‹ Souvenirs d'un impresarioChapitre 9 sur 44 · ADELINA PATTI EN ETRUPE · texte numérisé non relu

ADELINA PATTI EN ETRUPE

SOUS sa direction, et il exploitait cette salle splendide avec une troupe hors ligne. On en jugera par quelques noms : Grisi, Persiani , Catherine Hayes , Mario , Gardoni , Sims Reeves, Tamburini, Lablache , et le célèbre chef d'orchestre Michael Costa.

Suivant l'usage, à la fin de la saison, M. Lumley demanda à ses artistes de renouveler leurs engagements pour l'année suivante ; ceux-ci. à son grand étonnement, refusèrent ses offres; Lablache et Gardoni seuls restaient fidèles à leur directeur.

M. Lumley n'avait pu découvrir les motifs de cette singulière détermination, lorsqu'il apprit quelques jours plus tard qu'elle était due à une sorte de conspiration contre lui et contre son théâtre.

Les artistes qui avaient repoussé les propositions de M. Lumley s'étaient constitués en société, avait loué la salle de Covent Garden avec l'intention d'y jouer pour leur propre compte. M. Persiani, le mari de la

•1-2 sor vi:.\ I lis I) r.N imimucsaimo.

(•;inl;ilri('(^ (lui ;i\;iil «uirdi la conspirîitiou, (lovail lulininisInM- l;i soriélo (nii excila, [)url()iil où elle chniila alors, un (;nlliousiasine sans pi'rciMlcnl .

Dans celle occurrcnciMliniciic, M. I^umley pourlani n'abandonna pas la partie: il se décida à fbrniei- une nouvelle troupe. Pendant qu'il cliercliail en Allemagne des artistes en étal de remplacer ceux (pii l'avaient si brusquement abandonné, il rencontra par liasard, et par bonheur pour lui, Jenny IJnd, une des cantatrices les plus extraordinaires du siècle.

M.Lumleyouvi'il donc lier Ma jesty's avec .lenny Lind, soutenue par Lablache, Gardoni, lepluscbarmant/^/^o;'^f/?(//Y/z?r/deson temps, Salvafori, c^l ayant pour chef d'orchestre Halfe, le compositeur si distingué.

De leur C()lé, les artistes en société commencèrent leurs représentations à Covent tiarden, de lelle sorb^ (pi'cn celle année, Londres eul d(Mi\ opinas ilaliens composés

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des artistes les plus émincnts qui aient jamais paru sur aucune scène. Sous le bâton (le Michael Costa, M"^^ Grisi, Viardot,Persiani, MM. AFario, Tamberlick, Marini, l>cttini,Ronconi, — nous en passons et des meilleurs, — cliantaient à (lovent Garden.

Il est inutile d'entrer dans les détails de cette lutte homérique entre les deux troupes ; bornons- nous à constater que le résultat en fut désastreux et que le public seul profita de cette rivalité au détrimeni des directeurs et des artistes.

On prétend, el c'est peut-être bien la vérité, que l'on trouve toujours de l'argent, soit pour fonder un journal, soil [)our exploiter un IhéAd'c; or, sans douh^ en vertu de ce princijic, précisément alors que Covent Gard(Mi pc'riclilail, un liuancicr se présenta poui' en prendre la direclion.

M. Delafield n'était |)as tout à l'ait nn financier, mais il possédait une innnense lortune. Il était hrassenr de son étal, cl.

--'i SOUVKMHS I) IN IMPRKSAIMO.

\)\\r uoiil. Jiniiilcui" passionné de musique. 11 l'aul, pour nienei' à l)i(Hi une entreprise Ihéàtrale, autre cliose que de l'argent ou des senliiuenls ai'listicpies ; il est nécessaii'e d'avoir des (jualités administratives (pii fa i sa i (Mil dé l'a ni à M. Delafield. En <leu\ saisons, ee bi*asseur dilettante perdit à Covent Garden la somme ronde de 2 500 000 francs, et fut si bien ruiné qu'il dut déposer son bilan.

Cependant, ^ràce au succès de Jenn^ Lind, M. Lundey semblait sur de la vicloire; la ciuite de M. Delaiield allait amener la clôture de (lovent Garden, et lier Majesty's deviendrait le seul temple de la musique h Londres.

Il n'en fut rien, les artistes de Covent Garden se reconstituèrent en société, et, cette fois, mircînl à leur léle un homme énergique et dour de capacités remaicpiables, M. Frederick (iye, qui avait comnirncé j)ar adminisirer les fauKnix concerts

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de Julien, ayant obtenu grâce à lui une immense popularité.

En quelques années, M. Frederick Gye releva le théâtre de Covent Garden ; il en lit l'établissement lyrique le plus complet qui ait jamais existé, et il obligea M. Lumley à fermer les portes de Her Majesty's. Le sort favorise les audacieux; en vertu de scrupules religieux, M"''' Jenny Lind se retirait de la scène au moment où plus que jamais; M. Lumley avait besoin de son concours. Cette retraite inattendue servit puissamment les intérêts de M. F. Gye en précipitant la catastrophe de Her Majesty's.

M. F. Gye, d'administrateur de Covent Garden, en était devenu le directeur; il avait pris l'affaire à ses risques et périls, lorsque, par un singulier retour des choses (Tici-bas, il lui arriva ce qui était advenu à -M. Lumley : Mario et (irisi le quittèrent pour M. Smith qui se préparait à rouvrir lier Majesty's.

iM» s(UVi:mi;s d i .\ i.\i nn:s.\ imo.

M. Siiiilh irt'hiil |);is aussi ricln^ ([iic M. Dela(i('l(l, mais il l'IaiL do la même iiicapacil('' en malièrcdo IIk'AIi'c: soulcunonl il lira Ires liahilonieiil piirLi de sa situation (Ml prrlanl iiiio oroille attentive aux ouvertures que lui lil serrèlonKMit M. V. (iye, déterminé à em|)loyer les grands moyens pour anéantir toute concurrence.

M. Smilli i'e(;ul de M. Frederick Gye 100 000 iVanes, à la condition de ne pas ouvrir sa saison. Il avait été convenu que le publie el les artistes n'auraient connaissance de cette décision qu'à l'instant où M. Smith aui'ail dû publier son programme. A la place de ce programme, ce directeur adroit, mais peu consciencieux, annoncerail cjue lier Majesty's demeurerait fermé.

Ce c[ui fut (lil lui l'ail, et M. Smith laissa sur le pa\('', saus [c moindre scrupule, tous les arlisles (ju'il avail engagés; parmi eux. la (lri>-i. Mario el Adelina P;itti, dont

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