‹ Souvenirs d'un impresarioChapitre 41 sur 44 · CHAPITRE XXYII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXYII

Le roi David ([ui jouait de la liarpc cl composait des psaumes qui sont restes immortels, n'est pas le seul souverain qui ait fait preuve d'un goût très vif pour la musique. Néron, lui, jouait di' la llùte et il était très fier de ce talent, ce qui ne veut pas dire qu'il fut parfait musicien, si nous ajoutons foi h Tanecdote suivante :

ï'n joui' (juc le Ivran se ])i'omenait dans les rues de Home, une femme se précipita à ses pieds en s'écriaid : « (irand Empe-

reur, que les dieux justes, que les dieux bons protègent votre vie, qu'ils conservent à l'Empire votre précieuse existence I »

Néron dit à cette femme : <^ Pourquoi m'uppelles-tu Grand Empereur? Tu sais bien que je suis un tyran, et pourquoi pries-tu les dieux de prolonger une vie dont tant d'autres souhaitent la tin? »

— (( C'est que, répondit la femme, après vous, pourrait venir un nouvel empereur qui jouerait encore plus faux que vous ne le faites. »

Quoi qu'il en soit, le goût des souverains pour la musique n'est pas sans inlluence sur leur propre destinée et sur celle de leurs peu[)les. Il est à observer que les empereurs ou les rois qui ont aimé la musique ont été plus lieureux que ceux au\- (piels l'art lyri(jU(^ était indillerent ; ces derniers ont eu des règnes troublés et sont morts malhiMireux.

L'empereui" d Alleniague adore la mu-

siqiii' ; jamais il n'a inaïKjiic hik; r('})rcsciitîilion (le la Palti ; après chaque concert ou chacjue représentation, il venait toujours sur la scène remercier et féliciter les artistes. A Baden-Haden, dans un concert donné par la diva, toutes les places étaient louées, lorsque le roi de Prusse, qui n'était pas encore empereur, lit savoir à Maurice Strakosch son désir d'entendre la l^itti. Pour satisfaire le roi , l'imprésario dut mettre au bas de la scène et devant tous les spectateurs deux chaises sur lesquelles ^'assirent le roi et son frère Charles ; seulement, pour parvenir à leurs sièges, ils furent obligés de descendre de la scène dans la salle par un petit escalier fort inconinu)(l(^ où Sa Majesté faillit faire une chute dangereuse.

Vingt ans plus tard, à Baden-Baden encore, Maurice Strakosch avait organisé un concert où devait chanter Kinma Thursby, ot pour augmenter l'éclat de la soirée, il

voulait prier l'empereur de l'honorer de sa présence.

Aussitôt que la carte de l'imprésario lui (ut remise, le souverain reçut Strakosch et le reconnaissant immédiatement, lui rappela l'aventure passée : il lui promit d'accéder à sa requête, et il fit prendre cinquante places, afin que sa cour put applaudir avec lui la nouvelle étoile.

Toutes les semaines, à la cour de Berlin, il y a un grand concert sous la direction de M""^ Artot qui y chante de temps en temps. Ce n'est peut-être pas au goût pour la musique de l'empereur Guillaume qu'il faut attribuer la splendeur de son règne, mais on peut du moins affirmer qu'il n'a pas nui à cette prospérité.

La reine d'Angleterre, ainsi que l'empereurd'Allemagne, a une préférence marquée pour la musique: de plus, elle a une voix charmante, dont elle se sert en musicienne habile. Son professeur de chant, le vieux

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Lablaclie, rcpélait souvcnl que si Sa Maj(*sl6 la reine Victoria irétait j)as la l'ciiie du !^)yauinc-Lni, elle eùf rir une des reines du cliaid. Vvu le prince Albert partageait à l'égard de la musique les goûts de la reine: c'est lui ([ui l'ut le protecteur de Mendelssolm.

Toute la famille rovale dWndeterre aime la musique. Le prince de (ialles en es( un amateur très éclairé ; la princesse de (ialles, élève du pianiste ITallé, est une virtuose remarquable, et le duc d'Edimbourg gagnerait honorablement sa vie avec son violon; son traitement d'amiral permet de suj)|)Oser qu'il n'en sera jamais réduit à. user des ressources que lui otfre son arc lie t.

L'empereur de Russie est sur le cor un exéculnnf (]c pr(Mnièr(^ force; étant czare- Nvitch, il a une fois accompagné M""" Nilsson sur cet instrument. Dans son récent séjour à Copenhague, M'" Nilsson a chanté

cet air dans un concert auquel assistait l'empereur, qui fut ému jusqu'aux larmes par ce souvenir.

Le roi d'Italie Victor Emmanuel aimait la musique presque autant que la chasse. Après la première soirée de la Patti à Florence, le roi lui fît remettre pour son professeur Stralvosch la croix de Saints- Maurice et Lazare.

La reine Marguerite, qui est en ce moment l'idole de son peuple, n'est pas moins passionnée pour la musique que ne l'était son beau-père. Elle prise surtout beaucoup Wagner et elle a favorisé le mouvement musical à Rome, qui, grâce à elle, a j)ris une grande extension.

Isabelle, la reine d'Espagne, clianlait fort bien; la musique est encore un de ses délassements favoris. Maurice Strakosch reçut d'elle Tordre de Charles IIL

La reine des Belges adore la musique et contribue beaucoup au mouvement progrès-

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sif (\\H) vvi art a t'ail eu neli;i(jiic, duraiil ces (l(M*nières années.

L*(Mn|)oroiir (rAiitriclic dépense chaque année près (11111 million de francs pour avoir dans sa capitale un oj)éra qui puisse rivaliser avec celui de Paris.

L'empereur du l^résil soutient aussi de sa cassette rO|)éra Italien qui est aujourd'hui le plus llorissant du monde entier.

Le roi de Danemark disait à Strakosch : (( Je suis roi d'un petit royaume, mais quel est le souverain qui j)Ourrait se vanter d'avoir de ])lus belles alliances? Une de mes filles est impératrice de Russie, une autre sera reine d'Angleterre, et mon fils est roi de Grèce. » Le roi de Danemark est un homme dune amabilité extrême et qui s'intéresse beaucoup à tout ce qui touche les arts.

C'est Louis (h^ Havière, si malheureusement mort il y a (pn^hpie temps, qui reconnut le génie de Wagner; c'esl lui qui

a fait de ce génie républicain un partisan de la monarchie.

Le roi de Hollande, malgré son économie imposée par son budget restreint, et dont nous avons donné un exemple à propos d'Adelina Patti, n'en est pas moins très amateur de musique.

Chaque année, Rossini composait une petite mélodie pour le roi de Portugal, qui en guise de remerciement envoyait une barrique de vin de Porto au maestro. Au dernier envoi, le roi écrivait à Rossini : (( J'espère que mon vin sera aussi bon qu'était belle votre composition. »

Sa Majesté Oscar, roi de Suède, possède une voix magnifique de basso et chante comme un grand artiste.

Parmi les souverains auxcpiels le goût de la musique semble avoir porté bonheur, nous pouvons mellre le baron James de Rollischihl, car il était souverain, ce financier dont toutes les autres têtes couron-

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nées sont parfois Iributaires. Lo baron James de llollischild, qni ne dînait presque Jamais hors de chez hii, faisait cependant infraction à ses habitudes en faveur de son ami Rossini dont il fcMait cliaque année l'anniversaire de naissance en dînant à la table du compositeur.

Le goût de la musique est commun à toute la famille de Rothschild; M"^ Willy de Rothscliild de Francfort compose ellemême des mélodies charmantes. Celle sur les paroles de Victor Hugo : Si vous n'avez rien à me dire, a été chantée par toutes les grandes cantatrices.

Le baron Alphonse de Rothschild, de Paris, est un véritable Mécène. Une cantatrice qui faisait partie de la troupe de Strakosch à la salle Ventadour s'adressa au baron Alphonse pour obtenir de lui un secours d'argent; le baron fit venir Strakosch et s'informa de la réalité des besoins de la solliciteuse ; le lendemain il envoyait à

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la cantatrice 1000 francs, et priait en même temps Strakosch de lui signaler toutes les infortunes dignes d'être secourues.

M. Alfred de Rothschild, de Londres, est de même la providence des musiciens de l'Angleterre. Doué d'une voix de baryton admirable qu'il sait manier avec une habileté remarquable, il comble littéralement les artistes par sa générosité.

A cette occasion, nous croyons ne faire qu'un acte de justice en rappelant que cette maison de Rothschild, au point de vue de la charité, n'a pas son égale au monde. Soit à Londres, 'soit à Paris, soit h Francfort, soit à Vienne, les Rothscliild sont toujours à la recherche des mis^'^res à soulager. Ils ont organisé à cet effet un service et des bureaux spéciaux qui emploient des centaines d'employés.

Napoléon I" n'aimait pas hi musique; son successeur ?<apoléon III qui, pourtant faisait des efforts inouïs pour l'aimer, y

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roslait inscnsiljlc. Leur règne s'est tristement terminé.

Il n'y a pas de règle sans exception. La douce reine Marie-Antoinette était grande musicienne. Elle n'a pu échapper au boureau.

Le sullan Ahdul-Azis et le vice-roi d'Egypte Ismaïl, qui, dans une fête splendide donnée à Londres par le duc de Sutherland, manifestaient leur admiration pour le merveilleux talent de\P'' Patti,ont eu un sort funeste. Le premier a été assassiné, comme aussi ce pauvre roi Louis de Bavière qui était passionné pour la musique, le second a été détrôné; mais ces exemples ne détruisent pas ce que nous avons dit i)lus haut à propos de riniluence de la musique sur le sort de ceux qui en ont a|)précié les charmes.

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