est un point presqu'invisible en vue d’une orange placée à 24 verges de distance et que par conséquent tous les points de sa surface se trouvent dans les mêmes conditions que serait une poire dans une chambre chaude. Est-ce que cette poire recevrait moins de chaleur à ses pôles qu’à son équateur ? L'expérience nous prouve le contraire. Mais supposons encore que le soleil soit chaud ; comment ferait-il pour nous envoyer sa chaleur à cette énorme distance ? Je -conçois que l'air puisse s'échauffer mais non pas 84 millions de vide. Je conçois qu’un poèle donne sa chaleur dans la partie la plus reculée de la maison, parce qu’il échauffe d’abord une couche d’air, puis une autre, jusqu’à cette partie de l’appartement, mais je nie qu'un poèle placé
toujour
—D une vlc sur 80
dehors puisse échauffer l’intérieur de la maison,
e et puis qu'est-ce que cette comparaison avec t une cloison de 34 millions de vide ?
D'ailleurs si le soleil était chaud, plus nous en approcherions, plus nous sentirions sa chaleur.
Comment se fait-il donc que les sommets des hautes montagnes qui se trouvent sous l'équateur même soient couverts de glaces éternelles ? Il me semble que s'étant un peu rapprochés du soleil, ils devraient en ressentir un peu plus de chaleur que dans la vallée. Pourquoi le contraire arrive-t-il ? C’est que les sommets de ces montagnes élevées ayant franchi 17 à 18 mille pieds d'air ne possèdent plus au-dessus d'eux qu'une petite quantité d'air léger, à travers lequel la lumière passe sans s’échauffer, et faute de résistance tombe froide sur ces sommets: car, personne nignore aujourd'hui que plus nous approchons de la terre, plus l'air est pesant.
—Enfin, monsieur l’astronome, me dit mon beau-père, je n’ai plus qu'une question à vous faire, et vous pourrez ensuite prendre congé de nous. Dites-nous pourquoi les pôles nords sont-ils toujours glacés ?
—De même, dis-je, qu’un homme emporté par une voiture, n’a jamais senti la sueur ruisseler sur son front, de même aussi, la lumière qui
s’échauffe en raison de sa chute verticale, tombant obliquement vers les pôles du monde, et portée sur les ailes de l’air au lieu de le franchir, perd par là le moyen de s’échauffer. Et puis...
— Assez, assez, éternel babillard, sors d'ici que je ne t’entende plus. Nous déciderons ta mère et moi de ton sort. La plaisanterie était finie, il me tutoyait.
Je sortis. Le soleil était pâle et faisait ça et là, entre deux nuages, une courte apparition. Le vent soufflait avec violence et ébranlait avec force les arbres des alentours. Je me promenai longtemps sans but déterminé. L'entrevue que je venais d’avoir avec mon beau-père et ma mère devait opérer, je le sentais, quelque.changement dans mon existence jusqu'alors si paisible, je regrettais presque d’avoir été si érudit. On ne pouvait m'avoir fait subir cet examen sans raison. Mais où m’enverrait-on ? Voilà ce qui ‘ me préoccupait en ce moment. Iraïs-je au collége, pour y faire un cours classique, ou se contento- ‘rait-on de m'envoyer à Laprairie pour m'y faire suivre les cours d’une école purement commerciale ? Je l’ignorais.
Dans les grandes occasions, un ami est un second soi-même. Je résolus donc d'aller trouver Didier et de le consulter sur ce qui venait de
nto-
ver
m'arriver. Je le trouvai occupé à lire la Jérugalem délivrée que je lui avais prêtéo peu de jours auparavant. À mon arrivée, il quitta son livre et vint se jeter dans mes bras: Ah! s’écriatil, je com mençais à croire que vous ne viendriez pas. |
— Hélas ! cher ami, il y aurait déjà longtemps que je serais ici si des circonstances auxquelles je ne m'attendais pas, ne fussent venues me barrer le passage. Mais sortons d'ici, et je vous raconterai tout ce qui vient de m'’arriver.
—Nous sortîmes, quelques larges gouttes de pluie commençaient à tomber du ciel. Dans d’autres temps elles m'eussent retenu à la maison, mais alors toute cause étrangère à celle qui captivait mon esprit, m'était fort indifférente.
—Savez-vous, cher ami, dis-je à Didier, qu'il m'a fallu, ce matin, subir un examen dans les formes.
— Ah ! fit Didier, et quels étaient les examinateurs ?
—Mon beau-père et ma mère, en chair et en 08.
— Diable, cela devient sérieux, mon cher Hamelin ; et de quel genre était l'examen, s’il vous plaît ?
—Du genre astronomique, mon cher.
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