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Souvenirs d'un impresario

Il n'y avait que si\ convives à la table Parmi les hôtes de lady Emily *** se trouvait M. -Maurice Strakosch, qui, l'heure des cigares venne, raconta quelques éj)isodes de sa longue carrière d'imprésario : carrière pendant laquelle il a été en rapport avec tant de célébrités artistiques.

Les récits de .\L Maurice Strakoscli parurent tellement intéressants (pn* l'on s»>

II A VA NT-l'Kol'oS.

Imsarda à lui (l(Miian(i(M' |)Our(|ii()i il m) puhliail pas dos souvenirs consliliianl presque l'histoire duThéaln; Ilalieii de nos jours, et qui devraient avoir un grand succès de curiosité, en raison des personnages qu'il pourrait mettre en scène.

— J'y ai bien pensé, me réponditl'impresario, mais divers obstacles m'ont arrêté.

En premier lieu, il est moins difficile de parler que d'écrire, et si, jusqu'à un certain point, je puis être sûr de ma parole, je ne suis pas aussi maître de ma plume, surtout en français; puis, dans un recueil semblable, je craindrais toujours de froisser (juelques susce|)(ibilités, soit parmes appréciations personnelles, soit même par des (N'Iaiis véridiques, dont la divulgation ne serait pas agréable à celui ou à celle dont je m'occuperais.

AVAXT-PHOPOS. 111

On ftt observer à M. Maurice Strakoscli que ses objections nY^aient pas sérieuses et qu'il était aisé de les réfuter.

On peut admettre volontiers l'embarras que vous éprouvez, lui dit-on quand il s'agit d'écrire un volume, mais rien ne vous interdit de prendre un collaborateur qui se chargera de la partie matérielle de l'ouvrage; sans dicter, vous pouvez causer, ainsi que vous venez de le faire ce soir, et votre collaborateur de cette causerie saura bien tirer des chapitres attrayants pour le lecteur.

Quant à la peur que vous avez de blesser certains amours-propres, rassurez-vous complètement à cet égard; quels que soient les éloges que vous décerniez à un artiste, rarement, il s'en montrera satisfait; aussi bien (juc moi, vous le savez

IV A VA \T-IMU)r(>S.

cl vous connaisse/ hop le monde pour iiiiioivM' (jue 1m v;niil(* limnaine n'a pas de limites.

Onand un joui'naliste s avise de qualilier (le divas les deux charmantes actrices (jui ont nom T/féo et Jiidic^ plus d'une prima donna est bien capables de s'en ofienser.

Cependant ne désigne-t-on pas sous le titre iV étoiles tous les |)oints (|ui brillent au firmament? Quoique dans le nombre il y en ail (jui soient qualitiéesde nébuleuses parce ([ue leur éclat n'est pas aussi vif, ces dernières n'en figurent pas moms en qualit('' d'('toiles dans les traités astronomi([ues.

Les artistes, d'ailleurs, ne sont pas seuls Jilleinis (b' cette sorte de maladie de lV)rgueil. M. de Villemessant contait sou- \eiil a ce pi'()j)(>s une anecdote bien typique.

xVVANT-PROFOS. V

Il n'avait pas encore fondé le Figaro, et la feuille qu'il dirigeait alors tirait ses plus importants bénéfices du produit des annonces et des réclames.

Un parfumeur demanda un jour à M. de Villemessant une bonne réclame que celuici, pour plaire à son client, commença ainsi :

« M. ***, ce demi-dieit de la parfumerie, etc., etc. »

Le lendemain, visite du parfumeur, noi:

pas content, mais fort irrité :

— Comment, dit le pai'funieur,plus ferré sur la fabrication des savons ([ue sur la mythologie; vous ne faites de iikVi ([u'im demi-dieu? C'est donc qu'il y a un dieu de la parfumerie? Qui est ce di(Hi selon vous? Un de mes concurrents probablemenl.

Vous vovez, mon cher Slrakosch, com-

VI A VAN r-!'llOl«()S.

l>i(Mi il osl iliriicilc de |)laii*(^ nirmo (mi milliers» (le llallcM'ic; j'esliiiic donc ([uc dans vos souvenirs, loul on resj)ectan( absohinicnl le mur de la \i(' privécî, la vie pul)li(|n(» d(*s ai'lisles a|)|)arteniinl an jjai'lei'ic (jui l«*s a aj)|)landis, vous no devez |)as rernler devant la vérité, lors même que celle IVancliise devrail écorcher des épidermes Iroj) sensibles; et puisque nous sortons de table, permettez-moi une comparaison j^aslronomique.

A F.ondres, lors([ue Ton serl des \vhilebaits, ce |)etit poisson blanc dont trente volumes si{;nés de, savants naturalistes nonl pas encore |)U spécilier la nature, ce plal de friture api)araît sur la table sous trois formes différentes :

N° 1 . Whitebaits saupoudrés de sel blanc : c'est bon.

AVANT-PROPOS. vir

iV 2. Whitebaits relevés avec du poivre ordinaire; cela est meilleur.

N" 3. Whitebaits couverts de poivre rouge ; cela est si excellent que l'on ne sait plus ce que l'on mange.

Le poivre de Cayenne est peut-être une exagération qui n'est comprise que par des palais blasés, mais le poivre noir donne à la friture une saveur particulière qui plaît aux délicats.

Ne redoutez donc pas l'emploi de ce condiment dans votre livre.

Le résultat de cet entretien a été la publication de ce volume; M. Maurice Strakosch a causé; et l'on a mis en ordre cette conversation. A ce travail s'est borné le rôle du collaboi'ateur.

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