UN AMI MALHEUREUX
Le lendemain, quand le guichetier entra dans mon cachot, je lui demandai s’il aurait la bonté de porter ma lettre à la poste.
—AÀ la poste l I! Mais êtes-vous fou ? ignorez-vous donc qu’en ce temps-ci, toutes les lettres suspectes y sont décachetées, sans scrupule, afin d'y pouvoir trouver des armes contre les malheureux accusés politiques, mais si vous avez à la ville quelque personne sûre à qui vous puisslez vous confier, je me ferai un plaisir de la lui porter moi-même.
Merci, cher monsieur, dis-je, comment pourrais-je jamais reconnaître ce que vous faites aujourd’hi pour moil Tenez, voici cette lettre : il faudrait la porter chez M. P., Faubourg des Récellets, No. 17.
—C’est bien, jeune homme, il sera fait comme vous le désirez ; et ce disant, il prit la lettre et sortit,
Trois jours après, deux huissiers entrèrent dans mon cachot et me dirent de les suivre.
J’obéis silencieusement. Deux minutes après, j'euntrais à la salle des audiences ; elle était remplie d'une foule de curieux, trois juges à figure rébarbative étaient assis sur leurs bancs.
Je montai à la barre précédé des deux huis 81ers.
Les juges me contemplèrent un instant, puis l’un d’eux m’adressant la parole :
—Quels sont vos noms et prénoms ? demandatil, d'un air et d’un ton qui me disaient que je n’avais aucune pitié à attendre d’eux.
—F, B. Hamelin.
— Votre profession ?
—Etudiant.
—De quelle paroisse êtes-vous ?
—De St. Philippe.
—Prisonnier Hamelin, vous êtes accusé d’avoir pris part au feu d’Odeltown. Qu’avez-vous à répondre ?
—Cette accusation est vraie, votre honneur, J'ai pris part aux divers combats qui se sont livrés à Odeltown. Mais c’était contre ma volonté car on m'y avait forcé.
—De plus, on vous accuse d’avoir participé au meurtre de Walker et d’avoir ouvert la porte du poële qui était rouge pour y jeter un enfant au berceau ; qu’avez-vous à dire pour vous disculper de ces deux terribles accusations ?
—J’ai à dire, votre honneur, que ces deux accusations sont les deux plus affreux monsonges qui aient été dits depuis que l’univers est créé ; car le soir du meurtre de l’infortuné Walker,
J'étais caché dans les bois avec ma mère, un
domestique et deux enfants. Ce ne fut que huit jours après, que j’appris cette déplorable aventure.
— Témoins, dit le juge, approchez.
Deux hommes fendirent la foule et se présentèrent devant les juges.
À la vue de ces deux hommes, je bondis d’indignation, car ces deux hommes n’étaient autres que Roulo et Savourimi qui venaient se parjurer pour assouvir leur haîne contre moi et me perdre.
—Votre nom, témoin, dit le juge, parlant à Roulo.
—Moïse Koulo.
—Où demeurez-vous ?
—À St. Philippe.
— Connaissez-vous le prisonnier à la barre ?
— Parfaitement bien. C’était mon ami.
Le traître !!! Ilse disait mon ami, afin de donner plus de force à son parjure.
—Que savez-vous sur son compte, continua le juge ? |
—Je sais, votre honneur, que M. Hamelin, le prisonnier à la barré, était chez Walker, le soir du meurtre, où je m'étais rendu en toute hâte pour avertir ce malheureux vieillard de ce qui se tramait contre lui, mais les patriotes m’avaient
huit yen-
se n-
l’intres urer
me
nt à
n de
EXILËÉ CANADIEN. 259
devancé ; qu’il conseilla au capitaine Robert de fusiller Walker, qu’ensuite il entra dans la chambre à coucher où se trouvait un enfant au berceau qu’il apporta dans ses bras, et qu'ayant ouvert la porte du poële pour l’y jeter, je me précipitai sur l’enfant et le lui arrachai d’entre les mains.
— Savez-vous autre chose ?
— Non, votre honneur.
—Prisonnier à la barre, qu’avez-vous à répondre contre cette terrible accusation ?
—J'ai à répondre, votre honneur, que le témoin qui vient de se parjurer, est le plus grand scélérat que j’aie jamais connu.
— Témoin, avancez, dit le juge, s’adressant à Savourini. Eh bien { qu’avez-vous à dire ?
—J’ai à dire, votre honneur, que tout ce que vient de vous dire M. Roulo est la pure vérité, car j'étais à deux pieds de lui quand toutes ces <hoses se sont passées.
—Et par quel hasard vous trouviez-vous chez Walker ?
—Je suis menuisier, votre honneur, et je travaillais pour Walker quand il a été tué.
—Eh bien ! prisonnier, vous venez d'entendre le second témoin. Son témoignage corrobore celui du premier.
—Je me trouve, votre honneur, dis-je, dans la même position critique que se trouvait la pieuse Suzanne, accusée par deux scélérats qui avaient voulu la séduire et auxquels elle avait résisté, avec cette différence près, que Suzanne eut le bonheur de trouver un Daniel qui fit briller son innocence, tandis que moi j’ai le malheur de ne pouvoir confondre ces deux infâmes ; je remets donc mon sort entre les mains de celui qui seul à cette heure, je le sens, pourrait me protéger contre l’injustice et la méchanceté des hommes.
— Auriez-vous des témoins qui puissent anéantir ces deux témoignages et nous prouver que vous nous dites vrai ?
— Hélas ! dis-j2, trois malheureux que la justice a frappés, auraient pu, par leurs témoignages, foudroyer ces deux misérables, mais ils ne sont plus !
—Et quels sont ces trois hommes, dit le juge ?
— Les deux Sanguinet et le capitaine Robert.
— Pourquoi n’avez-vous pas pris d'avocats pour défendre votre cause ? | |
— Parce que je savais d'avance que leur ministère me serait inutile. |
Le juge se tourna alors vers le jury et lui fit une longue adresse, dans laquelle 1l lui prouva
que j'étais coupable de trois grands crimes dont un suffisait pour mériter la mort: le premier d’avoir porté les armes contre le gouvernement ; le second d’avoir participé au meurtre de Walker ; et le troisième, d’avoir voulu, dans ma rage de cannibale,, faire rôtir un pauvre innocent au berceau. Il dit encore beaucoup de choses que je u’entendis plus, car à cette heure, un seul objet occupait mon esprit et mon cœur, Helmina que je savais agonisante et que ce dernier de mes malheurs tuerait.
Quand le juge eut fini de mentir, le jury se retira en conseil, et revint cinq minutes après pour rendre son verdict.
Un profond silence régnait dans la salle. Tous les yeux étaient fixés sur le jury.
—Coupable ou non coupable, demanda le juge ?
—Coupable, répondit le jury.
— Vous avez entendu, dit le juge. Vous êtes coupable. Il ne me reste plus qu’à prononcer contre vous la terrible sentence que vous avez encourue par votre folle et barbare conduite. A genoux.
— Non, dis-je, souriant amèrement et dédaigneusement, jamais ! car je suis innocent.
—Oui, innocent, s’écria dans la foule une voix
de femm”.
Je me retournai avec la rapidité de l'éclair. Ce cri déchirant, je l’avais reconnu. C’était celui de ma pauvre mère, qui s'était évanouie et que deux hommes du peuple traïnaient alors dehors. Que n’eus-je pas donné, 6 mon Dieu, pre voler à son secours et la consoler !
—Mettez cet homme à genoux, cria le juge irrité de mon refus.
Deux huissiers s’approchèrent de moi, et me firent plier sur les genoux.
—Hamelin, dit le juge, la justice vous condamne à être le vingt-cinq du courant, pendu par le cou, jusqu’à ce que mort s’en suive. " Que Dieu vous aït en sa sainte protection.
Après le jugement, je fus reconduit à mon cachot où je m’évanouis. Les efforts que j'avais faits pour demeurer calme m’avaient brisé.
Quand je revins à moi, la nuit était tombée et ma lampe brillait d’un éclat sinistre.
Dans dix jours, dis-je, il me faudra sortir de ce tombeau pour entrer dans un autre d’où l’on ne ressort plus ! Mon sommeil fut troublé par mille songes funèbres, tantôt il me semblait que je m’avançais au son de mon dernier glas vers l’instrument de môn supplice ; tantôt il me semblait que j'étais mort et que je franchissais, accompagné
de la troupe céleste, les espaces incommensurables
D o, D mn FE 4 À
se et
e ce n ne mille m’astruque
agné
ables
de l’immensité. (C’est une terrible chose, mon cher Deschamps, que de savoir l’heure et le moment de sa mort ! De savoir que vous qui êtes jeune et plein de force et de santé, vor ne serez dans un instant qu’un cadavre. Qu: < cœur qui aimait tant aura cessé de battre etd’aimer! !!
Le lendemain, un prêtre entra dans mon cachot. J’eus peur, un frisson mortel parcourut tous mes membres. Je crus que déjà on venait me préparer à faire le grand voyage de l'éternité. Il vint s’asseoir près de moi, tira de dessous sa soutane un paquet que je ne remarquai pas d’abord, car ;e tenais mes yeux fixés sur le sol, et me le remit en disant :
— Voici ce que j'ai promis à votre mère de vous remettre.
Je pris ce paquet avec empressement et reconnaissant ce qu’il contenait, merci, cher Abbé, dis-je. : Puisse le ciel vous récompenser pour ce que vous faites aujourd’hui pour moi.
—Mais, mon cher Hamelin, je ne suis pas plus abbé que toi; tu ne reconnais donc plus les amis ?
Ayant alors levé les yeux : quoi ! m’écriai-je, Camille ! et je lui sautai au cou.
Nous nous tînmes longtemps embrassés et sanglottant. Puis quand ma douleur se fut cal-, mée je lui demandai des nouvelles d'Helmina. Il
m'apprit que Mr. Helvin ayant découvert son amour pour mcil’avait chassé: de chez lui et que ma mère lui avait ouvert les bras et l'avait recueillie comme son enfant. Mais qu’accablée sous le poids de tant d’épreuves, elle était presque mourante.
Cette nouvelle me brisa le cœur, et mes larmes coulèrent de nouveau. O mon cher Camille, dis-je, ce n'est pas sur moi que je pleure, car peu importe ma mort pourvu qu’elle soit heureuse, mais je pleure de ne pouvoir adoucir ses chagrins. Oh! bénie soit ma mère d’avoir tendu une main amie dans le malheur, à celle que j'aime plus que moi-même ! Je mourrai maintenant avec moins de regrets, puisqu'elle est devenue ma sœur, et que ma mère veillera sur elle comme son ange conducteur.
— Oui, dit Camille, il est noble et généreux pour votre mère d’avoir agi amsi. Mais ce n’est pas tout d’avoir sauver la fille il faut encore tâcher de sauver le fils.
—O mon cher Camille, ceci n’est pas aussi facile que vous pouvez le penser !
—Tenez, Hamelin, voici du plomb, de la cire et des allumettes. (Comprenez-vous maintenant ?
— Oui, je comprends, cher ami, mais supposons que je sorte d’ici, pensez-vous qu’il soit facile de tromper les sentinelles ?
SOTR
que vait Llée tait
mes rille, car heu- * ses avoir celle urrai ’elle ileræ
Sreux n’est core
aussi
ire et t?
osons e de
—J’ai pensé à tout, dit Camille, et ce disant il tira de dessous sa soutane une autre soutane qu’il me tendit. Tiens, dit-il, voici un passeport.
Je la pris et la cuchai sous la paille de mon lit. |
—Tiens, prends aussi ce poignard et ce pistolet, cela peut servir.
Je mis ces deux armes dans la poche de mon paletot.
—Maintenant, dis-je à Camille, c’est après demain que je vais tàcher de m’échapper d'ici. Trouve-toi donc à dix heures du soir, avec une barque, ici vis-à-vis de la prison, au pied de la distillerie Molson, afin de traverser aussitôt, si les glaces du fleuve nous le permettent ; tu m’apporteras une redingote, car je ne possède ici que cet habit ; de plus tu tiendras deux chevaux tout prêts sur l’autre rive ou un seul si tu préfères ne pas m’accompagner, et maintenant, dis-je, adieu ! car voici le geôlier qui vient.
A genoux, dit Camille, et jouons notre rôle jusqu'au bout, je m’agenouillai. Le geôlier entra» mais nous trouvant dans cette posture, il attendit
-que je me fusse relevé, puis s’approchant de nous,
il fit signe à Camille de le suivre et tous deux disparurent derrière l’épaisse porte de fer qui se referma sur moi. ;
Vers les trois heures de l'après-midi, le geôlier m’apporta une bouteille de vin et une d’eau de vie. Je pris aussitôt la bouteille d’eau de vie, et en ayant fait sauter le bouchon, je la lui offris. Il la prit et but une assez forte dose.
—Excellente, dit-il, en se léchant la moustache. Iln’y a, dans tout Montréal, que le vieux Thomson capable d’en vendre de pareille.
Je bus à mon tour une couple de gorgées. En effet, dis-je, cette eau de vie est excellente.
Le geôlier, satisfait de mon approbation, se rengorgea avec orgueil. Puis la liqueur lui délia un peu la langue. Il devint plus expansif.
Je profitai de l’occasion pour le faire causer ; je lui démandai comment nous étions de prisonniers en tout, s’il y en avait plusieurs de condamnés à la peine capitale ?
Quand il me quitta, je connaissais le nombre des sentinelles, l'heure de son coucher. Je lui avais demandé si le fleuve était pris ; coinment étaient les chemins, puis pour ne pas éveiller ses soupçons, s’1l était marié, comment il avait d'enfants, s’il vivait à son aise, &c., &e., &e. il avait répondu à tout avec la plus grande complaisance du monde. Mais ma bouteille était aux trois quarts vide. Il devait m’en rapporter une autre le lendemain avec l’argent que je lui avais donné.
Rue Ê
le Quand il revirt m'apporter mes bouteilles, il ne passa cette fois deux heures à causer avec moi ; au une nouvelle bouteille avait été engloutie dans la son insatiable gosier.
se. — Bon, dis-je, ça donne, et prenant la fiole à us- la liqueur violette, je versai dix gouttes de son lux contenu dans la bouteille vierge ; et me jetant sur
ma botte de paille, je dormis d’un profond som- En meil.
La nuit du lendemain devait décider à jamais
se de mon sort ; aussi au fur et à mesure que le lui soleil baissait et approchaït, je me sentais saisi de sif. crainte et d'espérance. Fil allait se douter de er ; quelque chose et changer de conduite à mon on- égard ! J’avais l'esprit torturé de mille angoisà m- ses. Et quand la porte roula sur ses gonds je
fus sur le point de défaillir. Mais bientôt ma joie fut égale à la crainte que j'avais éprouvée. Car j'aperçus le géôlier qui s’avancait chargé d'un énorme pâté qui fumait encore; c’est, dit-il, en m’abordant, ma femme qui vous envoie cela.
Je lui témoignai une grande joie pour son présent. Dites à votre femme, dis-je, qu’elle est devenue de ce jour, une seconde mère pour moi.
Ma joie et mes dernières paroles émurent le bon géôlier, quand je lui passai la bouteille ;
Le,
où se trouvait le fameux narcotique, il avait des larmes dans les yeux et repoussant ma bouteille : non, mangeons, dit-il, je suis trop triste pour boire.
O cher Dechamps, vous ne pouvez vous figurer dans quelles terribles angoisses, me plongeait ce refus soudain. Je n’insistai pas, mais coupant le pâté avec le couteau qu’il avait apporté, je le servis et nous nous mîmes à manger. Cependant, s’apercevant que j'étais rêveur et que je ne mangeals pas :
—Qu'avez-vous donc, dit-il, que vous ne mangez pas ?
—J’ai, dis-je, que je ne puis manger, sans mon coup d’appétit et que vous ne voulez pas boire.
—Eh ! que ne le disiez-vous donc plus tôt ; allons,passez-moi cette bouteillé et buvons. Je ne me le fis pas dire deux fois, je lui présentai la bouteille, et la prenant il la vida au quart. Je fie alors beaucoup d’honneur au pâté, et le géôlier me regardait manger d’un air béat.
Après avoir bien mangé, nous nous mîmes à causer. Mais les premiers baillements commencèrent à faire leur apparition. Craignant cependant qu’il ne me quittât avant que le narcotique eût produit l'effet désiré, je lui passai de nouveau la bouteille qu’il vida presqu’entièrement.
les e :
ur
rer ce ant > le int, ne
nan-
mon
re.
: ale me boue fig lier
—Maintenant, dis-je au géôlier, écoutez bien ce que je vais vous dire, ce sont mes derniers souhaits, mes derniers vœux que je vous prie de vouloir rapporter fidèlement à ma pauvre mère, quand je ne serai plus.
— Dites, monsieur, je vous promets au nor. de ce que j'ai de plus cher au monde, d’atcomplir votre dernière volonté.
Alors je me mis à lui broder une histoire, faite à plaisir, mais je n'étais pas rendu au quart que mon homme ronflait déjà à démolir les murs de mon cachot.
Il était temps d’agir : je courus aussitôt à mon lit et j’y pris la soutane ; puis revenant au gardien, je le dépouillai de ses habits dont je me revêtis à la hâte. Ensuite je l’affublai de ma soutane, l’étendis sur mon lit, pris ses clefs et sortis.
Jetraverku le corridor sans rencontrer personne : mai en ouvrant la porte qui en fermait l'entrée je me trouvai face à face avec la sentinelle. © que le cœur me battit! Je me penchai aussitôt sur le trou de la serrure et feignis avoir de la peine à en retirer la clef. Dans cette position je tournais le dos à la sentinelle. Enfin celle-ci s’éloigna et je descendis tranquillement l’escalier afin de ne donner aucun soup-
con. Dans la cour, les ténèbres étaient complètes. Arrivé à la géôle du gardien, j’entrai, afin que la sentinelle qui se trouvait à dix pieds de moi me prit pour le géülier. J'en ressortis bientôt avec une bouteille que j’eus la précaution de mettre en évidence, et quand je passai à la sentinelle elle me cria :
— Yow’ll give me a drop, Joe.
— Yes, répondis-je, d’un ton bref, et ïe sortis. Une fois dans la rue, je me dirigeai du côté de l’épicier Thompson, puis quand j’eus détourné le coin de la rue, je me précipitai vers le rivage où je trouvai bientôt Camille qui m’attendait blotti près du mur d’enceinte.
—Quoi ! tu as réussi, me dit-il, à t’échapper de la prison ?
—Qui, oui, dis-je, vite, le moindre retard peut me perdre.
Nous sautâmes aussitôt dans la barque et nous nous éloignâmes à force de rames. Une demie heure après nous étions sur l’autre rive.
Durant la traversée, j'avais raconté à Camille toutes les circonstances de mon évasion.
Une fois débarqués, nous lançâmes la barque au courant afin qu’elle n’indiquât pas, dans Île cas où nous serions poursuivis, la place où nous avions pris terre.
plèrai, eds ts tion à la
rtis.
é de urné vage ndait
er de peut
nous lemie
mille | rque
ns le nous
—Maintenant, dis-je à Camille, où sont les chevaux ?
— Par ici, dit-il. Je le suivis.
Arrivés derrière une vieille étable, nous trouvâmes un homme et deux chevaux, et l’ayant payé, nous montâmes en selle et partimes ventre à terre ! Les chevaux dévorèrent l’espace qui me séparait de la maison paternelle, où en arrivant je trouvai tout le monde sur pieds, la table dressée et le poële chaud.
Oh ! que ma pauvre mère ressentit de joie à mon arrivée. Elle priait, elle pleurait, elle m'embrassait ! Quel trésor d'amour que celui d’une mère !
—Helmina, dis-je à ma mère; où est Helmina ?
— Elle est couchée, mon enfant, mais il ne serait pas prudent de la réveiller, le docteur dit que la moindre émotion peut l’emporter.
—Mais je ne la verrai donc pas avant de partir, peut-être pour ne plus revenir.
—Je ne dis pas cela, mon enfant, mais il faut la préparer peu à peu à cette entrevue. Tune voudrais pas, n'est-ce pas, être la cause de sa mort.
Comme j'allais répondre à ma mère j'aperçus Helmina dans la porte de la chambre. lle
nous avait entendus et s'était levée. Elle était à devant nous, blanche comme une morte !
Je courus à elle, et la soulevant dans mes bras, je couvris son front de baisers.
— Comme tu es changée, chère Helmina.
— Oh ! si tu savais combien j'ai souffert, vas, tu ne serais pas étonné de ma faiblesse ! Que de nuits de tourments, Ô mon Dieu, j’ai passées depuis que je te-savais condamné à mort ! Mais, dit-elle, par quel hazard te trouves-tu donc ici ce soir ! Est-ce bien toi que je vois là, où n’est-ce qu’un fantôme qui me serre dans ses bras ?
— Non, chère Helmina, je suis libre, libre pour t’aimer et ne nous plus séparer.
Elle secoua tristement la tête. Il est trop tard, dit-elle, les angoisses de cette nuit, (car je savais qu'elle devait décider de ton sort) m'ont tuée, Je sens, dit-elle, d’une voix qui faiblissait, que je vais mourir !
—Non, non, Ô ma bien-aimée Helmina, tu ne mourras pas !
Elle me jeta un regard d’une tristesse indécible et me passant ses bras autour du œou: Oh ! que je me sens heureuse de pouvoir mourir dans tes bras, me dit-elle. Recois les derniers baisers de celle qui t’a tant aimé.
—(C'est impossible, dis-je, en fondant en
était
y mes
, Vas, ue de es de- Mais, icice est-ce
e pour
t trop , (car sort) 1X qui
tu ne
écible
| que ns tes paisers
nt en
larmes. Oh! non, tu ne mourras pas ! Dieu nous réserve encore de longs jours de bonheur. Et puis tu sais bien, chère Helmina, que sans toi, la vie me serait un fardeau insupportable !
Elle ne me répondit pas, mais faisant soudain un nouvel effort, elle me baiïsa au front, porte la main à son cœur, et laissa retomber sa tête sur mes épaules. Je regardai. Ses beaux yeux s'étaient fermés. Elle était morte.
J’appelai ma mère, de l’eau, dis-je, de l’eau, vite, Helmina se trouve mal.
Ma mère accourut. On lui frotta les tempes avec de l’eau froide, et les mains avec du sel, mais elle ne devait plus se réveiller, ‘
Morte! morte ! ! ! m’écriai-je, et je m’évanouis.
Quand je revins à moi, j'étais couché dans un lit dont les rideaux étaient fermés. Je les entrouvis ; une seule chandelle éclairait le modeste appartement où je me trouvais. Camille dormait auprès de moi, la tête appuyée sur le bord de mon lit. Où suis-je, dis-je à Camille après l’avoir éveillé ?
— En sûreté, mon ami, vous êtes sauvé. Nous sommes à Rouse’s Point.
Alors il se fit jour dans mon cerveau, et tous les évènements de cette lamentable nuit 8e
retracèrent vivement dans mon esprit, et je pleurai amèrement.
Quand j’eus bien pleuré : Par quel hazard, dis-je à Camille, me trouvé-je, en si peu de temps, à huit lieues de la maison paternelle ?
— À près ton évanouissement, cher Hamelin,ne pouvant te tirer de cet état et sentant que dans trois heures au plus on apprendrait ta fuite de la prison, nous t’avons passé des habits de femmes par dessus les tiens, et ayant aussitôt attelé les deux chevaux les plus vigoureux de l'écurie sur un traineau léger, je suis parti avec toi, laissant ta mère dans l’état le plus déplorable. Une fois en route, je fis courir les pauvres bêtes au risque de les faire crever.
Une neige épaisse tombait du ciel, mais il ne faisait pas froid comme il le fait depuis que je suis arrivé, car le vent n’était pas encore changé. Je jetais de temps en temps un coup d’œil inquiet sur toi, mais la vie semblait t'avoir abandonné, cependant à la chaleur de tes mains et aux faibles battements de ton cœur, on voyait que tu vivais. Arrivé ici, après une course qui avait duré deux heures tout au plus, et durant laquelle je n’avais rencontré aucun être vivant, je suis accouru à cet hôtel dont les habitants furent très surpris de me voir, au milieu de la
et je
zard, u de
lin,ne dans te de ts de ssitÔt ix de | AVEC déploir les rever.
il ne que je chand’œil ’avoir mains voyait se qui durant ivant, pitants de la
nuit, avec un homme inanimé et ne savaient trop s'ils devaient me laisser entrer. Je leur racontai alors en peu de mots ton histoire, et enfin aidé de deux hommes vigoureux nous t’avons jété sur ce lit. Le commis de l'hôtel courut chercher un médecin, qui, après un court examén, nous dit que ce ne serait rien. Tel est, mon cher ami,ce qui s’est passé depuis le moment où tu perdis connaissance.
—Oh! merci, cher Camille, pour toutes les peines que tu t’es données pour moi. Oh! si tu savais comme le cœur me fait mal. Pauvre Helmina! Pauvre Helmina! Ah! ce n’est pas toi qui es la plus malheureuse. Je sens que la douleur de lavoir perdue, me suivra jusqu’au tombeau. Et je me remis à pleurer.
Camille, qui savait que ces pleurs me soulageraient, me laissa faire.
Quand j’eus bien pleuré, je me levai et je me fis apporter à déjeuner dans ma chambre.
Ensuite je sortis avec Camille, espérant que l’air me ferait du bien. Je passai une partie de l'avant midi à visiter les manufactures et quand je revins je me trouvais beaucoup mieux.
Camille passa le reste de la journée avec moi et ne partit qu’assez tard dans la soirée, me recommandant à son départ de ne pas sortir
un Me oies Tire use ler mens
seul le soir, me disant que les détectives du gouvernement feraient leur possible pour m’enlever.
Je fus bien vu à Rouse’s Point ; c’était à qui me prouverait ses sympathies. Il n’y eut pas jusqu'aux dames qui se payèrent le plaisir de m'envoyer des lettres d'invitation. Je vivais ainsi depuis quatre mois, lorsque un jour, au moment où j'allais me mettre à table pour diner, arriva un courrier du Canada avec une lettre pour moi. Hélas! cette lettre m’apprenait la mort de ma pauvre mère ; elle n’avait pu, elle non plus, survivre à sa douleur. Mon Dieu ! ma destinée était donc fatale à tous ceux que j'avais aimés. On m’apprenait de plus que je trouverais à la seule et unique banque de Champlain une somme de douze mille francs, prix d’une de mes terres qu’on avait vendue.
Le lendemain, je me rendis au village Champlain et je touchai mon argent.
Quinze jours après, je m’embarquais à bord du vapeur Burlington faisant route pour Whitehall. Le lac Champlain, qui doit son nom à l’immortel fondateur de Québec, dormait dans le calme, étendant à perte de vue devant nous la nappe azurée de ses flots bleus et limpides. Peu après notre départ, il s’éleva une brise
légère qui tempéra la chaleur excessive du jour et nous apporta de terre l’odeur suave des premières fleurs du printemps. Bientôt le soleil se plongea derrière les montagnes qui, se dorant soudain de ses feux amortis, répandirent sur les flots les réverbérations de leurs cimes. Enfin la nuit tomba et je me couchai.
Le lendemain j'arrivai à Troy d’où je ne repartis que vers les onze heures du soir pour New York où je demeurai plusieurs jours. Cette ville agréablement située sur une baie magnifique, est une des plus florissantes et'des plus populeuses de l’Union. Durant les quelques jours que jy demeurai, je visitai les places publiques, les théâtres, les maisons les plus remarquables de commerce, son Parc-central, plus beau et plus grand, dit-on, que le bois de Boulogne, Brooklyn, séparée de la cité par la ‘rivière de P Est, dont les eaux sont sans cesse sillonnées de milliers de bateaux et de voiles.
Enfin le 22 de mai, je pris passage à bord du Trumbul qui faisait voile pour le Chili. Ce:navire, ces voiles, ces cordages, ces matelots au cabestan chantant l’éternel : hourrah, Ah !!! me faisaient oublier ma douleur. Etant partis, nous allâmes jeter l’ancre à quelques kilomètres de la ville. La nuit était tombée sombre et triste.
ne eur trre eee
Pas un astre ne brillait au ciel. Mais New York, en revanche, illuminait l’horizon de ses mille lumières. D’un côté, j'entendais le fracas assourdissant de la grande ville, de l’autre, la grande voix des vagues de l’Atlantique qui déferlaient sur la plage.
À onze heures je descendis dans ma cabine et m'endormis en songeant amèrement à tous ceux que le ciel m’avait si cruellement ravis.
A l’aube du jour, lorsque je remontai sur le pont, le navire, sous toutes ses voiles, prenait la pleine mer. Les montagnes disparaissaient au loin dans la brume des vagues ! Le ciel était pur et serein. Le soleil, brillant de tous ses feux, faisait étinceler les flots de la mer qui commencçait à onduler sous le souffle du vent frais qui venait de terre. Cependant le roulis me força bientôt de redescendre dans ma cabine où je me couchaï ; mais vers les six heures du soir la mer s'étant calmée, je remontai de nouveau sur le pont où je trouvai tout l'équipage qui, couché le long des bastingages, fumait et causait. Toutes les côtes avaient disparu, nous n'apercevions plus que le cielet l’eau. Notre navire qui était, aux dires du capitaine, l’un des meilleurs voiliers, se balançait majestueusement sur le dos écumant des grandes vagues comme un aigle qui se repose
soir la au sur ouché l'outes DS plus t, AUX ers, 80 umant repose
dans les airs sur ses grandes ailes qui paraissent immobiles. Rien n’est beau et grand comme la mer. La mer, c’est l'image de l'infini ; c’est le séjour des pensées profondes. L'âme se perd dans son immensité. Séparée du reste des mortels, la créature s’y sent plus près du Créateur. A cette heure, le soleil, ce roi brillant du jour, touchait l'humide horizon ; son disque, à demi plongé dans l’onde amère, ressemblait à un nageur vacillant sur les vagues.
Peu de temps après son coucher, la lune se leva, argentant de sa douce et pâle lumière les déserts incommensurables de l'Océan. Rien n’est doux et mélancolique comme une nuit sur mer, lorsque le ciel est serein, que la lune brille et que des milliers d'étoiles parsèment la voûte céleste. Ces millions de flambeaux étincelants de la nuit que reflètent les flots de la mer nous jettent dans de douces illusions ; on croirait louvoyer entre deux firmaments. La nuit est l’heure du silence et au milieu de ce silence solennel qui n’est interrompu que par le clapotement des vagues qui se brisent à la proue, et le murmure plaintif du. vent dans les cordages, l’âme se sent bercer d’extases et de rêveries. Le cœur s’épand, l'œil 8: dilate, l’imagination s’agrandit et l'esprit est tuut étonné de parcourir des régions jus-
® , 74 Ÿ, à CAS N K y 2
2% NZ 4 ©, %%, We 74 y É&N \ NZ ES 4e VW. \ ke P ke NA IMAGE EVALUATION G TEST TARGET (MT-3) jio sum = :Éla | LL se 120 — ILLS 125 IL:£ US » À.
V ZA | | Ka de à A | | NN Vu vu LS ZA N SA N +, | É N 4 FA °
hotographic | D me mur + | Corporation
qu’alors inconnues. La mer comme le désert est la plus haute expression du génie créateur. La mer et le désert sont l’image de l'infini ; le regard de Dieu peut seul en mesurer l’étendue; l’homme s’y sent atôme, mais l'esprit s’y élève ; ses pensées y prennent l’essor vers des régions étherées, il balbutie, et ses balbutiements atteignent les proportions colossales de l'infini ; il chante, et sa lyre résonne des notes d’une harmonie céleste. Enfin la mer représente inépuisablement tous les drames de l’homme, tous les mouvements de son âme, ses joies, ses fêtes, ses douleurs, ses tristesses, ses rêveries, ses intimités, ses tendresses, ses effusions, ses piétés, ses extases !
Vingt jours après notre départ de New York, une terrible tempête nous assaillit sur les côtes du Brésil. Nous avions eu, depuis trois jours, un calme plat «et une pluie fine poussée par le vent d'ouest. Sur le soir du troisième jour, il se fit au couchant une large trouée dans le ciel, comme si une main puissante eût déchiré les nuages, et soudain un vent violent se déchaïîna sur les flots. La mer s’agita, se souleva, mugit et écuma ; les vents siflaient horriblement dans les cordages ; les grandes vergues furent brisées et emportées par le tourbillon ; le mât d’artimon
sert ur.
ini ; lue; ve ; ons tteli;il harépui- 18 les fêtes, , Ses iétés,
ork, côtes jours, par le Dur, il ciel, ré les haîna mugit dans risées timon
et le mât de misène se rompirent ; le gouvernail se brisa et le navire roula à la merci des vents et des flots.
Tout l'équipage était plongé dans un morne désespoir. Les femmes faisaient retentir l’air de leurs lamentations. La nuit était des plus sombres. Quelques éclairs illuminaient seuls de temps en temps l’immensité des plaines liquides.
Nous étions chargés d’eau de vie. Quelques barriques, détachées des autres, faisaient dans la cale un bruit épouvantable. À ce vacarme se mélaient le bris des verres et des carafes, le roulement assourdissant des malles, des tables et des autres effets libres. Ajoutez à cette musique infernale, les jurements du capitaine, le cri des matelots, les hurlements des femmes et des enfants, et pour accompagnement, la grande voix des éléments irrités, et vous aurez à peu près une idée du drame terrible qui se jouait à bord, au milieu des ténèbres et de la tempête.
Quelle nuit d’angoïisses mortelles je passai ! Ah! que je regrettais la paisible maison de mon père, l’innocente et douce société de nos païsans et le clocher de mon village !
Le lendemain vers cinq heures, le vent tomba ; comme un acteur épuisé, la mer se calma. Tout l’équipage reprit peu À si courage pour être
replongé bientôt dans le plus affreux désespoir.
Au moment où chacun se disposait à prendre un peu de nourriture pour se remettre des fatigues de la nuit, on nous annonça qu’une voie d’eau venait de se faire dans la cale. Alors nouveaux cris, nouvelles larmes: On fit jouer
es pompes toute la journée, mais l’eau montait
toujours. La nuit arriva encore plus horrible que la veille. À neuf heures, il y avait sept pieds d’eau dans la cale. Le capitaine commanda alors de jeter la cargaison à la mer. Pour moi je recommandai mon âme à Dieu, puis ayant fait un éternel adieu à mes amis du Canada, et avalé une demi bouteille d’eau de vie, je me jetai épuisé sur mon lit et le sommeil m’ôta bientôt, avec la conscience du danger, l’idée de mes malheurs.
Lorsque je me réveillai, il y avait six pouces d’eau dans ma cabine. Le plus profond silence régnait dans le navire. Est-ce que tout le monde dort, me dis-je, tandis que nous sommes sur le point de sombrer? Je sautai aussitôt hors de mon lit, et je courus sur le pont. Personne ! je me précipitai à la chambre du capitaine, je la trouvai vide ; j’entrai dans celle du second: Rien! Je revins sur le pont, les chaloupes avaient disparu. Mon malheur m'était
poir..
ndre des voie Alors jouer ntait rible sept \iman- Pour puis
Cana-
ie, Je m’ôta
ée de
ouces ilence put le )mmes ssitôt
Per- 1 Capille du nt, les n’était
révélé. On m'avait abandonné! Je m'affaissai sur le pontet je pleurai! Quand je me relevai, je jetai un regard sur la mer que j'avais oubliée dans mon désespoir. © joie inexprimable ! j’aperçus alors à une demi lieu tout au plus une île contre laquelle la marée poussait le navire.
Une idée subite me traversa le cerveau ; je courus à la chambre du charpentier où je trouvaitout ce qu'il me fallait pour la mettre à exécution. Une scie, une hâche, un marteau, des clous, enfin tout ce dont j’avais besoin pour construire un radeau.
Je remontai aussitôt avec ces objets, plus précieux alors pour moi que tous les trésors de l'univers. La tempête, avait jeté sur le pont les deux bouts de mat de misène et du mat d’artimon. Je les débarras:ai aussitôt de leurs
Cordages et les éloignant parallèlement de cinq
pieds, je les liai à deux traverses. Ceci fait, je les couvris de bons madriers que je clouai avec des clous de cinq pouces. Au bout d’une heure j'avais un radeau solide et capable de porter dix hommes.
Je me jetai à genoux et je remerciai Dieu ; puis je redescendis dans la cuisine; là je trouvai deux jambons, un demi baril de biscuits, un sac
de farine, un baril d’eau-de-vie, un baril de vin, des assiettes, des couteaux, des cuillers, enfin toute une batterie de cuisine.
Après de longs efforts, je parvins à monter tous ces objets sur le pont où je les attachaï solidement sur mon radeau, ainsi que ma malle de voyage et ma carabine.
Durant mon travail, le navire s’était approché à deux encablures de la plage que j’apercevais douce et unie.
Tout-à-coup le navire donna sur un bas fonds, la secousse fut si violente que je fus renversé sur le pont.
Lorsque je me relevai, le navire sombrait et je sautai promptement sur mon radeau, attendant le dénouement avec crainte. Enfin il disparut sans moi, et je vis, le cœur rempli d’une joie indicible, mon radeau flotter sur les flots, et la brise le pousser mollement sur la plage, où dix minutes après Jj'abordais avec toutes mes richesses.
Je passai le reste du jour à porter ou rouler ces objets sur la côte, remettant au lendemain le projet de visiter mon île, dont les forêts se déroulaient à perte de vue.
Je me fis, au moyen de mes barils et des planches de mon radeau une cabane pour la nuit,
vin, nfin
nter chaï nalle
oché evals
onds, versé
et je ndant parut e Joie et la ù dix s mes
rouler emain êts se
t des ! nuit.
J’y apportai les voiles ou plutôt les morceaux de voiles qui avaient échappé au naufrage, et je m'en fis un lit sinon moëlleux, du moins passable ; d’ailleurs les souffrances et les fatigues que J'avais éprouvées sur mer m’auraient fait prendre des roseaux pour de la plume et jamais sommeil ne fut plus profond que celui que je goûtai durant cette nuit.
Le lendemain, dès que le soleil eût franchi les bornes de la nuit, je pris mon fusil et je gagnai la forêt d’où je revins peu de temps après avec deux perdrix et trois bécassines que j’avais tuécs. Je fis aussitôt du feu avec les allumettes que j'avais sauvées du naufrage, et je les fis cuire sous les cendres. Mon déjeuner fut excellent. Ensuite je fumai une pipe, et reprenant mon fusil, je m’enfonçai dans la forêt avec l'intention de la traverser et de faire le tour de mon île. Après deux heures de marche j’arrivai soudain en face de la mer dont les flots bleus et calmes venaient mourir sur la plage. Arrivé au rivage, je me dirigeai vers le couchant. Je marchai jusqu’au soir. La nuit arrivée, Je montai dans un chêne touffu et je m’y reposai jusqu’au retour du soleil.
Dès qu’il fut levé, je mangeai quelques fruits secs et je continuai mon voyage. Enfin vers
Mau ai
Pr ES ET ee me.