‹ Souvenirs d'un exilé canadien [microforme]Chapitre 24 sur 24 · ELLES · texte numérisé non relu

ELLES

deux heures de laprès midi j'arrivai à ma cabane, couvainçu que mon île était inhabitée et qu’elle ne renfermait aucun animal carnassier,

Le jour suivant, dans l’espérance d’attirer les regards de mon côté, dans le cas où quelque navire viendrait à passer dans ces parages, je montai au haut d’un arbre fort haut et j’attachai à son sommet un long morceau de voile, puis en descendant je sciai toutes les branches jusqu’au pied, ce qui me faisait un mât magnifique.

Tous les matins je montais dans un arbre, armé de ma lunette, et j’explorais la mer. Je passais ainsi de longues heures mais comme aucune voile ne paraissait à horizon, je redescendais triste et abattu, et je regagnais ma cabane où je passais le reste du jour à lire ou à écrire.

Six mois s’écoulèrent ainsi sans apporter aucun changement dans ma destinée. Mais un jour que je revenais d’une longue chasse à travers les bois, mon oreille fut soudain frappée de bruits inaccoutumés. Ces bruits ressemblaient à des voix humaines et je sentais palpiter mon cœur au désir de voir enfin de mes semblables. Oh! vous ne savez pas, vous qui avez toujours vécu au milieu de la société, tout ce qu’il y à

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de douloureux de ne pouvoir communiquer ses pensées, ses impressions, ses joies ou ses douleurs à quelqu'un qui vous comprenne !

Je courus à la lisière du bois. Les voix continuaient de se faire entendre, mais je ne voyais personne. Je m'avançai en rampant, jusqu’au sommet de la falaise, un buisson me cachait le visage. J’en écartai les branches avec précaution. Tout-à-coup, j'aperçois, O surprise! O bonheur! une douzaine d'hommes assis sur l'herbe verte autour de mes barils et causant avec animation. J'étais, sans doute, le sujet de cette conversation.

La distance qui me séparait d’eux m’empêchait d'entendre leur langage et de savoir de quelle nation ils étaient. Mais je voyais bien à leur costume et au teint de leur visage que c'était des matelots européens.

Une barque était amarée au rivage, et un trois-mûts se balançait majestueusement sur les flots à une demi lieue environ de la côte.

Je m’avançai de nouveau, en m’effacant derrière chaque aspérité de terrain, jusqu’à une portée de pistolet de ma cabane. © alors, cher Deschamps, la joie que je ressentis est inexprimable! Car ces hommes, c’était des Français, c'est-à-dire, des amis, des frères.

Je me levai aussitôt, et me précipitai au devant d'eux.

À ma vue, tous 8e levèrent et m’accueillirent avec des marques visibles d'intérêt et de sympathie. Mais aux premières paroles qué j'articulai, cette sympathie se changea soudain en la plus folle démonstration de joic et d'amitié ; on me faisait mille questions..De quel pays êtesvous ? Comment avez-vous fait naufrage ? A bord de quel navire étiez-vous ? Quel était le nom du capitaine ? Où alliez-vous, &c., &c.

Je répondis à tout ce flux de questions, du mieux qu’il me fut possible. Quand je leur eus appris que Santiago était le but de mon voyage, tous s’écrièrent à la fois: bravos ! bravos! bravissimos ! C’est là que nous allons nous aussi, mon pays, et nous ferons route ensemble,

Aussitôt tous ces braves gens se mirent à porter mes effets dans la barque;vingt minutes après nous arrivions à bord de la Pacelle dont le capitaine, homme instruit et aux manières distinguées, me reçut avec bonté. ‘Il me fit manger à sa table tout le long du voyage.

Enfin, après un mois d’une navigation rapide et heureuse, nous débarquâmes à Santiago.

Quelques jours après mon arrivée, je résolus de passer ma vie à faire la chasse sur les Cordil-

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lières. Et j’eus bientôt sujet de me réjouir du genre de vie que j’avais choisi, car non-seulement cette occupation me fournissait des moyens d’existence sans trop de travail, maïs il me procurait encore l’avantage de me trouver seul avec je ne sais quel fantôme de mes rêves évanouis, et de respirer ici sur ces montagnes un air frais et pur. C’est ainsi, cher Deschamps, que je vivais depuis cinq ans, retiré du reste des hommes, quand j’eus le bonheur de vous rencontrer sur les Andes. Et maintenant, cher ami, me dit-il, vous connaïssez par quelles suites de circonstances malheureuses, je me trouve en ces lieux, loin du ciel qui m'a vu naître et de tous ceux que j'ai aimés!

Il soupira et se tut.

Nous étions alors arrivés sur les bords de l'Amazone, dont les flots paisibles et unis comme un miroir, représentaient les sites fantastiques et pittoresques de ses rives.

Le village des Zumas apparaissait dans le lointain, se confondant avec les rayons dorés du soleil couchant.

Les Zumas.

Nous pressâmes le pas de nos coursiers, et une demi heure après, nous entrâmes dans le village des Zumas qui, étonnés de voir arriver des blancs

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dans leurs tribus, accoururent en foule sur notre passage, dans l'attitude la plus provoquante.

Nous fimes signe à l’un des chefs, que nous reconnûmes facilement au grand nombre de plumes de différentes couleurs qui ornaient sa tête, que nous voulions lui parler.

Quand il se fut approché de nous: Grand chef, lui dit Hamelin en langue indienne, nous sommes des étrangers de bien loin par de Ià les mers. Nous venons chez vous passer quelque temps et visiter votre tribu, dans l'intention d'échanger avec les tiens quelques-unes des marchandises de notre pays. Puisse le Grand Manitou t'inspirer à notre égard des idées de justice et d'équité !

— Nous n’avons qu'à faire de tes richesses, dit le chef d’un ton irrité. La nature nous donne ici sans peine et sans travail tout ce dont nous avons besoin. Les blancs sont des traîtres qui ont massacré beaucoup des nôtres et avec lesquels nous ne voulons avoir aucun rapport quelconque. Ainsi, poursuivit-il, il eût été plus sage pour vous de demeurer dans votre pays, car demain vous servirez tous deux de nourriture aux

. guerriers de ma tribu. Sur ce, il fit signe à ses

Zumas de nous arrêter.

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cèrent aussitot vers nous, et nous renversant de nos chevaux, nous lièrent les mains et les pieds.

Nous les avions laissés faire sans opposer la moindre résistance. Quand nous fûmes liés :

— Chef, dit Hamelin, est-ce ainsi que vous traîtez ceux qui ont sauvé la vie à un guerrier de votre tribu, que les Espagnols allaient massacrer ?

— Prouve ce que tu dis, répliqua l’Indien. Mais prends garde de nous tromper, car si tu nous trompes, tu mourras avec lon compagnon, de la mort la plus cruelle.

—Tiens, div Hamelin, tirant de sa poche, un os sur lequel étaient représentées quelques figures grossières, connais-tu ce nactas (c’est ainsi que les Indiens de cette tribu appellent leurs amulettes.)

—Oui, continua le chef d'un ton radouci, mais tu peux l’avoir dérobé à quelques guerriers de notre tribu.

—Chef, connais-tu Oranuco ?

—QOui.

—— Et bien envoie-le chercher—tu verras si ce que je dis est vrai.

Aussitôt il fit signe à nn jeune Indien qui se trouvait auprès de lui et qui portait lui aussi

quelques plumes zur la nuque. C’était son fils.

Ce jeune homme n’eut pas plutôt reçu cet ordre, qu’il partit comme une flèche et disparut.

Vingt minutes après, deux Indiens, un vieillard et son fils, suivis de leurs femmes et de leurs enfants, apparurent devant le chef.

—Connais-tu cet homme, Oranuco, dit celui-ci, s'adressant au plus jeune des deux Indiens ?

L’Indien, à qui le chef avait adressé ces.

paroles, ne nous avait pas remarqués—se tournan alors de notre côté, et reconnaissant Hamelin, il poussa un grand cri, se précipita à ses genoux, les étreignit entre ses bras et les couvrit de baisers.

Puis se retournant vers le chef.

—Cet homme blanc, dit-il,est mon frère, caril m’a sauvé la vie. Je lui ai promis que si jamais il lui prenait fantaisie de venir dans notre tribu, il serait l'ami des Zumas.

— C'est bien, dit le chef. Déliez cet homme blanc et son compagnon et puisqu'il t’a sauvé la vie, je veux quil soit traité en frère—et venant à nous il nous tendit la main et ajouta: Ah! si toutes les peaux blanches étaient comme vous, nous n’en serions pas aujourd’hui réduits à nous garder nuit et jour contre leur méchanceté.

À ces paroles du chef, toutes ces figures, un instant auparavant sombres et respirant la ven-

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geance, se déridèrent subitement, et nous conduisirent en triomphe jusqu’à la case d'Oranuco.

Cette case, comme toutes celles de cette tribu, était de forme circulaire, construite en terre cuite et couverte de peaux de jagouars. L’intérieur en était évalement couvert de la peau des mêmes animaux. Des arcs de noyers et des flèches empoisonnées pendaient à la muraille.

Etant entrés, nous nous étendimes par terre à la façon des Indiens, les jambes croisées sous nos genoux. Alors Oranuco nous apporta à boire une espèce de bière de maïs fermenté assez agréable au goût. Pendant ce temps-là les femmes étaient sorties pour nous préparer à souper. Chez les Indiens la cuisine se fait toujours en plein vent. Une heure après, elles revinrent avec un grand plat de bois rempli de poissons rôtis et jaunes comme de l’or et de viande de peccari cuite sous les cendres.

Ainsi préparée, cette viande ne le cède nullement, par son goût et par sa saveur, à celle de nos meilleurs porcs frais. Deux jeunes filles les suivaient chargées de bananes et d’ananas.

Les deux Indiens se couchèrent, à la façon des

anciens Romains, et le repas commença.

Le repas, chez ces peuples, s’y fait toujours dans le plûs grand silence, et si quelquefois l’on

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y parle ce n’estque pour apprécier la qualité des mets servis.

A près le souper les Indiens nous racontèrent leurs exploits guerriers—nous montrèrent plusicurs chevelures de la tête d'ennemis qu’ils avaient tués dans divers combats et nous dirent que la guerre était sur le point de se rallumer avec les Aroncans, peuple farouche et intrépide. Puis nous nous couchâmes.

Le lendemain, quand nous nous levâmes, toute la famille était déjà debout, et se préparait pour une grande partie de pêche au lac du brochet. Déjà les femmes étaient allées chercher les chevaux et les hommes attendaient, en fumant leurs calumets,.

Chez les Indiens, les femmes y sont soumises aux plus durs travaux : Ce sontelles qui ensemencent les terres, récoltent les fruits, filent la laine ; elles tissent les étoffes et les tapis ; elles préparent les teintures ; elles cousent les vêtements ; elles pansent les bestiaux ; elles portent des fardeaux ; elles font tout, enfin. Quand l’homme a fabouré son champ, il passe sa vie à cheval, à faire la chasse ou la guerre.

Une tunique qui ferme au col et descend jusqu’au dessous des genoux ; une mantille de soie écarlate serrée à la taille, à l’aide d’une cein-

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ture à boucle d’argent ; un bandeau de laine rouge sur le front ; des verroteries dans les cheveux ; de grossiers bijoux d’argent à profusion, au cou et aux mains, et les pieds nus, voilà la toilette de la femme chez les Zumas.

Le Zumas n’a pas de tente, mais une case, où il naît, où il meurt, à moins que la guerre ne le force d’émigrer; ses troupeaux vaguent en liberté, et il fait irruption au milieu d’eux quand il a besoin de viande ou de laine. Son cheval, il le choisit tout développé et dans toute sa force, au milieu d’une bande de chevaux sauvages, galopant dans les herbages des Llanos, et 1l le dompte. Puis il voyage, il chasse, il va en guerre, tandis que sa femme demeure assise au foyer. Le Zumas est stable, chasseur et guerrier.

Une lance, longue de 15 pieds, et formée d'un morceau de coleni, arbuste de la plaine, est son arme de prédilection ; elle est armée d’un fer pointu, très mince et très flexible, le plus souvent empoisonnée, et est douée d’une sorte d’élasticité assez grande pour enlever un cavalier de dessus la selle, quand elle est maniée adroitement.

À notre vue les Indiens nous annoncèrent cette partie de pêche et nous demandèrent si nous voulions en être. Nous leur répondîmes aftr-

mativement et notre réponse parut leur causer un grand plaisir, car ils se levèrent aussitôt et nous apportèrent deux lignes toutes neuves et faites de nerfs de requins.

Nous partîmes au lever du soleil. Une forte ondée était tombée pendant la nuit et toute la campagne était fraîche et verdoyante. Des milliers d’oiseaux inconnus animaient toutes les forêts d’aleutour du cri joyeux de leurs chants. La brise soulevait sur son passage à travers cette nature vierge et fleurie, un arôme que nous aspirions avec délice. Le fleuve des Amazones, reflétait dans ses ondes limpides, les rayons du soleil et brillait comme une lame d’argent sortant des creusets de l'atelier.

Nous cotoyions ces rives humides sur un sable fin, dur et doré.

Après deux heures de marche à travers ce pays enchanté, nous arrivâmes sur le bord d’une colline au pied de laquelle dormait un beau petit lac d'environ douze arpents de diamêtre et dont les eaux brillantes comme du crystal nous permettaient de voir à une très-grande profondeur.

Un rocher couvert de nopals et de sycomores s’avançait à trois arpents dans le large. C’est là

que nous allâmes nous placer pour faire la pêche.

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Dès que nos lignes furent lancées à l’eau, le poisson se mit à mordre eb si gloutonnement qu'aus:itôt jetées 1l fallait les retirer, amenant sur la côte tout frétillant, tantôt un doré, tantôt une truite, tantôt un brochet.

À midi nous en avions pris au-dessus de trois cents. Alors sur un sighe des Indiens, la pêche cessa, et les femmes descendant jusqu’au rivage, se mirent à les nettoyer.

Tandis qu’elles se livraient à ce travail, les deux Indiens nous conduisirent sur une petite colline, située à une quinzaine d’arpents du lac où aussitôt qu'ils y furent arrivés, ils se mirent à creuser la terre avec leurs tomohacks.

Hamelin et moi les regardions faire tout étonnés, car nous ne pouvions nous imaginer pourquoi ils fouillaient ainsi le sol. Mais nous ne fûmes pas longtemps dans cet état d'incertitude, car soudain, Orancco se oaissa, ramassa un objet d’un noir brillant, et s’avançant vers nous.

— Voilà, dit-il, une des ces pierres que vous autres blancs estimez tant.

—Quoi ! des diamants, m’écriai-je ?

—Oui, regardez, nous dit l’Indien.

2—Mais non, vous vous trompez, Oranuco, le diamant n’a pas cette couleur.

Aussitôt il tira de sa poche une petite fiole et la débouchant avec beaucoup de précaution, il versa quelques gouttes de son contenu sur cette pierre ; soudain une tache plus brillante que le crystal apparut à nos yeux. Nous la prîmes ; nous l’examinâmes ; c'était du diamant.

Oranuco nous enseigna à quel signe le reconnaître, et nous nous mîmes à l’œuvre. Nous en eûmes bientôt trouvé une vingtaine et nous fussions retournés archi-millionnaires à la case des Zumas, si des cris aigus et venant du rivage n’eussent à ce moment fait diversion à nos travaux.

Nous nous précipitèmes aussitôt vers le lac.

Là il se passait une scène singulière. Huit Espagnols, dont les chevaux paissaient l’herbe à. quelque distance, avaient percé de leurs lances deux des malheureuses Indiennes, et tenaient les deux plus jeunes par les cheveux.

— Vengeance, s’écria Oranuco, en saisissant son fusil, vengeance ! et il s’élança au secours de ses deux sœurs. Nous le suivimes de près.

Arrivés sur la côte, nous fîmes feu et un Espagnol roula sur le sable.

Les sept autres Espagnols, nous apercevant, et voyant tomber l’un des leurs, sautèrent. furieux sur leurs chevaux et s’avancèrent sur nous avec la rapidité d’une flèche.

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Tout ceci fut fait si promptement que nous n’eûmes pas le temps de recharger nos armes.

—Jci, vite, nous dit Oranuco, en escaladant un rocher sur lequel nous nous arrétâmes.

Les Espagnols étaient arrivés au pied : sentant qu’il ne fallait pas nous donner le temps de recharger, ils sautèrent à terre et s’avancèrent sur nous au pas de charge.

Nous les attendions avec nos tomohacks, bien décidés de mourir plutôt que de céder un pouce de terrain.

Le combat s’engagea donc avec impétuosité de part et d’autre.

Au premier choc, j'abattis un Espagnol d’un coup de crosse de fusil. Le coup avait porté à la tête. La cervelle inondait son visage. Il tomba sur le père d’Oranuco percé d’un coup de lance au côté.

A la vue de son père mort, Oranuco se précipita sur le meurtrier de son père, et du tranchant de son tomohack lui trancha l'artère du

cou.

Nous demeurions trois contre cinq. Les forces n'étaient pas égales, cependant malgré notre inferiorité, nous leur eussions résisté avec avantage, nous eussions combattu à armes évales, mais les longues lances des Espagnols avaient. une grande supériorité sur nos tomohacks.

Nous nous battîmes néanmoins en désespérés.

Le combat fut long et acharné, et se serait probablement prolongé jusqu’à la nuit si, à ce moment, un accident fatal ne fut venu mettre fin au combat en nous forçant de fuir.

Le rocher sur lequel nous combattions était couvert d'une moussse épaisse, sous cette mousse se trouvait une crevasse de deux ou trois pieds de profondeur. Or, au moment où Hamelin, assiégé par deux Espagnols, retraîtait, en combattant, soudain la terre manqua sous ses pieds et il tomba percé d’un coup de lance.

A cette vue Oranuco, sentant que nous ne pourrions résister plus longtemps, s’élança au pied du rocher, et moi je me précipitai dans le lac, plongeant et nageant entre deux eaux jusqu’à un bouquet de joncs qui se trouvait à un arpent du rocher.

De cette place, je pouvais tout voir sans être vu. Sortant la tête au-dessus de l'eau pour respirer, j’aperçus Oranuco qui fuyait à cheval, poursuivi par les Espagnols qui m'avaient crus u9Yés.

Lorsque j'eus vu les Espagnols et Oranuco, disparaître dans le lointain au milieu du tourbillon de poussière que soulevaient les pieds de leurs chevaux, je gagnai aussitôt la rive, afin de

spérés.

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porter secours à Hamelin s’il en était encore temps. Je le trouvai baigné dans son sang ; une balle lui avait traversé la poitrine, je mis la main sur son cœur, il battait encore. Je courus chercher de l'eau et lui lavai le visage, puis je lui fit glisser quelques gouttes de vin entre ses lèvres entr’ouvertes.

Il donna bientôt des signes de vie, et ses yeux s'ouvrirent.

—Ah ! me dit-il, c’est fini, cher Deschamps, je vais trouver bientôt la fin de toutes mes douleurs.

Il tira de son sein son portrait et me le donna en disant :

—Tiens, cher Deschamps, prends ceci en souvenir de moi.

Je pleurais comme un enfant.

— Voici, continua-t-il,un médaillon : ce sont les cheveux de ma pauvre mère et ceux d’Helmina.

Quand je serai mort tu les déposeras sur ce cœur qui les a tant aimées.

Ces efforts l’avaient épuisé ; sa voix faiblissait ; je lui donnaï un peu de vin. Ce cordial le ranima.

—Cher Deschamps, reprit-il, quand tu seras de retour dans ma patrie, tu diras à ma cousin

Cécile, si elle vit encore, que je suis mort en pro-

nonçant son nom et celui d'Helmina. Tu lui diras que je lui lègue la terre qui me reste. Et toi, cher Deschamps, serre-moi la main que je te dise le dernier adieu !

Je la pris et je la portai à mes lèvres. Il tomba alors dans une espèce d’extase. Ses yeux plongeaient dans l’azur du ciel. Oh ! murmuratil en tendant la main, la voilà qui vient me chercher ; Oh ! qu’elle ést belle, mon Hel..mi.... na!!! O Jésus!

En prononçant ces dernières paroles, un sourire angélique effleurait ses lèvres. Je me penchai pour lui donner le baiser d’adieu ! il était mort !lll!

Alors, de peur que les Espagnols ne revinssent, je chargeai mon malheureux ami sur mes épaules et je me dirigeai vers la forêt: Quand j’y entrai le soleil allait se coucher, je m’enfonçai dans l’épaisscur du bois, une demi-heure après j’arrivai sur Jes bords sablonneux d’une petite rivière calme et profonde, je déposai Hamelin sur ce sable éblouissant de blancheur, j'allai ensuite cueillir de la mousse verte dont j'en fis un lit funèbre à mon ami, je passai la nuit en prière auprès de ses restes mortels et le matin à l’au- . rore je creusai dans le sable avec mon tomohack

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com-

plis je gravai sur une pierre avec la pointe de mon poignard l’épitaphe suivante :

6 O vous, qui passez dans ces lieux, priez pour un infortuné qui mourut assassiné loin de sa petrie. Il fut forcé de s’exiler pour avoir voulu affranchir son pays de l'esclavage.

O mes bien-aimés compatriotes, fuyez les séditions ; soutenez vos droits, cela est juste, mais soutenez-les par des moyens qui ne vous mettent pas dans la triste alternative de choisir entre la mort et l'exil. Ne vous laissez jamais entraîner par les discours incendiaires d’orateurs qui cherchent moins votre bonheur que le moyen de s’élever aux honneurs en se servant de vous comme de marchepieds. Fuyez donc la révolte, car la rébellion conduit à l’exil ou à l’échafaud. ”

Fix.

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