CHAPITRE XXVIII
En guise de conclusion, à la fin de ce volume, nous croyons utile de résumer les opinions personnelles de Maurice Strakoscb sur la situation présente du Théâtre Italien et sur celle qui l'attend.
En dépit du mouvement qui s'accentue de toutes parts, en dépit de la tendance universelle de cha([ue pays à se créer une musique nalionale, la conviction de Strakosclî est que l'Opéra Italien reprendra tôt ou tard la place qui lui a])partient et
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qui lui a apparfcnu pcndani pins do trois siècles. .
Un homme d'État, le marquis d'Azeglio, écrivait que les nations qui aiment les arts outre mesure et qui font des folies pour les artistes sont des nations en décadence. Dans cette pensée, malgré son exagération, il y a certainement du vrai; dans tous les cas, elle s'applique rigoureusement à la question de TOpéra Italien dont la décadence provient des folies amenées par cette passion du public pour quelques artistes et à laquelle n'ont pas su résister les impresarii.
Sans discuter ni amoindrir le talent des artistes chargés d'interpréter les œuvres des maîtres, il ne faudrait pas cependant comparer la valeur de l'interprète à celle (hi compositeur; et ce qui arrive aujourd'hui, c'est que le compositeur dans l'opéra italien, au lieu d'être à la première place, n'est phi< (jii'à la seconde. La réac-
tien néanmoins a commencé, et cette décadence de rOpéra Italien cessera du jour où des artistes qui, sans être des étoiles, mais d'une valeur réelle, seront acceptés par le public
En ce moment, l'Opéra Italien a sombré partout; comme le phénix, il renaîtra de ses cendres; c'est la conviction profonde de Maurice Strakosch qui, en cette matière, peut revendiquer une autorité indiscutable . Laissez disparaître quelques étoiles dont les exigences ont amené un déplorable état de choses, et bientôt le ciel artistique s'éclaircira. Tant que l'on s'obstinera à déclarer les représentations italiennes impossibles sans le concours d'une sommité du chant, les directeurs h Londres comme à Paris, à Vienne ou à Pétersbourg, feront des efTorls inuliles pour relever l'Opéra Italien et se ruineront sans profil pour l'art.
Les cachets d(i cinq à dix mille francs
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par soirée no sont pas proportionnés an\ services rendus; et il cs( 1res fâcheux d'être obligé de constater (jue ces rémunérations auxquelles se sont soumis les directeurs sont la cause effective d'une situation dont lout le monde se plaint et dont les conséquences sont graves.
Pour ne parler que de Londres et pour ne donner qu'un exemple du résultat produit par cette clôture de la saison italienne,
il suffit de faire remarquer que pour
une saison de trois mois, l'Opéra Italien
donne de quoi vivre pendant une année à toute une population digne d'intérêt.
I)u Théâtre de Covent Ciarden dépendent plus de mille personnes, choristes, machinistes, costumiers, sans compter les musiciens de l'orchestre qui trouvent dans leur emploi des ressources les mettant, eux et leurs familles, à Tabri de la misère.
Ce qui se dit de Londres s'applique à
toutes les autres capitales, et il y a là une question d'humanité dont les étoiles devraient avoir quelque souci. Nous savons bien que Ton ne peut prétendre obliger une artiste à chanter, quand cela ne lui convient pas; nous souhaiterions seulement que tant qu'elles ne sont pas complètement retirées de la scène, elles ne missent point des conditions aussi rigoureuses à leur présence au théâtre. Les cantatrices en renom sont fort riches, et les directeurs qui les ont enrichies sont très pauvres : cela semble, au premier abord, une anomalie, qui s'explique pourtant par cette raison que les divas n'ont jamais voulu se rendre compte que dans les entreprises même artistiques, il faut toujours é([uilibrer les dépenses avec les recettes, ce qui devient matériellement impraticable quand, pour les appointements d'une seule actrice, la moitié de la recette doit être prélevée.
Ce qui est possible pour un concert , ne l'est
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pas poui' iiii IliisUrc: dans un conrcrl, les frais soni idalivcMiKMil niiiiiinos, ils no sont pas quotidiens, |)ar consikjuenl ne pèsent j)as sur une exploitai ion de longue durée. MauiMce Strakosch espère retrouver dans im monde meilleur tous ses pensionnaires; dans ce monde, il n'aura |)as de cachet à leur donner, ce qui doublera le plaisir qu'il ressentira à entendre les voi\ si merveilleuses (jui ont fait sa joie ici-bas. Tant pour ses chères artistes que pour lui. il désire cependant que cette réunion dans le ciel n'arrive pas promptement et il n'éprouve aucun besoin de hâter ce bienheureux moment; pour le présent, il se contente de remercier cou\ et celles dont le talent a si fort contribué à lui rendre iTioins pénibles les travaux de sa longue carrière.