‹ Souvenirs d'un jeune premier. Avec [une] préf. de Jules ClaretieChapitre 15 sur 44 · MÉRY · texte numérisé non relu

MÉRY

Quelques années auparavant, un homme de beaucoup de talent, d'une gaieté franche et pleine d'observation, qui, avant de nous divertir à ses lestes vaudevilles, rêvait sans doute de nous faire pleurer, Lambert Thiboust, avait quelque peu collaboré avec Laferrière à un Gilbert, — Gilbert, le poète, — qu'il destinait au théâtre de l'Odéon. La lettre qu'écrivait Thiboust, intéressante à tous les points de vue, adonne bien une idée de l'autorité qu'avait, en fait de littérature, le remarquable comédien :

XXYIII PREFACE.

Mon cher Laferrière,

J'ai bien tardé à te répondre, et voici pourquoi : Notre Gilbert est la pièce odéonienne par excellence. Seul le parterre de l'Odéon peut fêter ou pleurer les poètes. — Au boulevard, nous aurions une belle première, et pas d'argent au bout. — A l'Odéon, nous aurons une série de belles et fructueuses soirées.

Il est évident, mon cher ami, que ton beau talent sera, un jour ou l'autre, nécessaire à l'Odéon. Tu es trop adoré de son public pour que Rover se refuse à l'évidence et marche sur ses intérêts. — Ce jour-là, et quand besoin sera, tu auras la pièce à ton premier signe.

Je te dirai, mon pauvre Laferrière, que mon travail forcé de cet hiver m'a abîmé la santé. J'ai fait jouer huit pièces en trois iiiois !... Et comme je ne travaille que la nuit, cela m'a fatigué la poitrine. J'ai une mauvaise toux et un point dans le dos. Mon médecin m'envoie à Pau chercher du soleil. Je pars jeudi matin. J'emporte Gilbert, et j'y travaillerai au pied des montagnes. Je serai de retour à Paris vers le 1er mai, et ma première visite sera pour toi. Peut-être y aura-t-il du changement dans les théâtres, ^eut-être (qui sait ?), peut-être seras-tu retourné à l'Odéon !...

Une bonne poignée de main.

Lambert Thiboust.

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