CHAPITRE XVII
Nous n'avons pas à écrire Thistoiro du ThcALre Italien à Paris, nous nous contenterons de quelques mots sur ce genre de spectacle qui depuis près de cent ans qu'il a été fondé, a eu tant de phases diverses. C'est au Théâtre de Monsieur, depuis Théâtre Peydea'u , qu'eurent lieu en 1789 les premières représentations de TOpéni Italien à Paris. Elles se continuèrent jusqu'en 1799, épo([ue à laquelle elles furent suspendues de par la Révolution.
La Révolution n'a jamais été favorable au Tliéàtre Italien ; chaque fois qu'elle survient, ce théâtre ferme ses portes.
Sous le Consulat cependant, l'Opéra BufTa, ou les Bouffes, nom qui a longtemps servi à désigner le Théâtre Italien, fut repris à la salle Louvois, puis à l'Odéon. Parmi les artistes qui firent les délices de nos pères, on peut citer M""" Barili, soprano remarquable, Tachinardi, un ténor de si petite taille qu'il aurait pu passer pour un nain plutôt que pour un chanteur.
M"° Barili était la grand'mère du premier mari de M"^ Salvatore Patti , mère d'Adelina; Tacliinardi étail, lui, le grandpère de M""" Persiani.
Sous la Restauialiou , l'Opéra Italien était à la mode, lorsque M"' Catalani en prit la direction et ne put réussir. M"'^ Calalani avait une voix (rès puissante, mais sa jalousie était du même volume que sa voix. La moindre rivalilé l'(»irus(iuail, et direc-
\'2S SOrVRNlIlS I) UN IMI'HKSARIO.
tiicc, elle éloigna dv, son Ihéàlre tous 1(îs véritables talents (jui l'ombrageaient. Le publie se fatigua rapidement d'entendre des médioerités, et de 1817 à 1819, il n'y eut pas de théâtre italien à Paris.
M""" Calalani était mariée; son mari ne comprenait rien aux choses de la musique. Dans un concert où devait chanter M"''' Calalani, avant la soirée, elle examina la salle et essaya le diapason du piano.
— Il est trop haut . dit-elle à son mari qui était présent. Ce à quoi ce dernier répondit : — Je suis de votre avis.
Kn enirant le soir dans la salle, et au moment de s'approcher du piano, M""^ Catalani s'aperçut que les pieds de l'instrument avaient été coupés. Si le piano était moins haut, le dia])ason n'avait pas été baissé.
Ce n'est pas la seule aventure qui soit arrivée à M"" Catalan i à proi)os des pieds de piano; à Londres, chez une lady où elle
l'opéra italien a paris. r2î)
avait été invitée, elle remarqua avec étoniiement que les pieds du piano étaient entourés de morceaux d'étoffe de soie. La maîtresse de la maison avait trouvé pludécent de ne pas laisser nues les jambes (legs) de Tinstrument. L histoire n'est pas nouvelle, elle a été. souvent racontée, mais elle appartient en propre à >r" Catalani. En 1819, le Théâtre Italien est placé sous la même direction que l'Opéra et commence alors la révolution musicale en France inaugurée par Uossini.
Viennent les opéras de Mozart, de Cimarosa, de Mercadante, de Donizetti, de'Pacini et de Bellini. M"' Mainvielle-Fodor, M"' Pasta, M"* Sonta-, W Malibran et W' Colbrau que Uussini épouse en premières noces, sont les étoiles du temps, liossini lui-même était directeur du Théâtre Italien; son successeur fiif M. Laporte.
Pondant un.' période de près de trente années, le Théâtre Italien est florissant à
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co poini (jiron quelque sorte rM])()nnement au Tlu'àlre llalieu ol aux concerts du Cons(Tvaloire constiluail un titre de noblesse. Lorsque [{ul3ini, (Irisi. Mario, Tamburini, Lal)laclie, chantaient les Puritains à la salle Ventadour, on ne pouvait parvenir à se procurer une place : toute la salle était louée et il n'y avait plus que les hautes galeries à la disposition des amateurs qui s'en contentaient.
La révolution de 1848 interrompit cette ère de prospérité. Peu de temps après la proclamation de la seconde République, on joua Don Pasquale devant moins de deux cents spectateurs, et les marchands de billets offraient à moitié prix les fauteuils dont ils ne pouvaient même se débarrasser avec cette réduction.
Ne forçons pas notre talent, Nous ne ferions rien avec grâce,
a écrit le bon La Fontaine; Honconi. le plus grand baryton de cette époque, qui
avait amassé une jolie fortune, la perdit dans la direction du Théâtre Italien où il se ruina complètement. Les chanteurs ont toujours tort de s'improviser impresarii; les exemples ne manquent pas de désastres dus à cette envie qui prend souvent les artistes de siéger dans un cabinet de directeur.
Sous le second Empire renaît la vogue du Théâtre Italien. L'ut dièze de Tamberlick, le successeur de Rubini et de Mario, soulève un fanatisme indescriptible. Ce fameux ut dièze a été émis pour la première fois par Tamberlick dans Othello et il a passionné le public.
Tamberlick, en dehors de son f/t dièze, en dehors de ses éniincntcs qualités artistiques, marque une époque, celle des cachets élevés dont avant lui on n'avait jamais (^ntendu parler. Achille Tamberlick, son pci'r^ et son ageni, exigea 8000 francs par soirée pour ce ténor incomparable. Il n'y
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cul pas lîKnen de so soiisirairo à colle exigence, la([U('llo d'ailloiirs niuail l'ien d'absolument exagéré , puisque rartistc faisait salle comble chaque fois qu'il chantait. C'est donc à Tamberlick que les étoiles d'aujourd'hui doivent l'agréable coutume des cachets extraordinaires.
Avec i\I. Calzado, qui avait rapporté d'Amérique une fortune considérable et qui dirigeait le Théâtre Italien plutôt par goût que dans un but de spéculation, chantaient à la salle Ventadour M"'*"^ Patli, Alboni, Frezzolini, Penco ; les ténors Mario, Gardoni, Graziani, Boccarde et les barytons Graziani et Délie Sedie. Comme on le voit, une magnilique pléiade d'artistes hors lign(\
M. Bagier, ancien agent de change, galant homme si jamais il en fut, prit la suile des affaires de M. Calzado. Il garda la plus grande partie des artistes de ce dernier et y adjoignit M'"' G;d)iMelle Krauss,
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la grande chanteuse dramatique, et le célèbre ténor Fraschini. Pendant quelque temps la glorieuse époque de l'Opéra Italien à Paris semblait renaître, mais Tiiorizon politique s'obcurcissait.
La guerre est déclarée à l'Allemagne^ les revers s'entassent les uns sur les autres; le siège de Paris, et les défaites de l'armée française, la proclamation de la troisième République, ne permettent plus de songer à d'autre musique ([u'à celle du canon.