‹ Souvenirs d'un impresarioChapitre 27 sur 44 · CARLOTTA PATTI ET MARIO · texte numérisé non relu

CARLOTTA PATTI ET MARIO

Après la saison de M'"" Nilsson aux États-Unis, M. Strakosch engagea M"' CarlottaPatti, la célèbre sœur d'Adelina, pour faire une tournée dans le même pays. Elle était accompagnée par Mario, l'inoubliable ténor (|ui avait été engagé par M. Strakoscb au cbifTre de 25 000 francs par mois.

Une légère claudication, survenue naturellement et non })as à la suite d'une cluite ainsi qu'on le suppose généralement, avait ejnpéché (larlotta Patli de se mettre au

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théàlrr, mais elle nCii riail |)as moins douée cIjc qualités loul à l'ail extraordinaires. Sa voi\ a\ail peut-étie plus d'étendue que celle (TAdeliiui, et Carlotta était appelée à devenir une des reines de la scène sans son inlirmilé. Elle a dû se borner à suivre celle carrière des concerts, dans laquelle elle a su se faire une place hors li^^ne.

Aucune artiste n'a voyagé autant que Carlotta Patli. Elle a visité tous les pays du monde : la Chine, le Japon, la l^irnianie , le Ihésil, le Cliili , l'Australie; elle est allée jusqu'à la Nouvelle-Zélande. L'aj)partement qu'elle occupe à Paris est un véritable musée très curieux, |)lein d'objets rapportés de toutes les contrées qu'elle a parcourues.

En dehors de sa voix, Carlotta Patti possède un(* intelligence musicale merveilleuse. Elle a étudié le piano avec Maurice Strakosch, el elle y est de pi'cmière force.

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Les triomphes de Carlotta Patti, soit en Europe, en Amérique, en Asie, en Australie, soit même en Afrique, sont innombrables. Il n'y a littéralement pas une ville d'importance sur le globe qu'elle n'ait visitée; il n'y a pas une race, de n'importe quelle couleur, qu'elle n'ait rendue tributaire de sa voix enchanteresse.

Elle a épousé, il n'y a pas très longtemps, M. de Munck, violoncelliste d'un talent hors ligne et dont les compositions ont une valeur réelle et sont très recherchées. M"'® (larlotta est aujourd'hui professeur de chant à Paris, et elle a déjà formé plusieurs élèves qui, sans doute, auront un grand succès dans l'art lyrique. Une d'elles. M'" Olla, une charmante Danoise, semble destinée à un avenir excep- (ionnel.

>hdgré les 25 000 francs ])ar mois qui hii étaient alloués, Mario ne rapporUi rien en Europe».

I2t SOrVENIIJS I) IN IMPHESAHK).

l/(M'()iioniio, Tordi'i^ ne l'aisaioiil |)oinl parlio (les dons que la nalni'e a\;iil prodigués à ce léiior, l'uni* des plus grandes illustrations du Tliéàlre italien.

Pendant de longues années, Mario et la (Irisi ont gagné une uioyenne de 500 000 francs par an. La Grisi n'a pas laissé 300 000 francs. Mario, quand il est mort, n'avait pour ressources qu'une pension de 25 francs par jour, produit d'une souscription de ses admirateurs et amis.

Mario disait volontiers qu'il n'avait jamais été|)lus heureux qu'avec ces 25 francs quotidiens, garantissant le calme matériel de son existence et lui permettant de se livrer à son goût pour les travaux de menuiserie.

Ce goût l'aAait saisi dans les dernières années de sa vie et avait remplacé cette passion plus dispendicuise qu'il pouvait satisfaire dans le tem|)s de sa prospérité: celle des armes anciennes.

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Très généreux , Mario ne savait pas compter. On Ta vu donner un louis comme aumône à un pauvre; en outre, il ne refusait jamais un service, même aux gens qu'il connaissait peu. Quand il n'avait pas d'argent, et cela était très fréquent, pour obliger il signait une lettre de change, le chiffre de la lettre de change fnt-il de 23 000 francs. On n'ignorait pas cette facilité de l'artiste doublé d'un gentilhomme à signer un billet à ordre, et les mendiants qui lui faisaient toujours cortège en ont profité.

Ainsi s'est engloutie la fortune de Mario ; mais s'il n'a pas laissé d'héritage opulent, il a du moins laissé une réputation de bienfaisance et d'amabilité (jui n'est \)\u< de notre temps ; il a laissé*encore une renommée artistique (pii lui survivra toujours.

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